| Eyck, Jan van (1395-1441) |
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Né probablement à
Maaseick, village de la vallée de la Meuse, mais peut-être
à Maastricht, la ville voisine, ses plus anciennes uvres
connues (1417) sont des enluminures et furent exécutées
pour le duc Guillaume IV de Bavière (Heures de Milan-Turin, dont
une grande partie a disparu lors d'un incendie en 1904). De 1422 à
1424, il fut au service de Jean de Bavière, prince-évêque
de Liège, devenu comte de Hollande; il travailla alors à
la décoration du palais de La Haye. En 1425, à la mort de
son protecteur, il entra au service du duc de Bourgogne. Valet de chambre
et peintre officiel, il fut chargé de plusieurs missions diplomatiques
- parfois secrètes - qui le conduisirent en Angleterre, peut-être
à Prague et en Italie mais certainement en Espagne (1426-1427)
et au Portugal, (1429) d'où il expédia au duc le portrait
de la princesse Isabelle, sa future épouse. Il mourut prématurément
le 9 juillet 1441 et fut inhumé dans l'église Saint-Donatien,
qui fut détruite à l'époque de la Révolution. La Madone au chancelier Rolin et La Madone au chanoine Van der Paele témoignent d'une innovation notable : l'artiste introduit dans l'uvre religieuse, sur le même plan et en équivalence de taille avec les figures sacrées, les donateurs. La puissance évocatrice, la maîtrise de la représentation perspective des intérieurs et du paysage, la complexité symbolique, la virtuosité dans le rendu des tissus, la méticulosité des détails montrent l'inventivité de l'artiste et son exceptionnel savoir-faire. Les portraits réalisés par Van Eyck annoncent eux aussi une innovation, puisqu'ils combinent la précision du détail et l'intérêt pour la personnalité du modèle : Baudoin de Lannoy (postérieur à 1430, Berlin-Dalhem), Thymotheos (1432, Londres, National Gallery), l'Homme au turban rouge (1433, idem), les Époux Arnolfini (1434, idem), Jean De Leeuw (1436, Vienne, Kunsthistorisches Museum), Marguerite Van Eyck, épouse de l'artiste (1439, Bruges, Musée communal). Le plus célèbre et le plus complexe est sans conteste le double portrait des Époux Arnolfini, qui peut apparaître comme une scène de genre mais relève d'une analyse méthodique des signifiants accumulés de la valeur sacramentelle du mariage. Sa composition savante et illusionniste dont témoigne, sur le mur du fond, un miroir convexe, véritable trompe-l'il qui met en scène le peintre dans un reflet minuscule et montre l'envers du décor, est contredite par la signature singulièrement ostentatoire et surdimensionnée qui dénonce l'artifice de la tridimensionnalité. L'artiste réfléchit sur son art et en souligne le pouvoir. Toute l'uvre de Van Eyck témoigne d'un art savant, de connaissances approfondies dans des domaines multiples : botanique, anatomie, astrologie, archéologie, théologie. La cohabitation d'une vision microscopique et macroscopique, soulignée par Erwin Panofsky, reflète peut-être l'influence alors largement répandue en Flandre du philosophe Guillaume d'Ockham et de son nominalisme. La dimension intellectuelle et spirituelle de son uvre est accompagnée d'un talent technique rare, qui déclenche la fascination. À tel point qu'il se vit attribuer à tort l'invention de la peinture à l'huile, procédé qu'il améliora en utilisant une substance nouvelle, peut-être l'essence de térébenthine, qui évitait les empâtements des pigments minéraux ou organiques liés dans une huile siccative. Sur des panneaux de chêne recouverts d'un enduit blanc opaque et lisse à base de craie et de colle animale sur lequel avait été tracé le dessin préparatoire, il étalait une couche imperméabilisante puis surperposait des glacis colorés, obtenant un chromatisme d'une qualité lumineuse et translucide exceptionnelle. Cette habileté fut mise au service d'innovations thématiques et conceptuelles dont l'influence fut sensible dans toute l'Europe. |