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C'est
lors du cinquantième anniversaire de l'attribution du prix Nobel
de physique
à la découverte de la diffraction par Max von Laue, et deux ans après
le prix de chimie de Perutz et Kendrew pour la détermination des structures
de deux protéines globulaires par diffraction de rayons X, qu'une nouvelle
fois cette technique est à l'honneur.
Dorothy Crowfoot
est née au Caire en 1910. Commençant ses études de chimie à Oxford, en
1928, elle a la grande chance d'avoir pour professeur un Robinson et un
Hinshelwood. Attirée par la recherche scientifique, elle se met à travailler
en 1932, à Cambridge, sous la direction de J. D. Bemal sur la détermination
des structures de cristaux par diffraction des rayons X. De retour à Oxford
en 1934 comme professeur, elle y effectue ses travaux les plus remarquables
sur la structure de certaines substances biologiques. C'est aussi à cette
époque, en 1937, qu'elle épouse l'historien Thomas Hodgkin. Elue en 1947
membre de la Royal Society, elle y est chargée à partir de 1960 d'une
direction de recherche, toujours à l'Université d'Oxford où elle continue
ses travaux.
La méthode d'étude des structures de substances par diffraction de rayons
X s'est beaucoup perfectionnée avec le temps, et les calculateurs électroniques
en particulier en ont grandement amélioré les possibilités. Néanmoins,
l'habileté de l'expérimentateur et la sagacité de celui qui interprète
les résultats restent primordiales quand il s'agit d'étudier des molécules
biologiques complexes. Dorothy Crowfoot Hodgkin, qui a travaillé sur un
certain nombre de ces molécules, possède au plus haut point ces deux qualités,
et ce sont ses recherches sur la pénicilline (1947) et la vitamine B12
(1956) qui ont été les plus remarquables.
La découverte de la pénicilline par Fleming date de 1928. Au début de
la Seconde Guerre mondiale, la concentration des jus de culture du Penicillium
notatum par le froid a permis, grâce aux travaux de Chain et de Florey,
de procéder à sa préparation industrielle et à son emploi en thérapeutique.
A fortes concentrations, les pénicillines sont des bactéricides puissants,
et leur consommation n'a cessé de croître rapidement durant la guerre.
On s'est donc demandé s'il serait possible de préparer ce type de composés
par synthèse. Pour ce faire, il était indispensable de déterminer la composition
et la structure de la pénicilline. En Angleterre comme aux Etats-Unis,
de nombreux chimistes et cristallographes se penchèrent sur ce délicat
problème. Très vite Dorothy Crowfoot Hodgkin apparut comme un véritable
chef de file dans cette vive compétition, et ses efforts furent bientôt
couronnés de succès. En quatre ans (1942-1946), la structure de la pénicilline
fut établie. Il est vrai qu'une coopération étroite et très active s'était
développée entre des chimistes organiciens, des cristallographes et des
chimico-physiciens, qui mettaient à contribution d'autres techniques analytiques,
et plus spécialement la spectrométrie infrarouge. Les difficultés à surmonter
furent considérables, non pas qu'il s'agft d'une grosse molécule, mais
parce qu'en chimie pure on manquait de résultats susceptibles de guider
les cristallographes. L'adresse et la persévérance de la chimiste britannique
ont toutefois été décisives. Une dizaine d'années plus tard, en 1959,
John Sheehan réussit, grâce aux travaux antérieurs, à faire la synthèse
totale de cet exceptionnel antibiotique.
En 1948, on isola du foie la vitamine B12 sous la forme d'un composé cristallin
rouge dont on découvrit qu'il contenait du cobalt et du phosphore. Dorothy
Crowfoot Hodgkin, auréolée par ses travaux sur la pénicilline, trouva
là un nouveau champ d'investigation, et entreprit aussitôt de déterminer
la structure de cette vitamine. Il est important de signaler que la synthèse
microbienne est la seule source originale de cette substance; la meilleure
illustration en est donnée par la flore microbienne du rumen, ou panse
des ruminants, dans le contenu desséché duquel la concentration en vitamine
B12 atteint 50 p.g /100 g. Chez l'homme, elle est également synthétisée
par les bactéries intestinales: on la trouve dans les ïèces en des quantités
bien plus importantes chez les patients anémiques que chez les sujets
normaux; on soigne donc les personnes souffrant d'anémie pernicieuse par
injection intramusculaire de vitamine B12. Chez les sujets sains, la couverture
des besoins est assurée par l'absorption d'aliments d'origine animale,
les plus riches étant le foie et le rein; les viandes musculaires, le
lait, les fromages et les oeufs en contiennent dix fois moins. Cette vitamine
est en revanche absente dans les plantes supérieures. Après six ans de
travaux, en 1956, Dorothy Crowfoot Hodgkin et ses collaborateurs élucidèrent
la structure de la vitamine B12. Jamais encore on n'avait réussi à établir
la structure d'une molécule aussi grande: c'était le triomphe des techniques
cristallographiques des rayons X.
Il paraît impossible dans le cadre de cet ouvrage de résumer de tels travaux.
Nous nous contenterons d'indiquer que la portion centrale de la molécule
est constituée de quatre noyaux pyrroliques, réiuits et fortements substitués,
entourant un seul atome de cobalt. En bas de la formule se trouve un riboside
5,6-diméthyl-benzimidazole relié par un bout à l'atome de cobalt. L'autre
bout, par l'intermédiaire de la molécule de ribose, d'un phosphate et
d'un aminopropanol, est relié à une chaîne latérale fixée sur un noyau
tétrapyrrolique IV. Un groupement cyané est relié au cobalt par un lien
de coordinance.
Les recherches de Dorothy Crowfoot Hodgkin ont permis de mieux connaître
la pénicilline et la vitamine B12, contribuant par là à développer le
traitement des maladies inféctieuses et des anémies.
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