| Carrache,
Annibal
(Bologne, 1560 - Rome, 1609) |
| Dans le but de surmonter les modèles de la culture maniériste désormais décadente, Annibal Carrache crée une tendance visant au renouvellement de la peinture et fondée sur la récupération et l'analyse du "vrai" et du naturel et des modèles de la Renaissance, de Raphaël au Corrège, et au Titien. Avec son frère Augustin et son cousin Ludovic, il fonde en 1585 à Bologne l'Académie des Desiderosi (appelée Académie des In camminati à partir de 1590), et il peint à fresque des cycles à sujet allégorique et mythologique dans des palais de Bologne (Palais Fava, 1583-84; palais Magnani-Salem, 1588-92). Il manifeste un intérêt très vif pour le naturalisme dans ses tableaux de jeunesse, comme l'Etal du boucher (1582-83, Oxford, Christ Church), le Mangeur de fèves (1583-84, Rome, galerie Colonna) ou dans le Crucifix (1583, pour Saint-Nicolas à Bologne, actuellement à Sainte-Marie-de- la-Charité). Entre 1585 et 1586, il accomplit plusieurs voyages en Toscane, à Parme, à Venise, qui enrichissent ultérieurement sa culture artistique, comme on peut le voir dans ses tableaux à sujet religieux, le Baptême du Christ (1585, Bologne, Saint-Grégoire) et l'Assomption (1592, Bologne, Pinacothèque Nationale) ou encore dans le tableau à sujet mythologique, Vénus avec un satyre et deux amours (vers 1588, Florence, Offices) : ils sont tous caractérisés par des compositions solides et éloquentes, qui révèlent sa connaissance du classicisme de la Renaissance et du chromatisme vénitien. En 1599, Carrache est invité à Rome par Odoardo Farnèse qui lui commande la décoration à base de sujets mythologiques du "Camerino" (où figurait également Hercule entre le vice et la vertu, actuellement à Naples, Musée de Capodimonte) et de la galerie du palais Farnèse. Il y reprend les modèles de la Chapelle Sixtine de Michel-Ange et de la Loge de Psyché de Raphaël et lance les bases qui serviront au développement de la grande décoration baroque. Pour les Farnèse, Carrache peint aussi la Pietà (1599-1600, Naples, galerie de Capodimonte) dont la rigueur formelle ne l'empêche pas de rendre tout le pathétique intense de la scène. Parmi les dernières oeuvres peintes par Carrache, la lunette montrant la Fuite en Egypte, pour la chapelle du palais Aldobrandini (vers 1603, Rome, Galerie Doria Pamphili) est particulièrement importante: elle exprime en effet une nouvelle conception du paysage et de la nature interprétée selon un idéal de perfection classique qui devient le point de repère fondamental pour des artistes tels que Dominiquin, Lorrain et Poussin. |