Wieland, Heinrich Otto (1877-1957)

Wieland est né à Pforzheim (Grand-Duché de Bade) le 4 juin 1877. Après avoir fait ses études supérieures aux Universités de Munich et de Berlin, puis à l'Ecole Polytechnique de Stuttgart, docteur en 1901, il est nommé lecteur à l'Université de Munich en 1904, puis professeur cinq ans plus tard. En 1913, il prend la direction du département de chimie organique, puis travaille de 1917 à 1918 au Kaiser Wilhelm Institut de chimie, à Berlin-Dahlem. Ensuite il occupe successivement un poste de professeur à Freiburg, puis à Berlin où, en 1925, il succède à Willstatter.

Dans ses premiers travaux effectués à Munich, il s'intéresse aux mécanismes d'oxydation chez les êtres vivants : l'oxygène transporté par le sang réagit avec les substances hydrocarbonées pour donner du co,et de la vapeur d'eau. Wieland s'astreint à démontrer que les phénomènes d'oxydation sont très souvent dus à des processus de déshydrogénation, tout comme dans la rouille de fer; l'oxydation des composés intermédiaires qui apparaîï dans l'organisme est due à un transport d'hydrogène du métabolite vers un accepteur d'hydrogène.

Mais durant de longues années il étudie surtout des substances naturelles telles que les alcaloïdes, les acides biliaires et les composés violemment toxiques. Ainsi, pendant que son ami Windaus travaille sur les dérivés de la digitaline (cardiotonique), Wieland tente d'élucider la structure des poisons d'origine animale agissant sur le coeur, comme par exemple la toxine que fabriquent certains crapauds. En collaboration avec C. Sch?pf, il cherche par ailleurs à déterminer la structure des pigments des ailes de papillons, et trouve des substances analogues dans les écailles de poissons. Ce sont ces travaux qui le rendent célèbre, et lui valent le prix Nobel de 1927.

Il a tenté de déterminer la structure de l'acide cholique, un acide-triol, représentant type des acides biliaires. Par des réactions de dégradations successives, il montre que l'acide cholique est formé de quatre cycles carbonés sur lesquels sont fixées trois chaînes latérales, avec de plus un groupement carboxyle responsable de la fonction acide; les trois autres oxygènes appartiennent à des groupements hydroxyles, fixés sur les autres noyaux, dont la position varie d'un acide biliaire h un autre selon la provenance animale. L'acide cholique C24H40O étudié par Wieland provenait d'extraits que Windaus et lui- même avaient recueillis à partir de la bile d'êtres humains, de bovidés, et d'oies. Wieland isola quatre acides choliques différents, dont les structures se trouvaient très proches, aussi bien par leur squelette fondamental que par la distribution des groupements OH. Malgré son mérite, il ne réussit cependant pas à déterminer leur structure définitive et, dans son discours, lors de la remise du prix Nobel, il précisa bien que "l'état des connaissances sur la formule de l'acide cholique (restaitJ hypothétique tant qu'on n'(aurait J pas trouvé la place de deux atomes de carbone".

Peu de temps après, il put modifier la structure de l'acide cholique grâce au diagramme de rayons X, en précisant que le squelette était constitué de trois cycles benzéniques et d'un cycle à cinq atomes de carbone reliés l'un à l'autre par une liaison de deux autres atomes de carbone. On retrouvera cette structure dans le cholestérol et dans de nombreux stérols d'origine végétale.

Les travaux de Wieland furent d'autant plus importants qu'ils mirent en évidence les fonctions digestives des acides biliaires. Légèrement modifiées, ces structures se retrouvent dans des substances qui sont des poisons violents. Enfin soulignons que ces travaux seront, comme nous le verrons dans une prochaine notice, à l'origine de la chimie des hormones sexuelles.

Le professeur Wieland publia de nombreux ouvrages de chimie et de biochimie, traduits dans plusieurs langues (japonais, russe, espagnol, italien, anglais). En 1952, il fut décoré de l'Ordre du Mérite en même temps que son ami Windaus.

Il s'éteignit le 5 août 1957 à Stamberg, en République Fédérale Allemande.