Vartan, Sylvie

DE LA MARITZA A LA SEINE 

Sylvie Vartan est née le 15 août 1944 à Iskretz, un petit village des Balkans, en Bulgarie. Sept ans avant sa naissance, son père Georges (qui est attaché à l'ambassade de France) et sa mère Illona (d'origine hongroise), avaient déjà eu Eddie. 

Après que la Bulgarie ait été envahie par les troupes soviétiques en septembre 1944, la maison des Vartan est réquisitionnée. Ils doivent quitter Iskretz pour rejoindre Sofia. 

"Ma vie changea beaucoup" raconte Sylvie dans le numéro de disco revue qui lui était consacré en mai 1962. "C'était la vie de bien des petites filles dans les grandes villes et je n'en ai pas gardé de souvenirs précis. Cependant il m'est arrivé une aventure qui fut pour moi un véritable événement... Un ami de mon père, metteur en scène, était en train de tourner un film qui relatait l'histoire de la domination turque sur la Bulgarie. L'idée lui vint de me confier un rôle (tout petit !), celui d'une écolière... J'étais très jeune et cet événement m'a marquée et a fait naître en moi, sans que je m'en rende compte alors, un goût très vif pour cette atmosphère très particulière dans laquelle travaillent les acteurs; aussi par la suite, j'ai souvent rêvé d'entrer moi aussi dans ce monde." 

A Sofia où elle connaît la promiscuité et les premières privations, la famille Vartan envisage alors sérieusement d'émigrer. De par l'amour de la France que leur a transmis Robert, le grand père français de Sylvie, Paris est la destination qui s'impose à eux. Comme une évidence. Les longues et bureaucratiques formalités accomplies, le départ est programmé pour décembre 1952. Sylvie se souvient du départ de la gare, de son grand père qui n'ayant pu obtenir l'indispensable visa, a couru sur le quai et les a regardé s'éloigner en pleurant. Il ne les a jamais rejoint. 

Lorsque la famille Vartan arrive en France, c'est Noel. A Paris règnent euphorie et effervescence. Les Vartan sont hébétés devant tant de profusion. Ils n'avaient encore jamais vu autant d'étalages de fruits, de fromages. Ils s'installent d'abord au lion d'argent, près du marché des Halles, où Georges trouvera un emploi de manutentionnaire de nuit. Par la suite, des difficultés financières les conduisent à déménager pour l'hôtel d'Angleterre, où ils partagent la même chambre pendant quatre ans. 

L'adaptation est difficile pour les enfants qui, contrairement à leurs parents, ne parlent pas le français. Il faudra deux ans à Sylvie pour maîtriser cette langue. A l'école communale de la rue Jussienne, ses camarades l'observent comme une bête curieuse ou la prennent en pitié, ce que Sylvie ne supporte pas. Aussi doit-elle travailler plus que les autres pour se mettre à niveau, jusqu'à ce qu'à onze ans, elle réussisse son examen d'entrée en sixième, au lycée Victor Hugo. 

PANNE D'ESSENCE: TOUT DÉMARRE 

En 1960, les choses s'arrangent pour la famille Vartan : ils emménagent au 117 avenue Michel Bizot, au dessus de l'appartement de Franck Ténot... Eddie et lui sympathiseront très vite en raison de leur passion commune pour le jazz. Eddie joue d'ailleurs de la trompette à un très bon niveau. 

Sylvie entre en classe au Lycée de jeunes filles Hélène Boucher du Raincy. La discipline y est plutôt sévère puisqu'elle n'a pas le droit de se maquiller, de mettre des talons hauts ou des pantalons. Le Bac approche. Sa mère lui conseille de s'orienter vers les langues, la matière forte de Sylvie. Cette dernière apprécie déjà la musique. Elle écoute le jazz que lui fait découvrir son frère, mais aussi du rock: Brenda Lee, Bill Haley et Elvis bien sur. 

Eddie, qui envisage de faire sciences pos, entame une première année de droit. Mais à la consternation de ses parents, il abandonne du jour au lendemain ses études quand Franck Ténot lui propose un poste à la maison de disques RCA (celle d'Elvis Presley). Eddie y deviendra le conseiller artistique de Franckie Jordan, un jeune étudiant qui finance ses études de médecine en chantant. Franckie va être à l'origine de la carrière de chanteuse de Sylvie. 

En effet, pour son quatrième EP intitulé "Belle maman", il veut adapter "Out of Gas", un duo américain. Mais il lui manque une interprète féminine. Il a d'abord songé à Dalida -finalement jugée trop âgée par Eddie- et à Gillian Hills. Mais celle-ci, considérant sa partition trop réduite, se décommande au dernier moment. Et voilà Eddie chargé de trouver une remplaçante de dernière minute. Il lui vient alors l'idée de demander à Sylvie de remplacer Gillian Hills. Franckie est d'accord, mais les parents de l'intéressée beaucoup moins: le bac d’abord. Finalement, Eddie saura les convaincre et sa petite soeur pourra sécher les cours pour la séance d'enregistrement. La voix de Sylvie est plus grave que la tonalité initialement prévue ce qui la contraint à prendre une voix de fausset, mais qu'importe: la chanson "Panne d'essence" ne doit figurer qu'en face B. La photo de Sylvie ne figure même pas sur la pochette du 45 T, si bien qu’elle peut le vendre incognito dans la petite boutique de disques des Champs Élysées où elle travaille l’été pour gagner un peu d’argent de poche. 

Pourtant, contre toute attente, "Panne d'essence" devient un tube. RCA sent qu’il y a là un filon à exploiter: il est vrai qu’il n’existe encore aucune chanteuse française rock digne de ce nom. La maison de disques s'intéresse alors de près à cette petite brunette timide. Mais les parents de Sylvie ne l'entendent pas de cette oreille. Leur fille doit passer son examen avant tout. Et au strict établissement Hélène Boucher, où Sylvie continue de suivre sa scolarité, on n'apprécie guère que les journalistes viennent la mitrailler régulièrement. La presse des jeunes lui donne alors le surnom de lycéenne du twist. 

Un conseil de famille se réunit chez les Vartan, pour délibérer sur la question de savoir si oui ou non, Sylvie peut abandonner le Bac. Le oui l'emportera. Sylvie peut alors signer chez RCA pour une carrière solo. 

Son premier EP sort fin 61. Il s'appelle "Quand le film est triste". 

Sylvie fait sa première apparition télé dans l'émission "Discorama" du 19 novembre. 

Elle fait rapidement ses premiers pas sur scène, à l’Olympia, le 27 décembre 1961. Morte de trac, elle interprète "Le petit lascar" et "Quand le film est triste". 

La première tournée ne tarde pas: Sylvie part en juillet avec Richard Anthony. 

SALUT LES COPAINS 

Très rapidement, les enregistrements s'enchaînent: son deuxième EP "Est-ce que tu les sais ?" sort début 62, soutenu par son premier scopitone (en couleur !). 

Sylvie refait l’Olympia, en lever de rideau de Vince Taylor. C'est à cette époque qu'elle fait la connaissance de Johnny Hallyday. Celui-ci raconte ainsi leur première rencontre: “j’ai rencontré Sylvie dans les coulisses de l’Olympia. où j'étais venu voir Vince Taylor. J'étais avec mon ami Eddie Vartan. A ce moment-là passe Sylvie. J’ignorais qu’elle était sa soeur. Je lui dis: - tu as vu cette fille? Elle est bien, je me la ferais bien”. Sans répondre, Eddie appelle Sylvie et dit: “Sylvie je te présente Johnny un ami, Johnny, je te présente Sylvie, ma soeur. Je ne savais plus où me mettre”. 

Si Johnny tombe immédiatement sous le charme, la réciproque n’est pas tout à fait vraie. Sylvie est beaucoup trop sérieuse pour apprécier son style. "Je trouvais que c'était un blouson noir" raconte-t-elle aujourd'hui en riant "mais je l'avais vu chanter à Milly-la-forêt et je l'avais trouvé très bien". Elle a également un faible pour son interprétation de "Retiens la nuit" dans le film "Les parisiennes" (avec C. Deneuve). Mais elle est déjà amoureuse de quelqu'un d'autre... 

Elle effectue ensuite sa tournée d'été avec Richard Anthony, toujours chaperonnée par Eddie. 

L'émission d'Europe 1 "Salut les copains" "chouchoute" Sylvie. Elle est souvent invitée par Daniel Filipacchi. Quand ce dernier sort un magazine du nom de son émission en juin 62. Ce magazine qui, contrairement à des "Paris Match" et "Jours de France", propose des photos de JM Périer en couleurs et en extérieurs, connaît un véritable triomphe (plus de 50 000 exemplaires vendus ; un million d'exemplaires au bout du troisième numéro). Ce magazine réserve la part belle à Sylvie qui voit ainsi sa popularité aller croissant. 

A l'automne 62 sort "Le locomotion". Quelques mois plus tard, un premier album, tout simplement intitulé “Sylvie”. L'année finit bien, avec un premier grand tube avec "Tous mes copains" (300 000 exemplaires vendus), une chanson composée par Jean-Jacques Debout. 

Sylvie apparaît également pour la première fois sur les écrans de cinéma, dans le très médiocre film “Clair de lune à Maubeuge”, qu’elle et son public s’empresseront d’oublier. 

Johnny qui lui fait une cour effrénée six mois durant, s'arrange pour l'emmener en tournée avec lui de février à mars 63. Cette tournée voit naître leur idylle. Le "SLC" de mai se charge d'en faire l'écho. 

Après que Sylvie ait refait l'Olympia en avril et enregistré "Les malheurs de Sophie" pour la radio, Johnny la fait engager à ses côtés pour le film" "D'où viens-tu Johnny?" de Noèl Howard. Le tournage se déroule en Camargue. Il a des allures de vacances. Sylvie trouve le temps d'enregistrer le scopitone de son nouvel EP "Twiste et chante" sur la plage de Saintes-Marie de la mer, et en profite même pour passer son permis de conduire ! 

A cette époque, Johnny et elle se font encore passer pour de simples amis, jusqu'au jour où Jacques Paoli, un journaliste d'Europe 1, leur pose la question rituelle: -"Alors toujours bons copains ?" 

Quelle ne sera pas sa surprise lorsqu'il s'entendra répondre qu'ils se considèrent désormais comme fiancés! 

Le soir même de ce 22 juin, suite à une annonce radio de Daniel Filipacchi, ils provoquent une émeute Place de la Nation lors d'un concert-anniversaire de “SLC” qui restera dans les annales: 400 000 jeunes se rassemblent pour les écouter chanter. La Presse relatera ce concert, effarée par la fascination qu'exerce le couple d'idoles. Mais les intéressés n'en sont pas même conscients, tant ils sont occupés. En effet, le lendemain Sylvie figure dans l'émission "Télé dimanche" où elle interprète 7 titres dont "Watching you" de Paul Anka. Puis elle enchaîne en rejoignant Johnny sur le plateau du film qu'il tourne en Camargue. En août, tandis que Sylvie est en tournée avec Claude François, Johnny et elle se fiancent officiellement à Montreux. 

A la fin de l'année, les jeunes fiancés découvrent New-York. Sylvie se devait également de passer à Nashville, capitale du rock. Elle y enregistre plusieurs chansons avec l'orchestre et les choeurs d'Elvis Presley. Est-ce cet apport musical ou les vibrations de Nashville, Sylvie enregistre deux titres qui deviendront d'immenses tubes: "Si je chante" (qui sort à la fin de l'année), et "La plus belle pour aller danser". 

En janvier 1964, Sylvie partage l'affiche de l’Olympia avec Trini Lopez (qui fait un malheur avec "If I had a hammer") et les Beatles, moins connus en France qu'à Hambourg (Eddie avait d'ailleurs songé à les débaucher pour accompagner sa soeur !). Si Sylvie a du mal à s'imposer entre ces deux phénomènes, vêtue de sa célèbre robe bleue à volants de chez Réal, elle est bel et bien la plus belle pour aller danser. 

Les sondages de "SLC" auprès de ses lecteurs, révèlent qu'en deux ans Sylvie est effectivement devenue la première chanteuse des jeunes, non loin devant sa copine Françoise Hardy et Sheila. 

Mais tout le monde est loin d'apprécier l'ascension de ces chanteuses "yé-yé". Les adultes ne leur pardonnent pas leur soi-disant gaucherie (en réalité Sylvie est la première à bouger sur scène avec un micro mobile). Ils oublient souvent qu'elles ne sont que des adolescentes. Ils font des gorges chaudes d'un couac de Sylvie, lorsqu'elle chante en direct "Tous mes copains" devant des millions de téléspectateurs. Ou crient au scandale lorsque, vêtue de pantalons (interdits aux femmes à la télévision), elle chante “Je voudrais être un garçon”, dans l’émission “Télé dimanche”. 

Ces jeunes chanteuses ne sont pas non plus très bien accueillies dans l'univers très sexiste des rockers. Certains vont même jusqu'à saboter littéralement leurs prestations. En tournée au Canet, une salle de concert de Sylvie sera ainsi complètement saccagée. Elle devra s’en expliquer à la télévision. 

Mais Sylvie gagnera progressivement ses galons, et saura se faire reconnaître dans l'univers du rock français. Elle y affirme sa singularité. Plus bourgeoise que Sheila qui se veut selon sa chanson "une petite fille de français moyens". Plus sexy et à l'aise sur scène que Françoise Hardy qui passe pour une fille sérieuse parce qu'elle a entamé des études supérieures. 

L'album que Sylvie a enregistré à Nashville est non seulement un gros succès commercial mais il connaît un réel impact médiatique. Popularisé par le film “Cherchez l’idole” (où Sylvie fait de la figuration auprès de Johnny), “La plus belle pour aller danser” devient un de ses plus grands succès. Il se vend à plus d’un million d’exemplaires au Japon. Ce 45 T sera suivi de bien d'autres succès là-bas tels que "La vie sans toi", "Les hommes", ou irrésistiblement"... La première fois que Sylvie s’y rend, elle est accueillie à l’aéroport par une foule de fans. Le spot publicitaire qu’elle tourne là-bas pour la marque de vêtements “Renown”, contribue à accroître sa popularité. 

Tout semble désormais lui sourire. 

Fin 1964, Johnny part sous les drapeaux s’acquitter de son service militaire. Sylvie trouve un soutien moral en Carlos, le fils de Françoise Dolto, qu'elle a débauché de ses études de kinésithérapeute pour en faire son secrétaire particulier. Elle comble les absences de Johnny en travaillant davantage. Elle tourne son premier film non musical "Patate" ("quand on a dit le titre, on a tout dit !", commentera plus tard Sylvie avec humour). Il s'agit de l'adaptation à l'écran d'une pièce de Marcel Achard. Sylvie joue le rôle d'Alexa Rollo, entourée de Jean Marais, Anne Vernon, Mike Marshall et Pierre Dux. Elle croit enfin concrétiser le rêve qu’elle caresse depuis sa figuration dans ce film bulgare intitulé “Sous le joug”. Elle espère renouveler l’expérience, sans pour autant abandonner la scène. Ses talents pour la comédie sont reconnus par ses partenaires comme par les critiques. Plusieurs cinéastes, et non des moindre, pensent alors à elle. Jacques Demy pour “Les parapluies de Cherbourg”, Godard pour “Pierrot le fou” ou Rappeneau pour “La vie de château”. Mais Sylvie est en tournée, et son agent décline toutes ces propositions sans même la consulter, considérant que sa carrière de chanteuse suffit à la combler. Lorsque quelques années plus tard, Sylvie apprend de la bouche de Jacques Demy lui-même, les opportunités cinématographiques qu'elle a manquées, elle est consternée. Il lui faudra attendre 30 ans pour prendre sa "revanche" au cinéma. 

Pour l'heure Sylvie chante. Et de mieux en mieux. Elle affirme progressivement son propre style musical. Son frère Eddie a débauché deux musiciens remarquables qu'elle partage avec Johnny : Tommy Brown à la batterie, et en remplacement de Larry Greco, le tout jeune Micky Jones à la guitare (qui n’est autre que le futur leader du groupe “Foreigner”). Ce talentueux tandem compose les premiers grands originaux de Sylvie ("La vie sans toi", "Gonna cry", "Cette lettre-là", etc...). Encore inconnue sur le marché anglo-saxon, elle retourne à New-York afin d'enregistrer avec eux le fameux album en anglais "A gift wrapped from Paris" qui sort en Allemagne, au Japon, en Argentine ou aux États-Unis (mais curieusement pas en France). Elle fait la promotion de ces titres aux États-Unis en participant en toute décontraction à plusieurs émissions de télé ("The Ed Sullivan show", "Hullaballooh" et "Shinding") aux côtés de... Chuck Berry! Cette tournée internationale (qui ne sera pas la dernière) inclut également la Polynésie et l'Amérique du Sud. 

Malgré ses absences de France, jamais on n'aura autant vu Sylvie en couverture de journaux français ou étrangers (80 couvertures en tout dont Stern, Twin ou Life) en raison d'un événement qui marquera l'année 65 pour tous les jeunes qui l'ont vécue. 

LA REINE DES YEYES ÉPOUSE LE ROI DU ROCK 

Le 12 avril, à l'église de Loconville (où les Vartan sont désormais établis), le roi du rock épouse la reine des yé-yés. Sont témoins: Luce Dijoux, J-M Périer, le photographe de "SLC", et Carlos. 

Le mariage -qui aurait dû se dérouler dans l'intimité si le curé de la paroisse avait su tenir sa langue- tourne à l'émeute. Des centaines de jeunes et 180 journalistes envahissent Loconville pour venir assister à l'événement. 

Le lendemain, toute la presse relate l'événement. A cette occasion, SLC bat tous ses records de vente. La photo de Sylvie en larmes s'étale en couverture de tous les journaux (Paris Match, Jours de France...). Certains commentent cette photo de façon très fantaisiste. Les mauvaises langues continuent de répandre la rumeur d'un mariage bidon, destiné à faire de la publicité aux jeunes chanteurs (comme s'ils en avaient besoin!). Mais, les jeunes mariés sont déjà loin: ils sont partis en voyage de noces aux Canaries. 

A leur retour de Las palmas, Johnny repart sous les drapeaux terminer son service militaire. 

Sylvie lance sa propre collection de prêt à porter et inaugure son premier fan club. 

Au retour de Johnny, Sylvie et lui emménagent place Winston churchill à Neuilly et reprennent le travail sur un rythme trépidant. En novembre, ils ont l'honneur d'être invités par la Reine d'Angleterre à une "royal command performance". Le couple chantera ensuite dans un show télévisé. Malgré le manque de moyens de l'époque, J.-C. Averty conçoit un show avec une mise en scène et des lumières très recherchées, et qui témoigne d'une grande créativité. Sylvie et Johnny réalisent là un show qui, aujourd'hui encore, n'a pas pris une ride. Certains s'accordent à y voir ce qu'ils ont fait de mieux ensemble artistiquement parlant. 

LE ROI DAVID 

L'année 1966 commence par le plus grand bonheur que Sylvie pouvait en attendre. Elle attend le bébé qu'elle et son mari ont tant voulu. Elle se retire l'attendre dans la maison de Loconville. Ce sera Sandra si c'est une fille, David si c'est un garçon. 

Au même moment sort l'album "Il y a deux filles en moi" qui reflète la maturité de Sylvie. Pendant sa grossesse, elle continue d'enregistrer quelques chansons (dont "Mr John B"), mais se repose le plus clair de son temps. 

C'est un petit David qui naît le 15 août (comme sa maman). Johnny est rentré exprès de son concert à Londres pour être présent. 

Quand elle reprend ses activités en octobre, Sylvie part en tournée en Turquie, laissant David à sa grand-mère, la mort dans l'âme. A son retour, elle lui dédie son nouvel EP "Ballade pour un sourire". C'est une chanson douce qui laissera curieusement moins de traces que "Le roi David", aux accents de fanfare, qui sortira 3 ans plus tard. 

NOIR C'EST NOIR 

Les semaines qui suivent la naissance de David, Johnny -vraisemblablement dépassé par ses nouvelles responsabilités- se dérobe à son rôle de père. Sylvie doit seule s'occuper de leur fils. Johnny déclare même à la presse préférer sortir et s'amuser entre copains. Les choses se gâtent lorsque sa femme déclare vouloir divorcer. Lorsqu’il apprend la nouvelle, Johnny est entouré de ses copains. Déjà perturbé par ses démêlés avec le fisc et sa baisse de popularité, il craque. Il s’enferme dans la salle de bains et avale des barbituriques. Il est transporté d’urgence à l’hôpital. Sylvie l’y rejoint en pleurs, et se réconcilie finalement avec lui. 

En 1967, le couple semble solide: ils partent au carnaval de Rio de Janeiro et envisagent de se produire ensemble à l’Olympia. 

Tous deux appréhendent un spectacle à deux, craignant que leurs publics ne s'accordent pas autour d'un spectacle commun. Il leur est fait un triomphe, notamment lorsqu'ils interprètent en duo la reprise d'Ike et Tina Turner "Je crois qu'il me rend fou". 

L’amour est au beau fixe, la carrière de Sylvie aussi: elle collectionne les tubes Après "Par amour par pitié" fin 66, "2 mn 35 de bonheur" (en duo avec Carlos) se hisse au sommet du hit-parade. 

L'année 1967 se termine par une courte apparition musicale de Sylvie et Johnny dans le film "Les poynettes" . 

Elle effectue une nouvelle tournée en Amérique du Sud, où il lui arrive de se produire dans des stades de 20 000 personnes (la police dresse des grillages autour de la scène, et lâche des chiens pour calmer le tempérament fougueux du public !). 

Le 8 avril 1968, Sylvie remonte sur scène pour un musicorama exceptionnel à l’Olympia. Elle n'est plus la petite yé-yé un peu gauche qui chantait "La plus belle pour aller danser" quatre ans auparavant. A l'aube des seventies, Sylvie amorce un tournant musical important dans sa carrière. Désormais, avec des chansons telles que "2 mn 35 de bonheur", "Le Kid" "Baby Capone" ou "Comme un garçon", son répertoire s'approche davantage du Music-hall que du rock. Elle est devenue une véritable meneuse de revue. Son spectacle met en scène ses chansons avec force changements de costumes et ballets. Mais le 11 avril, un drame vient interrompre son triomphe. Sur une départementale des Yvelines, la nouvelle Osi que conduit Sylvie est percutée par un break 404. Cet accident -dont Sylvie sort blessée au menton et au cou- coûte la vie à sa passagère, Mercedes. 

Les mois qui suivent, la chanteuse est totalement abattue, culpabilisant pour la perte de son amie. Sa famille et le travail sauront la sortir progressivement de sa dépression. 

En effet, à la fin de l'année, elle refait l'Olympia. Dès le lever de rideau, elle est "L'oiseau". Puis la "Jolie poupée" devient la menaçante "Baby Capone" qui chante "Comme un garçon". "Et c'est beaucoup mieux comme ça..." 

Dans le show télévisé de fin d'année intitulé "Jolie poupée", les téléspectateurs pourront d'ailleurs mesurer les progrès l'évolution de Sylvie. Ce show distrayant et créatif marque le début d'une longue série. 

Par ailleurs, son succès s'affirme en Italie où son premier 33 T. enregistré en langue locale fait un tabac. "Zum zum zum" est n°1. Pendant les 9 premières semaines de l'année 69, Sylvie est invitée à participer au show télévisé italien "Doppia coppia". Pour les besoins de l'émission, elle réenregistre plusieurs de ses succès en italien, que ce soit avec son inséparable Carlos ou le chanteur Letio Luttazzi. Chaque samedi, les apparitions de Sylvie dans "Doppia coppia" constituent un vrai régal pour les yeux. Force est de reconnaître que la RAI ne lésinait pas sur les ballets et les costumes. Vêtue le plus souvent de minijupes et de cuissardes, Sylvie (qui n'avait rien à envier à "Barbarella") faisait craquer les téléspectateurs italiens que l'on sait connaisseurs en matière de jolies femmes. Un dessinateur italien lui consacrera d'ailleurs une BD dont l'héroïne, un sosie de Sylvie, s'appelle tout simplement Vartan (même chose en France où l'héroïne s'appelle Jodelle). 

En juin 1969, Sylvie part avec son inséparable Carlos affronter le climat africain pour une tournée au Niger, en Côte d'ivoire, au Sénégal, au Congo et au Maroc. Une tournée de 80 galas suivra en France . 

A la fin de l'année, ses fans sont heureusement surpris par la participation de Johnny au dernier EP de Sylvie : "Les hommes" (qui sera un gros succès au Japon). Le 21 février 70, ils prennent leur DS et s’apprêtent à aller chanter leur duo à Belfort. La voiture dérape sur une plaque de verglas et plonge dans un fossé. Johnny en sort miraculeusement indemne, mais Sylvie est couverte de sang. L'espace d'un instant, Johnny la croit morte. Elle est gravement blessée. Défigurée. Après un séjour à l'hôpital, elle part six mois aux États-Unis se faire opérer par l’un des meilleurs chirurgiens esthétiques du pays. Il lui rendra son visage au bout de longues et multiples interventions. Pendant sa convalescence, Sylvie visite les États-Unis avec Johnny. Et fait majeur pour sa carrière, elle y fait la connaissance de Jojo Smith (le professeur de danse de Barbra Streisand), qui marquera le début de ses shows "à l'américaine". 

  

TRIOMPHES A L’OLYMPIA 

Le premier de ces shows se fait pendant trois semaines en septembre. Sylvie retrouve son public à l’Olympia, avec la complicité de Bruno Coquatrix. En ouverture, une guitare autour du cou, elle interprète une chanson de circonstance: "C'est bon de vous voir". Jamais Sylvie n’avait fait montre d’autant d’aisance sur scène : elle est à l’aise pour faire rire (avec Carlos déguisé en singe !), pour émouvoir ou pour bouger avec ses danseurs. 

A la fin de l'Olympia, elle part en tournée en France et à l'étranger. Elle retrouve le Japon en Mai, où elle enregistre trois chansons en langue locale, dont la version nippone de"J'ai deux mains, j'ai deux pieds, une bouche et puis un nez". Elle se produira d'ailleurs à Tokyo. Le public nippon lui réserve son meilleur accueil. 

Johnny et Sylvie affirment de plus en plus leur passion pour les États-Unis. L'été 71, ils en sillonnent une partie sous l’oeil de la caméra de F. Reischenbach pour son film "Mon amie Sylvie". Cette année-là, Sylvie renoue d'ailleurs avec le cinéma. Elle joue le rôle de Belle (une prostituée) dans "Malpertuis", un film de Harry Kummel avec Orson Welles, Michel Bouquet, Mathieu Carrière, Susan Hampshire et une courte apparition de Johnny. Mais ce petit rôle ne satisfait pas les exigences de Sylvie. Parce qu’elle y chante "Lui", elle ne se considère pas employée comme une véritable comédienne. 

Aussi décide-t-elle de renoncer au cinéma tant qu'on ne lui fera pas de propositions plus intéressantes. Elle décline ainsi des rôles dénudés ou destinés à assurer la promotion d'un film. La chanson est décidément son seul véritable métier. 

En 1972, elle décide donc de monter un nouveau spectacle sur la scène de l'Olympia. L'été, elle répète à L-A.: 5 heures de danse par jour) selon une discipline infernale. 

En septembre, le spectacle est un succès pendant trois semaines. Plus rock que le précédent, il accorde une place toujours plus importante à la danse. Vêtue d’un pantalon en lamé, Sylvie danse sur la musique de "Shaft". Elle a également ajouté à son répertoire une superbe chanson en hommage à son père disparu deux ans plus tôt ("Mon père"). 

Le soir de la première de Sylvie, Johnny brille par son absence. Ces derniers temps, leurs relations se sont détériorées. 

Les journaux s'empressent d'annoncer leur rupture. Quand Sylvie interprète "Ne me quittes pas" de Brel, certains journalistes inspirés y voient un message adressé à Johnny ! En réalité, leur couple traverse une nouvelle crise dont ils sauront sortir rapidement. 

Maritie et Gilbert Carpentier consacrent fréquemment leur émission de variétés à Sylvie. Cette année-là, les téléspectateurs pourront ainsi voir deux "Top à Sylvie Vartan" (en mai et en décembre), et un autre consacré à Johnny et elle. Sylvie s'amuse beaucoup en tournant ces shows télévisés. Elle dispose de temps pour répéter, et de moyens pour réaliser ses numéros. Elle joue même des extraits de pièce de théâtre: du Feydeau avec Jean-Claude Brialy, ou du George-Bernard Shaw ("Pygmalion"), avec Paul Meurisse et Lise Delamarre. 

En 1973, Sylvie est souvent en tournée à l'étranger. En France, c'est l'année de tous les duos : Sheila et Ringo chantent "Les gondoles à Venise", Stone et Charden "Made in Normandie". Sylvie et Johnny y vont donc de leur propre duo. C'est ainsi qu'ils enregistrent "J'ai un problème", sans grande conviction. Le 45 T. devient pourtant disque d'or, et fera ensuite l'objet de nombreuses versions étrangères. 

L'été, Sylvie part en tournée pendant 2 mois. A cette occasion, elle chante avec Johnny sur scène, opposant ainsi un démenti aux rumeurs de rupture qui couraient l'année passée. 

Ces tournées emmènent Sylvie à l'étranger. En octobre, elle retourne en tournée au Japon (elle sort d'ailleurs un second live là-bas). Sa chanson italienne "Caro Mozart" (d'après la symphonie 40) remporte un vif succès. L'accueil chaleureux qu'elle reçoit est le même qu'en 65 ou en 70. L'année suivante, elle enregistrera pour le marché asiatique "La reine de Saba", tout un album de standards de la chanson française (du Montand, du brel ou du Piaf). 

L'AMOUR AU DIAPASON 

Au début de l'année suivante, les Carpentier consacrent de nouveau un "Top" à Sylvie: "Je chante pour Swanee". Pour ce show, Maritie Carpentier a écrit un véritable scénario de comédie musicale, qui sert de prétexte à des numéros en costumes rétros de la belle époque ou des années 20. Sylvie est tour à tour "Petite fille modèle", muse de peintre impressionniste et incarne même un Stan Laurel tout à fait convaincant (Carlos jouant Hardy, bien sûr !). Ce show est diffusé dans 33 pays. Il connaît un tel succès que RCA décide de commercialiser la bande musicale. 

Une nouvelle ère a commencé: avec sa chevelure bouclée et ses longues robes, couverte de paillettes ou de plumes, Sylvie a tout d'une vamp américaine. 

Sylvie et Johnny annoncent qu'ils espèrent donner un petit frère ou une petite soeur à David. Mais en mars, une fausse couche mettra un terme à cet espoir. Par la suite, ils tenteront l'adoption, en vain. La DASS estime en effet qu'ils ont une vie trop instable. 

Il ne reste plus à Sylvie que de se consacrer à son travail. De mars à mai, elle renouvelle son expérience de la télévision italienne en faisant 8 shows "Punto e basta". Comme elle l'avait fait pour "Doppia coppia", Sylvie enregistre en langue locale ses succès du moment ("Da dou ron ron", "Shang shang a lang"). Johnny y fera une apparition et chantera même "J'ai un problème" en italien avec sa femme. 

De retour en France, alors que "Bye bye Leroy Brown" fait un tabac, le couple part en tournée d'été. Il chante à Narbonne, puis se produit au Canada pour deux galas exceptionnels devant 30 000 spectateurs. 

Johnny et elle apparaissent à nouveau dans un show des Carpentier en mars 75. C'est l'occasion pour Sylvie et Johnny de faire toutes sortes de flash-backs. L'un d'eux les ramène à leurs débuts. Tous deux donnent alors l'image d'un couple très uni. C'est "L'amour au diapason". Mais pour combien de temps encore ? 

AUX MARCHES DU PALAIS 

En 1975, Sylvie a changé de producteur. C'est Jacques Revaux qui a pris sa carrière en main. Elle caracole en tête de tous les hit-parades avec "La drôle de fin" et "Danse-la, chante-la", toutes deux plusieurs fois disques d'or. Forte de ce succès, elle ambitionne de monter un nouveau spectacle. En plus de dix ans de scène, elle n'a connu que l’Olympia. Désireuse de donner une nouvelle dimension à ses spectacles, elle songe au palais des congrès. Son entourage le lui déconseille clairement: la salle n'est initialement pas prévue pour cela, elle est trop grande pour que Sylvie la remplisse, etc... Mais Sylvie est têtue. Grâce au soutien de son ami Alain-Philippe Malagnac, elle loue la salle contre l'avis général. Puis elle commence les répétitions avec Walter Painter, son nouveau chorégraphe américain. Le soir de la première, les critiques l'attendent au tournant. 

Dès le lever de rideau, ils peuvent se rendre compte que Sylvie a fait les choses en grand. Les ballets de Walter Painter -le défilé de gendarmes, l’arrivée de danseuses de saloon ou le tango acrobatique- font un triomphe. Sylvie chante à guichets fermés un mois durant et pendant les 15 jours de prolongations en 1976. Suit une tournée dans toute la France. 

L'année suivante, elle part se reposer aux États-Unis avec David, mais sans Johnny. La presse parle à nouveau de séparation. Johnny confirme: "Sylvie et moi n'avons plus rien en commun". Sylvie semble savoir ce qui fait pleurer les blondes... 

Elle prend l'habitude de vivre éloignée de la France et de la presse qui la laisse toujours sans répit. David va même en classe là-bas. 

Mais en 1977, elle fait son retour en France. Et se réconcilie avec Johnny. Certains voient dans son tube "Petit rainbow", un clin d'oeil sur ses démêlés avec lui. 

Sylvie crée son dernier show avec les Carpentier ("Numéro 1"), entourée de M-P Belle, J-C. Brialy, Carlos, G. Lenorman et Michel Sardou. Avec ce "Numéro 1", elle réalise le show télévisé le plus glamoureux de sa carrière. Chaque chanson fait l'objet d'une chorégraphie. Et chaque fois, elle a un costume et une coiffure différents (pour l'anecdote, elle apparaît d'ailleurs pour la première fois avec les cheveux frisés !). Son public sait à quoi s'attendre à la rentrée, et n'en est que plus impatient. 

En novembre, malgré un emploi du temps chargé (le show télé, un nouvel album) Sylvie présente un spectacle entièrement nouveau au palais des congrès. On la découvre plus vamp que jamais, arborant une robe en lamé fendue jusqu'à la taille, ou des franges léopard. Les ballets sont très variés. Dans le "Le temps du swing", Sylvie rappelle les Andrew sisters. Pour "Tout le bazar" (tiré de la comédie musicale "Chicago") où elle porte un boa et un chapeau haut de forme, elle fait un prodigieux numéro de claquettes. La deuxième partie commence avec deux tangos, enchaîne sur du disco acrobatique, et se termine sur un ballet très aérien. Sylvie a assurément mérité son titre de "Dancing star". 

L'année 78 sera plus calme. Johnny semble assagi. Il fait une véritable déclaration d’amour à sa femme dans son autobiographie “Johnny raconte Hallyday”. Pourtant, leurs apparitions ensemble se font plus rares. Sylvie se montre effectivement plus discrète en France où la vague disco commence à déferler. Que ce soit Sheila et les B. Devotion, Patrick Juvet ou K. Cheryl, tous chantent en anglais. RCA incite Sylvie -qui chante en anglais depuis ses débuts- à faire tout un album dans cette langue. Elle enregistre "I don't want the night to end" qui remporte un maigre succès en France mais s'exporte en revanche très bien en Italie, en Espagne ou en Allemagne... 

Si Sylvie n'est pas la "Disco queen" qu'elle chantait l'année précédente, elle se rattrape largement fin 79 avec "Nicolas" qui n'est pas sans rappeler sa chanson fétiche "La Maritza". En plébiscitant cette chanson, le public français manifeste sa préférence pour une Sylvie plus romantique. 

LA DROLE DE FIN 

A la fin de l'année, tous les journaux annoncent en première page "Sylvie et Johnny, c'est fini". Personne n'y croit plus. Ce n'est pas la première fois qu'une telle rumeur est répandue par des journalistes en mal de scoops. Des titres semblables avaient déjà fait la une des journaux en 1975, quand Sylvie triomphait au Palais des congrès. 

Mais cette fois-ci est malheureusement la bonne. Johnny et Sylvie décident d'un commun accord de mettre un terme à leur mariage. 

Si Johnny déclare aimer toujours son ex-femme, celle-ci se montre plus pudique. Elle reconnaît ne pouvoir faire table rase du passé, et souhaite qu'ils restent unis pour leur fils. Mais l'on sent que sa décision est irrévocable. 

C'est la fin du couple qui a marqué les années soixante, et fait -bien malgré lui- les choux gras de la presse à scandale quinze ans durant. 

BIENVENUE SOLITUDE 

Nouvelle décennie, nouvelle vie. Après plusieurs télés chez les Carpentier et Guy Lux où elle présente des extraits de son dernier album "Déraisonnable", Sylvie entame une tournée d'été. Michel Mallory lui a écrit "Tape-tape", une adaptation très réussie d'une chanson de Myriam Makéba qui fera un malheur tout l'été. 

Cet été-là, le hasard des tournées réunit Sylvie et Johnny sur les scènes d'Orange et de Béziers. Le temps d'un duo ("le bon temps du rock n'roll") les nostalgiques retrouvent le couple de vedettes, comme si leur divorce n'avait jamais eu lieu. "Sur scène, notre complicité reste totale" déclare Sylvie. 

A la rentrée, elle sort l'album "Bienvenue solitude". Ce titre semble choisi pour illustrer sa nouvelle vie de femme divorcée. Elle jure n'avoir toujours pas trouvé l'homme de sa vie. La rencontre aura lieu quelques mois plus tard, dans le jury d'un festival de la chanson, au Japon... 

LOVE AGAIN 

1981 restera une année mémorable pour Sylvie. En mars, elle rencontre l'homme de sa vie. Il s'agit d'un producteur italo-américain du nom de Tony Scotti. Sylvie qui n'y croyait plus, s'enflamme. "L'amour c'est comme une cigarette"... 

"Tony est entré dans ma vie par la grande porte" confiera-t-elle, quelques années plus tard. La période d'activités qu'elle connaissait alors était pourtant peu propice à un nouvel amour. A cette époque, elle préparait à la fois un livre de souvenirs ("Si je chante"), un album et un spectacle! 

Loin de faire dans le sensationnel racoleur (Sylvie passe pudiquement sous silence tous les épisodes dramatiques de sa vie ou de sa carrière) "Si je chante" ressemble davantage à un recueil de confessions biographiques, et présente des photos exclusives sur son enfance. Ce livre sera un best-seller puisqu'il se vendra à plus de 100 000 exemplaires. 

En même temps, Sylvie répète son nouveau spectacle avec le chorégraphe Claude Thomson. Elle a loué pour l'occasion le palais des sports où Johnny s'est déjà produit plusieurs fois. 

En octobre, Sylvie retrouve Paris. Elle entraîne son public dans "Le piège", une toile d'araignée tissée sur la scène, et enchante les plus nostalgiques en rendant hommage au rock n'roll et en reprenant les tubes de ses débuts, coiffée et habillée comme à l’Olympia en 64. 

Le tableau qui ouvre la seconde partie ("No more tears") est somptueux : Sylvie descend du ciel sur un nuage en plexiglass, et complète les lettres de son prénom formées par des photos de sa silhouette. Le ballet carnaval de "Tape-tape" est également une réussite visuelle. 

Ce spectacle sera un énorme succès de novembre à décembre 1981 puique pendant six semaines, Sylvie chantera à guichets fermés et fera l'unanimité des critiques. Elle sera d'ailleurs saluée par Yves Montand. Plus encore Tony décide de l"exporter" à Las Vegas. Après une tournée hivernale dans toute la France, Sylvie part donc présenter son show à Las Vegas, aidée de Tony Scotti qui partage désormais sa vie. Pour elle, c'est un nouveau défi. Certes, elle a déjà chanté dans de nombreux pays. Mais les États-Unis, et particulièrement Las Vegas, représentent pour n'importe quel artiste l'épreuve du feu, le moment de vérité. Les plus grands s'y sont produits. Des américains (Sinatra, Dietrich) et des français (Piaf, Line Renaud). D'où son angoisse. 

Les choses se présentent plutôt bien puisque l'affiche représentant Sylvie dans un fourreau pailleté or à effet de nu, déclenche embouteillages et accidents de la circulation. Elle fera également couler beaucoup d'encre dans les journaux locaux qui s'interrogent: "mais qui est cette dame sur l'affiche ?". 

Le soir de la première, Gene Kelly présente Sylvie au public californien. 

Le spectacle (une version abrégée du Palais des sports) se déroule impeccablement. Le public américain l'ovationne. Même accueil chaleureux à Los Angeles. 

Les critiques qui la comparent à Cher ou à Lisa Minelli, la saluent comme "le plus beau cadeau que la France ait fait aux États-Unis depuis la statue de la liberté". En coulisses, John Travolta ou Bette Midler viennent la complimenter. Cet exploit couronne Sylvie. Las Vegas est une consécration. 

 Mais elle est infatigable. L'été venu, elle enregistre l'album "De choses et d'autres", tandis que le 45 T "Sortie de secours" passe sur les ondes. L'année 82-83, apparemment plus calme, cache d'autres projets. Sylvie a loué le Palais des congrès pour la rentrée, et a déjà un nouveau spectacle en tête . 

Au printemps, Michel Sardou contacte Sylvie qui répète à Los Angeles. Elle lui a souvent fait part de son envie d'enregistrer en duo avec lui. Depuis sa séparation avec Johnny, son répertoire souffre en effet de l'absence d'une voix masculine. Michel Sardou lui propose plusieurs titres. Ils arrêtent leur choix et enregistrent entre deux répétitions de Sylvie pour le Palais des congrès. Sylvie rentre quelques jours à Paris faire la promotion de ce 45 T. qui sera accueilli comme un événement en France. Il connaîtra un succès prévisible. Il est vrai qu'à cette époque, Michel Sardou et elle figurent parmi les plus grands chanteurs de variété. 

Très vite, Sylvie doit repartir répéter à Los Angeles, quitte à assurer de là-bas, certaines prestations télévisées en duplex avec Michel Sardou. Les semaines suivantes, elle enregistre l'album "Danse ta vie". 

Sylvie revient à Paris à l'automne. Elle sort une mise à jour de "Si je chante" où elle relate sa rencontre avec Tony Scotti. 

Elle se produit au palais des congrès du 10 septembre à janvier, soit pendant 95 représentations (record jusqu'ici détenu par Serge Lama). A côté des ballets colorés habituels -les medleys de 81, un morceau latino très cabaret, et le ballet "Raining men" (plus sexy que celui des Weather sisters !)- ce spectacle met davantage l'accent sur les textes ("Le dimanche" et "Encore"...). Une surprise en seconde partie: l'intervention gouailleuse de Jackie Sardou qui exhorte son fils à chanter en duo avec Sylvie ! Puis celle-ci chante Brel, Aznavour, et termine le spectacle avec "La Maritza". 

La tournée estivale de 84 sera un grand succès, confirmant le succès de Sylvie en province. 

Début 84, elle repart aux États-Unis enregistrer un nouveau duo ("Love again") avec cette fois, le chanteur de country John Denver. Cette année sera surtout celle de son remariage avec Tony Scotti. 

MADE IN USA 

Le 2 juin à Los Angeles, vêtue d'un sobre tailleur blanc, les cheveux piqués de gardénias (sa fleur préférée), Sylvie dit oui à Tony, en présence de sa mère et de son fils. Son nouveau mari lui offre une somptueuse maison qu'il fait construire à Beverly Hills. 

Est-ce dû à son mariage, Sylvie -qui a toujours aimé les États-Unis parce qu'elle s'y sent libre et anonyme- devient plus américaine que jamais (alors qu'elle conserve la nationalité française par loyauté pour son pays d'adoption). Comme Victoria Principal ou Raquel Welch, elle sort en France un livre de conseils de forme et de beauté ("Beauty Book"). Ce livre est un précédent , puisqu'il est le premier dans son genre à avoir été écrit par une star française. "Dans un métier comme le mien, on ne peut pas se laisser aller. On est toujours en représentation" explique-t-elle. Elle s'est ainsi forgée une expérience dont elle souhaite faire profiter les autres femmes. Pour son large public masculin, ce livre n'offre pas de grand intérêt, mais révèle toutefois l'aspiration de la chanteuse à une certaine perfection. Comme "Si je chante", ce livre devient un best-seller dès sa sortie. 

Au même moment, elle enregistre l'album "Made in USA". Si le public français ne suit décidément pas les infidélités linguistiques de Sylvie, le public étranger (allemand notamment) est plus enthousiaste. Aussi sort-elle un nouvel album en français l'année suivante ("Virages") qui, plus qu'un tournant, correspond surtout à la fin d'une collaboration de 25 ans avec RCA. Sylvie s'est évertuée à faire toutes les télés et prestations radiophoniques nécessaires à la promotion de son album, mais la diffusion n'a même pas été correctement assurée en province. Elle ne quitte donc pas sa maison de disques dans les meilleurs termes. 

Les deux années suivantes correspondent à une période de calme professionnel. Sylvie ne semble pas s'en porter mal. Elle se consacre à la carrière naissante de son fils. 

Hyper-protégé des paparazzi par sa mère, David a grandi entre Loconville et Los Angeles. Très tôt, il a manifesté un don pour la batterie et le piano. Après le bac, il travaille comme manutentionnaire à la Scotti Bros. Progressivement, il manifeste la volonté de faire le même métier que ses parents. Rien de bien surprenant avec une telle ascendance. Mais ses parents le mettent en garde: on l'attend au tournant. 

Après avoir tourné dans une excellente comédie, produite par Tony Scotti ("He's my girl"), David sort un premier album en anglais ("True Cool") qui remporte un gros succès. Sylvie peut alors reprendre sa carrière en main. 

En 1989, à l'exception du single "Femme sous influence" (écrit par le parolier attitré de Jeanne Mas), cela fait deux ans que Sylvie n'a rien enregistré. Elle fait son retour chez Phonogram (la maison de disques de Johnny Hallyday) et sort un nouvel album "Confidanses". Deux extraits donneront lieu au tournage de clips: "C'est fatal", où la violence de la chanson est traduite par une très belle chorégraphie, et le plus nostalgique "Il pleut sur London". Bon album, bons clips, mais succès d'estime auprès du grand public. 

Quelques mois plus tard, Étienne Daho (un fan de la première heure), propose à Sylvie d'arranger pour elle un succès de 1965 : "Quand tu es là". 

Les nostalgiques des yé-yés et les plus jeunes se retrouvent autour de ce nouveau 45 T. plein de fraîcheur et de punch. Sylvie entre alors au Top 50 qui la boudait jusque là. 

Toujours par amitié pour Étienne, elle participe à "Urgence", un double C.D. dont les bénéfices sont versés au profit de la lutte contre le SIDA. 

Sylvie est plus mûre, plus disponible aussi. Elle déclare souhaiter se tourner davantage vers les autres. Les changements qui se produisent à l'est ne manquent donc pas de l'intéresser. Son frère et elle regrettent seulement que leur père ne soit plus là pour se réjouir avec eux du vent de liberté qui souffle sur la Bulgarie. 

RETOUR A SOFIA 

En octobre 90, avec la complicité de Maritie et Gilbert Carpentier, Sylvie et son clan (Tony, Eddie, David et sa jeune épouse le top-model Estelle Lefébure) suivent un pèlerinage en Bulgarie. Néné, la mère de Sylvie, trop âgée pour supporter le voyage, est restée à Paris. Sylvie retrouve avec un étonnement ému, sa maison d'Iskretz et les paysages de sa petite enfance. 

Le soir, elle donne un concert à Sofia auquel assiste toute sa famille. Au cours du récital, elle rend hommage à son grand père qui lui chantait du Trénet, en reprenant "Le soleil et la lune". L'émotion est à son comble lorsqu'à la fin de "Mon père", elle fond en larmes devant un parterre de bulgares bouleversés. Avec eux, elle reprend d'une voix étranglée le refrain de "La Maritza" puis le chant révolutionnaire "Mila rodino", devenu hymne national après avoir été longtemps interdit. 

Ce concert et le reportage des Carpentier seront diffusés plusieurs fois à la télévision française tant ils demeurent ce que Sylvie a donné de plus émouvant à son public. 

A leur retour de Bulgarie, Eddie et elle fondent une association humanitaire "Sylvie Vartan pour la Bulgarie" afin de venir en aide au peuple bulgare si démuni. Ils refusent toute collaboration avec la croix rouge bulgare afin d'éviter que les fonds ne tombent entre les mains de la nomenclatura. 

JE VOUS SALUE PARIS 

Sylvie est de retour dans les bacs à disques, mais n'a pas fait de scène parisienne depuis 8 ans! Le public la réclame. Des rumeurs de retour sur scène avaient même couru en 88. Quant à l'intéressée, elle déclare éprouver une sensation de manque physique! 

Le retour est finalement programmé pour janvier 1991. Sylvie choisit le palais des sports où elle avait tant aimé chanter dix ans plus tôt. Le spectacle intitulé "Je vous salue Paris" est placé sous le signe de la nostalgie. Deux hommes sont à l'origine de ce bain de jouvence : Tony qui a toujours eu envie que sa femme chante ses vieux succès pour lui, et Étienne Daho. Ce dernier a influencé son idole et amie dans le choix des chansons à reprendre (Sylvie en avait oublié beaucoup). Comment ne pas faire confiance au flair d'Étienne à qui l'on doit "Quand tu es là"? 

Sylvie ouvre le spectacle avec "Par amour, par pitié" et chante les succès qui ont jalonné sa carrière. Les chorégraphies très rocks de Jerry Evans sont les plus modernes que Sylvie ait jamais exécutées. Pour "Donne-moi ton amour", elle est vêtue d'un body noir et de bottes à la Barbarella. La première partie s'achève sur un ballet rap de "Comme un garçon". 

La deuxième partie est "Dahoienne". Sylvie est vêtue d'une superbe robe métallique signée Paco Rabanne. Elle reprend "Quand tu es là", et enchaîne avec ses choristes sur un medley Tamla motown plein de dynamisme ("Moi je danse"/"Garde moi dans ta poche"). Le reste du spectacle réserve d'autres surprises: la reprise de "Dancing in the street", et un retour à Nashville ("La plus belle pour aller danser"/"Te voici"). Merci Étienne! 

Ce spectacle ne sera pourtant pas un succès. La qualité du spectacle n'est certes pas en cause mais la guerre du golfe vient d'éclater. Le public parisien est devenu peu enclin aux sorties... Sylvie doit abréger. 

Demi-échec quand on songe que ce spectacle tient tout de même trois semaines au Palais des Sports quand, au même moment, les folies bergères et autres revues sont contraintes de fermer. 

Sylvie effectue une tournée en Italie et au Japon où son succès ne sera pas démenti. 

A la rentrée 92, elle sort "Vent d'ouest", son deuxième album chez Phonogram. "Qui tu es", la seule chanson qui en sera jamais extraite, donne lieu au tournage d'un nouveau clip, où Sylvie bénéficie d'une très belle photo. 

LA VIE C'EST DU CINEMA 

En avril 93, Sylvie tourne "l’Ange noir", un film de Jean-Claude Brisseau (le réalisateur de "Noce blanche"). Sa rencontre avec le cinéaste remonte à 1990. Il l'avait abordée au Festival de Cannes pour lui faire part de son admiration pour elle (il avait choisi Vanessa Paradis dans Noce Blanche, à cause de sa ressemblance avec Sylvie débutante). C'est par lui que Sylvie apprend alors que Godard avait pensé à elle pour "Pierrot le fou". Brisseau lui fait part de son envie de la faire tourner dans un prochain film. Sylvie accepte. Brisseau vient la voir au Palais des Sports, et lui explique son projet. Le premier coup de manivelle attendra encore un an. 

Rien à voir avec les films musicaux ou la légèreté de "Patate". "L’ange noir" est un audacieux film d’auteur que Sylvie considère comme son premier grand rôle. Dans ce film, elle incarne Stéphane Feuvrier, une ancienne prostituée et actrice de porno bisexuelle. Devenue une respectable femme de magistrat de la bourgeoisie bordelaise, elle commet un crime passionnel. Comme Godard avec Johnny dans Détective, Brisseau casse l'image de Sylvie. Elle est effectivement méconnaissable dans ce rôle. Et elle se révèle être une véritable comédienne. 

Lorsque le film sort, les critiques sont partagées. Si "Studio" ou "Première" n’aiment pas le film, "Libération", "Télérama" ou "Les cahiers du cinéma" l’encensent. Et tous s’accordent à reconnaître les talents de Sylvie. A cette occasion, l'intéresserée commentera avec humour: "il m'a fallu trente ans pour passer de la couverture de "Salut les copains" à celle des "cahiers". 

LEURS TENDRES ANNEES 

Le 15 Juin 93, Johnny Hallyday a 50 ans, et fête l'événement en donnant un concert au Parc des Princes avec David et Sylvie. Contre l'avis de ses proches, elle décide de chanter a capella. Le soir venu, elle interprète "Tes tendres années" devant 60 000 spectateurs très émus. Le single marche bien (il figure parmi les 20 meilleures ventes), montrant que pour les français, Sylvie demeure toujours associée à Johnny... 

Dans les premiers temps qui ont suivi leur divorce, les relations de Sylvie et Johnny avaient connu certains remous (un procès autour du versement de la pension alimentaire). Par la suite, ils avaient eu des difficultés à se revoir sans une certaine gêne. Le temps aidant, ils sont devenus amis... avec une complicité indéfinissable en plus. Aujourd'hui, les journaux à scandale arrivent encore à titrer que leur amour n'est pas terminé... 

L'automne venu, Sylvie retourne en studio réenregistrer d'anciens succès en version acoustique. Loin de vouloir faire du neuf avec du vieux, elle souhaitait surtout donner un nouveau souffle à des chansons que ni le public, ni elle n'ont oubliées: "Tous mes copains", "La plus belle pour aller danser", "Par amour, par pitié", et "La Maritza" bien sûr. Quand elle présente ce nouvel album chez Nagui ("Taratata"), Sylvie révèle son nouveau look plus classique, et ses cheveux désormais plus courts. A la fin de l'année 94, elle est doublement à l'affiche. L'ange noir est dans les salles, tandis qu'une série de concerts est annoncée. Son album (réédité) se vend bien (près de 100 000 exemplaires). Sylvie est revenue. 

Côté jardin, David lui annonce qu'elle sera bientôt grand-mère. En effet, sa femme Estelle attend une petite fille. Elle naîtra en mai. Ses parents auront alors la délicate attention de l'appeler Ilona, en hommage à la mère de Sylvie. 

En janvier 95, Sylvie fait son retour sur scène. Après avoir songé à l'Olympia, le music-hall de ses débuts, elle choisit le légendaire Casino de Paris. Le soir de la première, le public se demande à quoi va ressembler ce nouveau spectacle. Une de ces revues à l'américaine auxquelles Sylvie nous a habitués ? Un récital sur le modèle de sa prestation à "Taratata"? Va-t-elle privilégier ses années 60 comme sur son dernier album acoustique? 

Dès les premières notes de musique, Sylvie, vêtue de noir, émerge en se déhanchant du sol de la scène. "Qu'est-ce qui fait pleurer les blondes?" chante-t-elle d'entrée... tout en affichant un air radieux. Les tubes s'enchaînent. "Irrésistiblement". "L'amour c'est comme une cigarette"... Les nouveaux arrangements de Philippe Delettré les rend méconnaissables. La première partie où les guitares dominent est très rock. Elle se termine par un hommage au cinéma. Sylvie joue un sketch de Françoise Dorin, et montre si besoin était, qu'elle est aussi une comédienne dotée de talents comiques. Elle chante "Le cinéma" de Nougaro, et disparaît sur un escalier. 

Dans la seconde partie, elle se montre plus vamp. Vêtue d'une robe blanche pailletée, elle se love sur un fauteuil rouge, nous plonge dans sa Bulgarie natale, et danse un tango endiablé. Elle est plus proche du public, aussi. Elle le voit, lui parle de plus près, le fait monter sur scène, lui fait chanter "Comme un garçon" et se fait prendre en photo avec lui! Le spectacle s'achève sur une note plus grave: "Aimer", "La vie d'artiste"... 

Un soir Johnny monte sur scène, une autre fois c'est le fidèle Étienne Daho. 

Le public est heureux parce qu'il sait maintenant que Sylvie n'a pas renié ce qu'elle est : une chanteuse populaire. Elle a su rester authentique. Ce spectacle, à mi-chemin entre le récital acoustique et le music-hall, révèle les facettes de la Sylvie d'aujourd'hui : nostalgique mais moderne, sobre mais glamour. 

Ce spectacle est un triomphe. Jusqu'à la dernière représentation, le Casino de Paris affiche complet et refoule ceux qui veulent acheter des billets. Même succès en tournée. 

Mais Sylvie ne pouvait se satisfaire d'un plongeon dans son passé, en chantant complaisamment ses vieux succès, même mis au goût du jour. L'été 96, elle enregistre un album et pousse l'audace jusqu'à s'offrir les meilleurs auteurs-compositeurs du moment: Jean-Louis Murat, Luc Plamondon, Yves Simon, Marc Morgan et Richard Cocciante. A sa sortie, l'album "Toutes les femmes ont un secret" remporte un grand succès tant auprès du public (environ 100 000 exemplaires vendus) que des critiques. Ces derniers considèrent cet album comme le plus abouti de ces dix dernières années. 

Au même moment, Sylvie fait un retour à l'Olympia en octobre 1996, quelques mois avant qu'il ne soit déplacé. Pour elle et son public, ces retrouvailles avec le music-hall de ses débuts sont très émouvantes. 

Le soir de la première, quand le légendaire rideau rouge se lève et qu'apparaît sa silhouette inchangée, ses cheveux aussi courts qu'à ses débuts, on a du mal à croire que trente années se sont écoulées depuis son fameux Olympia avec les Beatles. Un pincement au coeur nous vient en l'écoutant chanter "souviens-toi j'étais la plus belle pour aller danser" tant l'imparfait paraît injustifié. Autre moment fort, Sylvie remet la robe St-Laurent de l'Olympia 70 (qui n'a nécessité aucune retouche), nous amuse en citant les articles détracteurs de ses débuts. Puis elle leur fait un pied de nez en dansant ses anciens succès sixties dans le meilleur medley de sa carrière scénique. Cette fois-ci, la participation de ses choristes est plus active et Bruno Batlo (le Cyrano et hidalgo du Casino 95) est encore de la partie. 

La seconde partie est plus sobre et en cela, plus proche du Casino de Paris. Les chorégraphies de "Dieu merci" et "Donne-moi ton amour" de Walter Painter sont très imaginatives. Sylvie finit le concert vêtue à la Dietrich, façon tennisman californien. Elle clôt le spectacle avec une superbe chanson "Quelqu'un m'attend" qui traite de l'adoption. 

Les journaux à scandale titrent que Sylvie et Tony souhaitent adopter un enfant venu de l'Est. 

QUELQU'UN L'ATTENDAIT 

Certes, Sylvie est déjà comblée par sa Kouklitchka, la petite Ilona et sa petite soeur Emma qui nait le 15 septembre 1997. Pour elles, elle enregistre deux albums de contines traditionnelles en 1997 et 98. 

Mais l'adoption la tenaille depuis ce jour où, à l'occasion d'un arbre de Noël organisé pour David, elle avait convié les enfants d'un orphelinat. Une fillette pourtant trop jeune pour s'amouracher d'une vedette s'était agrippée à Sylvie au moment de la quitter. Sylvie aurait voulu la garder auprès d'elle et l'adoption a commencé à germer dans son esprit. C'est très certainement lors de son retour en Bulgarie, l'exposant à la misère de l'enfance que Sylvie a reconsidéré la chose et entrepris les démarches. Tony et elle n'ayant pu avoir d'enfants ensemble, une petite bulgare leur semblait idéale pour les combler. 

DARINA 

Sylvie et Tony ont entamé les démarches auprès de la DASS dès 1995 : entretien avec un psychologue, bilan de santé, etc... Un an plus tard, ils obtiennent l'agrément indispensable. Puis ils recommencèrent les démarches auprès du gouvernement bulgare. Ici, les origines de Sylvie ont vraisemblablement facilité les choses. Puis, un jour de juin 1997, Sylvie reçoit un coup de fil de Bulgarie, une fillette venait de naître qui l'attendait. Sylvie et Tony se rendent en Bulgarie mais doivent encore patienter. C'est finalement le 21 mai 1998 que Darina entrera dans la famille. Sylvie lui consacrera d'ailleurs une chanson sur l'album "Sensible" qui sort à la rentrée. 

AUJOURD'HUI: ELLE "CHANTE ENCORE L'AMOUR" 

Les journalistes saluent Sylvie comme l'égérie des sixties, la représentante féminine de la variété des années 60 et 70. Ils reconnaissent l'avoir critiquée mais ne le font plus. Il semble aujourd'hui que la longévité de sa carrière impose davantage de respect. Certains s'attendrissent même parce qu'elle leur rappelle une période insouciante et heureuse. En somme, Sylvie fait aujourd'hui figure de chanteuse culte. 

Première interprète féminine de rock dans l'histoire de la variété française, chanteuse la plus collectionnée en France, elle n'usurpe pas ces titres. 

Sylvie est aujourd'hui parvenue au stade des consécrations : en novembre 95, BMG a finalement sorti "les années RCA", un coffret collector de 21 CD comprenant les enregistrements studio de 61 à 86 (dans l'attente d'une intégrale live). 

D'autre part, un livre qui retrace la carrière de Sylvie à travers les meilleurs articles la concernant, sort aux Editions Vade-Retro ainsi qu'une vidéo de ses succès. Tous deux se vendent comme des petits pains. Le show "Irrésistiblement Sylvie" que lui consacre France 2 pendant plus de deux heures en octobre 98 bat des records d'audience montrant combien Sylvie demeure populaire. 

Mais la chanteuse refuse d'être instituée. Elle déborde de projets... Elle n'a pourtant plus rien à prouver. Elle ne fait plus le compte des albums qu'elle a enregistrés et des disques qu'elle a vendus (25 millions !), ou des salles qu'elle a remplies un peu partout dans le monde. Et pourtant, elle "chante encore l'amour". 

QU'EST-CE QUI FAIT DURER LES BLONDES ? 

Certains l’ont expliqué par son physique à la mode: ses yeux de biche, sa moue boudeuse et ses accroches coeurs blonds que tant d’adolescentes ont copiés. Plus tard par ses superbes jambes, que dévoilaient ses minijupes ou ses robes fendues! "Les teenagers préfèrent les blondes" déclarait à son sujet "Juke Box magazine". Mais ce ne peut être une explication sérieuse. 

D’autres ont lié son succès aux formidables supports dont elle a bénéficiés: Franckie Jordan, les émission et journal "SLC" de Daniel Filipacchi et surtout le couple qu’elle a formé quinze ans durant avec Johnny Hallyday... Concernant Johnny Hallyday, s’il est vrai que Sylvie n’a jamais connu autant de succès que tant qu’elle lui a été associée, il serait réducteur et misogyne de ne lui accorder que la retombée du succès de son mari. 

D’autres enfin - y compris Johnny Hallyday lui-même - ont fait valoir le travail dont elle est capable pour chaque disque et spectacle qu’elle entreprend, la comparant à cet égard à Claude François. Sylvie - qui a toujours eu l’honnêteté de reconnaître que ses progrès découlent du travail qu’elle fournit - s’agace souvent de ce que l’on semble insinuer qu’elle pallie un manque de talent par un labeur acharné. Car reconnaissons-le, le succès de Sylvie Vartan peut tout simplement trouver cette explication: le talent.