Woolf, Virginia (1882-1941)

Romancière et critique britannique qui, notamment en adoptant à sa façon la technique du monologue intérieur, apporta une contribution importante au roman moderne. 
Adeline Virginia Stephen naquit à Londres. Elle était la fille du célèbre biographe et philosophe sir Leslie Stephen, et reçut de son père une éducation soignée mais peu conventionnelle. En 1904, à la mort de celui-ci, Virginia s'installa, avec sa sœur Vanessa et ses deux frères, dans le quartier de Bloomsbury à Londres. Leur demeure devint bientôt le lieu de rendez-vous des libres-penseurs et des anciens camarades d'université de son frère aîné à Cambridge. Ce cercle, connu sous le nom de Bloomsbury group, réunissait aussi bien des écrivains, des critiques et des artistes que des économistes, tous membres de l'élite intellectuelle londonienne. Parmi eux se trouvaient le critique Clive Bell, qui épousa Vanessa, et l'écrivain Leonard Woolf, qui se maria avec Virginia en 1912. En 1917, Leonard et Virginia Woolf fondèrent la maison d'édition Hogarth Press, qui débuta modestement mais ne tarda pas à publier de grands textes. Virginia Woolf mena une vie active, entre ses amis, ses voyages, son travail d'auteur et d'éditeur; mais, souffrant de grave dépression chronique, elle mit fin à ses jours, le 28 mars 1941, en se noyant près de sa maison de campagne. 
Virginia Woolf fut l'auteur de neuf romans. Contrairement aux romans traditionnels, qui posent le monde extérieur comme une réalité unique et incontestable, les romans de Virginia Woolf montrent toujours le réel à travers le filtre d'une subjectivité changeante. Ces moments successifs de la vie psychique sont traduits, sur le plan littéraire, par le foisonnement des symboles et des métaphores mais surtout par la technique dite du «flux de conscience» (ou monologue intérieur). Les personnages eux-mêmes ne sont plus perçus par le lecteur comme des figures bien caractérisées : saisis à travers le va-et-vient de leurs impressions, de leurs sentiments et de leurs pensées, ils sont plus difficiles à cerner et y gagnent la complexité des êtres réels. Ses premiers romans, la Traversée des apparences (1915) et Nuit et Jour (1919), affichaient déjà la volonté d'élargir le champ du roman au-delà de la simple narration et d'étudier les secrets de l'âme. Mais c'est surtout avec des récits plus tardifs, la Chambre de Jacob (1922), Mrs. Dalloway (1925), mais aussi Promenade au phare (1927), que l'intrigue se fit si ténue que seule la vie intérieure des personnages constituait encore la trame du récit et son dynamisme. Dans sa démarche - notamment dans son travail sur la durée temporelle - Virginia Woolf était en outre nettement influencée par Henri Bergson, mais aussi par Marcel Proust et James Joyce. Parmi les autres récits de Virginia Woolf, citons Orlando (1928), qui se présente comme une fantaisie historique et une réflexion sur le genre humain, la créativité et l'identité, adaptée librement de la vie de son amie Vita Sackville-West. Mais il s'agit surtout d'une tentative pour concevoir un être total, à travers ce héros à la fois homme et femme, apte à traverser les époques. Parmi les derniers romans de Virginia Woolf, les Vagues (1931) est sans doute le plus difficile et le plus stylisé, puisque les personnages n'y sont plus des figures individualisées mais se dissolvent dans une vaste indifférenciation. 
La production critique de Virginia Woolf est immense. Parmi ses principaux textes, certains furent réunis dans un ouvrage intitulé le Lecteur ordinaire (1932). Elle s'attacha entre autres choses à y réhabiliter les auteurs féminins oubliés et à y affirmer ses idées féministes. Les textes de ses conférences, réunis dans Une chambre à soi (1929), défendent également la cause féministe, prônant l'émancipation des femmes, en particulier dans le domaine intellectuel. 
Son Journal, un roman inachevé, Entre les actes, et sa correspondance furent publiés après sa mort.