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Artiste français,
principal représentant du mouvement fauve, considéré
comme l'un des grands précurseurs de l'art moderne, qui excella
dans l'utilisation des couleurs et des formes comme vecteurs d'un contenu
émotionnel.
Matisse naquit
le 31 décembre 1869, au Cateau-Cambrésis, dans le nord de
la France, d'une famille de commerçants. Il étudia le droit
à la faculté de Paris (1887-1889). Dans l'atelier de
Gustave
Moreau, où celui-ci l'accueillit après avoir apprécié
ses dessins, il copia les uvres de la tradition académique.
Son travail de jeunesse révéla son goût pour le naturalisme
feutré des Nabis. D'un voyage en Bretagne et en Corse, il étudia
les possibilités du paysage à l'aune d'une palette allant
s'éclaircir sous l'empreinte des impressionnistes.
La libération artistique de Matisse, en termes de maniement des
couleurs pour le rendu des formes et l'organisation des plans dans l'espace,
fut l'influence décisive de Paul Gauguin, de
Paul Cézanne
et de Vincent Van Gogh, dont il étudia de près les uvres,
à partir de 1899, par l'intermédiaire du collectionneur
John Russel. Ses toiles, natures mortes et nus féminins, en retrouvent
les tons chauds et la construction stricte suivant le plan du tableau.
Passant l'été 1904 à Saint-Tropez chez le peintre
Paul Signac, Matisse découvrit le procédé du pointillisme,
technique nouvelle de juxtaposition de petites touches (des points ou
des traits courts) de pigment pur pour créer, dans le regard du
spectateur, un mélange optique intense car préservé
des aléats de l'alliage chromatique sur la palette. Il l'adopta
dans Luxe, Calme et Volupté (1904, musée d'Orsay, Paris)
où un thème symboliste ordinaire rencontre un traitement
moderne: une touche éclatée, des couleurs intenses (rouges
et jaunes) et l'utilisation d'un cerne épais pour marquer les volumes.
Les fortes couleurs et l'attention à la construction des plans
permettent au relief des motifs de ne point se dissoudre dans la division
méthodique.Dans les toiles suivantes, Matisse abandonna peu à
peu le divisionnisme au profit d'un retour au dessin qui cerne et contourne
des couleurs de moins en moins imitatives. Dans le Portrait de Madame
Matisse (dit la Raie verte, 1905, Statens Museum for Kunst, Copenhague),
le front et le nez de son épouse sont figurés par une large
bande d'un vert brillant. La même année, Matisse montra ses
uvres au troisième Salon d'automne, réunissant plusieurs
de ses compagnons, comme André Derain et Maurice de Vlaminck. Ils
furent surnommés par dérision «les fauves»,
en raison de l'utilisation violente de la couleur qui construisait par
grande masse l'espace de la toile.
En 1908, Matisse
reçut une commande d'un collectionneur russe, Sergueï Chtchoukine:
des panneaux muraux sur le thème de la danse et de la musique (tous
deux achevés en 1911, aujourd'hui conservés au musée
de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg). Ces panneaux monumentaux
marquent une inflexion dans son parcours. Confronté aux avancées
du cubisme (une peinture qui construit les formes par un rendu géométrique
des volumes élémentaires, et qu'il frôle sans vouloir
cautionner), Matisse préfère un volume générique,
découpé dans la couleur, abandonnant le travail de la touche
et privilégiant le contraste entre des aplats aux lignes figuratives.
Ainsi le panneau de la Danse est divisé verticalement par une ligne
ondulée: dans la partie supérieure, un aplat azur pour
le ciel; dans la partie inférieure, un aplat vert pour la colline.
Sur ce fond abstrait, des arabesques cernent les corps roses des artistes
en une guirlande musicale. L'art de Matisse dans l'agencement sensible
des couleurs, des volumes et des lignes conquiert une harmonie intuitive.
Matisse rapporta
de voyages au Maroc et à Tahiti un goût marqué pour
des paysages clairs et fluides, les corps opulents des odalisques, les
couleurs chaudes des intérieurs exotiques. Installé à
Nice puis à Vence, il illustra en 1943 le livre Jazz par des gouaches
découpées. Cette technique du découpage, qu'il utilisa
abondamment jusqu'à la fin, faisait la synthèse de ses recherches
plastiques passées. Dans ces assemblages de morceaux de papier
aux couleurs éclatantes collés sur une toile, le dessin
devenait la couleur, elle-même étant le volume. De 1946 à
1948, il reçut une commande officielle pour la décoration
de la chapelle Sainte-Marie du Rosaire de Vence, qu'il acheva en 1951.
Il exécuta les vitraux et l'ensemble des éléments
sacerdotaux suivant des principes de compositions proches des gouaches
découpées. Ainsi sa peinture, qu'il voulait méditative
et harmonique, trouvait son application à la fois dans l'espace
réel et dans le temps des rites catholiques.
Henri Matisse mourut
à Nice le 3 novembre 1954. Un musée consacré à
son uvre fut inauguré au Cateau-Cambrésis en 1952.
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