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17 avril 1955 - Dans l'entre-deux-guerres,
déjà , plusieurs tentatives avaient été faites
pour réunir les représentants de cette majorité silencieuse
du monde moderne, et, à chaque occasion, l'impact fut considérable,
aussi bien chez les puissances coloniales que chez les masses colonisées.
Congrès des peuples d'Orient de Bakou (août 1920), congrès
d'Irkoutsk (décembre 1921), conférence des peuples d'Asie
de Nagasaki (été 1926), conférence des peuples opprimés
de Bruxelles (février 1927) et deuxième conférence
des peuples d'Asie de Dalny (février 1934), ont été durant
cette période les principales occasions de rencontres et de discussions
collectives pour les représentants des mouvements de libération
du monde colonisé.
Avec la fin de la deuxième guerre mondiale et devant l'amplification
des mouvements de libération nationale dans les colonies, le recul
du colonialisme s'accélère et les ex-colonies, une fois
indépendantes et promues au rang de membre des Nations unies, découvrent
le rôle qui peut être le leur dans un monde soumis aux politiques
de blocs et où l'indépendance ne pouvait pas prendre toute
sa signification si elle n'était pas accompagnée par le
non-alignement. Les traces de telles conceptions se trouvent facilement
dans les déclarations et les prises de position des hommes politiques
du tiers-monde. Déjà , pendant la guerre en Iran, Mossadegh
élaborait sa doctrine de "l'équilibre négatif"pour
s'opposer à la politique suiviste du chah envers les puissances occidentales,
tandis que, au sein du Baas, Michel Aflak préconisait pour les
Etats arabes "une politique de neutralité vis-à -vis du
conflit entre les deux blocs"(22 janvier 1948), et Nehru, dans son
discours inaugural à la conférence des relations asiatiques,
à New-Delhi, le 23 mars 1947, déclarait : "Nous, Asiatiques,
avons été pendant trop longtemps confinés au rôle
de solliciteurs dans les cours et les chancelleries occidentales. Tout
cela doit appartenir maintenant au passé. Nous souhaitons tenir
sur nos propres jambes et coopérer avec tous ceux qui y sont disposés.
Nous n'entendons pas être le jouet des autres ".
Cette volonté d'indépendance trouvait dans les organismes
internationaux, et notamment aux Nations unies, un champ d'application
approprié: dès 1949, à l'ONU, une dizaine de délégués
des pays afro-asiatiques commencent à se consulter afin de mieux
harmoniser leurs activités et de défendre des positions
indépendantes de celles des grandes puissances.
Les cinq puissances invitantes de Bandoung-l'Inde, Ceylan, le Pakistan,
la Birmanie et l'Indonésie-s'étaient réunies à
Colombo, du 5 avril au 2 mai 1954, pour chercher les moyens d'accélérer
la conclusion de la paix en Indochine. Les cinq prennent alors position
contre les essais nucléaires, la politique des blocs et le colonialisme
et se prononcent pour l'admission de la Chine aux Nations unies. Quelques
mois plus tard, en décembre 1954, les cinq de Colombo se retrouvent
à Bogor, localité proche de la capitale indonésienne,
pour décider des derniers préparatifs de la conférence,
et notamment pour établir la liste des pays à inviter à
prendre part à la création d'une "zone de paix"fondée
sur les principes de la coexistence pacifique. Vingt-cinq pays, dont la
Chine et le Vietnam du Nord, sont invités, et, parmi eux, seule
la Fédération d'Afrique centrale décline l'invitation
(1).
NASSER PAKDAMAN
professeur associé à l'université de Paris-VII
Le Monde du 21-22 avril 1985
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