|
Les
parents de ce biochimiste argentin, né à Paris le 6 septembre 1906, sont
partis vivre à Buenos Aires alors que leur fils n'était âgé que de deux
ans. En 1932, Luis F. Leloir est docteur en médecine de l'Université de
Buenos Aires. Il commence alors une carrière de chercheur scientifique
à l'Institut de physiologie de la capitale argentine sous la direction
du professeur Bemardo A. Houssay (qui recevra le prix Nobel de médecine
en 1947). Ses travaux mettent en évidence le rô1e de l'hypophyse dans
le métabolisme des hydrates de carbone. En 1936, il part travailler au
laboratoire de biochimie de Sir F. G. Hopkins, à Cambridge, en Angleterre;
il revient ensuite en Argentine où, aux côtés de J. M. Muiloz, il s'intéresse
au mécanisme d'oxydation des acides gras dans le foie, et à la formation
de l'angiotensine (un polypeptide).
En 1944, il se rend aux Etats-Unis, à Saint-Louis, où il est assistant
du Dr C. F. Cori (futur co-lauréat du prix Nobel de physiologie-médecine
de 1947 avec B. A. Houssay), qui s'intéresse aussi au métabolisme des
hydrates de carbone. Il effectue en outte un séjour chez D. E. Green,
à l'Université Columbia de New York. De retour en Argentine, il occupe
les fonctions de directeur de l'Instituto de Investigaciones Bioquimicas,
Fundacion Campomar, qu'il finance en partie avec ses revenus personnels.
C'est avec ses premiers collaborateurs, R. Caputto, C. E. Cardini, R.
Trucco et A. C. Paladini, qu'il va faire de grandes découvertes sur les
donneurs de glucose. Nommé professeur à la Faculté des Sciences de Buenos
Aires, il continue, avec l'aide de Nicolàs Beluens, ses travaux
sur le rô1e des polyprénols et du dolichol dans les mécanismes de transfert
du glucose dans les tissus du règne animal.
Il a reçu un nombre
important de titres honorifiques et de distinctions, parmi lesquels celui
de président de la Panamerican Association of Biochemical Societies.
Les hydrates de carbone comprennent les sucres (glucides, saccharides)
et constituent les polysaccharides à haut poids moléculaire. Ils sont
extrêmement importants en biologie. Leur biosynthèse apparaft comme un
procédé d'une remarquable perfection, bien peu connu avant les recherches
du savant argentin. Leur processus de dégradation biologique (combustion)
restait aussi très confus. On pensait même que ces deux mécanismes (synthèse
et dégradation) étaient réversibles. Publiés à partir de 1949, les travaux
de Leloir sur les nucléosides-diphospho-sucres et leur r61e dans la synthèse
du glycogène et des autres polysaccharides, constituent donc une avancée
très importante dans le développement des connaissances sur la chimie
des êtres vivants. C'est grâce à l'emploi de l'énergie lumineuse reque
du soleil que les plantes sont capables de produire des sucres (hexoses)
à partir de deux composés très simples et universellement répandus, le
gaz carbonique et l'eau. Ces hexoses sont ensuite transformés en différentes
substances polymériques de réserve ou de soutien, qui sont les polysaccharides
(amidon, cellulose, etc.). Mais dans le cas des cellules animales ou chez
les bactéries dépourvues de chlorophylle, les réactions de photosynthèse
citées sont irréalisables : les molécules alimentaires sucrées sont alors
transformées, par l'intermédiaire des acides aminés, du pyruvate, du lactate,
etc., en glucose et en glycogène (ou glucogène).
Leloir a été l'un des premiers à proposer une hypothèse nouvelle à propos
des transformations des sucres, des plus simples aux plus complexes, en
évoquant la participation d'une substance inconnue mais essentielle. Après
de difficiles travaux, il a réussi à isoler cette substance et à déterminer
sa nature chimique, qu'il a décrite comme étant en partie un nucléotide
associé à un sucre, d'où l'appellation de nucléotide-ose. Leloir a montré
que la transformation des sucres ne pouvait s'opérer qu'au travers de
ces substances nouvellement découvertes. Le premier nucléotide-sucre isolé
fut appelé l'uridine-diphosphate-glucose: UDPG. Sa structure sera confirmée
par sa synthèse directe, réussie cinq ans plus tard à Cambridge par l'équipe
de Todd. Leloir et ses collaborateurs ont également remarqué que l'amidon
(sans lien avec le galactose) contenait aussi de l'UDP-glucose, ce qui
laissait supposer que cette substance devait intervenir dans d'aubzs métabolismes
naturels. D'où la question rituelle, qui finit par devenir une plaisanterie
dans les laboratoires de chimie de cette époque: à quoi sert-il donc,
cet UDP-glucose?
Leloir a réussi à y répondre: cette substance et celles qui lui ressemblent
(appelées aujourd'hui les donneurs) interviennent dans l'interconversion
des oses, et plusieurs réactions sont à l'origine de ces conversions:
- l'épimération,
qui régit l'exemple que nous venons de voir, soit le passage du glucose
en galactose;
- l'oxydation, qui conduit par exemple aux acides uroniques;
- la décarboxylation:
celle de l'acide glucuronique, par exemple, conduit à la formation d'un
pentose (xyloxe).
La contribution de Leloir et de son équipe a été aussi déterminante dans
la synthèse du glycogène. Elle porte sur la découverte et la formation
de chaihes de glucose par transfert à partir d'UDP-d-glucose grâce à une
enzyme, le glycogène-synthétase; lorsque les chaînes sont assez longues
(10 unités de glucose), une enzyme "branchant", une transférase, complète
la biosynthèse du glycogène. Leloir a plus spécialement étudié la structum
et les propriétés du glycogène hépatique natif, montrant l'existence d'une
liaison labile tous les 50 000 résidus glycosidiques. Il a réussi à préparer
du glycogène à haut poids moléculaire, obtenant un produit très voisin
de la forme native.
Ensuite, après avoir
isolé de nombreux nucléosides-diphosphosucres de la série des uridines,
il a isolé un dérivé de la guanosine, et a montré que toutes les bases
trouvées dans les acides nucléiques sont impliquées dans le métabolisme
des hydrates de carbone chez les animaux supérieurs ainsi qu'au cours
de la formation des parois des bactéries ou des cellules végétales.
Les travaux de Leloir
et de tous ceux qu'il a inspirés à travers le monde sont à l'origine des
études modernes sur la biosynthèse des polysaccharides animaux, microbiens
et végétaux. Ils ont surtout levé le voile qui enveloppait cet important
secteur de la biochimie.
|