Wagner, (Wilhelm) Richard, (1813-1883)
Compositeur allemand, dramaturge et théoricien de la musique, dont les œuvres et les idées influencèrent toute l'Europe jusqu'au début du XXesiècle.
Vie
Né le 22mai 1813 à Leipzig dans un milieu modeste, Richard Wagner poursuivit des études universitaires dans sa ville natale. Entre 1833 et 1839, il travailla dans différents opéras d'Allemagne: il fut chef des chœurs à Würzburg puis directeur musical à Magdeburg, où il composa ses premiers opéras, les Fées et la Défense d'aimer, dans le style romantique de Weber.
Après son mariage avec l'actrice Minna Planer en 1836, il se rendit à Königsberg. Il se lança dans la composition et dans l'écriture du livret de son premier grand opéra, Rienzi, à Riga, où il vécut de 1837 à 1839.
Wagner se fixa en 1839 à Paris, où il écrivit le Vaisseau fantôme, opéra qu'il acheva en 1841 et dont le sujet lui fut inspiré par la tempête à laquelle il assista en arrivant de Londres. Vivant très pauvrement tout en rêvant de faire carrière, il y découvrit la musique de Berlioz, rencontra Heine et Franz Liszt, avec qui il se lia d'amitié.
Il s'installa à Dresde en 1842 lorsque Rienzi fut programmé au Théâtre royal où il remporta un vif succès, ainsi que le Vaisseau fantôme, qu'il dirigea lui-même lors de sa création en 1843.
Tannhäuser, vaste fresque historique et romantique sur le Moyen Âge allemand, fut monté également à Dresde en 1845. Mais la musique de Wagner, novatrice, ambitieuse et complexe, fut mal comprise par le public et la critique. Seul Franz Liszt sut alors repérer le génie de Wagner et l'invita à venir diriger Tannhäuser à Weimar. Leur amitié ne cessa jamais et Liszt défendit toute sa vie la musique de son protégé. Craignant un nouvel échec, l'opéra de Dresde refusa de monter Lohengrin, le premier opéra véritablement wagnérien, et c'est Liszt, une nouvelle fois, qui imposa l'œuvre à Weimar en 1850.
Impliqué dans le mouvement révolutionnaire de 1848 en Allemagne, Wagner dut fuir Dresde et la Prusse. En exil à Paris puis à Zurich, il commença à ébaucher les textes et les thèmes de son grand projet, l'Anneau du Nibelung, fondé sur la mythologie germanique. À partir de 1852, ce projet prit une ampleur sans précédent dans l'histoire de l'opéra et, en 1857, il acheva les deux premières parties de ce qui devint plus tard la Tétralogie (du grec tétra: «!quatre!», logos: «!récit!»): l'Or du Rhin et la Walkyrie.
Dès 1852, le riche marchand Otto Wesendonck et sa femme prirent Wagner sous leur protection. Ce fut dans la douce atmosphère de leur chalet de Suisse, l'«!Asile!», que l'exilé put enfin travailler librement. Peu à peu, Wagner et Mathilde Wesendonck tombèrent éperdument amoureux l'un de l'autre. Le compositeur lui dédia les Wesendonck Lieder et, fuyant le scandale, gagna Venise où il acheva la composition de Tristan et Isolde (1859), une œuvre lyrique passionnée, symbole de leur amour impossible (voir Opéra). Mais l'errance continua, entre un échec à Paris, celui de Tannhäuser en 1861, et des demi-succès dans toute l'Europe.
Wagner put enfin regagner l'Allemagne en 1861. Invité à Munich par le jeune roi LouisII de Bavière, passionné de musique, le compositeur se remit au projet de l'Anneau du Nibelung. Sa liaison avec Cosima, fille de Liszt et femme du chef d'orchestre Hans von Bülow (1830-1894), dévoué à la cause de Wagner, créa d'énormes difficultés. Les jalousies politiques et personnelles se multiplièrent. Cependant, Tristan et Isolde fut créé en 1865 dans une fièvre enthousiaste et les Maîtres chanteurs de Nuremberg, un opéra plus léger et pétillant, véritable hymne à l'Allemagne profonde, vit le jour en 1867. C'est à la même période que Wagner fit la connaissance du jeune philosophe Friedrich Nietzsche. En 1870, il dédia la suite pour orchestre Siegfried Idyll à Cosima, qui lui avait donné trois enfants.
En 1871, la ville de Bayreuth adopta le projet d'un théâtre uniquement consacré à l'œuvre de Wagner dont parlait l'Europe entière, et Cosima devint enfin MmeWagner. En 1874, les quatre parties de l'Anneau du Nibelung, appelé également le Ring (l'Or du Rhin, la Walkyrie, Siegfried, le Crépuscule des dieux), furent terminées. La première de cette Tétralogie, en 1876, fut un événement culturel majeur, inaugurant ce théâtre de Bayreuth, spécialement conçu pour et par Wagner. Ce dernier y écrivit par la suite son opéra Parsifal, un drame mystique inspiré par la légende du Graal et créé en 1882. Parti pour Venise afin de se soigner, c'est au Palais Vendramin, sur le Grand Canal qui lui avait inspiré Tristan, que Wagner trouva la mort le 13février 1883. Il fut inhumé dans le jardin de Wahnfried, sa villa de Bayreuth qui ne tarda pas à devenir un lieu de pèlerinage.
Œuvre
Wagner influença toute la pensée musicale de son temps et fut aussi l'un des premiers compositeurs à affirmer son engagement politique, en 1848 notamment. Son essai Opéra et drame reflète sa volonté de créer l'«!art total!», qu'il définissait comme l'union du théâtre, de la musique et des arts plastiques. Wagner écrivit la plupart des livrets de ses opéras et supervisa toutes les étapes de la création de ses œuvres, jusqu'à désirer un théâtre uniquement dédié à ses créations, le Festspielhaus de Bayreuth. Parmi ses nombreux essais et travaux théoriques, citons l'Œuvre d'art de l'avenir (1849), Opéra et drame (1851), Une communication à mes amis (1859) ainsi que sa vaste autobiographie, Ma vie.
La personnalité de Wagner peut parfois sembler irritante : il n'hésitait pas à utiliser le chantage affectif sur ses proches ou ses admirateurs comme Louis II ou von Bülow. Ses écrits antisémites nourris par des rancœurs personnelles et son nationalisme romantique furent largement récupérés par l'idéologie nazie. Cela a longtemps nui à la reconnaissance de son génie musical.
Les œuvres de Wagner sont à la fois les dernières expressions d'une vision romantique du monde et les premières formes d'une musique nouvelle. Si, au début de sa carrière, il respecta les formes traditionnelles de l'opéra romantique, il les fit éclater en concevant des œuvres aussi amples et riches que le cycle de l'Anneau du Nibelung. Le drame wagnérien se veut héritier du théâtre grec antique, de Shakespeare et du théâtre romantique allemand. La musique de Wagner aborde souvent les limites du système tonal romantique. Les accords se chevauchent, créant de larges nappes sonores envoûtantes aux tonalités inhabituelles. Ces nouvelles couleurs de l'orchestre inaugurèrent un système chromatique qui influencera toute la musique moderne occidentale jusqu'à l'atonalité.
Avant Wagner, l'opéra se découpait en airs et en récitatifs. Wagner considérait en revanche que ce découpage nuisait à l'efficacité dramatique du récit et lui préféra un flot musical continu. Le chanteur ne devait plus être une vedette mais un acteur-chanteur au service de la musique. Dans son œuvre, chaque personnage, chaque sentiment est symbolisé par une phrase musicale, et la partition de l'orchestre, comme celle des interprètes, est un chassé-croisé de toutes ces phrases, ces thèmes conducteurs que l'on appelle des leitmotive. Selon les nécessités de l'action, l'évolution et la fusion des leitmotive contribuent à créer une émotion profonde tout au long du drame. Cette conception radicalement nouvelle de l'opéra, mais aussi de la musique pour orchestre, a bouleversé toute l'histoire de la musique après Wagner, de Mahler à Richard Strauss, et de Berg à la musique de films hollywoodiens.