| Composition Musicale |
| Le mot composition englobe toutes les techniques musicales,
à l'exception de celles qui sont simplement d'exécution (celles
des interprètes). Toutefois, le terme composition n'a jamais été
employé que pour désigner l'invention musicale réfléchie
et donnant lieu à une véritable construction musicale; il
n'a jamais été utilisé pour décrire l'invention
musicale spontanée, qu'elle soit individuelle et savante, comme celle
des improvisateurs, ou collective et intuitive, comme celle du folklore.
L'idée de composition paraît donc liée à celle
de l'élaboration méthodique des uvres musicales (voir
Préalables à la composition musicale),
qui est elle-même inséparable de leur traduction écrite
sous forme de partitions. À partir du début du XIXe siècle, on vit s'établir une classification de plus en plus précise dans les diverses disciplines de l'écriture musicale. Les techniques d'écriture proprement dites, connues sous le nom de contrepoint, harmonie, instrumentation et orchestration, se trouvant séparées de la composition, cette dernière devint essentiellement l'art du "faire" autant que celui d'"inventer". On applique alors le mot composition à l'ensemble des procédés et des techniques utilisés lorsqu'on se livre à l'élaboration d'une uvre musicale structurée. On parle alors généralement de la construction d'une uvre. La cohérence et la logique d'une telle construction sont évidemment indispensables dans le cas des uvres ayant une certaine ampleur (sonate, symphonie, opéra, etc.) mais ne doivent jamais être absentes des uvres courtes. Par exemple, la construction d'un simple lied de Schubert peut être tout à fait remarquable. De même, donc, que l'on peut comparer les diverses règles de l'écriture musicale, celles de l'harmonie et du contrepoint, à la grammaire et à la syntaxe, de même peut-on comparer les règles de la composition à celles qui permettent la construction des formes littéraires (tragédie, roman, ou simplement sonnet...). Il résulte de cette conception de la composition que l'on vit apparaître des descriptions de plus en plus académiques des principales formes musicales, descriptions qui, par ailleurs, en permettaient une plus facile classification. Les commentaires ne manquant pas au sujet de ces descriptions et classifications, la frontière séparant la composition et l'esthétique musicale eut tendance à devenir de plus en plus floue. On le constate dans le Cours de composition musicale de Vincent d'Indy, dans lequel, outre une classification des formes (plus exactement des schèmes formels) et leur description, apparaissent de nombreux jugements de valeur à partir d'analyses souvent succinctes des diverses uvres. À partir du XXe siècle, la composition devient l'art d'assembler des sons pour obtenir une uvre musicale indépendamment de l'idée d'un schème formel préétabli. On admet donc que la composition est une science, une praxis , qui permet l'invention de nouvelles formes, ces dernières n'étant pas forcément répertoriées dans les traités de composition. Il s'agit par conséquent d'une sorte d'esthétique appliquée, qui utilise les règles de l'écriture musicale, mais qui peut provoquer l'invention de nouvelles règles, du fait que la composition se trouve située au-delà de la simple écriture. En reprenant la comparaison déjà faite avec la littérature, on dira que la grammaire et la syntaxe sont considérées comme les moyens de donner naissance aux diverses créations littéraires, mais qu'elles n'en constituent pas l'infrastructure. Il y a là un retournement de la situation antérieure: les nécessités de la composition provoqueront une remise en question des règles de l'écriture, alors que, précédemment, les règles de l'écriture servaient de support et de prétexte à la constitution des schèmes formels et à leur évolution. Depuis l'apparition des musiques dites expérimentales et de nouveaux moyens de production sonore (synthétiseurs, ordinateurs...), un profond changement s'est produit. L'intérêt s'est déplacé de la forme, du discours musical, vers la séduction sonore ou la curiosité acoustique. On dit volontiers maintenant que l'on compose alors qu'on se livre à de simples juxtapositions de sons plus ou moins inédits et d'apparence plus ou moins complexe. La composition n'est plus l'art de se soumettre à des schèmes formels tout en les faisant évoluer, ni même celui d'en inventer de nouveaux, mais est aussi celui de se dispenser de tout schème formel. Dans la composition musicale subsistent alors deux écoles, ou plutôt deux tendances, la seconde étant très fortement majoritaire. La première reste attachée à un langage musical fortement structuré, capable d'engendrer à la fois formes et discours. L'autre considère comme secondaire le problème de la forme et lui préfère celui de l'élaboration de sonorités, de timbres, d'objets sonores nouveaux. |