| Ingres, Jean-Auguste-Dominique (1780-1876) |
Peintre
français, grande figure de l'opposition néoclassique, au
courant romantique mené par Eugène Delacroix et Théodore
Géricault. Marqué par l'enseignement de Jacques-Louis David
dont il se détacha cependant assez vite, Ingres fut surtout influencé
par Raphaël. On a d'ailleurs souvent décrit son style comme
une double inspiration de ces deux maîtres. Né à Montauban, Ingres fut formé par son père sculpteur et peintre qui lui apprit le dessin ainsi que le violon. Entré à l'Académie royale de Toulouse en 1791, il fréquenta à partir de 1797 l'atelier du peintre néoclassique Jacques-Louis David à Paris, avant de remporter le prix de Rome en 1801 pour les Ambassadeurs d'Agamemnon (École des beaux-arts, Paris). Premier séjour à Rome De 1806 à 1820, il séjourna à Rome, où s'affirmèrent ses dons exceptionnels pour le dessin. C'est là qu'il s'imprégna de l'influence de Raphaël dont témoignent ses nombreux portraits à la mine de plomb. De cette période romaine date Jupiter et Thétis (1811, musée d'Aix-en-Provence), uvre très mal reçue par le public de l'époque, mais affirmant cependant son style par les déformations excessives qui lui sont caractéristiques. La renommée En 1820, il quitta Rome pour Florence, où il resta quatre ans et travailla à une commande du gouvernement français: Vu de LouisXIII (1820, cathédrale de Montauban). Présenté au Salon de 1824, son tableau connut un véritable triomphe. Le retour d'Ingres à Paris fut donc marqué par un grand succès; Ingres fut placé par la critique à la tête du courant néoclassique qui s'opposait alors au tout jeune mouvement romantique mené par Eugène Delacroix et Théodore Géricault. Pendant dix années, il forma dans son atelier parisien de nombreux peintres (notamment Théodore Chassériau et Hippolyte Flandrin) et réalisa, entre autres nombreuses commandes, l'Apothéose d'Homère (1827) pour le plafond de la salle Clarac du Louvre. Très mécontent du mauvais accueil que reçut son Martyre de saint Symphorien (1834, cathédrale d'Autun), il repartit pour l'Italie et accepta en 1835 la direction de l'Académie de France à Rome. À l'issue de son mandat de sept ans, mené avec beaucoup de rigueur, il revint à Paris où il fut acclamé comme l'un des plus grands peintres français. Sa double position de peintre et de porte-parole officiel de l'art académique contre le romantisme se renforça et il fut promu commandeur de la Légion d'honneur en 1845. Lors de l'Exposition universelle de 1855, il se vit décerner une médaille d'or, au même titre que son principal rival, Delacroix. Un grand portraitiste Outre ses nombreuses peintures décoratives, ou encore ses cartons de vitraux pour la chapelle royale de Dreux, les portraits d'Ingres devaient particulièrement marquer l'évolution du genre. Ses qualités de dessinateur et son acuité psychologique alliées à la précision linéaire du trait en firent en effet un portraitiste de grand talent. M. Bertin (1832, musée du Louvre, Paris), Mme Moitessier (1851, National Gallery of Art, Washington) et la Comtesse d'Haussonville (1845, Frick Collection, New York) sont à cet égard des exemples remarquables. Davantage que la représentation fidèle du modèle, c'est son trait distinctif qu'il recherchait et sur lequel il lui fallait insister. La vieillesse n'entama en aucune sorte la productivité d'Ingres, qui livra, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, le célèbre Bain turc (1863, musée du Louvre, Paris), sommet de sa maîtrise du nu féminin. À sa mort en 1867, il légua la majeure partie de son uvre à la ville de Montauban qui créa le musée Ingres. Au-delà de son appartenance au mouvement néoclassique qui le rejeta parfois, Ingres fut plus difficilement classable que ne l'ont cru ses contemporains. Il fut en réalité l'initiateur d'une onde dont les répercussions dépassèrent de beaucoup son siècle et que l'on a nommée après lui l'ingrisme. De nombreux artistes, parmi lesquels Edgar Degas et Pierre-Auguste Renoir dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis Henri Matisse et Pablo Picasso au XXe siècle, se réclamèrent en effet de son uvre. |