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Né
à Carcassonne le 5 septembre 1854, Paul Sabatier fit ses études secondaires
dans sa ville natale, puis au lycée et au collège Sainte-Marie de Toulouse,
avant d'entrer en classe préparatoire à Paris. Reçu à l'Ecole Polytechnique
et à l'Ecole Normale Supérieure, il choisit cette dernière, où il se lie
d'amitié avec deux futures célébrités, Emile Picard et Marcel Brillouin.
Attiré par les sciences, et influencé par les cours de deux grands maîtres,
Henri Sainte-Claire Deville et Charles Friedel, il s'oriente vers la chimie.
Reçu major à l'agrégation en 1877, après une courte carrière comme professeur
de lycée à Nîmes, il devient le préparateur de Berthelot au Collège de
France, et entreprend une thèse sur les sulfures métalliques, qu'il soutient
en 1880. Il part alors enseigner à la Faculté des Sciences de Bordeaux,
puis à Toulouse, d'abord comme maître de conférences en physique, puis
comme professeur de chimie, occupant la chaire de Chimie générale à partir
de 1884, et cela pour 45 ans! Il continue dans le même temps à diriger
son laboratoire avec un entrain qui ne se dément jamais, bien au-delà
de l'âge de la retraite, puisqu'il ne s'arrêtera que pour mourir, à 87
ans.
La carrière de Paul
Sabatier est jalonnée de titres honorifiques: prix Lacaze en 1897, prix
Jecker en 1905, prix Nobel en 1912. En 1913, il est le premier membre
"non résidant" I (c'est-à-dire ne demeurant pas à Paris) à être élu à
l'Académie des Sciences. Ajoutons enfin que, désireux de contribuer à
l'essor de Toulouse et d'y développer une grande Université, il a refusé
à plusieurs reprises les offres qui lui étaient faites de postes dans
la capitale, notamment après les morts de Moissan et de Berthelot, et
cela même après que le prix Nobel fut venu lui apporter une notoriété
intemationale.
L'ensemble de ses travaux peut se classer en deux grandes parties. La
première partie commence avec son travail de thèse, "recherches thermiques
sur les sulfures", et se poursuit jusqu'en 1890. Il met au point des méthodes
de préparation des dérivés du soufre (sulfures, sulfhydrates, persulfure
d'hydrogène, hyposulfures de bore et de silicium). Réalisées au laboratoire
de M. Berthelot, ces études, menées d'un point de vue chimico-physique,
comportent de nombreux calculs et des mesures thermodynamiques. Il s'attaque
ensuite aux composés séléniés (encore moins bien connus) et à la cinétique
des réactions, en étudiant plus spécialement les transformations de l'acide
métaphosphorique.
La seconde partie correspond à ses xcherches en chimie organique. Ce changement
d'orientation s'opére progressivement et contribue à la grande découverte
qui le rend mondialement célèbre : la catalyse hétérogène. Sabatier avait
suivi avyc intérêt les travaux de Mond et de ses collaborateurs (1891-1892)
sur le nickel et le fer carbonyle. En collaboration étroite avec son collègue
Senderens, de l'Institut Catholique de Toulouse, savant dont les mérites
sont immenses, Sabatier tente de préparer des composés similaires en utilisant
des oxydes d'azote. Après de nombreux essais, les deux chercheurs remarquent
que le dioxyde d'azote donne des combinaisons avec le nickel, le cuivre
et le cobalt: ces métaux nitrés sont étudiés systématiquement à partir
de 1894. S'inspirant des travaux de Moissan (action de l'acétylène sur
le nickel, le cobalt et le fer réduits), Senderens et Sabatier continuent
l'étude de ce type de réactions en utilisant l'éthylène comme hydrocarbure
insaturé. Avec les trois métaux réduits juste avant l'emploi et maintenus
à 300'C, ils obtiennent un important dépôt de noir de fumée et un gaz
renfermant une forte proportion d'éthane. Ils interprètent ce résultat
en admettant que l'hydrocarbure utilisé est partiellement détruit, donnant
du carbone solide et de l'hydrogène, qui réduit une nouvelle fraction
d'éthylène pour donner de l'éthane. Pour vérifier leur hypothèse, ils
font passer l'éthylène et l'hydrogène sur une colonne de nickel réduit.
Ils constatent que, si l'hydrogène est en excès et si les gaz sont purs,
le nickel ne s'altère pas (catalyseur), et que l'on peut transformer de
grands volumes d'éthylène en éthane.
Un important procédé d'hydrogénation catalytique vient d'être découvert,
et un nouveau et vaste domaine, dont l'importance et l'universalité ne
cesseront de s'affirmer, s'ouvre à la recherche en chimie organique. Plus
tard, après le long arrêt de ses recherches consécutif à la mort de sa
femme, Sabatier reprend son travail, détermine, à la suite de multiples
expériences, les températures les plus favorables à chaque réaction et
définit les propriétés catalytiques de plusieurs métaux réduits.
Les conséquences de cette découverte sont innombrables. Le benzène est
saturé en cyclohexane en présence du nickel à 180'C. On transforme par
cette méthode les dérivés nitrés en amines, les aldéhydes et cétones en
alcools primaires et secondaires, l'oxyde et le dioxyde de carbone en
méthane, etc. Cette dernière réaction permet de traiter le gaz à l'eau
et le gaz de houille pour augmenter leur pouvoir calorifique tout en supprimant
leur toxicité. Mais si cette technique est largement appliquée en Suisse
et en Allemagne, elle l'est bien peu en France!
Ce procédé d'hydrogénation utilisant des températures relativement basses
évite les réactions d'isomérisation et de polymdrisation. L'extension
de l'hydrogénation aux autres hydrocarbures aromatiques (phénol, paracrésol)
permet de préparer toute une série de composés cyclohexaniques, difïicilement
obtenus jusqu'alors. Elle aura entre autres, comme application pratique,
la préparation de nombreux parfums artificiels. Selon les conditions opératoires,
partant du même réactif insaturé, on récupère des produits différents:
- à température ordinaire, l'acétylène mélangé à un excès d'hydrogène
donne principalement de l'éthane;
- à températures
plus élevées et à plus forte concentration, on obtient des hydrocarbures
liquides rappelant les huiles minérales naturelles, d'où la formulation
d'une théorie sur la genèse du pétrole au sein de la terre, théorie d'ailleurs
rejetée et abandonnée depuis lors par de nombreux géologues.
On utilise encore la méthode de Sabatier pour transformer en graisse de
qualité supérieure les huiles de poisson ou les huiles végétales, application
dont les Allemands ont été les premiers à tirer parti.
En 1913, faisant le point sur la question, Sabatier rédigea un traité
de 155 pages qui rencontra une grande audience, tant en France qu'en Allemagne
et aux Etats-Unis.
Comme dans le cas
du réactif de Grignard, plusieurs hypothèses sur le mécanisme de la réaction
ont été proposées. Voici ce qu'écrivait Sabatier: "J'admets que l'hydrogène
agit sur le métal en donnant très rapidement sur sa surface une combinaison.
L'hydrure ainsi engendré est facilement et rapidement dissociable, et
s'il est mis en présence de matières capables d'utiliser l'hydrogène,
il le leur cède en régénérant le métal qui recommence indéfiniment le
même effet."
Sabatier compare le métal à un ferment. Cependant il n'attache pas une
valeur excessive à des théories en évolution, et qui ne sont donc pas
encore définitivement établies, et il écrit : "Elles ne sont que la charrue
qui sert au laboureur pour tracer son sillon et qu'il lui sera permis
de remplacer par une autre plus parfaite au lendemain de la moisson."
Dans sa conférence faite à Stockholm lors de la remise des prix, il n'oublia
pas d'évoquer la participation de ses collaborateurs, Mailhe, Mignonac,
Murat, Gaudin, et surtout l'abbé Senderens qu'il cita six fois.
Il mourut à Toulouse le 14 août 1941
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