| Vivaldi, Antonio (1678-1741) |
Né le 4 mars 1678 à Venise, Vivaldi fut initié à la musique par son père, violoniste à la basilique Saint-Marc (1685-1729). Il reçut la tonsure à l'âge de quinze ans (1693) et fut ordonné prêtre en 1703. Il renonça cependant très vite à dire la messe, invoquant des troubles de la respiration, qui étaient sans doute des crises d'asthme. La même année, Vivaldi occupa la fonction de professeur de violon à l'Ospedale della Pietà, séminaire musical qui accueillait de jeunes orphelines déshéritées, et, en 1705, il fut chargé «d'instruire les jeunes filles dans la composition et l'exécution des concertos». Il exerça les activités de compositeur et d'imprésario du théâtre Sant'Angelo à Venise. En 1716, il fut nommé maître de chapelle à la Pietà. Après avoir fait jouer ses uvres en Italie, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas, Vivaldi devint, en 1718, maître de chapelle du prince Philippe de Hesse-Darmstadt à Mantoue, puis, en 1720, maître de chapelle de François Stéphane, duc de Lorraine, avant de retrouver ses fonctions à la chapelle de la Pietà en 1735. Trois ans plus tard, il dirigea la partie musicale de la célébration du centenaire du théâtre de Schouwburg à Amsterdam. Après un nouveau séjour à Venise, il partit pour Vienne, en juin 1741, où il mourut dans la pauvreté, un mois après son arrivée, le 28 juillet 1741. Compositeur prolixe L'uvre instrumentale de Vivaldi est considérable et comporte 456 concertos dont 223 concertos pour violon et orchestre, 22 pour deux violons, 27 pour violoncelle, 39 pour basson, 13 pour hautbois et d'autres concertos pour la viole d'amour, le luth, le théorbe, la mandoline, la flûte piccolo, ainsi que 73 sonates. Vivaldi composa de nombreuses uvres chorales, 16 grands motets pour solistes, chur et orchestre, 28 motets à une ou deux voix, et 3 oratorios. Ses uvres religieuses les plus connues sont le Gloria en ré majeur (1708), Stabat Mater et l'oratorio Juditha Triumphans (1716). Il est également auteur d'uvres profanes, de 30 cantates profanes, de centaines d'airs et de sérénades, et de 47 opéras, dont 21ont été conservés, parmi lesquels l'Olimpiade (1734) et Foraspe (1739). Créateur novateur Dans son écriture musicale, Vivaldi fut le premier compositeur à utiliser systématiquement la forme du ritornello qui devint par la suite une norme pour les mouvements rapides des concertos. Le ritornello est une section qui revenait dans différentes clés et était jouée par l'orchestre entier. Elle alternait avec les «épisodes», sections dominées par le soliste. Vivaldi s'éloigna ainsi de la conception fuguée développée par Corelli, pour écrire une musique en forme de mosaïque, dont les thèmes s'accordaient entre eux par la proximité de leurs mélodies et la constance de leur pulsation rythmique. Vivaldi s'intéressa aux techniques instrumentales et aux moyens de les faire évoluer. Dans le sixième et le douzième concerto du recueil, la Cetra (1725), le compositeur fit accorder la quatrième corde du violon une tierce mineure au-dessus de sa note habituelle. Cette substitution du si bémol au sol lui permit d'adoucir le timbre du violon, d'utiliser les ressources de la corde à vide et de développer des effets inédits. Pour renouveler ses orchestrations, il chercha des instruments peu communs, comme le théorbe, sorte de grand luth. Il fut le premier à écrire pour la claren, ancêtre de la clarinette. Il s'intéressa à la flûte traversière, qui était alors bien moins jouée que la flûte à bec, et donna plusieurs fois la première place à des instruments réputés d'accompagnement, comme le basson. Inventeur du concerto moderne Dès le recueil l'Estro Armonico (1711), Vivaldi établit le format ternaire du concerto (vif, lent, vif). Avec la Stravaganza (1715), il instaura l'opposition entre l'orchestre et un soliste. Il fut parmi les premiers à introduire des cadenza pour les solistes. Il amplifia, dans Il cimento dell' armonia e dell' inventione, recueil dont sont extraites les Quatre Saisons (1724), les contrastes entre les parties. Composant les mouvements lents de ses concertos à l'imitation de l'aria d'opéra, et réduisant leur accompagnement à une écriture en trio, il parvint, notamment dans la Cetra (1725) et dans le recueil de concertos pour flûtes (1729), à une simplicité et une beauté mélodique que seules certaines uvres de Mozart parviendront à égaler. Les premières mesures du largo (mouvement lent) de la Notte (1729), concerto pour flûte à bec, où la sonorité de la flûte se détache sur l'accompagnement du basson, illustrent la perfection de cet art. L'ampleur du spectre sonore valorise chaque note et permet de simplifier à l'extrême la phrase musicale. Une note, la tonique (premier degré de la gamme), est répétée cinq fois, sur la même pulsation (une longue, une brève), puis la flûte gravit les degrés de la gamme mineure, jusqu'à la dominante (cinquième degré de la gamme). Appliquant le principe de la ritournelle, Vivaldi reproduit le même air à la quarte (deux tons et demi plus aigus), la sous-dominante (quatrième degré) est alors répétée cinq fois, sur la même pulsation, et la mélodie achève sa déclinaison de la gamme mineure en allant jusqu'à l'octave. Le ravissement de l'auditeur tient à cette mélodie réduite au plus simple mouvement. Le principe du concerto moderne, construit sur le contraste entre la virtuosité de l'interprète et la perfection de la composition, est tout entier compris dans les dernières uvres de Vivaldi. Celui que l'on surnommait le «prêtre roux» passait pour avoir signé un pacte avec le diable, tant sa technique du violon dépassait celle de ses contemporains. Ses concertos ont fortement influencé l'évolution du jeu des violonistes, par l'écriture intercordes et la mise au point de différentes techniques d'archet. Un temps oubliée, l'uvre de Vivaldi fut d'abord connue à travers les transcriptions qu'en fit Jean-Sébastien Bach au cours de sa formation musicale. |