Chine
La préhistoire 
Les premiers vestiges attestant la présence de l'Homo erectus en Chine remontent au Paléolithique inférieur. Il s'agit du Sinanthropus lantianensis, mis au jour à Xian (Shaanxi), et du Sinanthropus pekinensis, ou homme de Pékin, datant de 460000 av. J.-C., découvert en 1921 à Zhoukoudian (Choukoutien), dans la banlieue sud-ouest de la capitale chinoise.
C'est par étapes que les peuples de langue et de culture chinoises se fixèrent sur le territoire de l'actuelle Chine. Au Néolithique, la riziculture et la domestication du buffle semblaient acquises. Au nord, dans l'actuelle province du Henan, existait alors une communauté agraire, la culture de Peiligang (6500-5000 av. J.-C.). Au sud, les fouilles de Xianrendong (Jiangxi) ou de Zengpiyan (Guangxi) ont révélé la présence d'ossements, de céramiques et d'outils datant également de la période néolithique.
Quelque cinq siècles plus tard, des sociétés agricoles se développèrent dans le bassin du Huang he. Deux d'entre elles se distinguaient par leur importance et la qualité de leurs céramiques. La culture de Yangshao rayonna à l'ouest (Gansu, Shaanxi, Shanxi, Henan) et à l'est de la Chine (Henan, Hebei, Shandong, Jiangsu). La culture de Longshan, dans le Shandong, issue de celle de Dawenkou (5000-2200 av. J.-C.), profita des acquis de la précédente et fonda les premiers sites urbains connus.
Après une période de transition, la tradition chinoise évoque le règne de souverains légendaires comme Pangu, Fuxi ou Huangdi. Ceux-ci auraient ensuite laissé place à des dynasties semi-mythiques, comme celle des Xia (2205-1766 ou 1989-1558 av. J.-C.), dans le Shanxi, fondée par Yu le Grand (Dayu). Mais la première dynastie avérée par l'Histoire est celle des Shang, sous laquelle l'écriture chinoise se développa.
Premières dynasties 
La dynastie Shang (XVIIIe-XIIe siècle av. J.-C.) 
La dynastie Shang ou Yin régna sur le nord et le centre de la Chine (Grande Plaine du Nord, Shanxi, Shaanxi, Hubei, Anhui). À partir de 1384 av.J.-C. environ, la capitale fut établie à Yin, près d'Anyang, non loin de la frontière nord du Henan. L'économie était essentiellement agricole (mil, blé, orge, riz, élevage). Des armes, des outils et de la vaisselle de bronze retrouvés à l'occasion de fouilles archéologiques ont révélé l'existence d'une métallurgie assez sophistiquée.
La Chine des Shang était une société féodale fortement hiérarchisée en classes (aristocratie guerrière, religieux, paysannerie). Les seigneurs guerriers, qui recevaient leur fief du souverain, s'engageaient à assister celui-ci dans ses entreprises militaires. Les religieux, qui étaient aussi des lettrés, s'occupaient de l'administration, participaient au gouvernement et pratiquaient des divinations très élaborées sur des os ou des écailles de tortues.
Les rois Shang rendaient un culte à leurs ancêtres royaux et à une multitude de dieux, dont le principal est Shangdi, le «Seigneur d'en haut». L'écriture se composait alors de 3000 signes. Au XIe siècle, les Shang furent renversés par les attaques d'une cité vassale, qui fonda la dynastie Zhou.
La dynastie Zhou (XIIe siècle-221 av. J.-C.) 
Les Zhou occidentaux 
Originaire de la vallée du Wei he, la dynastie Zhou établit sa capitale à Hao, près de Xian (Shaanxi). Il y eut d'abord l'époque des Zhou dits «occidentaux» (1027-771 av. J.-C.), qui régnèrent sur la moitié nord de la Chine et sur la vallée du Chang jiang. Mais l'immensité du royaume et l'état primitif des communications empêchèrent les Zhou occidentaux d'exercer et de centraliser leur pouvoir. Vers le Xe siècle av. J.-C., des mutations d'ordre social et politique se dessinèrent. Le pouvoir royal ne joua bientôt plus qu'un rôle d'arbitre entre des principautés aux mains d'une noblesse héréditaire.
La société Zhou resta profondément rurale (élevage, riz, sorgho, haricots, fruits, etc.). La terre était répartie en parcelles carrées divisées en neuf parties égales. Les huit parcelles extérieures étaient attribuées à huit familles paysannes, qui associaient leurs efforts et leurs ressources pour cultiver la parcelle centrale, dont la récolte était destinée à la noblesse. Ce système fut considéré par les dynasties suivantes comme le mode de répartition le plus juste des terres arables.
Les Zhou orientaux 
Les Zhou gardèrent le contrôle effectif de leur territoire jusqu'en 771 av. J.-C. À cette date, des soulèvements éclatèrent, favorisant l'invasion de tribus venues de l'ouest. Chassés, les Zhou établirent une nouvelle capitale dans l'est, à Luoyang (Henan). Ce fut l'époque des Zhou dits «orientaux» (770-221 av.J.-C.). Désormais à l'abri des attaques barbares, les souverains ne purent bientôt plus exercer d'autorité politique ou militaire sur leurs États vassaux, dont beaucoup s'étaient agrandis au point de devenir plus puissants qu'eux. Néanmoins, ils restaient, aux yeux de tous, détenteurs d'un «mandat du Ciel». Ainsi légitimés dans leur autorité politique, ils continuèrent à investir les seigneurs du pouvoir de gouverner leurs terres. La dynastie put ainsi se maintenir jusqu'au IIIe siècle av. J.-C.
La fin de l'ère Zhou se subdivise en deux périodes: celle des «Printemps et Automnes» ou Chunqiu (722-481 av.J.-C.) et celle des «Royaumes combattants» ou Zhanguo (475-221 av. J.-C.).
Du VIIIe au IIIe siècle av. J.-C., un rapide essor économique s'accompagna de transformations sociales, dans un contexte d'extrême instabilité politique et de guerres quasi incessantes.
C'est à cette époque que la Chine entra dans l'âge du Fer, en 513 av.J.-C. La charrue à soc de fer tirée par un bœuf, et l'amélioration des techniques d'irrigation autorisèrent de meilleurs rendements agricoles, et donc un accroissement de la population. La croissance démographique s'accompagna d'une production accrue de richesses et donna naissance à une nouvelle classe de négociants et de commerçants. Les découvertes scientifiques se multiplièrent (tables de multiplication, astronomie, etc.).
Ce développement économique permit aux souverains locaux de contrôler progressivement de plus grandes étendues de territoire. Les États vassaux, situés aux marges du monde chinois, s'étendirent aux dépens des peuples voisins non chinois. Ils profitèrent de cette expansion pour enrichir et diversifier leur propre culture à l'aide d'emprunts faits aux autres civilisations. Ils apprirent notamment, au contact des peuples du nord-ouest, à former des unités de cavalerie. En revanche, pour les États vassaux du centre de la Chine, l'expansion ne put se faire qu'en empiétant sur d'autres États de même civilisation, et cette uniformité engendra une stagnation culturelle. Ainsi, dès le VIe siècle av. J.-C., sept royaumes puissants entouraient les royaumes plus petits et plus faibles de la Grande Plaine du Nord.
Avec le déclin de l'autorité politique des Zhou et l'émergence de nouveaux États à la périphérie du territoire, les relations s'envenimèrent. À la fin du Ve siècle av. J.-C., la Chine vécut une période de luttes féodales incessantes entre les différents États (Qin, Han, Zhao, Chu, Yan, Qi, Wei) connue sous le nom de «Royaumes combattants».
Confucianisme et taoïsme
C'est au cours de cette longue période d'instabilité que naquirent les grandes écoles de pensée de la philosophie chinoise, qui exercèrent une influence majeure sur le développement de la civilisation et sur l'État chinois durant les deux millénaires suivants.
Le premier, et de loin le plus influent des philosophes de cette époque, est Kongfuzi, connu en Occident sous le nom de Confucius. Fils instruit du gouverneur de l'État de Lu (actuel Shandong), issu de la petite noblesse, il représente la classe naissante des gestionnaires et des conseillers de cour dont l'aristocratie au pouvoir avait besoin pour gérer l'administration intérieure et les relations inter-États. Confucius proposa une restauration des institutions sociales et politiques des premiers Zhou, estimant que ces sages souverains avait cherché à établir une société idéale par l'exemple de leur vertu personnelle. Pour cette raison, il voulut créer une classe de gentilshommes vertueux et cultivés capables de prendre en charge les fonctions les plus hautes du gouvernement et de diriger le peuple tout en se donnant en exemple. Il s'appuyait sur une morale selon laquelle une pensée juste aboutit à une attitude juste, apanage du junzi, ou «homme bien né», être à la fois droit, beau et bon. Par la suite, Mencius et Xunzi reprirent et développèrent les théories de Confucius.
Une autre école de pensée politique fleurit et pesa durablement sur la civilisation chinoise: celle des «légistes». Partisans d'une centralisation poussée à l'extrême, ces légistes entendaient substituer aux coutumes et aux droits hérités du passé une réglementation pénale uniforme pour chaque aspect de l'activité humaine. Afin de pouvoir appliquer ce système, ils souhaitaient l'établissement d'un État riche et puissant, où l'autorité du souverain serait incontestée. Ils réclamèrent la socialisation du capital, la création de monopoles d'État et d'autres mesures économiques destinées à enrichir l'État, à renforcer sa puissance militaire et à centraliser le pouvoir administratif. Les principaux représentants de ce courant de pensée sont Shang Yang, Li Si, réformateur de l'État des Qin, et l'écrivain Han Fei.
Situés à l'opposé des moralistes confucéens et des légistes, les taoïstes sont à l'origine d'un courant de pensée toujours vivace en Chine. Selon leur philosophie, chaque progrès technique ne peut être qu'une étape de plus dans la perte des vertus naturelles de l'Homme et toute institution, un progrès de l'asservissement de l'être humain. Les deux textes fondateurs furent le Daodejing, ou «Classique de la voie et de sa vertu», dû à Lao-tseu, et le Zhuangzi, écrit par Zhuangzi.
Naissance de l'Empire 
Au cours du IVe siècle av. J.-C., le royaume des Qin, l'un des États du nord-ouest, entreprit un programme de réformes administratives, économiques et militaires inspirées par l'un des principaux théoriciens du légisme, Li Si. En 256 av. J.-C., il absorba celui des Zhou, ou, du moins, ce qu'il en restait. À partir de 230 av. J.-C., il soumit un à un les autres royaumes chinois (Han, Zhao, Chu, Yan, Qi, Wei), sous l'impulsion du jeune roi Qin, Ying Zheng.
La dynastie Qin (221-207 av. J.-C.) 
En 221 av. J.-C., Zheng se proclama Qin Shi Huangdi ou «Premier Auguste Souverain de la dynastie Qin». Cette dynastie donnera son nom à la Chine.
Durant son règne (221-210 av.J.-C.), le premier empereur transforma un ensemble hétéroclite d'États quasi féodaux en un empire administrativement centralisé et culturellement unifié, dont la capitale se situait à proximité de l'actuelle Xian. Les aristocraties héréditaires furent abolies et leurs fiefs divisés en provinces dont l'administration fut confiée à des gouverneurs directement nommés par l'empereur.
L'écriture fut normalisée et son usage rendu obligatoire dans tout le pays. Pour favoriser le commerce intérieur et l'intégration économique, Shi Huangdi unifia les poids et mesures, la monnaie et la longueur des essieux (qui détermine la distance entre les ornières sur les routes).
Leur quête d'une uniformité culturelle poussa les dirigeants à bannir toutes les écoles de pensée qui avaient fleuri à la fin des Zhou. Seul le légisme, qui avait un statut officiel, fut autorisé. En 213 av. J.-C., des confucéens furent enterrés vivants tandis que leurs livres et ceux des autres écoles philosophiques interdites étaient brûlés, à l'exception des volumes de la bibliothèque impériale.
Le premier empereur de Chine chercha également à étendre son royaume. Au sud, ses armées atteignirent le delta du Sông Hông (fleuve Rouge), au Viêtnam. Au sud-ouest, l'empire s'étendit à la plus grande partie des actuelles provinces du Yunnan, de Guizhou et du Sichuan. Au nord-ouest, il s'avança jusqu'à Lanzhou, dans l'actuelle province du Gansu. Au nord-est, une partie de la Corée dut prêter allégeance à l'Empire. Cependant, le centre de la civilisation restait dans le bassin du Huang he. Outre l'unification et l'expansion territoriale de la Chine, Shi Huangdi fit achever la construction de la Grande Muraille contre les invasions barbares.
À sa mort en 210 av. J.-C., il fut enterré dans un vaste mausolée près de Lintong. Ce site, découvert en 1974, renferme une armée de terre cuite de 6400 soldats (grandeur nature), avec leurs chevaux et leurs chars de combat.
Mais les conquêtes militaires, la construction de routes et de ports, la Grande Muraille et d'autres grands travaux avaient eu un coût financier et humain considérable. Une fiscalité de plus en plus lourde, la conscription obligatoire et le travail forcé inspirèrent un ressentiment profond dans la population à l'encontre du régime Qin, notamment dans les royaumes conquis, comme le royaume Chu dans le sud. De plus, l'empereur s'était aliéné les lettrés par une politique totalitaire de contrôle de la pensée, symbolisée notamment par les autodafés.
Après sa mort, son fils cadet Ying Huhai lui succéda. Il prit le titre de Ershi Huangdi mais tomba rapidement sous l'influence d'un eunuque du palais. Une lutte pour le pouvoir s'ensuivit qui paralysa l'administration centrale et indigna la population. Des révoltes éclatèrent. Ershi Huangdi, contraint au suicide (207 av.J.-C.), ne put éviter l'écroulement de l'Empire.
Les Han antérieurs (206 av. J.-C.-9 apr. J.-C.) 
Les trois dernières années de la dynastie Qin, marquées par des troubles et la guerre civile, virent l'émergence d'un chef rebelle, d'origine modeste, Liu Bang. Après avoir éliminé les prétendants au trône, Liu Bang se proclama empereur de Chine en 206 av. J.-C. et fonda la dynastie des Han occidentaux (Xihan), ou antérieurs (Qianhan). La capitale fut établie à Changan (actuelle Xian).
L'héritage 
Les Han bâtirent leur empire sur les bases unitaires établies par Shi Huangdi. Mais ils abrogèrent les lois les plus contraignantes et allégèrent les impôts les plus impopulaires. L'empereur Liu Bang (202-195 av. J.-C.) commença par octroyer des royaumes à certains de ses anciens alliés et à des membres de sa famille. Cependant, au milieu du IIe siècle
av. -J.-C., la plupart de ces royaumes furent repris par son fils, Wendi (180-157 av. J.-C.), et l'ensemble de l'empire fut directement soumis à l'autorité impériale.
Les Han favorisèrent la renaissance du taoïsme et adoptèrent le confucianisme en tant qu'idéologie officielle. Néanmoins, désireux de le rendre universel, les Han y incorporèrent des idées empruntées à d'autres écoles de pensée afin de compléter l'enseignement laissé par Confucius et ses disciples. Ils nommèrent les fonctionnaires d'une administration très hiérarchique, héritée des Qin, sur la base du mérite plutôt que de la naissance, suivant là un principe confucéen. La sélection et la qualification reposaient sur des examens écrits. À la fin du IIe siècle av. J.-C., une université impériale fut créée pour enseigner aux futurs fonctionnaires les cinq classiques de l'école confucéenne.
Wudi le conquérant 
La dynastie des Han antérieurs connut son apogée sous le règne de Wudi (140-87 av.J.-C.). La quasi-totalité de la Chine actuelle était soumise à l'ordre impérial, même si de nombreuses régions, notamment au sud du Chang jiang, n'étaient pas encore complètement assimilées. L'autorité chinoise était établie au sud de la Mandchourie et au nord de la Corée. À l'ouest, les armées Han combattaient les tribus nomades Xiongnu et Xianbei, peut-être apparentées aux Huns. Elles s'avancèrent jusqu'à la vallée du fleuve Iaxarte (actuelle Syr-Daria, au Kazakhstan), ouvrant ainsi la célèbre «route de la Soie». Au sud, elles conquirent l'île de Hainan et fondèrent des colonies autour du delta du Xi jiang ainsi qu'en Annam et en Corée.
Seulement, l'expansionnisme de Wudi épuisa les réserves financières laissées par ses prédécesseurs et nécessita un retour au légisme pour renflouer le Trésor public. Les impôts furent majorés, les monopoles d'État restaurés et la monnaie dévaluée. Les souffrances endurées par les paysans furent aggravées par la croissance démographique qui réduisait la superficie des exploitations alors que les taxes augmentaient. Les familles de grands propriétaires fonciers, défiant les collecteurs d'impôts du gouvernement central, acquirent une sorte d'exonération fiscale. Au fur et à mesure que le nombre de ces «non-imposés» croissait, l'assiette fiscale de l'empire diminuait. Le fardeau supporté par les ruraux soumis à l'impôt se fit de plus en plus lourd. Les révoltes paysannes se multiplièrent et le banditisme se développa.
La dynastie Xin (9-23 apr.J.-C.) 
Au cours de cette période de troubles et de désordres, un courtisan ambitieux, Wang Mang, déposa l'empereur, alors enfant, dont il assumait la régence. Il créa la dynastie éphémère des Xin et tenta de restaurer la puissance du gouvernement impérial et d'alléger le fardeau des paysans. Il lutta notamment contre les grandes propriétés exemptées d'impôts. Celles-ci furent confisquées au profit du domaine impérial et redistribuées aux paysans qui les cultivaient. L'esclavage fut aboli, les monopoles impériaux sur le sel, le fer et la monnaie renforcés, et de nouveaux monopoles établis. Mais la résistance des propriétaires était si forte que Wang Mang se vit contraint d'annuler sa réforme du régime foncier. La crise agraire s'intensifia avec la détérioration progressive des systèmes de contrôle de l'eau mis en place dans la Chine du Nord, où une violente insurrection paysanne éclata, en 23 apr.J.-C., sous la conduite des «Sourcils rouges». Ces derniers reçurent bientôt l'aide des grands propriétaires, qui prirent d'assaut Changan et parvinrent à tuer l'usurpateur Wang Mang. La dynastie Han fut alors rétablie.
Les Han postérieurs (23-220) 
Le prince Liu Xiu (23-55 apr. J.-C.), qui deviendra plus tard Guang Wudi, fonda la dynastie des Han postérieurs (Houhan), ou Han orientaux (Donghan). Leur capitale fut Luoyang. Au Ier siècle apr. J.-C., la Chine poursuivit son extension vers l'ouest. Les Chinois, qui contrôlaient la route de la Soie, développèrent un commerce actif avec les peuples barbares d'Occident. C'est par eux que le bouddhisme fut introduit en Chine. Dès leur accession au pouvoir, les Han postérieurs souffrirent de la faiblesse et de l'inefficacité de l'administration impériale. Comme sous les Han antérieurs, le gouvernement était miné par l'existence d'empereurs encore enfants et par le népotisme des familles impériales. Les empereurs finirent par s'en affranchir grâce aux eunuques du palais, qui gagnèrent du même coup en autorité et en influence. Le gouvernement fut alors déchiré par des querelles intestines entre factions rivales et des luttes de pouvoirs. Entre 168 et 170, fonctionnaires et eunuques s'affrontèrent, les premiers reprochant aux seconds d'avoir usurpé leur fonction légitime. En 184, deux révoltes éclatèrent, menées par des sectes taoïstes. L'une, celle des «Turbans jaunes», ravagea le Shandong et les provinces voisines. L'autre, la «Société des cinq boisseaux de riz», au Sichuan, ne fut matée qu'en 215 par le général Cao Cao.
La division (220-581) 
Le démembrement et le sursaut 
L'empire des Han commença à s'effondrer lorsque les familles de grands propriétaires fonciers, profitant de la fragilité du gouvernement, constituèrent leurs propres armées. Le pays se fragmenta en trois États et entra dans la période dite des «Trois Royaumes», qui inspira de nombreux romans, opéras et récits populaires. En 220, le fils de Cao Cao institua la dynastie des Wei (220-265) dans le bassin du fleuve Jaune, avec pour capitale Luoyang. La dynastie Shu Han (221-263) régna dans le sud et la dynastie Wu (222-280) dans le sud-est. Ces trois royaumes se livrèrent une guerre incessante.
En 263, le royaume Wei s'empara de son voisin Shu. Deux ans plus tard, Sima Yan, puissant général du royaume Wei, usurpa le trône et fonda, dans le nord, la dynastie des Jin occidentaux (265-316). En 280, il réunit sous son autorité le nord et le sud. Mais peu après sa mort, en 290, l'unité du pays s'effondra de nouveau, en raison notamment de l'influence des familles de grands propriétaires. Ces derniers jouaient de leur pouvoir par l'intermédiaire du système de classement en neuf grades, établi le plus souvent arbitrairement, par lequel les personnages importants de chaque région administrative classaient les familles et les individus selon les services qu'ils rendaient à l'État.
Les tribus nomades et barbares, que les Han avaient réussi à maintenir aux frontières, profitèrent de l'occasion pour étendre leurs zones de pâturage à la Grande Plaine du Nord. Les invasions débutèrent en 304. La Chine du Nord fut rapidement submergée et, en 316, les tribus nomades chassaient les Jin. Pendant environ trois siècles, le nord du pays allait être soumis à une ou plusieurs dynasties non chinoises.
Trois siècles et deux Chine
Au IVe siècle, la Chine était donc séparée en deux. Dans le Nord, ce fut l'époque des «Seize Royaumes des Cinq Barbares». Le territoire, très morcelé, avait été envahi par plusieurs peuples barbares (Tibétains, Tanguts, Turcs, Mongols ou Toungouses) avant de passer sous la domination partielle des Xiongnus en 308. Aucune de ces dynasties étrangères ne parvint à dominer la totalité de la Grande Plaine du Nord avant 420, date à laquelle l'ensemble de la région passa sous la domination de la dynastie des Wei du Nord (386-534), fondée par les Tabghach, de fervents bouddhistes.
Au cours de la seconde moitié du Ve siècle, les Wei du Nord, dont la capitale était Datong, adoptèrent une politique de sinisation. Le monde agricole fut soumis à une administration bureaucratique, sur le modèle des dynasties chinoises précédentes. Un service militaire obligatoire fut imposé aux tribus. Les coutumes et l'habillement chinois furent adoptés, et le chinois devint langue officielle de la cour. Cette politique de sinisation se heurta à une vive résistance des chefs des tribus nomades. Leur rébellion provoqua la chute de la dynastie des Wei du Nord en 534. Pendant les cinquante ans qui suivirent, le Nord retomba aux mains de dynasties non chinoises.
La Chine du Sud, où se réfugièrent les Jin occidentaux, vit se succéder cinq dynasties chinoises successives: Jin orientaux (317-420), Song (420-479), Qi (479-502), Liang (502-557), Chen (557-589). La capitale, qui se trouvait à Jian Kang (Nankin), devint un important carrefour culturel.
Rétablissement de l'Empire 
La dynastie Sui (581-618) 
La Chine retrouva son unité avec la dynastie des Sui, qui avait succédé, en 581, dans le Nord, aux héritiers des Tabghach. Son fondateur, le général Yang Jian, conquit le sud de la Chine et établit sa capitale à Changan (Xian). Les Sui restaurèrent le système administratif centralisé des Han et les concours officiels pour le recrutement des fonctionnaires. Bien que le confucianisme fut la doctrine officielle, le taoïsme et le bouddhisme étaient également reconnus par le régime dans sa formulation d'une nouvelle idéologie impériale. Le bouddhisme, déjà implanté, se répandit rapidement et supplanta progressivement le confucianisme.
La dynastie Sui régna sur une courte période mais connut une grande activité. La Grande Muraille fut restaurée, au prix de nombreuses vies humaines. Un système de canaux, qui formera plus tard le Grand Canal, fut construit afin de transporter l'abondante production agricole du delta du Chang jiang jusqu'à Luoyang et dans le nord. L'Empire rétablit sa domination sur le nord du Viêtnam et, dans une moindre mesure, sur les peuples d'Asie centrale. Une campagne militaire longue et coûteuse menée contre un royaume situé au sud de la Mandchourie et au nord de la Corée se conclut néanmoins par une défaite en 616. Son prestige terni, sa population appauvrie, la dynastie Sui fut renversée en 617 par une révolte intérieure commandée par Li Yuan qui fonda la dynastie Tang. Connu sous le titre posthume de Gaozu des Tang, il régna de 618 à 626.
La dynastie Tang (618-907)
La dynastie Tang constitua une période de puissance et de prospérité culturelle sans précédent dans l'histoire de la civilisation chinoise. Le système des examens impériaux utilisé pour le recrutement des fonctionnaires fut encore amélioré (il resta en vigueur jusqu'au XXe siècle). Les organes des gouvernements impériaux et locaux furent restructurés afin de former une administration centralisée. Un code élaboré de droit administratif et pénal fut appliqué. La capitale, Changan, devint un centre culturel, cosmopolite et religieux rayonnant sur tout le royaume. De nombreuses religions et courants de pensée étaient pratiqués (christianisme nestorien, islam, bouddhisme, manichéisme, entre autres). De nouvelles relations commerciales se développèrent avec l'Asie centrale et l'Occident le long des routes empruntées par les caravanes. À Canton (Guangzhou), de nombreux marchands venus du Proche-Orient pratiquaient le commerce maritime. Sous les Tang, l'influence chinoise s'étendit à la Corée, au sud de la Mandchourie et au nord du Viêtnam. À l'ouest, ils prirent le contrôle du bassin du Tarim et leur influence s'étendait jusqu'à l'actuel Afghanistan.
Le système administratif 
La puissance économique et militaire de l'empire Tang reposait sur un système d'égale répartition des terres entre la population mâle adulte. L'impôt agricole payé par chacun des bénéficiaires de cette répartition constituait la principale recette fiscale du gouvernement. La milice dans laquelle les Chinois devaient effectuer un service périodique constituait la base du pouvoir militaire du régime. Cependant, l'État continua à exonérer d'impôts certaines grandes propriétés et à attribuer de vastes étendues de terre à des privilégiés.
Au VIIIe siècle, en raison de la croissance démographique, les paysans bénéficiant des terres allouées par l'État recevaient des parcelles de plus en plus réduites, tout en continuant à payer le même impôt. De nombreux paysans s'enfuirent, réduisant par la même occasion les recettes fiscales de l'État et dépeuplant les forces armées. Un système de commanderies fut alors établi le long des frontières, et la défense confiée à des troupes et des chefs militaires non chinois.
La révolte d'An Lushan
Les premiers empereurs Tang, dont Li Shimin (626-649), connu sous le titre posthume de Taizong des Tang, furent des monarques compétents. Mais le brillant Xuanzong s'éprit de la courtisane Yang Guifei, beaucoup plus jeune que lui, et négligea les devoirs de sa charge. Yang plaça ses amis et des membres de sa famille à des postes importants de l'appareil d'État. L'un de ses favoris fut An Lushan, un général barbare habile et ambitieux. En 755, celui-ci provoqua une rébellion, s'empara de Luoyang et se proclama empereur. Il fut finalement assassiné par son fils en 757.
La paix ne revint cependant qu'en 763, grâce à des alliances passées avec des tribus d'Asie centrale. Après la rébellion d'An Lushan, la dynastie des Tang ne retrouva jamais son prestige et sa puissance passés. Le pouvoir perdit notamment le contrôle des commanderies militaires établies aux frontières. Certaines d'entre elles devinrent des royaumes héréditaires et s'attribuèrent les impôts perçus pour le gouvernement central. Ce système de commanderies s'étendit à quelques régions de l'intérieur. Au IXe siècle, l'État ne contrôlait plus réellement que l'actuel Shaanxi.
Les dernières décennies de la dynastie des Tang furent marquées par un important essor culturel, encouragé par l'impression des livres, qui favorisa l'unité de la culture chinoise. Ainsi les poètes Li Bai, Du Fu et Bo Juyi, ainsi que le grand prosateur Han Yu (768-824) apparurent alors que le processus de déclin politique était déjà entamé.
La croissance sociale et économique permit de préserver l'unité du pays pendant ces années de fragmentation politique. Des guildes d'artisans, l'usage du papier-monnaie et une forte centralisation commerciale se développèrent à la fin de la dynastie.
Les persécutions religieuses
Le bouddhisme connut une très grande popularité au cours des années pacifiques et prospères des premiers Tang. Mais, vers la fin de leur règne, le recul du bouddhisme fut associé à un renouveau du confucianisme. Une classe de fonctionnaires lettrés, principalement confucéens, s'était alors développée. Ceux-ci considéraient le bouddhisme comme une force néfaste à la société chinoise, notamment en raison de sa puissance économique. En 845, un décret proscrivit toutes les religions étrangères. La même année, l'empereur lui-même entreprit une persécution à grande échelle des bouddhistes. Plus de 4600 monastères et 40000 temples et autels furent détruits tandis que 260000 moines et moniales environ étaient contraints de retourner à la vie séculaire.
Les Cinq Dynasties (907-960)
La chute des Tang entraîna une dispersion du pouvoir politique et économique. La Chine connut alors une courte période de division, dite période des Cinq Dynasties. Cinq dynasties éphémères se succédèrent au nord de la Chine, dans la vallée du Huang he, et dix États indépendants se créèrent, la plupart dans le Sud. Durant cette période, la dynastie Liao (907-1125) des Mongols Khitans (peuple nomade toungouse), basée en Mandchourie et en Mongolie, étendit son influence sur les régions situées au nord du Hebei, du Shanxi et du Shaanxi. Pékin devint la capitale méridionale de leur Empire sino-khitan.
Maturité culturelle et domination étrangère
La période des Cinq Dynasties s'acheva en 960 lorsqu'un chef militaire, Zhao Kuangyin, s'empara du trône et proclama la dynastie Song (960-1279). En 978, les Song contrôlaient la plus grande partie de la Chine, à l'exception des régions septentrionales détenues par les Mongols Khitans. On distingue généralement la période des Song du Nord (960-1127), dont la capitale était Kaifeng, de celle des Song du Sud (1127-1279), dont la capitale était Hangzhou, et pendant laquelle la dynastie ne contrôlait plus que le sud du pays.
Les Song du Nord (960-1127) 
La réorganisation 
Les premiers empereurs Song redoutèrent une dispersion du pouvoir militaire aux frontières, responsable de l'affaiblissement des Tang. Ils limitèrent donc étroitement la puissance de l'armée dans les provinces et la subordonnèrent au pouvoir civil. Dès lors, ce sont les fonctionnaires qui dominèrent chaque aspect du gouvernement et de la société. Leur recrutement par concours, réapparu sous les Tang, fut étendu pour fournir un flux constant de personnel compétent.
Les Song réorganisèrent le pouvoir impérial et renforcèrent la centralisation sur la capitale. La structure administrative locale était à peu près celle des Tang. La littérature, les arts (porcelaine fine notamment) et la philosophie continuèrent à se développer sur les voies tracées à la fin des Tang. L'enseignement fleurit, l'économie se développa et se diversifia. Mais la faiblesse militaire allait se révéler une tare chronique.
Les Liao 
À la suite de plusieurs défaites contre les Khitans de Pékin (dynastie Liao), les Song signèrent un traité en 1004, leur cédant ainsi à titre permanent la zone qu'ils occupaient le long de la frontière nord, et fixant le paiement d'un tribut annuel. Après de longs combats contre les Xia, à la frontière nord-ouest du royaume, les Song obtinrent à nouveau la paix en échange du paiement d'un tribut en 1044.
Au milieu du XIe siècle, ils connurent des difficultés budgétaires. La croissance démographique annihilait celle de l'économie. De plus, les dépenses militaires liées à la défense des frontières septentrionales absorbaient une grande part des recettes annuelles, tout comme les coûts administratifs d'une bureaucratie civile de plus en plus importante. Celle-ci, à mesure que la situation militaire et budgétaire se détériora, se déchira en luttes de factions proposant chacune des mesures différentes.
La tentative de réforme
En 1069, Wang Anshi, le principal conseiller du jeune empereur, élabora une série de changements radicaux destinés à accroître le revenu de l'État, à réduire les dépenses et à renforcer l'armée. Comprenant que les recettes sont en définitive liées à la prospérité du monde paysan soumis à l'impôt, il proposa plusieurs mesures agraires comme l'attribution de la même superficie agricole à chaque cultivateur, l'instauration de prêts pour aider les paysans lors des semailles et des récoltes, la suppression des corvées, l'établissement d'un impôt progressif sur la richesse ou encore l'achat par l'État des surplus de denrées en vue d'une redistribution en période de famine. Plusieurs de ces réformes furent adoptées, mais rapidement abandonnées en raison de l'opposition des bureaucrates.
Les Song du Sud (1127-1279)
Poussés par leur faiblesse militaire et budgétaire, et pour mieux lutter contre les Liao, les Song s'allièrent, au début des années 1120, aux Jin (1115-1234) de Mandchourie du Nord, dynastie née de l'unification des tribus Jürchets. Après la défaite des Liao, les Jin se retournèrent contre les Song et envahirent la Chine du Nord, prenant la capitale Kaifeng en 1126. Les Song se replièrent et établirent leur capitale à Hangzhou, dans l'actuelle Zhejiang, en 1127.
Sous leur règne, le Sud continua à se développer rapidement. Son rayonnement intellectuel dépassa de loin celui du Nord. Les lettrés (wenren) eurent une influence grandissante à la cour, sujette aux rivalités entre réformateurs et conservateurs. D'importantes découvertes eurent lieu, comme la boussole, l'imprimerie à caractères mobiles ou la poudre à canon. Grâce à un rapide essor économique, l'État put renforcer sa défense militaire. Le bouillonnement intellectuel de la Chine sous la dynastie des Song du Sud donna naissance à un nouveau système de pensée confucéenne, inspiré d'éléments taoïstes et bouddhistes, connu sous le nom de néoconfucianisme et dont le représentant le plus illustre fut Zhu Xi. Cette nouvelle école était essentiellement centrée sur l'être humain, bien que ses emprunts aux doctrines métaphysiques du bouddhisme lui permissent de présenter une vision plus équilibrée et à long terme de l'univers.
Malgré une bureaucratie pléthorique et une détérioration de l'administration, la Chine des Song du Sud ne montra aucun signe d'effondrement intérieur. La dynastie ne finit par tomber que sous les assauts répétés d'une armée mongole nettement supérieure en nombre et après des années de combats.
En 1206, une assemblée de toutes les tribus mongoles s'était réunie à Karakorom, en Mongolie, pour confirmer la création de l'unité mongole sous l'autorité de Gengis Khan, l'«empereur suprême». Les Mongols entamèrent rapidement une série de conquêtes qui aboutit à la formation du plus grand empire du monde de l'époque. En Chine, Gengis Khan s'empara d'abord de Pékin, la capitale des Jin, en 1215, avant de se rendre maître de tout le nord de la Chine après la reddition de Kaifeng (1233). La conquête du territoire des Song du Sud ne s'acheva cependant qu'en 1279, avec le suicide du dernier empereur et la victoire de Kubilaï Khan, petit-fils de Gengis Khan, qui avait succédé à ce dernier à la tête de l'Empire mongol.
La domination mongole et la dynastie Yuan (1279-1368) 
Kubilaï Khan transféra la capitale mongole de Karakorom à Pékin qu'il nomma Khanbalik ou Cambaluc. En 1279, il fonda la dynastie Yuan. Il dirigea un immense empire qui s'étendait de l'Europe orientale à la Corée, et du nord de la Sibérie à la bordure septentrionale de l'Inde. Lui et ses successeurs empruntèrent aux Song l'essentiel de leur système administratif. Bouddhistes lamaïques, ils ne cherchèrent pourtant pas à se siniser.
Le règne de Kubilaï Khan constitua l'apogée du pouvoir mongol. Les communications furent considérablement améliorées et les routes commerciales de l'Asie centrale, entièrement sous contrôle mongol, plus sûres que jamais. Pour cette raison, les échanges entre l'est et l'ouest s'intensifièrent. Des missionnaires et des commerçants vinrent en Chine, apportant avec eux des nouveautés dans le domaine des courants de pensée, des techniques, de l'alimentation, ou bien des médicaments. Le plus connu des voyageurs européens fut sans doute le négociant vénitien Marco Polo qui séjourna à Cambaluc (Pékin) et à la cour de Kubilaï Khan de 1275 à 1292. Dans le Livre des merveilles du monde, il dépeint de façon vivante la splendeur de l'Empire mongol.
Pendant ce temps, le mécontentement grandissait dans le pays. Les Chinois soumis étaient brimés par le pouvoir en place. La classe des mandarins lettrés s'irritait de l'interdiction faite aux Chinois de détenir des postes importants. L'inflation et une fiscalité écrasante alimentaient la grogne des paysans. Les années 1330 et 1340 furent marquées par de mauvaises récoltes, la famine dans le Nord et des crues dévastatrices du Huang he. Au cours des années 1340, des soulèvements se produisirent dans presque toutes les provinces. Durant les dix ans qui suivirent, plusieurs chefs rebelles apparurent. En 1357, le Sud échappa aux Mongols. Par la suite, un ancien moine bouddhiste, Zhu Yuanzhang, s'allia avec les nationalistes du «Turban rouge». Il réussit à reconquérir tout le bassin du Chang jiang, se proclama empereur sous le nom de Hongwu et fonda la dynastie des Ming. En 1371, alors que les chefs militaires mongols étaient divisés par des rivalités internes, il s'attaqua au nord de la Chine et prit Pékin. Les Mongols se replièrent sur leur base de Mongolie d'où ils continuèrent à harceler les Chinois.
Pouvoir impérial 
Deux grandes dynasties dominèrent l'histoire de la Chine après la prise de pouvoir de Zhu Yuanzhang au XIVe siècle: la dynastie des Ming et la dynastie mandchoue des Qing.
La dynastie Ming (1368-1644) 
Des débuts prometteurs 
Les Ming commencèrent par établir leur capitale à Nankin (Nanjing) et restaurèrent la civilisation chinoise des Tang et des Song. La puissance chinoise se réaffirma en Chine et dans toute l'Asie orientale. Un gouvernement civil fut rétabli, la littérature encouragée, des écoles fondées et l'administration de la justice réformée. L'Empire fut divisé en 15 provinces, dont la plupart portent encore leur nom initial.
Chaque province était supervisée par trois commissaires chargés respectivement des finances, des affaires militaires et de la justice. Le commissaire chargé des finances, qui dirigeait l'administration, fut remplacé à la fin de la dynastie par un gouverneur.
Sous l'empereur Yongle (1403-1424), la Grande Muraille fut consolidée et agrandie. Les tribus de Mongolie ayant été définitivement vaincues, la capitale de l'Empire fut transférée en 1421 à Pékin, où commença la construction de la Cité interdite. Yongle rétablit également le système du tribut, par lequel les États non chinois d'Asie orientale reconnaissaient la suprématie culturelle et morale de la Chine. Plusieurs expéditions navales, conduites par l'amiral et eunuque Zheng He, révélèrent le pouvoir des Ming dans toute l'Asie du Sud-Est, dans les États indiens et jusqu'à Madagascar. Grâce au développement de l'irrigation, la famine recula, l'agriculture prospéra et la population augmenta. Vers 1600, la Chine comptait près de 150 millions d'habitants.
Un long déclin
À partir du milieu du XVe siècle, le pouvoir des Ming déclina. Les nomades des steppes s'attaquèrent aux provinces du Nord. La compétence des dirigeants se dégrada. Les eunuques commencèrent à exercer une grande influence sur l'empereur, provoquant mécontentement et luttes de factions à la Cour. Sous le règne de Wanli, les tensions opposant les eunuques aux fonctionnaires débouchèrent sur de graves troubles politiques. L'influence des eunuques se renforça et s'étendit à tous les domaines de l'État (police, finances, gouvernement).
Parallèlement, des relations maritimes s'étaient établies avec le monde occidental. Arrivés les premiers en 1514, les Portugais installèrent un comptoir commercial à Macao en 1557. Après 1570, le commerce se développa entre la Chine et les colonies espagnoles des Philippines.
En 1619, les Hollandais s'installèrent à Taiwan et prirent possession des îles Pescadores (Penghu). Des missionnaires jésuites, dont Matteo Ricci, arrivés d'Europe dans la seconde moitié du XVIe siècle, répandirent les connaissances occidentales et le christianisme. Leur sagesse et leur culture leur valurent rapidement une position respectée à la cour des Ming. Toutefois, ils ne réussirent pas à implanter durablement le christianisme ni la pensée scientifique occidentale.
Une fin précipitée
Vers la fin du XVIe siècle, le trésor impérial avait été épuisé par le coût de la lutte contre les incursions répétées des Mongols et les raids des pirates japonais, les Wokou, qui ravagèrent la côte sud-est pendant tout le XVIe siècle. Une campagne de sept ans contre les troupes japonaises débarquées en Corée, en 1592, laissa les finances de l'État exsangues.
La chute des Ming fut provoquée par une rébellion née dans la province du Shaanxi, confrontée à la famine et au chômage. La révolte fut conduite par Li Zicheng, un ancien berger, qui parvint à prendre Pékin en 1644, avec une armée de 300000 hommes, les troupes de l'Empire étant alors déployées sur la Grande Muraille. Le dernier empereur de la dynastie Ming se suicida. Le chef des armées Ming, le général Wu Sangui, fit alors appel aux Mandchous, tribus apparentées aux Jürchets, pour l'aider à chasser les rebelles de la capitale. Mais, une fois leur mission achevée, les Mandchous refusèrent de quitter Pékin et fondèrent une nouvelle dynastie, la dynastie Qing. Réfugiés en Chine méridionale, les derniers Ming tentèrent sans succès de rétablir leur régime.
La dynastie mandchoue des Qing (1644-1912) 
C'est sous la dynastie mandchoue que le pouvoir de l'Empire chinois connut l'apogée de ses deux mille ans d'histoire, jusqu'à son effondrement, au début du XXe siècle, imputable à la fois à une décadence intérieure et aux pressions extérieures exercées par l'Occident.
Les changements 
Maîtres de la Chine, les Mandchous cherchèrent à se siniser, tout en brimant les Chinois, contraints par exemple à porter la natte, signe de leur soumission.
L'organisation politique était largement fondée sur celle des Ming, bien que plus centralisée. L'administration centrale dépendait d'un nouvel organe gouvernemental, le Grand Conseil, qui traitait les affaires militaires et politiques de l'État, sous les ordres directs de l'empereur. À Pékin, un Chinois et un Mandchou géraient chaque direction administrative. La bureaucratie traditionnelle et le système des examens impériaux, reposant en grande partie sur la connaissance des classiques confucéens, furent maintenus.
À la fin du XVIIe siècle, les Qing éliminèrent toute opposition favorable au retour des Ming. Ils écrasèrent dans la foulée une rébellion lancée par des généraux chinois qui, en échange de leur soutien, avaient reçu des domaines semi-autonomes dans le sud.
Des lumières à la pénombre
Le XVIIIe siècle fut une période de paix et de prospérité sans précédent. L'ordre intérieur régna dans tout l'Empire. La dynastie atteignit son apogée sous Kangxi (1662-1722) et surtout sous Qianlong (1736-1796). Les Chinois furent mieux traités. La Chine établit une solide influence sur la Mandchourie, la Mongolie, le Xinjiang et le Tibet. Le Népal subit à son tour le joug chinois. La Birmanie dut payer un tribut, tout comme les îles Ryukyu. La Corée et le nord du Viêtnam reconnurent la suzeraineté de la Chine tandis que Taiwan était incorporée à l'Empire. La population connut une forte croissance démographique (313 millions d'habitants en 1794) que ne parvint pas à suivre la production.
À la fin du règne de Qianlong, la situation des paysans s'aggrava tandis que les ressources financières du gouvernement étaient rognées par la politique d'expansion territoriale et la corruption croissante des fonctionnaires. Les troupes mandchoues, en garnison dans toute la Chine, contribuèrent à ruiner l'économie, et se montrèrent peu aptes à assurer une défense efficace après des générations de paix.
À la fin du XVIIIe siècle, les Mandchous restaient réticents au développement des relations commerciales. Le commerce avec l'étranger était alors confiné au port de Canton, et les négociants contraints de passer par l'intermédiaire d'un nombre limité de commerçants chinois, groupés en associations, les Cohong (gonghang). Les nations les plus présentes étaient alors le Royaume-Uni (de loin la plus importante), la France et les États-Unis. Au départ, les échanges favorisèrent l'économie de la Chine, car la Grande-Bretagne achetait du thé et payait en métal-argent. Au cours des années 1780, les marchands britanniques développèrent le commerce de l'opium indien en Chine alors que ce produit était prohibé depuis 1731. En 1800, ce marché s'étant largement développé, les échanges commerciaux devinrent excédentaires pour la Grande-Bretagne. L'hémorragie de métal-argent chinois, provoquée par le commerce florissant de l'opium, aggrava les difficultés budgétaires que connaissait déjà le gouvernement des Qing.
La pression étrangère 
Le XIXe siècle fut marqué par une détérioration rapide du système impérial et par un accroissement de la pression occidentale, puis japonaise. Les relations commerciales entre la Chine et la Grande-Bretagne s'envenimèrent. Les Britanniques cherchaient à tout prix à étendre leurs échanges au-delà de Canton et des limites imposées par la Chine. Pour parvenir à leurs fins, ils tentèrent d'établir avec les autorités chinoises des relations diplomatiques similaires à celles qu'ils entretenaient avec les États occidentaux. Mais la Chine, qui vivait depuis longtemps en autarcie économique, n'était guère intéressée par le développement de ses échanges commerciaux. Par ailleurs, les Chinois souhaitaient mettre fin aux importations illégales d'opium par les négociants britanniques, qui ruinaient les bases fiscales et morales de l'Empire et creusaient le déficit extérieur du pays. En 1839, des fonctionnaires confisquèrent et détruisirent de grandes quantités d'opium saisies sur des bateaux mouillant à Canton. La Grande-Bretagne, refusant de mettre un terme à ce négoce lucratif, déclencha les hostilités à la fin de 1839 avec l'envoi d'un corps expéditionnaire.
Guerres commerciales et traités inégaux 
La Chine subit une défaite sévère. Sa faiblesse militaire, imputable pour partie au ressentiment des Han à l'encontre des Mandchous, éclata au grand jour. La première guerre de l'Opium s'acheva en 1842 avec la signature du traité de Nankin qui offrit à la Grande-Bretagne tous les privilèges commerciaux qu'elle recherchait. Au cours des deux années suivantes, la France et les États-Unis obtinrent des concessions identiques. Mais les puissances occidentales en trouvèrent rapidement les clauses insuffisantes. La Grande-Bretagne, alliée à la France, ne tarda pas à trouver l'occasion de reprendre les hostilités.
Au cours de la seconde guerre de l'Opium (1856-1860), leurs armées menacèrent le nord de la Chine. De nouveaux traités signés à T'ien-tsin (Tianjin), en 1858, accrurent les avantages commerciaux consentis aux Occidentaux. Mais lorsque Pékin refusa de les ratifier, le conflit reprit. En 1860, un corps expéditionnaire franco-britannique, sous le commandement de lord Algin et du général Cousin-Montauban, entra dans Pékin. Le palais d'Été fut incendié, en représailles contre les atrocités commises à l'égard de prisonniers occidentaux. La Chine signa alors les conventions de Pékin et ratifia les clauses des traités de T'ien-tsin.
Ces traités, appelés «traités inégaux» par les Chinois, régirent les relations de la Chine avec l'Occident jusqu'en 1943. Ils modifièrent le cours du développement social et économique du pays et jetèrent le discrédit sur la dynastie mandchoue. Les ports chinois furent ouverts au commerce et aux résidents étrangers, et Hong Kong fut cédée à titre permanent à la Grande-Bretagne avec la presqu'île attenante de Kowloon. Les ressortissants des nations signataires bénéficiaient de l'extraterritorialité, qui leur permettait d'être jugés par leurs propres magistrats ou dans leurs consulats selon les lois de leur pays. Ces traités comportaient en outre la clause de la nation la plus favorisée, par laquelle tout privilège accordé par la Chine à une nation était automatiquement étendu à tous les autres pays signataires. L'économie chinoise tout entière se retrouva bientôt contrôlée par un réseau d'exploitation économique étranger. Les droits de douane sur les produits importés en Chine furent plafonnés à 5 p.100, afin d'empêcher l'imposition arbitraire de droits excessifs. Cette mesure empêcha la Chine d'établir des taxes d'importation suffisamment élevées pour protéger son industrie et permettre une modernisation de son économie.
La révolte Taiping 
Au cours des années 1850, les fondations de l'Empire furent ébranlées par le mouvement révolutionnaire Taiping (1851-1864), soulèvement populaire d'origine religieuse, sociale et économique. Son chef, Hong Xiuquan, qui avait échoué aux examens impériaux puis étudié le christianisme auprès d'un missionnaire protestant américain, se considérait comme le second fils de Dieu, et donc le frère de Jésus-Christ, chargé de la mission divine de débarrasser la Chine de la domination mandchoue et de fonder une dynastie chrétienne reposant sur un partage équitable des richesses et sur l'égalité des sexes. En 1847, il fonda l'Association des adorateurs de Dieu et réunit de nombreux partisans, souvent pauvres, hostiles aux Mandchous.
La rébellion éclata dans la province de Guangxi en 1851. En 1853, le mouvement progressa vers le nord et Hong Xiuquan établit sa capitale à Nankin où il créa le «Royaume céleste de la Grande Paix» (Taiping Tianguo). Malgré leur échec aux portes de Pékin, les Taiping étaient, en 1860, solidement retranchés dans le bassin du Chang jiang et menaçaient Shanghai.
Le pouvoir mandchou, contraint à entretenir des relations avec des Occidentaux plus puissants et ravagé par un soulèvement intérieur d'une dimension sans précédent, comprit que l'Empire ne pouvait survivre qu'au prix d'un changement de politique. Sous le règne de l'impératrice douairière Cixi (Tseu-hi), entre 1861 et 1895, les Mandchous tentèrent de restaurer le gouvernement confucéen «bienveillant» des beaux jours de la dynastie, de résoudre les problèmes intérieurs sociaux et économiques, et d'adopter la technologie occidentale de manière à renforcer le pouvoir de l'État. Incapables de diriger eux-mêmes de tels programmes, ils s'adressèrent aux dirigeants chinois des différentes provinces. Investis par le pouvoir impérial d'une autorité financière, administrative et militaire inégalée, certains d'entre-eux accomplirent leur mission avec un succès remarquable.
Entre 1860 et 1880, en grande partie grâce aux efforts des gouverneurs Zeng Guofan, Li Hongzhang et Zuo Zongtang, tous les soulèvements importants furent matés: les Taipings (1864), les Nians (1868), les Miaos (1872) et les Huis musulmans (1878). Ces guerres firent entre 20 à 30 millions de morts. Cependant, la paix était restaurée, des arsenaux et des chantiers navals avaient été créés, et plusieurs mines ouvertes. Mais les objectifs de préserver un gouvernement confucéen et de développer une puissance militaire moderne étaient incompatibles. La direction du programme de modernisation fut confiée à la seule élite disponible, la bureaucratie néoconfucéenne lauréate des examens impériaux, mal équipée ou peu motivée pour mettre en œuvre les mesures nécessaires au renforcement du pouvoir de l'État. Si bien que les efforts tentés par la Chine pour accroître sa puissance entre 1860 et 1895 n'aboutirent pas.
Les zones d'influence étrangère 
Les puissances occidentales tentèrent tout d'abord de consolider les avantages commerciaux acquis par les «traités inégaux» plutôt que de rechercher des privilèges supplémentaires. Mais, en 1875, elles commencèrent, avec le Japon, à s'attaquer au protectorat chinois sur l'Asie du Sud-Est. Après 1875, les îles Ryukyu furent placées sous la domination japonaise. La guerre, qui opposa la France à la Chine en 1884 et 1885, fit entrer le Viêtnam dans l'Empire colonial français. L'année suivante, la Grande-Bretagne annexa la Birmanie. En 1860, la Russie obtint les provinces du nord de la Mandchourie. En 1894, les tentatives japonaises pour soustraire la Corée à la suzeraineté chinoise aboutirent à la guerre sino-japonaise. La Chine subit une défaite décisive en 1895. Par le traité de Shimonoseki, elle reconnut l'indépendance de la Corée, désormais sous influence japonaise, paya une indemnité de guerre considérable et céda au Japon l'île de Taiwan et la péninsule du Liaodong, au sud de la Mandchourie.
La Russie, la France et l'Allemagne réagirent immédiatement à la cession du Liaodong, qu'elles considéraient comme une mainmise du Japon sur l'une des régions les plus riches de la Chine. Elles intervinrent pour que le Japon rétrocède cette région en échange d'une indemnité supplémentaire. Le Japon ayant accepté, les puissances européennes acculèrent la Chine à de nouvelles concessions.
L'Empire démantelé 
En 1898, incapable de résister aux pressions occidentales, la Chine fut morcelée en zones d'influence étrangère. La Russie obtint une concession pour la construction d'une ligne de chemin de fer transsibérienne reliant Vladivostok, tout en traversant la Mandchourie, ainsi qu'un chemin de fer sud-mandchou jusqu'à l'extrémité de la péninsule du Liaodong. Elle possédait également des droits économiques exclusifs sur toute la Mandchourie. D'autres droits exclusifs sur le développement des chemins de fer et des mines furent accordés à l'Allemagne (Shandong), à la France (provinces frontalières du Sud), à la Grande-Bretagne (provinces riveraines du Chang jiang) et au Japon (côte sud-orientale). Les États-Unis, qui cherchaient à préserver leurs acquis sans entrer dans des rivalités territoriales, lancèrent la politique de la Porte ouverte (1899-1900) qui obtint l'assentiment des autres puissances étrangères. Selon cette politique, les privilèges obtenus en Chine par un pays ne devaient pas remettre en cause la clause de la nation la plus favorisée. Les États-Unis entreprirent également de garantir l'intégrité territoriale et administrative de la Chine, même si, jusqu'en 1941, ils se montrèrent réticents à utiliser la force pour faire respecter cette garantie.
Les mouvements de réforme et la révolte des Boxers 
En 1898, un groupe de réformateurs éclairés réussit à se faire écouter du jeune empereur Guangxu. Durant l'été, en réaction à la création de nouvelles zones d'influence, ils mirent en place un programme de réformes radicales destiné à transformer la Chine en une monarchie constitutionnelle et à moderniser l'économie et le système éducatif. Mais ce programme se heurta au pouvoir des dignitaires mandchous, traditionalistes et anti-occidentaux, que l'impératrice Cixi avait placés à la tête du gouvernement avant de se retirer. Celle-ci, avec la complicité de Yuan Shikai, fit séquestrer l'empereur, reprit les rênes du pouvoir et, avec l'aide de chefs militaires loyaux, mit fin au mouvement réformateur. Le pays fut alors balayé par une puissante vague de réaction nationaliste, qui atteignit son paroxysme en 1900 avec la révolte des Boxers. Bien qu'officiellement dénoncée par le pouvoir chinois, cette société secrète bénéficiait en réalité du soutien de Cixi et de nombreux dignitaires mandchous. Les Boxers assiégèrent les légations étrangères à Pékin pendant près de deux mois (18 juin-14 août 1900), jusqu'à l'intervention des détachements militaires envoyés par les différentes puissances étrangères. Le protocole de Pékin (17 septembre 1901) acheva de placer la Chine sous tutelle occidentale. Les Chinois furent contraints de verser d'importantes indemnités, échelonnées sur une période de quarante ans, et d'accorder de nouvelles concessions commerciales aux nations occidentales. Le gouvernement mandchou comprit alors la futilité de sa politique réactionnaire. En 1902, le pouvoir adopta son propre programme de réformes et élabora un projet de régime constitutionnel sur le modèle japonais. En 1905, l'ancien système des examens impériaux fut abandonné. La Russie profita de la révolte des Boxers pour étendre son influence sur toute la Mandchourie. Cette ingérence fut à l'origine de la guerre russo-japonaise de 1904-1905, à l'issue de laquelle la quasi-totalité du chemin de fer sud-mandchou et des privilèges russes en Mandchourie revinrent au Japon.
Les prémices de la République
La mort de l'impératrice Cixi en 1908 accéléra la chute de la dynastie Qing. Peu après la guerre sino-japonaise (1894-1895), un médecin éduqué à l'occidentale, Sun Yat-sen, lança le Tongmenghui («société de la conjuration»), mouvement destiné à établir un gouvernement républicain. Dans la première décennie du XXe siècle, les révolutionnaires formèrent une vaste coalition réunissant les étudiants et les commerçants d'outre-mer, ainsi que les Chinois de l'intérieur mécontents du régime. Au milieu de l'année 1911, des soulèvements se produisirent, en protestation contre un programme de nationalisation des chemins de fer. En octobre, la révolte éclata à Hankou, en Chine centrale. Elle s'étendit rapidement à d'autres provinces et Sun Yat-sen prit le pouvoir. Les armées mandchoues, réorganisées par le général Yuan Shikai, étaient alors nettement supérieures aux forces rebelles. Mais, négligeant le combat, Yuan préféra négocier avec les rebelles le poste de président du nouveau gouvernement républicain. Le 12 février 1912, Sun Yat-sen démissionna en faveur de Yuan, et les Mandchous se retirèrent. Le 14 février, une assemblée révolutionnaire réunie à Nankin élut Yuan Shikai premier président de la république de Chine. La même année, Puyi, dernier empereur de Chine, abdiqua à l'âge de six ans.
La république de Chine (1912-1949) 
Une Constitution fut adoptée et un Parlement convoqué en 1912. Mais Yuan Shikai ne laissa jamais ces institutions entraver sa mainmise sur le pouvoir et établit une dictature (1912-1916). Lorsque le Guomindang, parti nationaliste fondé en 1911 par Sun Yat-sen, tenta de limiter ses pouvoirs, d'abord par des tactiques parlementaires, puis par la révolution manquée de 1913, Yuan réagit. Il imposa la dissolution du Parlement, interdit le Guomindang et utilisa son influence personnelle auprès des chefs militaires provinciaux pour gouverner. Sun Yat-sen se réfugia au Japon. L'opposition populaire contraignit néanmoins Yuan Shikai à abandonner ses ambitions de restaurer l'Empire et de devenir empereur. À sa mort en 1916, plusieurs gouverneurs proclamèrent l'indépendance de leur province. Pendant plus de dix ans, le pouvoir politique passa aux mains de ces seigneurs de la guerre (dujun), qui régnèrent localement. Le gouvernement central conserva une existence précaire et parfois fictive jusqu'en 1927.
La «trahison» de Wilson 
Pendant la Première Guerre mondiale, le Japon tenta d'établir sa suprématie coloniale. En 1915, il présenta à la Chine les «21 demandes» visant à faire de celle-ci un véritable protectorat japonais. Pékin en accepta certaines, comme le transfert des possessions allemandes du Shandong au Japon. En entrant en guerre aux côtés des Alliés en 1917, la Chine pensait obtenir un siège à la table des négociations de paix, et freiner ainsi les ambitions japonaises. Elle espérait également que les États-Unis, conformément à la politique de la Porte ouverte, lui offriraient leur soutien. Mais aux pourparlers de Versailles, le président Thomas Woodrow Wilson se désolidarisa de la Chine et les anciennes possessions allemandes revinrent finalement au Japon.
Or, depuis dix ans, les jeunes et les intellectuels chinois étaient de plus en plus nombreux à chercher en Occident des modèles et des idéaux pour réformer la Chine. Ils furent par conséquent choqués par ce qu'ils jugèrent comme une trahison de Wilson. Lorsque la nouvelle atteignit le pays, un vaste mouvement de protestation antijaponais éclata, le 4 mai 1919, à l'université de Pékin et se propagea dans tout le pays.
Le Guomindang et la montée du Parti communiste 
Dans la période d'observation qui suivit, deux objectifs apparurent clairement: débarrasser la Chine de l'impérialisme occidental et rétablir l'unité nationale. Déçus par l'égoïsme cynique des Occidentaux, les Chinois se tournèrent de plus en plus vers l'Union soviétique et le marxisme-léninisme. Le Parti communiste chinois fut créé à Shanghai en 1921. Parmi ses fondateurs figurait Mao Zedong. En 1923, Sun Yat-sen recourut à l'aide soviétique pour réorganiser le Guomindang désagrégé et militairement faible, et accepta, en échange, d'y admettre les communistes chinois.
Les «Trois Principes du Peuple» (nationalisme, démocratie et socialisme), qui constituaient l'idéologie du Guomindang, étaient fortement empreints d'anti-impérialisme et du désir d'unification nationale. Malgré la mort de Sun Yat-sen en 1925, le Guomindang régénéré, sous le commandement du jeune général Jiang Jieshi (Chiang Kai-shek), lança une expédition militaire depuis sa base de Canton (expéditions du Nord-Beifa) en 1926 et reconquit une partie de la Chine. Jiang Jieshi cherchait alors à réunifier la Chine sous la souveraineté du Guomindang et à se débarrasser des impérialistes et des Seigneurs de la guerre. En 1927, il procéda, au sein du Guomindang, à une purge sanglante des communistes. Le 12 avril, il écrasa l'insurrection prolétarienne de Shanghai. Il s'appuya dès lors sur la classe des propriétaires fonciers et sur les puissances impérialistes.
Les difficultés de Jiang Jieshi
Le nouveau gouvernement nationaliste établi à Nankin en 1928 se trouva confronté à trois problèmes difficiles. Le premier était la portée encore limitée de l'unification: seules cinq provinces se trouvaient réellement sous son autorité, les autres demeurant aux mains de Seigneurs de la guerre locaux. Le deuxième concernait la rébellion communiste. Les communistes chassés du Guomindang se séparèrent en deux factions clandestines. La première tenta de fomenter des soulèvements urbains, la seconde, dirigée par Mao Zedong, se replia dans une région reculée du centre de la Chine, où elle mobilisa et forma une armée paysanne, et créa plusieurs soviets. Le troisième problème, enfin, fut l'agression japonaise en Mandchourie et en Chine du Nord.
L'expansionnisme japonais 
Au cours des années 1920, le Japon avait adopté une politique plus modérée à l'égard de la Chine. À la conférence de Washington en 1922, il avait même accepté de lui restituer les anciennes possessions allemandes du Shandong. Mais, à partir de 1928, le Guomindang se heurta aux intérêts japonais concernant le contrôle du chemin de fer sud-mandchou par le Japon. Le 18 septembre 1931, celui-ci prétexta un prétendu bombardement du chemin de fer par les nationalistes chinois pour étendre son contrôle militaire sur toute la Mandchourie. Au printemps suivant, le Japon réunit les trois provinces de Mandchourie en un nouvel État, le Mandchoukouo, puis plaça à sa tête Puyi, le dernier empereur de la dynastie mandchoue. Au début de l'année 1933, l'est de la Mongolie-Intérieure fut intégré au Mandchoukouo. Quelques mois plus tard, le Japon obligea la Chine à signer un accord de démilitarisation du nord-est du Hebei.
L'incident de Xian 
Dans les années 1930, la politique de Jiang Jieshi consista à négocier avec les Seigneurs de la guerre, à temporiser avec les Japonais, et à concentrer ses efforts sur la lutte contre les communistes. Écrasé dans les villes ouvrières, le mouvement communiste ne subsista plus que clandestinement. Mao Zedong innova en déplaçant l'action du Parti vers les campagnes. Paradoxalement, la révolution chinoise sera le fait de paysans et non d'ouvriers. De 1927 à 1934, Mao créa des bases en Chine du Sud et en Chine centrale. Il rallia à lui des Seigneurs de la guerre comme Zhu De et des officiers communistes de l'armée régulière tels que Liu Shaoqi. En 1934, les armées du Guomindang réussirent à asphyxier les soviets paysans. Les quelque 100000 rescapés durent quitter leur base, établie au Jiangxi, et se frayer un chemin à travers la Chine, d'abord vers l'ouest, puis vers le nord. Ce fut la Longue Marche (octobre 1934-octobre 1936). En 1936, après deux ans de combats et de progression épuisante, seulement 8000 survivants parvinrent à rallier la ville de Yanan (Shaanxi), où ils établirent leur quartier général. Cette retraite forcée, qui sonna comme une victoire morale, allait s'avérer préjudiciable au Guomindang.
Par ailleurs, à mesure que l'agression japonaise s'intensifiait, la pression populaire se fit de plus en plus forte pour que les dirigeants chinois unissent leurs efforts contre le Japon. Mais Jiang Jieshi refusa toute alliance. En décembre 1936, l'un de ses généraux, Zhang Xueliang, mécontent de son attentisme vis-à-vis du Japon, organisa son enlèvement à Xian. L'intervention du communiste Zhou Enlai permit d'arriver à un compromis. Libéré, Jiang Jieshi accepta, en 1937, de former un front national uni, Guomindang-Parti communiste, contre le Japon. En juillet 1937, l'armée japonaise attaqua la Chine.
La Seconde Guerre mondiale
La Seconde Guerre mondiale débuta en Chine dès 1937, avec l'agression nippone. En 1938, l'armée chinoise tenta en vain de ralentir la progression des troupes japonaises en dynamitant les digues du Huang he. L'immense inondation qui s'ensuivit fit 12millions de sans-abri. Le pays éclata en plusieurs entités.
Deux années après le début des hostilités, l'armée japonaise occupait les grands ports du pays, les centres industriels et les plaines fertiles du Nord et se livrait à de nombreuses exactions (sac de Nankin en 1938). L'activité économique fut réorientée et développée en fonction des intérêts des occupants. Le gouvernement nationaliste se réfugia dans le Sud-Ouest, à Chongqing (Sichuan), tandis qu'au nord l'Armée populaire communiste tenait solidement la base du Shaanxi et harcelait les arrières des Japonais.
Malgré la présence aux côtés de Jiang Jieshi du général Stilwell, brillant chef d'état-major américain, la résistance antijaponaise fut davantage l'œuvre du Parti communiste que celle du Guomindang. Les heurts entre troupes communistes et nationalistes ne cessèrent jamais vraiment. Le refus de Jiang Jieshi de coordonner ses actions avec celles des guérillas communistes amena Stilwell à démissionner, aussi le Guomindang perdit progressivement le soutien d'une population croissante, exaspérée par la misère, par la guerre, par l'inflation, par une corruption généralisée et par l'incompétence de l'administration.
Réduit à quelques milliers de fidèles en 1935, le mouvement communiste profita de la guerre pour renforcer son audience. Il n'eut de cesse de se déployer depuis sa base de Yanan et de s'infiltrer dans la plupart des zones rurales. En 1945, il contrôlait dix-neuf zones libérées regroupant cent millions d'habitants. Mao Zedong et ses partisans appliquèrent une politique d'«union nationale» destinée à rallier les paysans riches, les propriétaires fonciers et les notables ruraux refusant de collaborer avec le Japon. C'est également au cours de cette période que se développa réellement l'idéologie maoïste.
La lutte pour le pouvoir entre le Guomindang et le Parti communiste 
Le Guomindang sortit de la Seconde Guerre mondiale discrédité. Jamais il ne chercha à s'attaquer au régime foncier, source de la misère paysanne, ni à la corruption généralisée de l'administration. Militairement, les généraux nationalistes, peu compétents, consacrèrent l'essentiel de leur énergie à contrer la progression de l'Armée populaire, plutôt qu'à combattre les Japonais. À l'inverse, les succès de la guérilla communiste permirent au parti de Mao Zedong d'apparaître comme le défenseur de la nation chinoise au moment de la capitulation du Japon, en août 1945. La lutte armée entre les deux partis s'accentua au lendemain du conflit mondial et dégénéra rapidement en guerre civile. Une trêve fut signée en 1946 grâce à la médiation du général George C.Marshall. Mais les combats reprirent malgré les efforts de ce dernier pour tenter de réconcilier les deux adversaires.
En août 1946, les États-Unis suspendirent leur aide militaire au gouvernement nationaliste, mais cette mesure ne mit pas pour autant fin aux hostilités. Marshall quitta la Chine au mois de janvier 1947. En mai, l'aide américaine reprit, mais les forces du Guomindang s'effondrèrent, malgré le matériel et les conseillers fournis par les Américains. En 1948, Lin Biao s'empara de la Mandchourie. En moins de six mois, l'Armée populaire reconquit l'ensemble du territoire. Le 8 décembre 1949, le gouvernement du Guomindang se réfugia sur l'île de Taiwan, entraînant dans sa fuite deux millions de réfugiés.
La République populaire de Chine (depuis 1949) 
La République populaire de Chine fut proclamée le 1eroctobre 1949 à Pékin. Le nouveau régime communiste adopta le modèle de développement soviétique. Afin d'étendre la révolution et de généraliser son pouvoir, le Parti communiste chinois (PCC) entreprit, entre 1949 et 1952, plusieurs grandes campagnes de réformes et de propagande.
Les premières réformes 
En 1950, la réforme agraire libéra la petite paysannerie de la tutelle économique et financière des grands propriétaires. Elle fut souvent violente et aboutit parfois à des procès et à des exécutions sommaires. La loi sur le mariage, en autorisant le divorce, mit fin à l'oppression traditionnelle des femmes. D'autres campagnes furent organisées comme celle des «trois anti» qui épura le Parti de ses éléments corrompus et celle des «cinq anti», en 1953, qui s'attaqua à la bourgeoisie d'affaires. Chacune de ces mesures permit au Parti communiste de gagner de nouveaux adhérents.
Politique économique 
L'économie chinoise évolua rapidement. L'inflation disparut, le réseau des communications fut remis en état, les productions agricole et industrielle redémarrèrent. Cependant, la Chine était encore bien loin de la prospérité et de l'autosuffisance alimentaire. Le premier plan quinquennal, lancé en 1953, privilégia l'industrie lourde aux dépens des productions de biens de consommation; l'aide et l'assistance technique soviétiques contribuèrent largement à sa réussite. En 1955, contre l'avis de tous, Mao Zedong décida la collectivisation de l'agriculture. En mai 1956, les dirigeants du Parti, conscients de l'impossibilité d'obtenir une loyauté sans partage des intellectuels, lancèrent une campagne encourageant les Chinois à «laisser cent fleurs s'épanouir, laisser cent écoles rivaliser». Les Chinois instruits furent invités à formuler tous leurs mécontentements de manière à identifier et à résoudre les problèmes. Au début de l'année 1957, Mao lui-même élargit le thème en appelant à critiquer librement la politique du gouvernement. Les communistes étaient persuadés que ces critiques ne sortiraient pas du cadre fixé par le Parti. Mais la mise en cause du PCC décida les dirigeants à interrompre l'expérience, et entraîna une répression brutale. Harry Wu, l'un des principaux dissidents, fut condamné à passer dix-neuf ans en camp de détention (1960-1979).
Politique étrangère 
La Chine et l'URSS signèrent un traité d'amitié et d'alliance en 1950, complété par de nouveaux accords en 1952 et en 1954. Son engagement dans le clan socialiste amena la Chine à intervenir directement ou indirectement dans les conflits de la guerre froide. Au cours de la guerre de Corée, les volontaires chinois commandés par Lin Biao s'engagèrent aux côtés de la Corée-du-Nord et de son dirigeant, Kim Il Song. Beaucoup plus discret et plus important fut le soutien apporté aux communistes vietnamiens lors de la guerre d'Indochine. Le Viêt-minh bénéficia, à partir de 1950, des stocks d'armes américaines et soviétiques de l'Armée populaire. Les zones frontalières chinoises lui servirent de refuge, ce qui rendait impossible une solution militaire au conflit indochinois. Cette aide militaire chinoise fut doublée d'un appui diplomatique sans faille et Zhou Enlai pesa lourdement sur la négociation des accords de Genève, qui mirent fin aux hostilités en 1954. De même, en avril 1955, à la conférence afro-asiatique de Bandung, la Chine se posa en artisan de la lutte anticoloniale et du non-alignement.
En même temps, la Chine, qui entendait récupérer ce qu'elle considérait être historiquement son territoire, développa son projet de «Grande Chine». L'occupation du Tibet, en 1950, par les troupes chinoises, ne suscita que des protestations de pure forme de la part de la communauté internationale. En août 1954, Zhou Enlai déclara officiellement que la libération de Taiwan était l'un de ses principaux objectifs. De son côté, Jiang Jieshi, refusant également le statu quo, affirmait régulièrement son intention de reconquérir le continent. Les combats entre nationalistes et communistes reprirent sur l'île de Quemoy (Jinmen), aux mains des nationalistes, puis au large de la côte chinoise. À partir de 1958, cependant, le cessez-le-feu fut généralement observé de chaque côté du détroit, même si la République populaire de Chine n'a toujours pas renoncé à récupérer Taiwan.
Le Grand Bond en avant (1958-1962) 
Les bons résultats du premier plan quinquennal encouragèrent Mao, en 1958, à développer un nouveau programme économique, social et politique, connu sous le nom de Grand Bond en avant. Préconisant un développement du collectif dans tous les domaines de la vie quotidienne, ce projet utopique marquait une rupture idéologique avec le modèle soviétique. Des contrôles plus rigides furent imposés pour accroître la production agricole, réduire la consommation et accélérer l'industrialisation. La Chine devait rattraper son retard par tous les moyens et une mobilisation effrénée des travailleurs donna dans un premier temps des résultats positifs. Puis, la production industrielle commença à chuter (-50 p.100 entre 1959 et 1962), des récoltes médiocres firent affluer près de 15 millions de ruraux dans les villes, entraînant une grave famine (1959-1961) qui causa la mort de 13 à 30 millions de Chinois. En 1959, Liu Shaoqi devint le chef de l'État, Mao ne gardant que la présidence du Parti communiste chinois.
Une nouvelle fermeture 
La situation empira en 1960 lorsque l'URSS mit brutalement fin à son aide économique et à son assistance technique. Les divergences idéologiques, qui dataient des années 1920, s'étaient aggravées en 1956 quand, seule avec l'Albanie, la Chine refusa de condamner le stalinisme. De plus, celle-ci était perçue comme une menace pour l'hégémonie soviétique sur le mouvement communiste international. L'échec du Grand Bond en avant, le refus des Soviétiques d'aider les Chinois dans le domaine de la recherche nucléaire envenimèrent les rapports entre les deux pays. La crise éclata en 1962, quand la Chine fustigea l'URSS pour avoir retiré ses missiles de Cuba sous la pression des États-Unis, accusant Nikita Khrouchtchev de révisionnisme et de trahison des idéaux marxistes-léninistes.
La Grande Révolution culturelle prolétarienne 
Le stratagème 
Le bilan catastrophique du Grand Bond en avant avait affaibli Mao Zedong, critiqué par de nombreux dirigeants, et mis en avant Liu Shaoqi et Deng Xiaoping, qui s'attachèrent à redresser le pays. De 1962 à 1965, une sourde lutte opposa, au sein du régime, les modérés aux extrémistes. Mao et ses partisans organisèrent la Grande Révolution culturelle, destinée à raviver l'esprit révolutionnaire, afin de récupérer le pouvoir qui leur échappait. Celle-ci commença à l'automne 1965 par une critique des milieux intellectuels et universitaires dans les organes de presse. Le 25 mai 1966, dans un dazibao (affiche révolutionnaire), Nie Yuanzi, une enseignante en philosophie à l'université de Pékin, attaqua avec une violence inouïe le recteur dont elle dépendait. Le 5 août, Mao écrivit un article dont le slogan «Bombardez le quartier général» allait faire le tour de la Chine. À la mi-juillet naquirent à Pékin, sous la direction de Lin Biao, les premières organisations de Gardes rouges rassemblant de jeunes Chinois âgés de quinze à vingt ans, qui, à l'appel de Mao, se livrèrent à des manifestations de masse. Plus de 13 millions de jeunes -lycéens, étudiants, jeunes ouvriers venus de tout le pays- défilèrent sur la place Tianan men, à Pékin, à partir du 18 août 1966.
Les effets et les conséquences 
Le mouvement fut ensuite savamment entretenu par Mao dont les pensées furent résumées dans le Petit Livre rouge, publié en octobre 1966. Il s'appuyait à la fois sur l'Armée populaire de libération (APL), sur les Gardes rouges et sur de grandes figures du communisme chinois comme Zhou Enlai, Lin Biao ou Jiang Qing, la propre femme de Mao et l'un des membres les plus actifs de la Bande des Quatre. La révolution culturelle s'en prit surtout aux intellectuels, aux artistes, aux universitaires, aux cadres du Parti et aux anciens bourgeois. Puis, avec l'aval de Mao, elle s'étendit au monde du travail. Battus parfois à mort, humiliés publiquement, de nombreux dirigeants, y compris le chef de l'État, Liu Shaoqi, furent destitués et exclus du Parti. Certains se suicidèrent, d'autres, comme Liu Shaoqi, décédèrent des suites de leurs mauvais traitements. Les écoles furent fermées et l'économie complètement désorganisée. C'est dans ce climat chaotique que le général de Gaulle, en 1966, renoua des relations diplomatiques avec Pékin, bientôt imité par d'autres chefs d'État.
Entre 1967 et 1968, des combats sanglants opposèrent maoïstes et antimaoïstes, ainsi que les diverses factions des Gardes rouges. Plusieurs milliers de Chinois périrent au cours de ces affrontements. On se battait au canon dans les rues de Canton tandis que les convois d'armes pour le Viêtnam étaient pillés. Les dirigeants se retrouvèrent rapidement débordés par les Gardes rouges. En dernier recours, l'armée, sous la conduite de Lin Biao, se posa en arbitre. Les Gardes rouges furent désarmés, renvoyés dans leurs écoles ou expédiés dans des régions reculées pour y travailler.
La Révolution culturelle eut un effet négatif sur les relations étrangères. Les Gardes rouges furent à l'origine d'émeutes violentes à Hong Kong. La propagande en leur faveur et l'agitation de certains Chinois d'outre-mer envenimèrent les rapports de la Chine avec de nombreux États, notamment l'URSS. Un essai réussi de bombeH chinoise en 1967 aggrava encore l'inquiétude des Soviétiques. La tension entre les deux pays s'accrut lorsque les Chinois accusèrent les dirigeants de Moscou d'impérialisme après l'intervention du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie (1968). En 1969, des incidents frontaliers opposèrent des gardes-frontières soviétiques et chinois sur les rives de l'Oussouri, en Mandchourie.
Les dernières années sous Mao 
Mao Zedong sortit victorieux de la Révolution culturelle. Mais celle-ci suscita un vif ressentiment dans une partie de la jeunesse et dans de nombreuses couches de la population. En avril 1969, le IXe Congrès du PCC tenta de rétablir l'organisation centrale du Parti. Mao fut réélu à grand bruit, et le ministre de la Défense, Lin Biao, officiellement présenté comme son futur successeur. Pourtant, les personnages les plus influents ne furent pas les maoïstes mais les modérés: chefs militaires, partisans de Lin Biao, ou pragmatiques, comme le Premier ministre Zhou Enlai.
La lutte pour le pouvoir provoqua, en 1971, la disparition de Lin Biao de la scène politique. Ce dernier fut plus tard accusé de complot contre Mao et déclaré mort dans un accident d'avion, le 12 septembre 1971. Zhou Enlai, de son côté, accrut son pouvoir. Le Xe Congrès du Parti, en août 1973, retira de la Constitution la mention faisant de Lin Biao le successeur de Mao. L'engagement de Mao en faveur de la mobilisation des masses et sa profonde méfiance à l'égard de la bureaucratie et des intellectuels ressurgirent en 1973 et en 1974 dans une nouvelle réforme visant le confucianisme. La pensée radicale de Mao se refléta également dans la nouvelle Constitution, largement simplifiée, adoptée par la IVe Assemblée nationale populaire en janvier 1975. Deng Xiaoping, victime réhabilitée de la Révolution culturelle, fut alors nommé vice-Premier ministre aux côtés de Zhou Enlai.
Au cours de cette période, les relations avec l'étranger s'améliorèrent brusquement. En 1971, la Chine fut admise aux Nations unies à la place de la république de Chine. En 1972, le président des États-Unis, Richard Nixon, se rendit en visite officielle à Pékin et reconnut la nécessité de maintenir des contacts entre les deux pays et de retirer à terme les troupes américaines de Taiwan. Première étape dans l'établissement de relations diplomatiques normalisées, des bureaux de liaison furent créés à Pékin et à Washington en 1973. Des liens avec le Japon furent également tissés en 1972.
Les successeurs de Mao 
Le Premier ministre Zhou Enlai et le président Mao Zedong décédèrent tous les deux en 1976. La mort de Zhou Enlai précipita la lutte entre les modérés et les extrémistes. Les radicaux remportèrent une première victoire en empêchant le vice-Premier ministre Deng Xiaoping d'accéder au poste de Premier ministre, puis en le privant de ses fonctions au gouvernement et au sein du Parti. En signe de compromis, Hua Guofeng, un gestionnaire n'appartenant à aucune des deux factions, devint Premier ministre et président du PCC. Il fit prévaloir une politique modérée et consolida sa position en faisant arrêter et accuser de crimes divers la Bande des Quatre, qui comprenait la veuve de Mao, Jiang Qing et trois autres dirigeants radicaux, ces derniers ayant tenté un coup d'État.
Hua Guofeng s'efforça de stabiliser le jeu politique. Il dut faire face, en 1976, aux séismes telluriques qui dévastèrent Tangshan et la Chine du Nord. Pour mener à bien son programme politique, il nomma des modérés aux postes importants. En 1977, Deng Xiaoping redevint premier vice-Premier ministre. Les membres de la Bande des Quatre furent exclus du Parti. En août 1977, le XIe Congrès du Parti fut dominé par un triumvirat composé du président du parti Hua Guofeng et des vice-présidents Deng Xiaoping et Ye Jianying. L'accent fut mis sur la modération politique et la modernisation du gouvernement. Lors de la VeAssemblée nationale populaire (février et mars 1978), Hua Guofeng fut réélu Premier ministre et Deng Xiaoping premier vice-Premier ministre. Ye Jianying fut nommé, quant à lui, président du Comité permanent de l'Assemblée, poste équivalent à celui de chef de l'État dans la nouvelle Constitution de 1978.
Vieillissement de l'équipe dirigeante 
Pendant les années 1980 et le début des années 1990, la politique chinoise fut dominée par Deng Xiaoping qui abandonna progressivement toutes ses fonctions officielles tout en continuant à régner dans l'ombre. Désireux de développer le commerce et l'industrie en attirant les investissements étrangers, Deng Xiaoping et ses alliés optèrent pour une politique pragmatique de réformes économiques tout en maintenant la dictature politique.
En 1980, Hua Guofeng démissionna de son poste de Premier ministre. Zhao Ziyang, un partisan de Deng Xiaoping, lui succéda. Au début de l'année 1981, après une parodie de procès très médiatisés en Chine, les membres de la Bande des Quatre furent jugés coupables et emprisonnés. En juin, un autre allié de Deng Xiaoping, Hu Yaobang, prit la tête du Parti communiste chinois à la place de Hua Guofeng. Une nouvelle Constitution nationale, ainsi qu'un nouveau statut du Parti, furent adoptés en 1982. La première restaura la fonction hautement symbolique de président de la République, supprimée par Mao Zedong en 1968.
En janvier 1987, Zhao Ziyang fut nommé secrétaire général du Parti, à la place de Hu Yaobang, contraint de démissionner. Li Peng le remplaça au poste de Premier ministre. Ce remaniement intervint après une vague de protestation étudiante (1986) réclamant davantage de démocratie et de liberté d'expression. La mort de Hu Yaobang, en avril 1989, provoqua un nouveau mouvement de protestation en faveur de la démocratie. Ce mouvement atteignit son paroxysme en mai, pendant la visite à Pékin du chef d'État soviétique Mikhaïl Gorbatchev, destinée à mettre fin à trente ans de tensions entre les deux pays. Les manifestants occupèrent la place Tianan men à Pékin, jusqu'à ce que des troupes blindées pénètrent dans la ville, dans la nuit du 3 au 4 juin, et tirent sur la foule, tuant entre 3 000 et 5 000 civils. La répression qui s'ensuivit fit perdre à Zhao Ziyang, qui avait plaidé en faveur des étudiants, toutes ses fonctions au sein du Parti communiste, dont Jiang Zemin devint le secrétaire général. En 1992, la Chine se lança officiellement dans l'économie de marché. En mars 1993, la VIIIe Assemblée nationale populaire élut Jiang Zemin président de la République.
En 1995, celui-ci chercha à affermir son pouvoir, en traquant notamment la corruption inhérente à l'essor économique. Lors du XIVe Congrès du Parti communiste chinois, en septembre 1995, l'accent fut mis sur un retour à l'idéologie politique sans porter préjudice à l'économie. En effet, les instances du Parti, craignant d'être débordées par l'apparition d'une bourgeoisie issue des affaires et par une contestation parlementaire, renforcèrent leur autorité sur les députés de l'Assemblée nationale populaire (mars 1996) et accentuèrent le contrôle sur la presse, la répression contre les opposants et les religions non orthodoxes. En même temps, le rôle des gérontes de la politique se vit conforté, ainsi que celui de l'armée. D'autres personnages, comme Qiao Shi, président de l'Assemblée nationale populaire, se réclamèrent davantage du libéralisme. Mais la mise en avant des individualités cache une réalité trouble. Deng Xiaoping, dont la dernière apparition publique datait de février 1994, est finalement décédé en février 1997. Sa succession s'annonce âpre même si Jiang Zeming, qui cumule les fonctions de chef de l'État, du PCC et de l'armée, entend poursuivre la politique d'ouverture et de modernisation entamée par son illustre prédécesseur. Lors de la session annuelle de l'ANP, dix jours après la disparition de Deng Xiaoping, Qiao Shi et Li Peng lui ont apporté leur soutien. Priorité a été donnée à l'économie (poursuite des réformes et de l'ouverture économique, réformes des entreprises d'État) ainsi qu'à la sécurité intérieure et au maintien de l'unité, après les vagues d'émeutes et d'attentats perpétrés par les séparatistes musulmans ouïgours, qui secouent la Chine depuis février 1997. Malgré un discours rassurant sur un possible hégémonisme chinois, et bien que prônant une réunification pacifique avec Taiwan, Pékin s'est lancé dans une entreprise d'intimidation en exécutant d'importantes manœuvres militaires au large de l'îlot nationaliste fin 1996. Beaucoup s'interrogent également sur l'attitude future du gouvernement chinois vis-à-vis de Hong Kong, rétrocédée à la Chine en juillet 1997.