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Le
premier prix Nobel finlandais est né à Helsinki le 15 janvier 1895. Après
avoir étudié la chimie à l'Université de sa ville natale, il obtient en
1918 le grade de docteur, ayant préparé sous la direction du professeur
O. Aschan une thèse sur les acides résineux dans laquelle il établit la
constitution de l'acide abiétique de la colophane du pin. Jugeant sa formation
insuffisante, il étudie les techniques et les méthodes chimico-physiques
et biochimiques à l'occasion de voyages "post-doc" en Suisse, en Allemagne
et en Suède.
En 1921, il accepte le poste de chef de laboratoire de l'organisation
centrale des laiteries coopératives finnoises, la Valio. Virtanen est
alors nommé maître de conférences à l'Université d'Helsinki (1924-1939);
il enseigne également au cours de cette période (1931-1938) à l'Ecole
Technique Supérieure d'Helsinki. Pédagogue original, il fait participer
les étudiants les plus avancés aux travaux de recherche de l'Institut
dont il assure la dierection.
Il occupe ensuite, de 1939 à 1948, la chaire de biochimie à l'Université
d'Helsinki. Tenant de la recherche fondamentale, Virtanen n'a jamais perdu
de vue qu'elle devait pouvoir déboucher sur des applications techniques,
lors même qu'elle semble s'en éloigner. Evoquant son entrée à la Valio,
où son travail porte sur les problèmes pratiques posés par l'industrie
laitière (détermination des taux de matière grasse, dosage de l'eau, mesure
du pH), il écrit: "Mes intérêts m'entraînaient plutôt vers les problèmes
généraux, ce qui, bien entendu, étonnait la direction de cet établissement.
Or l'expérience a montré que l'étude des phénornènes sans but pratique
conduisait souvent par surcroît à des découvertes pratiques importantes,
et que la voie directe n'était pas tou jours la meilleure." En l'occurrence,
les "découvertes pratiques importantes" ont été faites dans le domaine
de la nutrition animale, de la conservation des fourrages, et de l'alimentation
humaine. Virtanen a été en effet un précurseur des biotechnologies, et
c'est à ce titre qu'on lui a attribué le prix Nobel.
Dès 1920, il commence à s'intéresser aux mécanismes chimiques des différentesr
fermentations. Il montre que dans celles-ci interviennent la phosphorylation
des hexoses et un besoin absolu de "cozymase", et que toutes les fermentations
des sucres, qui conduisent à des produits différents (éthanol, acide lactique,
etc.), se déroulent au départ suivant le même mécanisme. Ce résultat est
très important, car jusqu'alors on pensait au contraire que chaque fermentation,
dès sa mise en oeuvre, suivait un processus particulier. En 1929, il établit
que la fermentation des trioses par les bactéries coli est une oxydoréduction
qui conduit à la glycérine et aux produits de scission de l'acide glycérique.
Cette fermentation passe également par le stade d'une phosphorylation.
Il a rendu possible l'obtention de l'acide citrique par fermentation des
acides oxalacétique et acétique. Parmi ses nombreux travaux sur la fermentation
des glucides, les plus remarquables sont sans doute ceux qui portent sur
la cellulose et l'hémicellulose du bois. En effet, les polysaccharides
des arbres à feuilles, fermentés par des bactéries thermophiles et mésophiles,
peuvent être utilisés pour l'alimentation animale.
Virtanen a étudié la multiplication des microbes et les fermentations
qu'ils induisent en dédoublant les protéines, en fonction de la température
et du pH. Ces résultats l'ont amené à formuler une théorie de l'ensilage
des fourrages verts et frais, et à proposer une méthode efficace pour
leur conservation: il suffisait d'introduire dès le moment de l'engrangement
dans la masse des fourrages un certain taux d'acidité (pH = 4) et de le
maintenir. Cette découverte toute simple eut un retentissement pratiquement
mondial. Auparavant, les pertes de substances nutritives lors de la préparation
des foins atteignaient 30 à 50%. Grâce à la méthode de Virtanen, appelée
le plus souvent méthode AIV, ces pertes ne sont plus que de 10 à 20%,
et de plus on évite les mauvaises odeurs ainsi que la croissance de diverses
bactéries nocives. Enfin un autre avantage est que le carotène se conserve
presque quantitativement, ce qui permet de produire un lait riche en vitamine
A pendant la saison hivemale. Il fut aidé dans cet important travail par
le docteur H. Karstrbm et l'agronome G. L. Rosenquist.
Ces études sur l'influence du pH conduisirent Virtanen à une autre découverte
importante: le beurre aromatique acquiert au cours du stockage un goût
dit "huileux". Cette altération, contrairement aux conceptions antérieures,
n'est pas d'origine microbiologique, mais chimique. Il montra qu'on pouvait
l'éviter en élevant le pH des gouttelettes d'eau contenues dans le beurre
de 4,5-5,5 à 6-7. Ces découvertes, très simples dans leur principe, ont
eu des conséquences économiques considérables.
Dans le nouvel Institut de biochimie d'Helsinki, les recherches étaient
principalement orientées sur l'étude des enzymes et simultanément dans
plusieurs directions. On y fit la distinction entre les "enzymes adaptives",
qui ne se forment qu'en présence d'un substrat, et les "enzymes constitutives",
toujours présentes dans les cellules et indépendantes de la composition
du substrat (Karstr5m). La formation d'enzymes adaptives offre des possibilités
de biosynthèse et se rattache au problème de la genèse de nouveaux organismes.
Parmi d'autres travaux, signalons la première synthèse enzymatique d'un
aminoacide, l'acide l-aspartique; la secrétion de protéinases bactériennes,
responsables de l'action dissolvante de la gélatine de nombreuses bactéries;
la démonstration de la thermostabilité des protéinases et des lipases
bactériennes en solution protéique, ce qui est une propriété importante
pour avoir une bonne qualité des produits laitiers; l'action des enzymes
protéolytiques des bactéries lactiques sur la maturation des fromages;
la synthèse des plastéines, autrement dit la transformation des peptides
en polypeptides.
Mais le problème sur lequel Virtanen et ses collaborateurs ont passé le
plus de temps est celui du métabolisme de l'azote et de la nutrition azotée
des plantes. Dès 1925, l'équipe a commencé ses recherches sur la fixation
de l'azote moléculaire dans les nodules radicalaires des légumineuses.
L'énorme importance de la fixation symbiotique de l'azote par les êtres
vivants terrestres a donné lieu à de longs travaux en collaboration avec
le Dr SynnOve v. Hausen, le Dr T. Laine, Mme H. Linkola et le Dr J. K.
Miettinen. Le résultat le plus important a été d'établir la distinction
chimique et biologique des nodules effectifs (fixant l'azote) et non effectifs
(ne fixant pas l'azote); puis d'attribuer l'explication de cette différence
de comportement à la présence d'un pigment rouge, la léghémoglobine, qui
ne se trouve que dans les nodules effectifs. Ce pigment, de poids moléculaire
17 000, a pu être séparé en deux composantes grâce à l'électrophorèse.
Virtanen s'est ensuite intéressé au métabolisme azoté des plantes en général.
Il a observé l'absorption, par les racines des plantes de pois et de trèfle,
des acides l-aspartique et l-glutamique, et leur utilisation comme source
d'azote. Certains aminoacides, qui n'agissent pas comme source d'azote,
et dont le métabolisme libère de l'éthylène, peuvent être la cause de
modifications morphologiques importantes. Il a montré que les acides aminodicarboxyliques
sont les seuls acides aminés à se former en premier à partir de l'ammoniac.
Outre de nouveaux amino- et cétoacides, il a établi dans les plantes la
présence de plusieurs dérivés de l'hydroxylamine, qui conduisent à des
oximes de cétoacides. Dans les céréales, la présence de glucosides hétérocycliques
conduit, par réaction enzymatique, aux aglucones, accusant une forte activité
antimicrobienne, ce qui explique la résistance des plantes cultivées aux
maladies infectieuses.
Du point de vue de l'alimentation humaine, l'intérêt de Virtanen s'est
porté sur les substances biologiquement actives ou sur leurs précurseurs
qui se trouvent dans les plantes fourragères ou alimentaires. Il a poursuivi
activement des recherches sur la formation des vitamines dans les plantes,
en particulier sur leur teneur en vitamine C et en carotène aux différents
stades de leur croissance et en fonction de facteurs tels que la fumure,
le pH du sol, etc. Il a montré quantitativement le passage de substances
antithyroïdiennes d'origine végétale dans le lait de vache. En revanche,
des essais sur les rats, les souris et l'homme n'ont pas confirmé l'affirmation
de certains biochimistes selon laquelle le lait, lorsque les vaches ont
absorbé de plantes de la famille des crucifères (choux, navets, giroflées,
etc.), pourrait être la cause du développement des goitres.
Les relations entre les recherches de Virtanen et leurs applications pratiques
ont ouvert de nouvelles perspectives, et les biotechnologies sont aujourd'hui
en plein développement. Sans doute pressentait-il ce devenir lorsqu'il
écrivit, h la fin de sa carrière: "Le fait d'avoir eu l'occasion de
travailler pour l'alimentation humaine et pour la production de nourriture
m'a fait éprouver une très grande satisfaction."
Il mourut le 11 novembre 1973 à Helsinki.
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