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17 avril 1969 - Le cinquième anniversaire
de l'invasion de la Tchécoslovaquie mais aussi la conférence
en cours sur la sécurité et la coopération en Europe
amènent les hommes politiques et les observateurs occidentaux à s'interroger
sur ce qui se passe en Tchécoslovaquie.
Pour certains, il faut tourner la page, mais d'autres estiment que la
détente internationale ne peut rester sans effets sur la Tchécoslovaquie
et qu'elle en produit d'ores et déjà . Certains faits confirment
cette thèse : pas de nouvelles arrestations massives ou de nouveaux
procès politiques, une certaine stabilisation économique,
la normalisation des relations avec l'Allemagne fédérale,
le désir de Moscou d'oublier l' "affaire"et des tentatives
pour récupérer une partie des cinq cent mille communistes
exclus et radiés du PC pendant les purges de 1969-1971. Il serait
possible de se réjouir de ces quelques faits si d'autres n'allaient
nettement dans le sens contraire.
Ainsi la tentative faite pour rejeter sur Chelest (1) l'intervention militaire d'août 1968
pourrait être considérée comme positive-même
si elle est artificielle et illusoire-si elle devait permettre à
Brejnev de répéter l'opération que fit Khrouchtchev
lorsqu'il attribua à Beria l'excommunication de la Yougoslavie
du Kominform en 1948 pour présenter ses excuses à Belgrade
en 1955. Mais il n'en est rien : Brejnev à Moscou, son porte-parole
Zamiatine à Washington comme Husak et Bilak à Prague, continuent
de parler de l' "aide fraternelle"demandée par les dirigeants
du P.C. tchécoslovaque. Sans que pour autant leurs noms eussent
été rendus publics, même cinq ans après l'événement.
Les journaux tchécoslovaques et soviétiques continuent de
qualifier le renouveau du socialisme en 1968 de "contre-révolution"inspirée
par l'impérialisme et le sionisme. Quant aux dirigeants du "printemps
de Prague"tels que Dubcek, Smrkovsky ou Kriegel, comme des milliers
d'anciens communistes et socialistes, ils sont condamnés au silence
et ne peuvent même pas se défendre contre les calomnies les
plus fantastiques.
Ainsi récemment, à une réunion syndicale locale,
Dubcek a tenté de prendre la parole pour dire que tous les reproches
qui lui sont faits sont erronés le président de la séance
lui retira la parole, affirmant que l'on ne pouvait parler que de problèmes
syndicaux.
Dubcek eut le temps de riposter que, précisément, c'était
pour lui, depuis 1969, la première occasion de s'exprimer devant
une dizaine de personnes, étant pratiquement obligé de vivre
en résidence surveillée.
Cent mille soldats soviétiques
Le fait le plus important est la présence de troupes soviétiques
sur le territoire tchécoslovaque cinq années après
leur "entrée temporaire". Après la conclusion des
accords entre Bonn, Moscou, Varsovie et Prague, personne ne peut plus
parler sérieusement de la menace d'une attaque allemande contre
la Tchécoslovaquie, ce faux argument utilisé en 1968. Quant
à la normalisation, Brejnev lui-même l'a louée dans
son discours de février 1973 à Prague.
Les deux raisons avancées en 1968 pour justifier la présence
"temporaire"des troupes soviétiques étant tombées,
l'occupation du pays est tout à fait anachronique. Mais, malgré cela,
presque 100 000 soldats soviétiques y demeurent, on ne parle plus
du caractère provisoire de leur séjour : on construit pour
eux des casernes et des maisons pour les familles des officiers, bref,
on s'installe comme chez soi.
Après la série des procès politiques de juillet-août
1972 (quarante-sept personnes, en majorité des militants communistes
et socialistes, dont quatre anciens membres du comité central du
Parti communiste, furent condamnées à cent dix-huit années
de prison), il n'y a pas eu de procès spectaculaire, même
si les arrestations et condamnations pour des raisons politiques continuent.
Mais aujourd'hui, la répression en Tchécoslovaquie utilise
surtout des formes de discrimination matérielle. Des centaines
de milliers d'intellectuels, hommes politiques, enseignants, savants,
journalistes, syndicalistes, etc., ont été chassés
de leur travail et condamnés à une existence misérable.
Celle-ci a des conséquences pour leurs enfants, qui souvent ne
sont pas admis à faire des études supérieures, sans
parler des répercussions sur toute la vie culturelle et scientifique
du pays.
Alors, si l'on compare les faits d'une manière objective, sans
se laisser guider par ses propres désirs, il faut bien constater
que la "détente"n'a guère atteint la Tchécoslovaquie.
Par l'intervention soviétique du 20 août 1968, le pays a été rejeté plusieurs années en arrière
et sera donc parmi les derniers en Europe de l'Est à profiter de
la détente internationale.
JIRI PELIKAN
ancien directeur de la télévision tchécoslovaque.
Le Monde du 21 août 1973
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