Adorno, Theodor Wiesengrund
(1903 - 1969)

Né en 1903 à Francfort-sur-le-Main, Theodor Wiesengrund-Adorno vécu dans un entourage familial qui le prédisposait à une carrière musicale: sa mère était cantatrice et sa tante, elle même musicienne, contribua d'une manière décisive à l'épanouissement musical d'Adorno. Ce dernier soutint en 1923 sa thèse, non publiée, sur Husserl à l'Université de Francfort (il s'agit de "la transcendance de l'objectal et de la noématique dans la phénoménologie de Husserl", sous la direct. de Hans Cornelius), avant de se rendre à Vienne pour y étudier la composition musicale et le piano. Son oeuvre musicale (des pièces pour quatuor à cordes, un trio pour corde, une ébauche jamais achevée d'opéra) est inspirée par des poèmes de Georg, Trakl, Kafka et Brecht, et il fut séduit par la musique dodécaphonique de Schönberg. Il dirigea en outre un journal: Anbruch. Son séjour à Vienne se termine en 1928 et de retour à Francfort, il rédige sa thèse d'habilitation sur Kierkegaard 
(Kierkegaard, construction de l'esthétique, publiée en 1933). Bien qu'il ait connu étroitement Max Horkheimer dès les débuts des années 20, ce n'est qu'en 1938 qu'il devent officiellement membre de l' Institute für Sozialforschung.
(berceau de l'école philosophique dite "Ecole de Francfort") Adorno hésite, lors de la prise du pouvoir par Hitler, à suivre Pollock et Horkheimer en exil. Il sejourne cependant la plupart du temps à 0xford et sur les insistances réitérées de Horkheimer il se décide à se rendre aux USA en 1938. Les années 40 à 47 sont marquées par la rédaction de Dialektik der Auklärung.Philosophische Fragmente (1947). Si l'activité musicologique d'Adorno est réduite à quelques articles consacré au Jazz, au rôle culturel de la radio et des mass-media, c'est qu'il se concentre sur la monumentale étude sur la personnalité autoritaire et rédige The authoritarian personality ( la personnalité autoritaire ), réalisé en collaboration avec E. Frenkel-Brunswik, Daniel J. Levinson et R. Nevitt Sanford et publié à New-York, en 1950. Le retour, après la guerre, en Allemagne, et la réinstallation de l'Institut à Francfort est le départ d'une oeuvre critique foisonnante qui témoigne d'une pensée dialectique complexe où s'entrelacent la critique musicologique et les rélfexions critiques, polémiques parfois, sur les rapports entre la culture et le monde "administré" de la société industrielle avancée. Les années 50 virent la parution de Auferstehung der Kultur in Deutschland (Résurrection de la culture en Allemagne), Spengler nach dem Untergang (Spengler après le déclin), Minima Moralia. (Minima Moralia, réflexions sur la vie mutilée, édit.franç. Payot), Kulturkritik und Gesellschaft (Critique de la culture et société), Zum Verhältnis von Psychoanalyse und Gesellschaftheorie (Du rapport entre la psychanalyse avec la théorie de la société), Prismen (Prismes, édit franç. Payot), sans compter les multiples interventions dans différents journaux et revues de la RFA. Son oeuvre musicologique est également importante. Elle témoigne d'une volonté de mettre en relation l'analyse formelle des oeuvres musicales avec leur fonction sociale et idéologique. Notons: Dissonanzen: Musik in der verwalten Welt, Klangfiguren: Musikalische Schriften I ... qui sont suivies dans les années 60 d'études littéraires et esthétiques qui marquent l'aboutissement de la théorie esthétique d'Adorno. La fin des années soixante se révèle à la fois féconde et éprouvante pour le philosophe: il fut associé, étroitement mais de manière souvent polémique, au mouvement étudiant et à la nouvelle gauche allemande. Il formula à l'égard des "contestataires" des critiques rigoureuses, dénonçant la "pseudo-activité" de certains groupes révolutionnaires dont la violence confine au terrorisme.
D'un autre côté, la gauche radicale tout comme les partis ouvriers institutionnels ne lui épargnèrent pas les attaques: la théorie critique d'Adorno, imprégnée de pessimisme, n'aboutit à aucune stratégie concrète d'émancipation et se contente d'une abstraction philosophique jugée stérile par les activistes, attitude d'autant plus critiquée que Adorno, avec d'ailleurs l'ensemble de l'école de Francfort, ne se faisait plus aucune illusion sur la nature révolutionnaire du mouvement ouvrier et des partis qui s'en réclament. Il prit en 1958 la direction de l'Institute für Sozialforschung à Francfort. En 1966, paraît sa Negative Dialektik (Dialectique négative, édit.franç Payot) qui constitue en quelque sorte son "testament philosophique" et s'engage dans "la querelle du positivisme", débat entre K. Popper et Adorno (Der Positivismusstreit in der deutschen Sociologie, 1969. Traduction française: De Vienne à Francfort: la querelle des sciences sociales / K.Popper et T. Adorno. - Paris:Ed. Complexe,1979), dans un premier temps, puis avec Jürgen Habermas, débat dont l'enjeu était la réintroduction de la méthode dialectique dans les sciences sociales, leur permettant de contribuer "au développement des contradictions de la réalité à travers la connaissance de celle-ci" (Adorno). Après sa mort, en 1969, qui interrompt inopinément sa Théorie esthétique, inachevée, Mme Gretel-Adorno et Rolf Tiedemann entreprennent la publication posthume de ses derniers écrits: Aesthetische Theorie; Aufsätze zur Gesellschaftstheorie und Methodologie; Erziehung zur Mündigkeit et Über Walter Benjamin. L'édition des oeuvres complètes d'Adorno est entreprise (Editions Suhrkamp à Francfort s/Main)