| La sonate |
| Si la fugue peut être considérée comme l'exemple
le plus parfait d'une composition musicale fondée sur un thème
unique (le sujet), la sonate , au contraire, présente l'exemple d'un
travail méthodique d'agencement de matériaux thématiques
différents, que l'on contraint à coexister à l'intérieur
d'une même uvre. De plus, si la fugue se présente comme
une pièce unique, fortement architecturée, la sonate d'école,
quoique étant une uvre unique, peut être également
analysée comme la succession de trois pièces (les trois mouvements)
ayant chacune leur propre unité. En fait, deux problèmes se
posent à propos de la sonate. De simples considérations historiques
suffisent pour résoudre le premier, celui de la succession des mouvements.
On peut en effet imaginer que la suite (succession de pièces variées
toujours exécutées à la suite les unes des autres)
et l'ouverture (dans laquelle on trouve l'alternance des tempi lent-vif-lent
ou vif-lent-vif, suivant qu'elle est "à la française"
ou "à l'italienne") ainsi que le concert (ou concerto dit
grosso , à ne pas confondre avec le concerto à soliste, qui
est une forme sonate) se sont trouvés avoir, comme dénominateur
commun, une uvre en trois parties, empruntant l'alternance des tempi
à l'ouverture à l'italienne. Le second problème, plus
délicat, est celui de la construction d'un seul mouvement à
partir de deux thèmes. On peut aussi, il est vrai, imaginer quelque
douteuse filiation de l'ouverture; en dernière analyse, cependant,
le facteur déterminant semble bien devoir être l'imagination
et l'esprit de rigueur des premiers "bâtisseurs" de cette
forme et, tout particulièrement, de Jean-Chrétien Bach (fils
de Jean-Sébastien). En fait, dans la sonate d'école, qui se
présente donc comme une uvre en trois mouvements dans l'ordre
nécessaire des tempi vif-lent-vif, seul le premier mouvement sera
rigoureusement codifié, la forme des deux autres pouvant être
choisie parmi un certain nombre de formes "autorisées".
Le principe de base de cette codification sera le bithématisme et
le caractère de dissemblance que devront posséder les deux
thèmes. Le jeu auquel se livre le compositeur d'une sonate sera donc
symétrique de celui qui est joué par le compositeur d'une
fugue. En effet, c'est maintenant l'unité qu'il faut rechercher,
malgré une variété obligée. Pour parvenir à
cette unité et, surtout, pour la rendre perceptible à l'auditeur,
la variété sera réduite par l'utilisation des reprises;
l'exposé des éléments constitutifs de la sonate - qui
sont le premier thème, une transition, le second thème, et
enfin une conclusion - sera, en effet, répété deux
fois, avant que ces éléments soient développés,
présentés à nouveau dans d'autres tonalités
et intervertis dans leur ordre d'apparition. Ainsi conçu, le premier
mouvement d'une sonate d'école sera donc une forme parfaitement close,
à laquelle il sera possible d'adjoindre au moins deux autres mouvements
construits de telle manière que l'ensemble soit toujours une structure
close. Le deuxième mouvement (lent) sera généralement
de forme "symétrique", soit une partie principale, une
partie centrale et une reprise de la partie principale parfois légèrement
variée. Le dernier mouvement, ou "final" de la sonate,
répondra à la forme dite en rondo , qui n'est autre que la
forme à refrain et couplets dans une version savante: le thème
principal revient périodiquement, ses diverses apparitions étant
séparées par des divertissements. Deux points importants doivent maintenant être signalés: le premier est qu'ainsi codifiée cette forme sonate n'est jamais que la règle à laquelle se réfèrent toutes les exceptions que sont les sonates des grands maîtres; le second est que, à travers lesdites exceptions, on retrouve toujours le souci d'obtenir une structure globalement close, même si les structures particulières des différents mouvements sont perçues comme individuellement ouvertes. À l'intérieur de cette exigence d'unité impérative, de multiples possibilités de choix sont offertes au compositeur. Il est des choix que l'on rencontre assez fréquemment, par exemple: l'utilisation, pour le deuxième mouvement ou le final, de la forme thème et variations ou, pour le final, d'une forme apparentée à celle du premier mouvement. Enfin, un quatrième mouvement, facultatif en quelque sorte, le menuet ou le scherzo , va parfois s'interposer entre le mouvement lent et le final. |