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27 mai 1968 - A Issy-les-Moulineaux,
aux usines SEV-Marchal, qui groupent deux mille huit cents personnes,
dont mille huit cents femmes, les cadres se sont opposés au mouvement
de grève. Les ouvriers occupent l'usine depuis le 17 mai, et l'atmosphère
est tendue car le refus du dialogue est total de la part de la direction.
Les salaires moyens sont affichés sur les hauts murs presque aveugles
de l'usine : un manuvre gagne 2,95 F de l'heure un OS 1, 3,35 F
un P1, 3,98 F. Les salaires sont inférieurs de 30 % à 40 %
à ceux qui sont pratiqués chez Renault.
Les bâtiments sont tristes, vétustes, mal entretenus, et
c'est à Emile Zola qu'on pense immédiatement. Tout de suite
les témoignages fusent : les salaires, certes, mais aussi les conditions
de travail, la crasse, les cadences qui augmentent, les mutations d'atelier
en atelier qui écrasent les salaires, les deux machines qu'il faut
servir au lieu d'une sans changement de rémunération.
Ici aussi le besoin d'information est ressenti comme une nécessité:
"A chaque instant, le patron nous dit : "Le budget est en déficit."Mais
on nous ment, on nous bluffe. Il faut que les pouvoirs du comité d'entreprise
deviennent réels, qu'on ne puisse plus muter, licencier des gens
sans notre avis. Il nous faut des garanties d'emploi, de formation, de
perfectionnement."Et les étudiants ?
"Ils devraient venir dans les usines demander notre avis pour transformer
l'Université. Ça nous intéresse puisque si un ouvrier
fait des sacrifices pour envoyer son fils à l'école, c'est
pour qu'il trouve du travail après.""On doit être
solidaire avec les étudiants : c'est l'avenir du pays, et on espère
que nos enfants pourront étudier un jour."Le régime
et le chef de l'Etat ? "On ne peut pas refaire confiance à de
Gaulle.""Qu'il fiche le camp, il est assez vieux, il a l'âge
de la retraite."Mais très vite, les préoccupations reviennent
au plus urgent.
L'acompte versé habituellement le 22 de chaque mois s'est trouvé réduit
la semaine dernière à 150 F.
JOSEE DOYERE
Le Monde du 30 mai 1968
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