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Hans
Holbein le jeune est un peintre et graveur allemand,
né à Augsbourg en 1497 et décédé à Londres en 1543. Fils du peintre Hans
HOLBEIN l'ancien, il travailla comme aide dans l'atelier de son père.
En 1515, sa famille se fixa à Bâle, haut lieu de l'humanisme où il se
lia avec Erasme. Il séjourna à Lucerne, en Italie puis en France.
De 1516 à 1526, travaillant pour la haute bourgeoisie
commerçante, il réalisa des portraits, compositions religieuses, décorations
murales, cartons de vitraux et des gravures. Influençé par
Grünewald,
son style s'ouvrit aux nouvelles conceptions de la Renaissance italienne.
En 1526, fuyant la Réforme, il partit pour Londres, recommandé par Erasme
à Thomas More, dont il fit le portrait et séjourna jusqu'en 1528 en Angleterre
où il se fixa définitivement en 1532, laissant sa famille à Bâle.
Cette époque constitua l'apogée de sa carrière. Il éxécuta
le projet d'un arc de triomphe pour l'entrée d'Anne Boleyn à Londres et
peignit Les Ambassadeurs en 1533.
En 1536, il fut nommé peintre-valet de chambre d'Henri
VIII et devint en peu de temps le portraitiste officiel de la cour d'Angleterre,
tout en menant une activité très diverse : miniatures, oeuvres décoratives.
En 1543, en pleine gloire, il mourut de la peste. Portraitiste de génie,
recherchant derrière les apparences les expressions signifiantes des visages,
unissant aux traditions gothiques les nouvelles tendances humanistes,
il effectua la synthèse des courants artistiques de son époque.
Le
sujet :
Ce
double portrait (le plus célèbre de Hans Holbein car le plus riche en
symboles et le plus énigmatique) fut éxécuté à Londres en 1533 et marqua
le point de départ de la renommée de l'artiste. Arrivé dans la capitale
anglaise en septembre 1532, Holbein fit la rencontre d'un jeune noble
français soucieux de faire immortaliser son portrait : Jean de Dinteville
(1504-1555), Ambassadeur de François Ier auprès d'Henri VIII d'Angleterre.
Ce dernier était trop occupé au préparatif de son mariage avec sa nouvelle
femme Anne Boleyn et au couronnement qui suivit pour prêter attention
au jeune Holbein.
Dinteville commanda à Holbein ce tableau pour fixer
la visite à Londres de son ami l'évêque de Lavaur pour Pâques 1533. L'évêque
Georges de Selves (c.1508-1541) qui fut plus tard Ambassadeur de
France à Venise, se sentit flatté de poser, l'espace de quelques semaines,
pour ce portraitiste de talent. Il est représenté à droite du tableau
en tant qu'Ambassadeur de "robe longue", dépositaire du pouvoir
religieux, par opposition à Dinteville à gauche, qui figure l'Ambassadeur
"de robe courte" détenteur du pouvoir politique.
Cette oeuvre se veut tout d'abord une célébration de la gloire de jeunes
français très fortunés, parvenus au sommet de la hiérarchie sociale, érudits
et influents. Ils sont représentés presque en taille réelle (le panneau
a une hauteur de deux mètres) devant une tenture de damas vert et s'appuient
sur une table à deux étages dont la surface supérieure est recouverte
d'un tapis.
On notera le contraste saisissant dans les vêtements
des deux personnages: Dinteville impose une stature royale et altière
dans sa pelisse d'hermine à manches bouffantes sur chemise à crevés de
soie rouge et arborant le collier de l'Ordre de Saint-Michel (la plus
haute distinction française à l'époque). De Selves affiche au contraire
une tenue plus austère et uniforme dans son manteau de brocart brun qui
l'enveloppe de la tête aux pieds. (on retrouve la même chemise de soie
rouge et un tapis au motif semblable dans le
portrait du marchand Gisze réalisé un
an plus tôt, voir fig.3.)
L'attention
du spectateur se porte également sur les instruments scientifiques et
artistiques placés en évidence sur les deux étagères. Les objets sur le
premier plateau représentent l'étude du ciel avec le globe céleste, un
cadran solaire portatif en cuivre et un quadrant (instrument de navigation
qui permettait de calculer la position d'un navire par rapport à celle
des étoiles). A droite sont posés un cadran solaire polyèdre et un torquetum
(autre instrument d'astronomie, utilisé pour mesurer la position des planètes).
N'oublions pas que ce siècle est celui de Copernic qui fut le premier
à démontrer que la terre est un satellite du soleil.
Sur le plateau inférieur, les objets traduisent un intérêt pour les problèmes
terretres et matériels. Ainsi voit-on à gauche le mémoire du commerçant
de Peter Apian (paru en 1527) et à droite près de l'évêque le livre
de cantiques de Johann Walther (paru en 1524) illustrant les psaumes
de Luther. Le globe terrestre symbolise l'intérêt que les deux hommes
portaient à la géographie et aux découvertes des nouvelles terres outre
atlantique. Ces appareils d'astronomie et de chronométrie
présents dans le tableau traduisent une volonté chez le commanditaire
de paraître en homme cultivé et moderne. Le livre religieux correspondrait
à la tolérance de l'évêque catholique de Selves qui eut une attitude conciliante
et diplomate entre les confessions au cours de la phase de la querelle
confessionnelle acharnée. On retrouve par ailleurs ce symbole d'harmonie
dans l'instrument à cordes: le luth.
les ambassadeurs symbolisent donc la puissance laïque et ecclésiastique appuyée sur
la curiosité, l'érudition et l'humanisme. Cependant Holbein a jeté au
premier plan en travers de cet hymne à la jeunnesse triomphante une forme
bizarre, oblongue, écrasée qui ressemble à une tête de requin aplatie
ou à une baguette de pain. C'est l'image latente des Ambassadeurs, son énigme, sa résultante qui vient troubler l'ordre apparent
des choses et la sérénité des figures. Ce mystère qui intrigue depuis
des générations les visiteurs de la National Gallery est le masque et
en même temps la "signature" d'Holbein.
C'est en fait une anamorphose: une sorte de
rébus , une projection d'une forme en elle-même, une élongation pour les
initiés de l'art de la perspective.
Celle-ci prend toute sa dimension et livre son secret lorsqu'on se
déporte sur le côté latéral du tableau pour la regarder de biais.
On aperçoit alors une tête de mort déformée projetant une ombre sur le
carrelage en mosaïque et qui semblerait appartenir à la réalité des deux
Ambassadeurs. Ce prodige de l'artiste est là pour rappeler aux hommes
la brièveté de la vie et la vanité humaine.
Dinteville,
de nature mélancolique, ressentait souvent d'après son entourage, cette
crainte de la mort et sa devise : Memento mori <<souviens-
toi de la mort>> traduit l'expression du refus moderne de la mort
que personne à cette époque ne peut plus regarder en face et qui semble
avoir hanté l'imagination d'Holbein jusque dans ses oeuvres les plus abouties: le Christ mort (c.1522, Bâle, Kunstmuseum), ou bien les
simulacres de la mort (dessins dont furent tirées
des gravures) .
Obéissant à la légitimité d'un autre regard, celui de
la vision morale de l'oeuvre, c'est cette mémoire de la mort que rappelle
le facétieux Holbein (dont le nom signifie os creux en français)
dans ce mystère du portrait des Ambassadeurs.
Oeuvres
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