| Manet,
Edouard
(Paris, 1832-1883) |
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Peintre français. Provenant d'une riche famille bourgeoise, il fait des études classiques au lycée Rollin à Paris, où il se lie d'amitié avec le futur écrivain Antonin Proust, à qui l'on doit de précieux renseignements sur sa vie et sur son activité (Souvenirs). A l'âge de seize ans, il abandonne ses études pour entreprendre la carrière d'officier de marine, mais il n'est pas reçu aux épreuves d'admission; il décide de s'embarquer pour Rio de Janeiro sur un navire marchand, comme pilotin. Pendant le voyage, il commence à se consacrer au dessin, en exécutant les caricatures des membres de l'équipage. Ayant échoué une deuxième fois aux épreuves d'admission à l'École Navale, il convaint son père de le laisser entreprendre des études artistiques: en 1850, il entre dans l'atelier du peintre académique Thomas Couture, où il reste pendant six ans, malgré de violents désaccords avec son maître. Convaincu que le renouveau de la peinture doit se faire dans le cadre de la tradition, il étudie les oeuvres des grands maîtres conservées au Louvres et, entre 185 et 1856, il effectue de nombreux voyages en Hollande, Allemagne, Autriche, Italie. Il s'intéresse en particulier à des artistes comme Giorgione, Titien, et les Hollandais du XVIIe siècle, qui ont placé la couleur au centre de leurs recherches picturales. Les grands peintres espagnols, comme Francisco Goya y Lucientes et Diego Velázquez qu'il a l'occasion d'étudier profondément au cours d'un séjour en Espagne en 1865, joueront un rôle fondamental dans sa formation. Ses premières oeuvres importantes représentent des scènes de la vie parisienne, en partie inspirées par son ami Charles Baudelaire (Buveur d'absinthe, 1858, Copenhague, NyCarlsberg Glypotek; Musique aux Tuileries, Londres, National Gallery). Le Buveur d'absinthe est refusé au Salon de Paris de 1859, malgré l'avis favorable d'Eugène Delacroix. Deux ans plus tard, il obtient avec le Guitariste espagnol (New York, Metropolitan Mus.) une des très rares récompenses officielles de sa carrière. Après la série de tableaux de l'inspirée par une compagnie de ballet espagnole, Manet exécute en 1862 deux de ses tableaux les plus célèbres, qui constitueront un jalon pour la peinture impressionniste et post-impressionniste: Le Déjeuner sur l'herbe, et Olypia (Paris, Musée d'Orsay). Ces deux tableaux suscitent un des scandales les plus éclatants de l'histoire de la peinture moderne, aussi bien par les sujets traités que par le style anti-académique qui les caractérise. Manet abolit les volumes, la perspective, le clair-obscur, et le "sfumato", et appli que les couleurs à plat, dans des contours nettement cernés, en rapprochant les tonalités claires et sombres pour obtenir d'audacieux contrastes de couleurs. Le manque de profondeur de l'espace provient de son analyse des estampes japonaises, tandis que la palette et certains éléments de la composition sont à rattacher à l'influence de la peinture espagnole. Au cours des années suivantes, Manet peint une série de natures mortes et, après son voyage en Espagne de 1865, il exécute des tableaux inspirés par la peinture de Goya et de Velázquez, comme le Fifre (1866, Paris, Musée d'Orsay), les différentes versions de l'exécution de l'empereur du Mexique Maximilien (1867; la plus intéressante se trouve à Mannheim, Kunsthalle), Le déjeuner dans l'atelier (1884, Munich, Bayerische Staatsgal) et le Balcon (1868, Paris, Musée d'Orsay). A partir de 1863, il participe aux réunions du café Guerbois et de la Nouvelle Athènes, avec les jeunes peintres qui donneront naissance au mouvement impressionniste. Malgré sa courte adhésion à l'Impressionnisme, dont témoignent des toiles comme Couple en barque à voile (1874, New York, Metropolitan Mus.), et Monet et sa femme (1874, Munich, Neue Pin.), Manet reste délibérément en dehors du groupe, en refusant de participer aux expositions collectives. Contrairement aux jeunes peintres impressionnistes, il préfère la figure humaine au paysage, et il a recourt à des tonalités et à des rapprochements de couleurs qui ne suivent pas les règles de la complémentarité propres à la peinture impressionniste. Ses principaux interlocuteurs restent ses amis écrivains Baudelaire, Zola, Mallarmé, qui lui inspirent une série de tableaux teintée de naturalisme, comme le Bar des Folies Bergères (1881, Londres, Tate Gall.) et Nana (1877, Hambourg, Kunsthalle), qui précède de peu la publication du roman homonyme de Zola. Tout au long de sa carrière, Manet exécute des portraits de ses amis ou connaissances, en représentant toujours les personnages de façon très immédiate et avec une grande acuité psychologique (Portrait d'Émile Zola, 1867-68, Paris, Musée d'Orsay). |