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Tiselius est né à
Stockholm le 10 août 1902, dans une famille d'universitaires. Dès ses
études au lycée de Gothembourg, il manifeste un goût particulier pour
les sciences. En 1921, il s'inscrit à l'Université d'Uppsala, où son grand-père
avait été professeur de mathématiques, et devient dès 1925 l'assistant
de chimie physique du professeur Th. Svedberg, ce qui l'oriente vers des
recherches en chimie physique analytique. Il soutient sa thèse de doctorat
en 1931; le sujet en est l'électrophorèse des protéines. Sous l'effet
d'un champ électrique, les molécules protéiques peuvent migrer, ce qui
permet de les séparer. Le phénomène d'électrophorèse dépend de plusieurs
facteurs tels que la concentration de la solution protéique, la nature
du solvant, la taille, la forme et la charge électrique du soluté. Tiselius
a été le premier à l'avoir étudié.
Deux ans après sa thèse, il est nommé maître de recherches à l'Université
d'Uppsala et entreprend de nouveaux travaux sur les phénomènes d'adsorption
dans les cristaux de zéolithes. Cette étude le mènera d'abord aux îles
Féroé, en quête de matériaux adsorbants, puis aux Etats-Unis, comme boursier
Rockefeller à l'Université de Princeton (1934-1935).
De retour à Uppsala
en 1937, il adresse à la Société Faraday un article qui porte sur l'application
de l'électrophorèse à l'étude des fractions de protéines du sérum sanguin
(séroprotéines), et qui met à la portée des expérimentateurs un appareillage
nouveau permettant de séparer les protéines : cet article fait sa célébrité.
Une chaire est spécialement créée pour lui à l'Université d'Uppsala pour
"l'étude et l'enseignement des lois chimiques et physiques qui se trouvent
à la base des phénomènes vitaux". L'importance de ses travaux et des résultats
obtenus amène le gouvemement suédois à créer un Institut de Biochimie,
dont Tiselius est le premier directeur.
Peu après 1940, il introduit avec ses collaborateurs la technique de l'analyse
frontale, qui implique la mesure continue de l'indice de réfraction du
liquide sortant d'une colonne chromatographique (3). Les modifications
de l'indice de réfraction reflètent les changements de la composition
du soluté entraîné hors de la colonne par le solvant. Cette méthode se
révèle très utile pour la séparation et l'analyse quantitative des solutions
de sucres, des hydrolysats, des protéines, etc. C'est cet ensemble de
recherches qui lui vaut le prix Nobel. L'avantage primordial de ces méthodes
réside avant tout dans leur spécificité et dans la douceur du traitement
des matériaux étudiés. Ainsi en électrophorèse, durant toute l'opération
de séparation, l'échantillon reste dans une solution dont la composition
varie très peu, éliminant tous les risques de dénaturation et de modification
irréversibles, si fréquents dans les séparations par précipitation. Un
autre avantage est que l'on isole des produits homogènes, même après précipitation
et recristallisation successives.
Enfin l'électrophorèse ne sépare que des particules libres. Si l'on est
en présence d'une association moléculaire ou d'un complexe, la séparation
n'est effective que dans le cas où ces demiers sont dissociés. Il peut
arriver que l'électrophorèse sépare un composant homogène qui, dans d'autres
conditions (traitements moins doux, variation du pH), s'avère de nature
plus complexe. Lorsqu'il en est ainsi, l'électrophorèse présente un grand
intérêt pour étudier les composés tels qu'ils se trouvent à l'état naturel
ou dans un organisme vivant; c'est le cas pour les lipides dans les complexes
lipido-protéiniques, qui d'un point de vue biologique jouent un rôle
extrêmement important.
Les travaux de Tiselius ont eu des conséquences considérables sur le développement
des méthodes analytiques en biochimie. Après l'électrophorèse libre ou
de frontière, ont été successivement inventées l'électrophorèse de zone
et l'électrophorèse en gélose. La première, découverte par Tiselius, Durrum,
Enenckel et Cremer en 1950, permet d'obtenir selon les colorants utilisés
des protéinogrammes totaux, des lipidogrammes et des glycoprotéinogrammes.
La seconde a été décrite la même année par Gordon et ses collaborateurs.
En 1952, P. Grabar et de Williams introduisirent l'immuno-électrophorèse,
qui permet la dissociation des blocs protéiques. Enfin, en 1955, Snithies
met au point l'électrophorèse en gel d'amidon, qui révèle par exemple
les différences héréditaires dans les constituants sériques.
Fondée sur l'adsorption, l'analyse frontale de Tiselius, proposée en 1940,
sera suivie d'un développement extraordinaire des méthodes chromatographiques,
avec A. Martin et R. L. M. Synge en 1952.
Après la Deuxième Guerre mondiale, Tiselius joua un très grand rôle dans
les progrès de la science en Suède. Il est membre du Comité de la Force
Atomique, du Conseil de la Recherche Médicale de l'Etat, de la Commission
Royale pour l'Enseignement Supérieur, il assure par ailleurs la présidence
du Conseil de Recherche dans les Sciences Naturelles, la vice-présidence
du Conseil d'Administration de la Fondation Nobel. Il fait aussi partie
du Comité Nobel de Chimie et de l'Académie des Sciences. En 1947, il devient
l'un des vice-présidents de l'Union Intemationale de la Chimie.
Il est mort à Uppsala
le 29 octobre 1971.
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