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préhistoire Les fossiles humains les plus anciens retrouvés en France sont la mandibule de Montmaurin (Haute-Garonne) et les restes de l'homme de Tautavel (Pyrénées-Orientales), datés de 400000 à 500000 ans, et qui pourraient correspondre à un type intermédiaire entre Homo erectus et Homo sapiens. Des vestiges archéologiques attestent néanmoins la présence d'êtres humains sur le territoire français il y a plus de 1 million d'années. Le site de Chilhac, près de Brioude (Haute-Loire), daté de 1,8 million d'années, a livré quelques pierres taillées par l'Homme, mais leur position stratigraphique, et donc leur datation, est incertaine. Dans la grotte du Vallonnet, à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), un outillage rudimentaire de galets aménagés a été daté de 950000 ans. Les premières traces d'habitat organisé ont été découvertes à Soleilhac, près du Puy (Haute-Loire), où des blocs de basalte et de granite délimitaient une surface d'occupation sur les rives d'un lac, il y a 800000 ans. Le Paléolithique L'Acheuléen, industrie du Paléolithique inférieur caractérisée par des bifaces, couvrant une très longue période (700000-100000 ans), est présent dans pratiquement toutes les régions de France. Les sites les plus célèbres sont Saint-Acheul (le site éponyme, dans la banlieue d'Amiens, Picardie), Montmaurin (Haute-Garonne) où fut découverte une mandibule humaine sans doute contemporaine des restes humains de la caune de l'Arago (Tautavel, Pyrénées-Orientales), datés de 450000 ans. La domestication du feu est attestée pour la première fois à Terra Amata (Nice, Alpes-Maritimes) et à Lunel-Viel (Hérault), sites qui ont livré les premiers foyers aménagés dans des cabanes. Dans les gisements de la grotte du Lazaret (Nice), de Fontechevade (Orgedeuil, Charentes) et de Biache-Saint-Vaast (entre Arras et Douai, Nord-Pas-de-Calais), des restes humains de type archaïque (Homo erectus), associés à un outillage moustérien, généralement caractéristique de l'homme de Néandertal, ont également été mis au jour. L'homme de Néandertal (Homo sapiens neandertalensis), apparu il y a environ 100000 ans, a laissé des vestiges particulièrement bien conservés. Ces chasseurs, bien adaptés à leur environnement, semblent avoir été les premiers à développer des rites funéraires. De nombreuses sépultures ont ainsi été découvertes dans le sud-ouest de la France: La Chapelle-aux-Saints (Corrèze), la Quina (Garde-le-Pontaroux, Charente), La Ferrassie (Le Bugue, Dordogne). À cette époque, le territoire français pouvait être peuplé de 10000 à 20000 individus. Au Paléolithique supérieur, les néandertaliens laissèrent la place à des «hommes nouveaux» (Homo sapiens sapiens), et notamment ceux du Cro-Magnon (Les Eyzies-de-Tayac-Sireuil, en Dordogne) et de Chancelade (Dordogne). Venus du sud de l'Europe, ces chasseurs possédaient des caractéristiques physiques différentes: ils étaient plus grands que leurs prédécesseurs, leur crâne était élevé, leur front redressé. Mieux équipés, ils introduisirent de nouvelles techniques dans tous les domaines. Les principales cultures du Paléolithique supérieur en France sont le Châtelperronien (forme de transition), l'Aurignacien, marqué par l'apparition de l'art, qui se développa pendant le Gravettien et le Solutréen et atteignit son apogée au Magdalénien avec les sites de Dordogne (LesCombarelles, Font-de-Gaume, Lascaux), de l'Ariège (Niaux), des Landes (Brassempouy), du Bassin parisien (Pincevent, Étiolles), de l'Yonne (Arcy-sur-Cure). Voir aussi Paléolithique, art. La population au Magdalénien est évaluée à quelque 50000 habitants. Ces hommes tiraient l'essentiel de leur subsistance de la chasse, dont celle du renne. La fin de la période glaciaire, il y a environ 12000 ans, et l'établissement progressif des conditions climatiques actuelles entraînèrent l'effondrement de cette civilisation fondée sur la chasse au gros gibier. Le Mésolithique et le Néolithique Les hommes du Mésolithique vivaient de cueillette, de chasse au petit gibier et du ramassage de coquillages et d'escargots. Phase de transition entre une économie de prédation et une économie de production, cette période fut touchée par la «révolution néolithique» qui commença à atteindre la France vers le Vemillénaire sous l'influence de courants venus de la vallée du Danube et de la Méditerranée. Le Néolithique est considéré comme la période des débuts de l'agriculture: un climat plus clément, mais aussi la diminution vraisemblable des ressources de la chasse et de la cueillette, amenèrent progressivement les populations à se fixer et à entreprendre la domestication d'espèces végétales et animales. La période fut celle des premiers défrichements, du développement de l'usage de la céramique et de la pierre polie, et d'un grand essor démographique, car les hommes étaient mieux nourris. Les hommes du Néolithique (5000-2000), ont laissé plusieurs milliers de mystérieux monuments mégalithiques en France, témoins de leur religion centrée sur le culte des morts: les alignements de Carnac, le tumulus de Gavr'inis, les nombreux menhirs et dolmens de Bretagne, les monuments funéraires de la vallée de la Loire, du Bassin parisien et de Champagne, en sont parmi les meilleurs exemples. La protohistoire La période de la protohistoire vit apparaître des cultures plus élaborées au moment de l'âge du Bronze (v.2000-800) puis de l'âge du Fer (700-50). La métallurgie, caractérisée à ses débuts par le travail du cuivre puis du bronze (alliage de cuivre et d'étain), évolua grâce à l'introduction du travail du fer, matériau plus facile à trouver mais aussi plus résistant. Ces techniques furent introduites par les peuples du Hallstatt, premiers Barbares venus de l'est (Bavière, Haute-Autriche, Balkans) qui s'installèrent dans de nombreuses régions du territoire. Les Celtes (qui seront bientôt appelés «Gaulois» par les Romains) s'affirmèrent comme le groupe dominant. Regroupés dans des villages fortifiés, ces agriculteurs-soldats vivaient au sein de tribus organisées dans une société divisée en plusieurs classes (les nobles, c'est-à-dire les familles dominantes de la tribu; les paysans libres; les artisans; les esclaves) et pratiquaient la religion des druides ou druidisme. Ils entrèrent en contact avec le monde méditerranéen alors que les Grecs de Phocée commencèrent à explorer l'ouest de la Méditerranée à partir du VIIe siècle av.J.-C., établissant une colonie à Marseille (600 av.J.-C.) et faisant du commerce avec l'intérieur du pays par la vallée du Rhône. Au Ve siècle av.J.-C., la culture de LaTène, caractérisée par ses bijoux finement travaillés, ses armes et sa poterie , se répandit par l'est pour gagner l'ensemble du monde celtique. À la veille de la conquête romaine, aucune différence nette n'existait entre le monde «gaulois» et le monde «germanique». La Gaule romaine Conquête et prospérité Dès 124 av.J.-C., les Romains se lancèrent à la conquête de la Gaule, nom qu'ils donnaient au territoire limité à l'ouest par l'océan Atlantique, au sud par les Pyrénées et la Méditerranée, au nord par la Manche et à l'est par les Alpes et le Rhin, dépassant les frontières actuelles de la France, et alors occupé par une centaine de peuples gaulois, souvent en lutte. Venus secourir les Grecs de Massilia (Marseille), ils occupèrent la colonie à partir de 121 av.J.-C., puis gagnèrent la vallée du Rhône. Ils fondèrent Narbonne, située plus à l'intérieur, centre de la province florissante de la Gaule narbonnaise. Jules César conquit le reste de la Gaule bien des années plus tard, entre 58 et 51 av.J.-C., mettant en déroute les armées gauloises de Vercingétorix. Auguste réorganisa la Gaule en 27 av.J.-C., ajoutant les provinces de Gaule belgique, Gaule lyonnaise et Aquitaine (à elles trois, elles formaient la Gaule chevelue ou cisalpine), à la province initiale, et faisant de Lugdunum (Lyon) le principal centre administratif de la contrée. Après la consolidation de leurs conquêtes en Gaule, les Romains reportèrent leur attention sur la longue frontière du nord-est, menacée par les tribus germaniques. Rome voulait conquérir les terres germaniques au-delà du Rhin et faire de la Colonia Agrippinensis (Cologne, en Allemagne) une base semblable à celle de Lyon. Mais après avoir été battus par les Germains en 9 apr.J.-C., les Romains se contentèrent de défendre la frontière du Rhin, limite avec le monde «barbare», et renoncèrent à étendre leur empire jusqu'à l'Elbe. De nombreux Gaulois servirent dans les légions de la frontière et les deux premiers siècles de l'occupation romaine furent une période de prospérité. De grandes villes furent créées, le pays fut doté d'infrastructures, ponts, aqueducs (tel le pont du Gard), réseau routier étendu, qui lui permirent de s'engager dans un commerce actif. De nombreux monuments publics furent construits sur le modèle gréco-romain (amphithéâtres de Nîmes et d'Arles, théâtres d'Orange, d'Autun, de Lyon, etc. voir Romain, art). Peu à peu, les Gaulois prirent l'habitude d'assimiler leurs dieux avec les dieux romains et constituèrent un panthéon gallo-romain, dans lequel Mercure, Mars, Hercule, Apollon et Vulcain, dotés de nouvelles attributions, étaient particulièrement populaires. Déclin La Gaule chrétienne Le christianisme connut des débuts difficiles en Gaule. Peu nombreux (on y comptait 6 évêques en 250 et 12 en 300), les chrétiens subirent de terribles persécutions et donnèrent à leur communauté de nouveaux martyrs, comme Pothin, évêque de Lyon et premier évêque des Gaules, et Blandine, livrés aux lions dans l'amphithéâtre de la ville avec 46 de leurs coreligionnaires en 177. Les persécutions cessèrent au IVe siècle, après que l'édit de Milan accorda la liberté de culte (313) et surtout, que l'empereur Théodose fit du christianisme la religion d'État (381). Les premiers grands apôtres de la Gaule furent Denis, évêque de Paris, au IIIe siècle et Hilaire, évêque de Poitiers, au IVe siècle. Les campagnes ne furent évangélisées qu'au siècle suivant par Martin, l'évêque de Tours. Dès le Ve siècle, l'aristocratie gallo-romaine s'était convertie et les hommes des vieilles familles sénatoriales se retrouvèrent assez facilement dans des positions épiscopales. La fin de la Pax romana À partir du IIIe siècle, les bienfaits de la Pax romana se firent moins sentir et la Gaule fut confrontée à un certain nombre de maux; l'instabilité politique, la raréfaction des esclaves, la peste, l'inflation croissante et les problèmes économiques qui en découlaient fragilisèrent sa situation. Les incursions germaniques se multiplièrent sur le limes, le long de la frontière du Rhin, menaçant la loi et l'ordre de l'Empire. Un répit temporaire intervint sous le règne de l'empereur Dioclétien, dont la réorganisation politique, militaire et fiscale (293) fut lancée en partie depuis sa résidence impériale de Trèves, en Gaule belgique. En 395, le partage de l'Empire romain en un Empire d'Occident et un Empire d'Orient déplaça le centre de gravité vers l'est et la nouvelle capitale, Constantinople, au détriment des provinces occidentales, de plus en plus sous l'influence des Barbares. La Gaule, ruinée par une fiscalité croissante, entrait dans une période de déclin; sous le coup d'une administration totalement en déroute, les villes, fondement des civilisations de l'Antiquité, se vidèrent au profit des campagnes où les populations vivaient repliées au sein de vastes domaines. L'arrivée des Barbares Pendant tout le IVe siècle, de petits groupes de Germains s'étaient installés en Gaule. Conservant leur organisation politique en territoire romain, ils avaient le statut de peuples fédérés: en échange de la possession de terres, ils devaient effectuer un service militaire dans l'armée romaine. En 406, ce mouvement s'accéléra lorsque les Vandales, les Suèves et les Alains franchirent la frontière du Rhin, se déplacèrent rapidement vers le sud de la Gaule et envahirent l'Espagne. En 412, les Wisigoths pénétrèrent dans le sud de la Gaule par l'Italie. Jouissant rapidement du statut de fédérés, ils fondèrent un royaume en Aquitaine en 418. En 443, les Burgondes s'établirent sous la conduite d'Aetius en Savoie, d'où ils gagnèrent, sans rencontrer de résistance, les vallées de la Saône et du Rhône. Au nord-ouest, les Celtes venant d'Angleterre, qui avait également été envahie par les tribus germaniques, se réfugièrent dans la région qui prit plus tard le nom de Bretagne. Les Germains ne s'installaient cependant pas en vainqueurs mais en alliés des Romains. En échange des terres qui leur avaient été distribuées, ils s'unirent en 451 aux Gallo-Romains pour repousser lors de la bataille des champs Catalauniques une nouvelle horde d'envahisseurs d'origine turco-mongole, les Huns, commandés par Attila. La naissance de la France Les Francs À la fin du Ve siècle, alors que l'autorité impériale romaine achevait de s'effondrer (Romulus Augustule, le dernier empereur d'Occident fut déposé par Odoacre, le roi des Hérules, en 476), la Gaule fut conquise par une autre tribu germanique, les Francs Saliens. À la tête d'un royaume centré autour de Tournai, leur chef Clovis, après avoir successivement battu les Gallo-Romains de Syagrius en Gaule du Nord (bataille de Soissons, 486), les Alamans sur le Rhin (bataille de Tolbiac, 496) et les Wisigoths d'AlaricII près de Poitiers (bataille de Vouillé, 507), se rendit maître de presque toute la Gaule, à l'exception du Languedoc-Roussillon et du royaume burgonde, que ses fils conquirent en 534. Marié à une princesse burgonde chrétienne, Clotilde, Clovis se fit baptiser à Reims par Rémi, l'évêque de la ville, en 496. En adoptant le christianisme catholique en faveur chez les Gallo-Romains plutôt que l'arianisme des Wisigoths, il parvint à renforcer son contrôle sur le pays et favorisa l'assimilation entre Francs et Gallo-Romains. Les Mérovingiens La dynastie de Clovis fut appelée mérovingienne d'après son fondateur présumé, Mérovée (Merovech ou Merowig). Selon la coutume franque, toutes les possessions du roi, y compris le titre royal, étaient divisées entre ses fils. Le partage du royaume franc en trois royaumes -l'Austrasie, à l'est, la Neustrie au nord-ouest, la Bourgogne, au sud- fut à l'origine de guerres civiles à partir du VIe siècle. S'il fut un temps réunifié en 613 sous Clotaire II, puis en 632 sous Dagobert Ier, le royaume, livré à des rois faibles (les «rois fainéants» décrits plus tard par les Carolingiens, leurs successeurs), démembré au gré des successions et des dons effectués par les souverains en échange d'alliances, se mit à décliner. La réalité du pouvoir était en fait aux mains des maires du palais, officiers qui dirigeaient les propriétés du roi. Des luttes s'instaurèrent entre les différents maires du palais, qui n'étaient pas sans rappeler les luttes entre les souverains eux-mêmes. À la fin du VIIe siècle, Pépin de Herstal, maire de palais originaire d'Austrasie, imposa sa supériorité à ses rivaux, étendant avec succès son autorité sur les royaumes de Neustrie et de Bourgogne, tout en gardant les membres de la dynastie mérovingienne comme monarques en titre. Il eut pour successeur son fils Charles Martel, qui repoussa l'invasion musulmane des Sarrasins venus d'Espagne en 732, à Poitiers. En 751, le fils et successeur de Charles Martel, Pépin le Bref, déposa Childéric III, le dernier souverain mérovingien et se fit élire roi des Francs. Les Carolingiens Succédant aux Mérovingiens, les Carolingiens, qui doivent leur nom à leur représentant le plus célèbre, Charlemagne (Carolus Magnus) ou Charles Ier le Grand, se situent à une période charnière; c'est sous leur règne que se mirent en place les structures féodales qui prévaudront à l'époque médiévale. En effet, l'avancée des Arabes dans le monde méditerranéen allait entraîner la fin du grand commerce international, la raréfaction de la monnaie et, pour finir, la prédominance absolue de la richesse foncière et de l'économie domaniale. La nouvelle dynastie fut renforcée par l'alliance de Pépin le Bref avec la papauté. En 751, Boniface, primat de Germanie, s'était rendu en France pour oindre Pépin et ses deux fils des saintes huiles, comme les prophètes l'avaient fait pour les rois d'Israël. En échange de l'aide des Francs contre les Lombards qui empiétaient sur ses territoires en Italie, le pape Étienne II approuva la mainmise carolingienne sur le trône et renouvela le sacre de Pépin en 754, à Saint-Denis. Le roi mena alors campagne en Italie pour le défendre, en 754 et 756, et céda les terres qu'il avait conquises en Italie au pape Étienne II. Ces territoires devinrent les États pontificaux, gouvernés directement par le pape. Le royaume de Pépin fut divisé à sa mort, en 768, entre ses fils Charles (le futur Charlemagne) et Carloman. Carloman mourut trois ans plus tard et Charlemagne fut le seul souverain des Francs pendant plus de quarante ans, jusqu'à sa mort en 814. Charlemagne Les campagnes militaires occupèrent Charlemagne au cours des premières années de son règne. Comme son père, il combattit en Italie, à la fois pour le compte du pape et pour son propre compte, soumettant le roi des Lombards, Didier. Il fit la guerre en Espagne contre les Arabes et les Basques (bataille de Roncevaux) et créa un territoire frontalier appelé Marches espagnoles. À l'est, il lutta contre les Bavarois et les Avars, qu'il intégra dans son royaume. Pendant trente ans, il fit campagne contre les Saxons en Allemagne, les soumettant finalement à son contrôle et les forçant à se convertir au christianisme. En 800, Charlemagne fut couronné empereur d'Occident à Rome par le pape Léon III et reçut le titre de «Charles, sérénissime Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur, gouvernant l'Empire romain, pareillement, par la miséricorde de Dieu, roi des Francs et des Lombards». Ce sacre lui valut un prestige spirituel considérable, et à la fin du IXe siècle, le paganisme avait disparu dans ses possessions. Charlemagne installa sa principale résidence à Aix-la-Chapelle (Aachen, Allemagne) et s'attacha à gérer au mieux son vaste royaume qui s'étendait de l'Èbre à l'Elbe et de la mer du Nord à l'Adriatique. Il mit sur pied un système administratif centralisé: le royaume fut divisé en près de 250 pagus, gérés par des comtes, dotés d'attributions financières, judiciaires et militaires. En parallèle, les évêques, nommés par le roi et considérés comme des fonctionnaires, étaient des relais du pouvoir au sein du vaste réseau paroissial du royaume. Les missi dominici, évêques ou comtes, envoyés en mission à travers le royaume, étaient chargés de veiller au bon fonctionnement du système et à la loyauté des exécutants. Charlemagne mena une œuvre législative (publication d'ordonnances, les capitulaires), juridique (codification du droit) et financière (institution de la dîme) considérable. Il rassembla également autour de lui les plus grands savants de son temps, parmi lesquels Alcuin, Paul Diacre, et favorisa les lettres, en encourageant la diffusion des textes de l'Antiquité patiemment recopiés dans les monastères ou en introduisant une réforme de l'écriture («écriture caroline»). Il s'attacha aussi les services d'Eginhard, un chroniqueur, chargé de consigner les grands moments de son règne. Pourtant, il échoua dans sa tentative de faire renaître l'Empire romain. Il s'était assuré de la fidélité de la plupart des riches propriétaires fonciers par l'engagement vassalique, mais ceux-ci ne tardèrent pas à s'émanciper et à renforcer leur propre pouvoir, profitant du désordre causé par les invasions normandes pour imposer leur autorité sur de grandes principautés territoriales. Les successeurs de Charlemagne Louis Ier le Pieux, unique héritier que Charlemagne avait lui-même couronné empereur en 813, chercha à mettre de l'ordre dans sa succession en décrétant en 817 que son fils aîné, Lothaire, hériterait de l'Empire et que ses deux plus jeunes fils détiendraient des royaumes subordonnés à l'intérieur de l'Empire: Pépin, l'Aquitaine et Louis, la Bavière. Mais l'empereur eut de son second mariage, un quatrième fils, Charles, dont la mère, Judith de Bavière, était déterminée à ce qu'il ne fût pas exclu de l'héritage royal. Louis Ier le Pieux mourut en 840 et ses fils ne tardèrent pas à se déchirer. Pépin mort en 838, Louis s'allia à Charles contre Lothaire, qui fut battu en 841. Par le traité de Verdun (843), LothaireIer obtint la Francie médiane, qui s'étendait de la Hollande jusqu'à Rome (Rhénanie, Bourgogne, Provence, Italie centrale); Louis II dit le Germanique reçut les terres comprises entre le Rhin et l'Elbe, de la Saxe à la Bavière et Charles II dit le Chauve, la Francie occidentale, limitée à l'est par la Meuse, la Saône et le Rhône. C'est à cette époque que commencèrent à se dessiner les premiers traits d'une nation française. Les sujets de Charles le Chauve parlaient le roman, dérivé du latin, tandis que ceux de Louis le Germanique s'exprimaient en tudesque. Le territoire de Charles préfigurait la France moderne, celui de Louis l'Allemagne moderne et celui de Lothaire, ces territoires si souvent disputés entre les deux pays. Les Vikings Dès avant 800, des Vikings venus de Scandinavie avaient commencé à attaquer les régions côtières du royaume carolingien. Mais l'impact réel de ces expéditions se fit vraiment sentir à partir du règne de Louis Ier le Pieux. La désunion de ses fils favorisa les invasions des Vikings (850-911), puis des Sarrasins (à partir de 838) et des Hongrois au Xe siècle. La facilité avec laquelle ces envahisseurs opérèrent souligne le caractère superficiel de la renaissance carolingienne. Les ports de mer, les villes et les monastères situés près des voies navigables furent les premières victimes de ces hommes venus du Nord, les Normands. Rouen et Paris sur la Seine, Nantes, Tours, Blois et Orléans sur la Loire, Bordeaux sur la Garonne, et bien d'autres villes furent pillées par les Vikings, tout comme les abbayes de Saint-Denis, Saint-Philibert, Saint-Martin et Saint-Benoît. Le pouvoir royal carolingien, complètement impuissant face à ces menaces, fut contraint d'encourager la féodalité à des fins défensives, et l'aristocratie fit de nouveaux progrès. Robert le Fort, seigneur de la vallée de la Seine, fut l'un des seuls à s'opposer avec succès aux envahisseurs. En 888, la couronne du royaume franc fut offerte au fils de Robert le Fort, le comte Eudes, défenseur de Paris contre les Normands. Les réformes aristocratiques de la renaissance carolingienne, au lieu de se diffuser, avaient contribué à creuser davantage le fossé entre l'élite ecclésiastique et la masse. À la fin du Xe siècle, le pouvoir réel était tombé aux mains des châtelains, seigneurs qui, avec l'aide de chevaliers, contrôlaient un château et ses environs immédiats, et le royaume était devenu une mosaïque de plus de trois cents comtés quasi indépendants. Les Vikings installèrent des bases pour leurs opérations à l'embouchure des rivières, puis cherchèrent finalement à les transformer en colonies permanentes. En 911, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, Rollon, un puissant chef viking, obtint du roi franc Charles III le Simple la main de sa fille Gisèle et le territoire de la basse vallée de la Seine qui devint la Normandie; il jura fidélité au roi pour les terres reçues et se convertit au christianisme. Les Capétiens Les débuts de la dynastie Le pouvoir héréditaire À la mort de Louis V le Fainéant, les grands seigneurs, sur les conseils de l'archevêque de Reims, se tournèrent vers Hugues Capet, comte de Paris et descendant de Robert le Fort et d'Eudes. Hugues Capet fut élu roi en 987 justement parce qu'il n'était pas assez puissant pour étendre son contrôle sur l'ensemble des principautés. Suzerain plus que souverain -son domaine ne dépassait guère l'Île-de-France-, il obtint d'ailleurs son élection en cédant bon nombre de ses fiefs à ses électeurs. Hugues Capet fit en sorte de faire couronner rapidement son fils aîné, Robert. Grâce à cette coutume, reprise par ses successeurs, il dota la monarchie française d'une assise que n'eurent jamais les prestigieux empereurs allemands du Moyen Âge: le royaume avait un héritier, ce qui le préservait des divisions qui s'étaient produites dans les années antérieures. Robert II le Pieux, devenu roi en 996, fit de même avec son fils, HenriIer, roi à son tour en 1031. Les Capétiens se transmirent ainsi la couronne en ligne directe pendant plus de trois siècles, de 987 à 1328. Dans l'impossibilité d'unifier un royaume divisé en grandes principautés (Normandie, Flandre, Anjou, Aquitaine, Bourgogne, Catalogne), les premiers Capétiens s'attachèrent avant tout à asseoir leur pouvoir dynastique et local; à la fin du Xe siècle, des seigneurs comme Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, ou Hugues le Grand, abbé du monastère de Cluny et représentant d'un monachisme en plein épanouissement, bien que vassaux du roi, étaient beaucoup plus puissants que le roi Philippe Ier, mais la dynastie, servie par une période de croissance économique et soutenue par l'Église, s'affermissait progressivement. L'agrandissement du royaume Le successeur de Philippe Ier, Louis VI le Gros, consolida définitivement le pouvoir royal en Île-de-France, région centrée autour de Paris qui constituait un territoire d'environ 160 km du nord au sud et 80 km d'est en ouest. S'appuyant sur le peuple et l'Église, il y supprima toute opposition féodale au gouvernement royal, se chargeant de rendre la justice, fonction essentielle qui fut celle des rois de France à l'époque médiévale. Il fit élever son fils, le futur Louis VII, par Suger, l'abbé de Saint-Denis, et, en 1137, lui fit épouser Aliénor, héritière du duché d'Aquitaine. Les possessions d'Aliénor étaient beaucoup plus vastes que celles du roi et, par son mariage, Louis VII prit le contrôle de territoires étendus entre la Loire et les Pyrénées. C'est sous son règne que parurent les premières ordonnances royales, témoignages de la mise en place d'une administration embryonnaire dans le royaume. Répudiée par le roi en 1152, Aliénor épousa bientôt Henri Plantagenêt, comte d'Anjou et duc de Normandie qui, en 1154, devint roi d'Angleterre sous le nom d'Henri II. Ainsi, l'Aquitaine était passée de la Couronne française à la Couronne anglaise et les terres contrôlées en France par Henri II se trouvèrent être beaucoup plus étendues que celles de son suzerain, Louis VII. L'organisation de la société du XIe au XIIIe siècle L'organisation de la société au Moyen Âge reposait sur des structures hiérarchisées et figées qui allaient, d'une certaine manière, perdurer jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Le système féodal répartissait les hommes en trois ordres, assurant à chacun des fonctions précises: les chevaliers, chargés de la guerre; les clercs, chargés de l'Église; les paysans, chargés par leur travail de faire vivre les deux premiers ordres. Le système seigneurial Aux débuts de la dynastie capétienne, le royaume ressemblait à une mosaïque de principautés plus ou moins grandes et puissantes, vivant de façon relativement autarcique. Les invasions barbares, l'interruption des grands axes commerciaux et la peur de la fin du monde liée au passage de l'an mil avaient incité les hommes à se regrouper et à se replier au sein de principautés dont le seigneur pouvait assurer la défense. Une agriculture encore archaïque rendait les disettes fréquentes et l'existence précaire; des conditions climatiques particulièrement défavorables au début du XIe siècle provoquèrent aussi de terribles famines. Les relations entre les seigneurs, possesseurs de la terre et détenteurs du ban (pouvoir de commandement), et les paysans reposaient sur un certain nombre de droits et de devoirs mutuels . Si des différences de fortune et de statut existaient entre les paysans (libres et non libres), tous étaient soumis au paiement de redevances au seigneur et à une existence précaire, caractérisée par la faiblesse des rendements agricoles. Pourtant, à partir du milieu du XIe siècle, un nouveau mouvement anima les campagnes: plus nombreux, les hommes entreprirent des défrichements qui devaient augmenter les domaines cultivables et donc contribuer à améliorer leur niveau de vie. Dans le même temps, les progrès de l'outillage (charrue, attelage, moulin à vent) permirent d'obtenir de meilleurs rendements et, dans certains cas, de réduire la durée et l'étendue des jachères. Les villes Après la ruine des cités gallo-romaines, consécutive aux Grandes Invasions, les seules villes importantes furent celles qui accueillaient un évêché ou un château. Les activités commerciales, longtemps mises en sommeil, connurent pourtant, grâce à la paix qui s'était instaurée, un nouvel essor à partir du milieu du XIe siècle. Des marchands n'hésitaient plus à prendre la route, plus commodément avec des attelages perfectionnés, et à se rendre de ville en ville. Souvent organisés au sein de guildes, associations destinées à défendre leurs intérêts, ils prirent l'habitude de se rendre aux foires qui se tenaient à date fixe dans des villes. Les foires de Champagne furent parmi les plus célèbres: situées à la croisée des chemins entre les Flandres et l'Italie, régions d'origine de nombreux marchands, elles se succédaient, sous la protection du comte de Champagne puis du roi de France, dans quatre villes (Bar-sur-Aube, Provins, Lagny, Troyes) et duraient ainsi toute l'année. Le développement des villes fut encouragé par cette renaissance du commerce; des artisans vinrent s'installer dans les faubourgs, mais aussi des paysans, qui contribuèrent à la fondation de villes nouvelles par les défrichements et se virent de plus en plus souvent octroyer des chartes de franchise, leur accordant certains droits comme celui de s'administrer sous la direction d'un maire . La chevalerie Au sommet de la pyramide sociale, les chevaliers constituaient une caste militaire à part. Rassemblant principalement les seigneurs, ceux qui pouvaient acheter le coûteux équipement nécessaire (cheval, armure, etc.), elle était également hiérarchisée en fonction du rang de ses membres (ducs, comtes, simples seigneurs) et des serments qui les unissaient . Les chevaliers constituaient une aristocratie, c'est-à-dire une minorité qui se distinguait par sa naissance et par sa fortune, qui allait tendre à se fermer aux autres hommes et former la noblesse. Avant tout occupés à la guerre, à la chasse et aux tournois, les chevaliers vivaient dans leurs châteaux forts, où ils entretenaient une cour. Leurs exploits guerriers et leur code de conduite inspirèrent toute une tradition littéraire, incarnée dans les romans courtois et les chansons de geste. L'Église et les croisades Comme les autres, les gens d'Église étaient intégrés dans le système féodal, vassaux d'un seigneur ou seigneurs eux-mêmes. Le clergé se trouvait être sous la dépendance des laïcs, rois ou seigneurs, qui choisissaient et nommaient les évêques, les abbés, les curés, contrairement à ce qui avait été prévu par les lois de l'Église. Cette situation amena un certain nombre de conflits entre la papauté et les souverains, conflit qui culmina dans la querelle des Investitures. Un sursaut réformateur se produisit dans ce contexte de relâchement des mœurs (beaucoup d'hommes d'Église vivant en effet comme des laïcs n'étaient pas en mesure de respecter les règles canoniques): l'abbaye des bénédictins de Cluny, fondée en 910, insuffla un renouveau à la vie monastique qui, jugé parfois insuffisant, déboucha sur la constitution de communautés plus ascétiques (cisterciens, chartreux) puis vit triompher au XIIIe siècle les ordres mendiants. Le rôle du clergé dans la société se précisa: l'Église, qui contrôlait la vie de chaque chrétien du baptême à la mort, essaya par la Paix de Dieu et la Trêve de Dieu de limiter la violence des mœurs féodales. Les croisades, lancées en 1095 au concile de Clermont par le pape Urbain II, répondaient notamment à l'objectif de canaliser cette violence en mettant les chevaliers au service du Christ. La vie intellectuelle et artistique Au Moyen Âge, le monopole de l'enseignement était détenu par l'Église. Effectuées dans des abbayes ou des écoles épiscopales, destinées à la formation des clercs, les études étaient essentiellement axées sur la théologie. Un tournant s'effectua pourtant à partir du XIIe siècle. L'Occident redécouvrit les auteurs de l'Antiquité à travers la traduction et la copie de manuscrits retrouvés dans les grandes villes musulmanes, et certains professeurs, à l'image de Pierre Abélard, aspirèrent à un renouvellement des méthodes d'enseignement. L'essor des études amena les maîtres et les étudiants, de plus en plus nombreux, à s'unir au sein de corporations, les universités, protégées par le pape et jouissant de nombreux privilèges. Au XIIIe siècle, Paris était devenu un centre international du savoir; les plus grands esprits de l'époque vinrent y enseigner (Thomas d'Aquin, Bonaventure, maître Eckhart) et la fondation, sous le patronage de Louis IX, du collège de la Sorbonne (1257) destiné à accueillir les étudiants les moins fortunés, permit de faire accéder au savoir une nouvelle couche de la population. La royauté allait bientôt pouvoir puiser parmi ces anciens étudiants un personnel compétent, utile pour le renforcement de son assise. L'art médiéval en Occident fut surtout un art religieux. Si les architectes du Moyen Âge ont construit quantité de bâtiments militaires (châteaux forts, etc.) et civils (beffrois, halles, etc.), ils se sont surtout illustrés dans l'édification de monuments religieux. Il s'agissait de remplacer ou de restaurer les églises détruites par les Sarrasins et les Normands, de doter les nouvelles agglomérations de lieux de culte, d'accompagner l'essor monastique de bâtiments appropriés. La France des XIIe et XIIIe siècles vit se construire de magnifiques édifices dans le style roman, puis dans le style gothique: ce fut le «temps des cathédrales». Les derniers Capétiens directs Philippe Auguste et Louis VIII Fils de Louis VII, Philippe II Auguste fit accomplir à la monarchie capétienne des progrès décisifs. Il chercha d'abord à agrandir le domaine royal et profita habilement des luttes qui divisaient les Plantagenêts pour faire reculer les Anglais sur le sol français. Il soutint ainsi Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre contre leur père Henri II avant de prendre prétexte du mariage de Jean sans Terre avec une princesse déjà fiancée à l'un de ses vassaux pour le déclarer félon (1202) et se saisir de tous ses fiefs français, l'Anjou, la Normandie, le Poitou, la Touraine et la Saintonge. Par son premier mariage avec Isabelle de Hainaut, Philippe Auguste avait reçu l'Artois; il prit ensuite, aux dépens des seigneurs, possession de nouveaux territoires dans le nord de la France (Boulonnais, Vermandois, Valois), réussit à imposer le contrôle royal sur le Vexin et à faire reconnaître sa suzeraineté en Bretagne. S'attaquant à l'indépendance des comtes de Flandre, il suscita contre lui la formation d'une coalition groupant l'Angleterre, Ferdinand de Portugal, comte de Flandre, et l'empereur germanique Othon IV de Brunswick. En 1214, il assura ses conquêtes en battant les armées de l'Angleterre et du Saint Empire coalisées à la bataille de Bouvines, remportant ainsi la première victoire réellement française. La mise en place d'une administration, avec un personnel compétent (baillis, sénéchaux), permettant au roi de lever des impôts et de rendre la justice dans un royaume considérablement agrandi, contribua à asseoir l'autorité royale. Des travaux d'assainissement et d'embellissement furent entrepris dans Paris, la capitale, dotée d'une nouvelle enceinte et d'un château fort, le Louvre, résidence du roi. Contre ses grands vassaux, la monarchie se fit l'alliée du mouvement communal né du renouveau commercial et économique, qui vit notamment l'essor d'une bourgeoisie urbaine. Une possibilité d'intervention dans le Sud occitan fut fournie par la croisade lancée par Innocent III contre les albigeois, une secte religieuse dissidente bien établie en Provence et dans le Languedoc; les chevaliers, auxquels étaient promises les terres prises aux hérétiques, se précipitèrent pour y participer sous le commandement du comte Simon de Montfort, qui mit la région à feu et à sang. La politique de centralisation de Philippe Auguste expliqua en partie l'adhésion massive du Midi à l'hérésie albigeoise, qui ne combattit pas seulement pour des raisons théologiques mais aussi pour maintenir son indépendance. Philippe Auguste était alors trop occupé contre les Anglais pour se joindre à la première phase de la croisade contre les albigeois, mais son fils, Louis VIII, organisa une campagne militaire couronnée de succès qui aboutit à l'extension du domaine royal vers le sud jusqu'aux rives de la Méditerranée, avec la prise de contrôle du comté de Toulouse. Saint Louis et Philippe le Hardi Louis IX (Saint Louis) monta sur le trône en 1226 à l'âge de douze ans, et sa mère Blanche de Castille assura la régence. Roi d'une extrême piété, il s'attacha à multiplier les institutions caritatives, à lutter fermement contre les hérésies mais aussi à rendre la justice plus équitablement. C'est d'ailleurs l'image que retiendra de lui la mémoire collective: un roi, assis sous un chêne, rendant personnellement la justice. Louis IX parvint à s'assurer la loyauté des dernières provinces entrées dans le royaume en instaurant une administration plus juste. Il lutta contre la corruption et les abus d'autorité en dépêchant des enquêteurs pour observer les méthodes d'administration des fonctionnaires royaux et pour enregistrer les plaintes de ses sujets. Sous son règne, le gouvernement royal se perfectionna, devenant plus professionnel et plus spécialisé: un Parlement s'occupait désormais des affaires judiciaires et un Conseil du roi aidait au gouvernement du royaume. La politique extérieure de Louis IX fut aussi marquée par un souci de paix et de justice: il restitua à Henri III Plantagenêt toutes les conquêtes dont la légitimité lui semblait douteuse (Limousin, Périgord, Guyenne), en échange de la confirmation de sa souveraineté sur les autres territoires, mettant fin au conflit franco-anglais par le traité de Paris (1259). Profondément religieux, bénéficiant d'un grand prestige spirituel, Louis IX désirait couronner son règne par une croisade. Il confia la régence à sa mère en 1247 et partit pour la Terre sainte. Il fut d'abord fait prisonnier en Égypte, puis libéré, il se rendit en Syrie pour y superviser le renforcement des fortifications chrétiennes. En 1270, il partit pour une nouvelle croisade, qui se solda par un désastre: avec bon nombre de ses soldats, il fut victime de la peste et mourut lors du siège de Tunis. Aimé et respecté, Louis IX, auquel on attribua des miracles, fut canonisé par le pape Boniface VIII en 1297. Son fils Philippe III le Hardi fut le cinquième roi de France à entreprendre une croisade, destinée cette fois à combattre les musulmans en Espagne, et fut le troisième roi qui y perdit la vie. Mais il avait auparavant arrangé le mariage de son fils avec JeanneIre de Navarre, héritière du royaume de Navarre et du comté de Champagne, augmentant encore les possessions de la couronne royale. Philippe le Bel Philippe IV le Bel renforça considérablement l'autorité royale. Conseillé par des légistes comme Guillaume de Nogaret, Enguerrand de Marigny et Pierre Flote, il entreprit de s'attaquer aux avantages des provinces et aux divers privilèges considérés comme autant d'entraves à son pouvoir. L'administration fut complétée de manière efficace par la création d'une Cour des comptes, destinée à suivre de près l'état des finances publiques. Désireux de consacrer d'une manière solennelle l'unité de la nation autour de lui, Philippe le Bel convoqua pour la première fois les états généraux (1302). Une conception nouvelle de l'État, dans laquelle le roi n'était plus le premier des seigneurs mais la représentation vivante de la loi (Lex Rex), était en train de voir le jour. Elle se manifesta de façon éclatante dans le conflit qui l'opposa à la papauté: les relations s'envenimèrent à tel point entre Boniface VIII et Philippe le Bel, opposé à l'ingérence pontificale dans les affaires du royaume, qu'après l'«attentat d'Agnani» (1303), concile au cours duquel l'envoyé du roi insulta le pape avant de l'arrêter, le roi de France fit élire pape un évêque de France, Clément V, qui finit par s'installer à Avignon au lieu de Rome (1309). La doctrine de l'indépendance politique des souverains avait triomphé et l'affrontement soulignait bien le glissement d'une France universaliste, incarnation de la chrétienté (comme elle l'avait été du temps de Saint Louis), vers une France «nationale» désireuse d'accroître son hégémonie au détriment de celle de l'empire chrétien. Après avoir annexé la Franche-Comté, Lyon et une partie de la Lorraine, Philippe le Bel voulut prendre le contrôle de la Flandre. Très coûteuse, cette intervention se solda par un semi-échec: battu par les milices flamandes à Courtrai (1302), le roi prit cependant sa revanche à Mons-en-Pévèle (1304) et put annexer presque toute la Flandre wallonne avec Lille, Douai et Béthune. L'ensemble de ce règne fut marqué par de graves difficultés financières: Philippe le Bel ne cessa de lever des impôts, tenta d'en créer d'autres, et pour apaiser une opinion mécontente, finit par s'en prendre aux banquiers, les Lombards, et aux prêteurs, les juifs, qui furent expulsés du royaume. Pour les mêmes raisons, il s'attaqua au riche et puissant ordre des Templiers, dont les membres furent accusés d'hérésie, torturés et pour la plupart brûlés vifs. En 1312, après la dissolution de l'ordre par le pape Clément V, le roi, qui dès lors n'avait plus à rembourser les dettes contractées auprès des Templiers, put se saisir de tous leurs biens. La situation financière du royaume n'en demeurait pas moins très précaire, stigmatisant un malaise plus général. Le tournant du XIVe siècle Le règne de Philippe le Bel s'acheva dans un contexte de crise généralisée. Cette crise provenait d'abord du déséquilibre entre une population en augmentation et des ressources alimentaires en stagnation, voire en régression. Le XIVe siècle fut en effet marqué par l'arrêt des défrichements: il était devenu impossible d'accroître davantage les surfaces cultivables au détriment des forêts, fournissant bois et gibier, ou des landes, terrains de pâture. Dans le même temps, les campagnes se vidèrent souvent au profit des villes, avec pour résultat une diminution de la main-d'œuvre et un appauvrissement des seigneurs, portés à verser des salaires plus élevés pour retenir les hommes alors que justement leurs revenus s'amenuisaient du fait du départ des paysans. Parallèlement, le développement du trafic maritime vénitien et génois provoqua la disparition des foires de Champagne, et la monnaie connut une grande instabilité. Aux disettes des siècles précédents s'ajoutèrent donc des famines répétées, sinistrant des régions entières, comme le Nord en 1315-1317, puis des épidémies, dont celle de la Peste noire, qui frappa, à partir de 1347, des populations affaiblies. Logiquement, la période fut traversée de troubles sociaux: des soulèvements se produisirent régulièrement contre la levée de nouveaux impôts, contre les fonctionnaires royaux chargés de les collecter, contre les juifs ou les étrangers, considérés comme des usuriers, mais, fait nouveau, certaines de ces émeutes dues à la misère laissaient percevoir des revendications sociales comme ce fut le cas lors de la révolte paysanne de 1358 . Ce déclin fut accompagné par une rupture dans la ligne de succession: les fils de Philippe IV, Louis X le Hutin (1314-1316), Philippe V le Long (1317-1322) et Charles IV le Bel (1322-1328), moururent tous sans héritiers mâles, à l'exception de Louis X dont le fils ne régna que cinq jours sous le nom de Jean Ier le Posthume en 1316. À sa mort s'instaura la coutume, entérinée par les états généraux, d'écarter les femmes de la succession au trône. La branche des Capétiens directs s'éteignit donc avec Charles IV. La couronne passa au neveu de Philippe le Bel, Philippe VI de Valois. Les premiers Valois Les règnes de Philippe VI (1328-1350) et de ses premiers successeurs, Jean II le Bon (1350-1364), Charles V le Sage (1364-1380), Charles VI le Bien-Aimé (1380-1422), Charles VII (1422-1461), furent marqués par un long conflit avec les rois d'Angleterre. Opposé à Philippe V pour le contrôle de la Flandre et au sujet des droits de l'Angleterre sur l'Aquitaine, Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, revendiqua en 1337 la couronne de France: la guerre de Cent Ans débutait. La guerre de Cent Ans Une succession de désastres Les deux royaumes qui se faisaient face ne possédaient pas les mêmes atouts. La France avec 12 millions d'habitants (3 millions en Angleterre) semblait a priori plus puissante. Mais les Anglais disposaient d'une excellente armée, entraînée et bien équipée, et du soutien des Flamands qui, ayant reconnu Édouard III comme roi de France, leur apportèrent une aide matérielle conséquente. La flotte anglo-flamande put ainsi anéantir dès 1340 la flotte française lors de la bataille de L'Écluse, en Flandre. Les Anglais attaquèrent ensuite le nord de la France sans rencontrer de résistance. La première grande bataille terrestre eut lieu en 1346 près de la côte de la Manche, à Crécy, et fut une victoire indiscutable pour les Anglais, qui prirent Calais à l'issue d'un siège de deux ans. Après une période de trêve, la guerre reprit en 1355: l'armée commandée par Édouard le Prince noir écrasa lors de la bataille de Poitiers les troupes de Jean II le Bon, qui fut fait prisonnier (1356). C'est dans ce contexte que la première épidémie de Peste noire atteignit la France en 1348, tuant plus d'un tiers de la population du pays en deux ans, et revenant régulièrement par la suite (1361, 1362, 1369, 1372, 1382, 1388, 1398). La guerre avait complètement désorganisé une économie déjà déprimée et pesait de plus en plus lourd, surtout après la capture du roi Jean que les Anglais ne libérèrent qu'en échange du versement d'une forte rançon. Les campagnes, régulièrement dévastées par des bandes de mercenaires français et anglais, cherchant des moyens de subsistance entre les batailles, connurent des soulèvements répétés et parfois importants (jacquerie de 1358), mais ces mouvements, à l'image de l'insurrection dirigée à Paris par le prévôt des marchands Étienne Marcel (1358), n'épargnèrent pas les villes; tous furent sévèrement réprimés par le dauphin, le futur Charles V, qui assurait la régence pendant la captivité de son père. Conclu en 1360, le traité de Brétigny mit un terme à la première phase de la guerre: Édouard III renonçait à la couronne de France mais possédait désormais le quart sud-ouest du royaume, en plus de la ville de Calais. Un redressement de courte durée Monarque prudent et économe, Charles V entreprit d'assainir la situation du royaume: la gabelle, impôt sur le sel, lui permit d'entretenir une armée de mercenaires plus efficace. Du Guesclin fut pour lui un précieux collaborateur; il réussit à éliminer les Grandes Compagnies, bandes de soldats sans emplois vivant du pillage des campagnes, et surtout, par une série de batailles de petite envergure, put grignoter les positions anglaises. Charles VI, dont le règne débuta par une régence assurée par ses quatre oncles, fut atteint de crises de démence à partir de 1392. Autour de lui, son épouse, Isabeau de Bavière, et les princes du sang se déchiraient dans d'interminables querelles. Une haine farouche opposait les cousins Jean sans Peur, duc de Bourgogne, et Louis d'Orléans, frère du roi. Leurs partisans, les Armagnacs et les Bourguignons, entraînèrent le royaume dans une véritable guerre civile, attisée par la faiblesse du «pauvre roi fol». Profitant de la situation, le roi d'Angleterre Henri V envahit la France en 1415 et écrasa l'armée française à Azincourt. La guerre civile dégénérait en guerre sociale; la reine Isabeau de Bavière et le duc de Bourgogne Philippe III le Bon (son père Jean sans Peur avait été assassiné par les Armagnacs lors de l'entrevue de Montereau en 1419) conclurent la paix avec les Anglais. En 1420, le traité de Troyes déshérita l'héritier français (futur Charles VII) au profit d'Henri V qui, marié à une fille de Charles VI, devenait roi de France. Mais l'union de la France et de l'Angleterre sous sa couronne ne devait pas se réaliser: Henri V puis Charles VI moururent successivement en 1422, laissant chacun un héritier, Henri VI, reconnu roi de France au nord du royaume, et Charles VII, reconnu au sud, excepté en Guyenne. Jeanne d'Arc et le renouveau Celui qu'on appelait par dérision le «roi de Bourges» trouva en la personne de Jeanne d'Arc une aide efficace pour se lancer dans la reconquête du royaume. Le roi, qui se méfia d'abord de cette mystérieuse messagère arrivée à sa cour au début de l'année 1429, finit par lui accorder sa confiance et lui laissa la direction des manœuvres qui obligèrent les Anglais à lever le siège d'Orléans (mai 1429). La guerre devait durer encore plus de vingt ans, mais les Français ne perdirent plus jamais l'esprit de résistance et de patriotisme que leur avait insufflé l'intervention de la jeune Lorraine. Le sentiment national se cristallisa au cours de cette lutte contre les Anglais, principalement au bénéfice de la royauté, surtout après que Charles VII, sacré à Reims en juillet 1429, eut retrouvé toute sa légitimité. En 1453, le roi de France entrait dans Bordeaux: les Anglais avaient perdu la guerre de Cent Ans et durent restituer tous leurs territoires sur le continent, à l'exception de Calais. Les rois autoritaires La guerre de Cent Ans eut surtout pour conséquence le renforcement de l'autorité royale, largement mise à mal. Charles VII (1422-1461) dota la monarchie d'un embryon d'armée permanente (les Compagnies d'ordonnance, créées en 1445) et réorganisa la fiscalité de manière à assurer des revenus réguliers au royaume. Reprenant et approfondissant la politique menée jadis par Philippe le Bel envers l'Église, il posa, par la pragmatique sanction de Bourges (1438), les fondements durables du gallicanisme. Louis XI lui emboîta le pas dans cette direction, ouvrant par ses mesures la voie à l'absolutisme. Poursuivant la constitution d'une armée permanente esquissée par son père, il obtint le droit de lever un nouvel impôt, la taille, sans avoir à obtenir le consentement de ceux qui étaient taxés. Pour briser la coalition des grands féodaux (guerre de la ligue du Bien public, 1464-1465), il s'appuya sur la bourgeoisie des villes qui vit ses franchises étendues. Il lutta contre la Bourgogne de Charles le Téméraire, et réussit, à la mort de ce dernier (1477), à intégrer la plus grande partie du duché au domaine royal ainsi que l'Anjou, le Maine et la Provence. L'autre partie du riche héritage bourguignon passa aux mains des Habsbourgs par le mariage de la fille du Téméraire avec le futur empereur MaximilienIer, inaugurant ainsi un antagonisme entre la France et le Saint Empire qui, pendant plus de deux siècles, allait précipiter l'Europe dans une nouvelle série de guerres. Charles VIII (1483-1498) était âgé de treize ans lorsqu'il succéda à son père. Sa sœur, Anne de France, qui exerçait alors la régence avec son mari Pierre de Beaujeu, arrangea son mariage avec la duchesse Anne de Bretagne (1491). Par cette alliance, la dernière principauté féodale indépendante entrait dans le domaine royal français. En 1492, Charles signa avec Henri VII d'Angleterre le traité d'Étaples, qui réglait les ultimes problèmes entre les deux royaumes. Le redressement économique et social accompagna le rétablissement politique. Vers 1430, l'affranchissement des serfs était à peu près général, tandis que les seigneurs, sous l'effet des difficultés financières, commençaient à se détacher de la terre, au bénéfice de la bourgeoisie. Pendant le milieu et jusqu'à la fin du XVe siècle, l'économie et la population retrouvèrent le niveau qui était le leur avant les ravages de la guerre et de la peste. Les rois surent encourager le développement de l'économie par des mesures novatrices telles que la réglementation des corporations urbaines, le développement de l'industrie de la soie et des foires de Lyon, favorisant ainsi le rapprochement de la noblesse et de la bourgeoisie. Mais à peine la prospérité et la puissance avaient-elles été retrouvées que les rois de France, au risque de les compromettre, décidèrent de s'engager dans les guerres d'Italie. Cette série de conflits aurait au moins un avantage: mettre la France en contact direct avec un pays en pleine Renaissance. La Renaissance et la Réforme La France à la veille du XVIe siècle À la fin du XVe siècle, la France, après avoir surmonté ses divisions internes, était devenue une monarchie centralisatrice dont le territoire s'étendait des Pyrénées à la Manche. La société était toujours dominée par l'aristocratie terrienne, mais la terre n'était plus la seule forme de richesse. La paix intérieure, l'accroissement de la population, l'or et l'argent que les Espagnols et les Portugais rapportaient de leurs colonies américaines, ainsi que les commandes de l'État dans les domaines civil et militaire stimulèrent l'économie, donnant aux marchands en gros, aux banquiers (développement du crédit) et aux cadres administratifs une place de plus en plus importante. La noblesse, qui dépendait de revenus fixes, vit au contraire son pouvoir économique et sa position sociale menacés par l'inflation et les changements de l'économie mercantiliste. Les guerres d'Italie Charles VIII (1483-1498), Louis XII (1498-1515) et François Ier (1515-1547) profitèrent de la paix intérieure pour conduire leurs armées en Italie, cherchant à faire valoir leurs droits sur le duché de Milan et sur le royaume de Naples et, par-delà la Méditerranée, rêvant de porter la guerre en Orient pour briser la puissance des Turcs. Cette série d'expéditions, connue comme les guerres d'Italie, devaient d'abord marquer une transition entre l'époque médiévale et l'époque moderne en ce qui concerne l'art de la guerre, faisant une place de choix aux armes à feu et à l'infanterie au détriment de la cavalerie. La victoire de Marignan (1515) valut à la France, outre la possession du Milanais, l'alliance des Suisses, qui signèrent avec elle une «paix perpétuelle». En 1519, l'élection au trône impérial de Charles Quint marqua un tournant dans les guerres qui virent désormais s'affronter dans le cadre d'une lutte élargie la France et les Habsbourgs, lutte qui devait se poursuivre pendant un siècle et demi et ne jamais aboutir qu'à des occupations temporaires de l'Italie. Le traité du Cateau-Cambrésis (1559), négocié par Henri II, le fils de François Ier y mit momentanément un terme: la France renonçait à toutes ses prétentions en Italie mais recevait en échange trois places stratégiques sur sa frontière de l'est, les Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun. Le règne de François Ier François Ier (1515-1547) renforça de manière significative le pouvoir et le prestige de la couronne et fit triompher une conception absolutiste de la monarchie, annonciatrice de celle de Louis XIV. Il s'imposa comme l'unique législateur de la monarchie et ne convoqua jamais les états généraux. Par le concordat de Bologne (1516), négocié avec le pape Léon X, il obtint pour le roi de France le droit de nommer les évêques et de pourvoir les postes ecclésiastiques selon son «bon plaisir», s'assurant ainsi un clergé docile et le contrôle du pouvoir temporel sur l'Église. Le développement de la vénalité des offices permit la création d'une nouvelle classe d'hommes dévoués à la monarchie. En 1539, par l'ordonnance de Villers-Cotterêts, FrançoisIer proscrivit l'usage du latin, langue de l'Église, dans tous les actes judiciaires, et imposa l'usage exclusif du français pour les actes d'état civil. Mécène fastueux, il fit venir à sa cour des hommes comme Léonard de Vinci, et contribua à l'aménagement des châteaux de la Loire. Il protégea les arts et les sciences et assura la promotion de l'humanisme (fondation du Collège de France, 1530). Les bâtiments construits sous son règne, à l'image des châteaux de Chambord, de Saint-Germain-en-Laye, constituent un témoignage vivant de la puissance et de la richesse de la monarchie. Les guerres de Religion La Réforme protestante, qui avait commencé à se répandre depuis l'Allemagne pendant le règne de FrançoisIer, eut au départ peu d'adeptes en France. Dans les années 1540 et 1550, toutefois, le Français Jean Calvin définit la doctrine et les institutions d'une forme française de protestantisme qui rencontra de puissants adeptes dans la noblesse (les Coligny, les Condé) et dans certaines fractions du peuple. Henri II (1547-1559), qui considérait le calvinisme comme une menace pour l'autorité royale, chercha à limiter son influence. En dépit d'une répression sévère, la religion réformée progressa rapidement, en venant à constituer un véritable parti à l'intérieur de l'État. Sous le règne de François II (1559-1560), Charles IX (1560-1575) et Henri III (1574-1589), ses trois fils qui lui succédèrent sur le trône, le pays fut ravagé par une nouvelle guerre civile, qui prit les allures de guerres de Religion, dans laquelle conflits religieux, politiques et dynastiques étaient inextricablement mêlés. Le fanatisme des combattants et la brutalité des mercenaires en firent un combat où le pillage, la cruauté et les atrocités étaient monnaie courante. Elles contribuèrent à désorganiser le royaume pendant plus de trente ans. L'influence de Catherine de Médicis La mort d'Henri II en 1559 fit accéder au trône son fils de quinze ans, François II, jeune homme maladif qui mourut un an plus tard. Son frère Charles IX était alors âgé de treize ans; la reine mère, Catherine de Médicis, prit en main les rênes du pays durant ces deux premiers règnes et continua de jouir d'une grande influence pendant celui de son troisième fils Henri III, avec pour principale préoccupation la défense de l'autorité royale. Dotée d'une grande intelligence politique, elle tenta sans relâche, aidée du chancelier Michel de L'Hospital, de trouver un compromis entre les adversaires des deux camps (colloque de Poissy, 1561), mais elle ne put s'opposer à l'expansion du fanatisme. Inquiète de l'ascendant pris par l'amiral de Coligny sur son fils Charles IX, elle laissa se commettre le massacre de la Saint-Barthélemy à Paris en août 1572, au cours duquel les catholiques s'attaquèrent aux chefs protestants et à leurs partisans, assassinant plus de 3000 d'entre eux. L'ascension d'Henri de Navarre En 1584, après la mort du dernier frère d'Henri III, le roi de Navarre Henri de Bourbon, descendant de Louis IX et chef du parti huguenot (nom donné aux protestants), devint le prétendant au trône. Opposés au couronnement d'un protestant, les membres du parti catholique voulurent empêcher son accession au trône en tentant de renverser Henri III au profit d'Henri de Guise, chef de la Ligue catholique. Averti du complot, le roi convoqua Henri de Guise à Blois en 1588 et le fit assassiner. L'année suivante, Henri III, dernier de la dynastie des Valois, tomba lui-même sous les coups d'un moine fanatique, Jacques Clément. Henri de Navarre, héritier légitime, prit le nom d'Henri IV. Il dut défendre ses droits à la couronne face à la Ligue catholique, laquelle fit appel à Philippe II d'Espagne dans le dessein de placer la couronne des Capétiens sur la tête de l'infante Isabelle. La guerre religieuse et civile dégénéra en guerre étrangère et, venues pour soutenir les catholiques, les troupes espagnoles campèrent à Paris et à Rouen (1590-1591). Cependant, un parti modéré qui plaçait l'ordre dans l'État au-dessus des conflits religieux s'était formé en France. Définie par Jean Bodin dans la République (1576), cette conception conduisait à une monarchie absolue mais non arbitraire, respectueuse de la loi morale et religieuse. Ce parti trouva son homme dans Henri de Navarre, qui eut la sagesse de comprendre que si lui et ses partisans étaient protestants par conviction, la plupart des Français, catholiques fidèles à leur foi, n'accepteraient jamais un prince protestant. En 1593, il abjura, se convertit publiquement à la religion catholique et rallia ainsi le peuple à sa cause. L'année suivante, il fut enfin sacré à Chartres et installa ainsi la dynastie des Bourbons sur le trône de France. Les Bourbons Henri IV Héritier d'un pays ravagé moralement et matériellement par les guerres de Religion, Henri IV consacra son règne à la pacification et au redressement économique du royaume, mais aussi au rétablissement de l'autorité royale, sérieusement ébranlée par tant d'années de divisions. Il put entreprendre cette tâche lorsque les dernières troupes d'occupation espagnoles quittèrent le royaume en 1598. L'édit de Nantes Les années de guerre avaient prouvé la nécessité d'établir la coexistence du catholicisme et du protestantisme dans le pays. Après de difficiles négociations avec des représentants des deux camps, Henri IV fit promulguer en avril 1598 l'édit de Nantes, décret qui fixait le statut des protestants en France. Ces derniers se voyaient accorder «le droit de ne pas être catholique», une liberté de culte limitée géographiquement à certaines places fortes, l'égalité avec les catholiques devant la loi et l'accès aux fonctions publiques. C'était la première fois en Europe qu'un État établissait un régime de tolérance, fondé non pas sur l'arbitraire de princes imposant leur propre religion à leurs sujets, comme c'était le cas en Allemagne, mais sur le respect mutuel des croyances d'autrui. Le rétablissement de l'autorité royale Sachant se montrer populaire mais ferme, Henri IV sut rétablir son autorité; pendant son règne, les états généraux ne furent pas convoqués, le droit de remontrance des parlements fut limité tout comme les pouvoirs des gouverneurs de province et les libertés des villes. Sully, son précieux conseiller, aussi mal aimé que le roi était populaire, s'occupa du redressement financier et parvint, grâce à l'augmentation des impôts indirects et à l'institution du revenu régulier de la Paulette (1604), taxe annuelle qui permit la vente ou la transmission des offices , à rembourser une partie de la dette et à rééquilibrer le budget de l'État. Pour venir en aide à la paysannerie (90 p.100 de la population), qui avait grandement souffert des pillages et des destructions de la guerre, Henri IV annula les arriérés d'impôt foncier, interdit la saisie de bétail et d'outils par les créditeurs, mit en vente des terres publiques à un prix inférieur à celui du marché et restreignit les droits de chasse de la noblesse sur les terres cultivées. Pour promouvoir le commerce, il mena une politique de grands travaux (construction de canaux, de ponts, de routes, drainage de rivières). Pour développer de nouvelles industries, il facilita la venue d'artisans étrangers en France. Dès l'année 1610, l'économie était florissante et l'autorité royale fermement rétablie. Les mécontentements Le clergé catholique, encouragé par le pape Clément VIII qui avait jugé l'édit de Nantes «maudit», persistait dans son opposition à la tolérance dont bénéficiaient les protestants. Ces derniers se retranchaient dans leurs places et en étaient venus à former un État dans l'État. La grande noblesse avait retrouvé le goût de l'autonomie, et la vénalité des offices, qui avaient le mérite d'assurer l'indépendance des magistrats, allait engendrer une certaine anarchie dans l'administration. En mai 1610, François Ravaillac, un fanatique religieux, assassina le roi. Cette mort fut-elle commanditée? Henri IV par son autoritarisme avait contrarié les ambitions de plus d'une personne. Mais celui qui avait été rejeté comme hérétique en 1589 fut pleuré par presque tous les Français à sa mort. Louis XIII La régence À la mort d'Henri IV, la reine mère Marie de Médicis assura la régence pour son fils Louis XIII, alors âgé de neuf ans. Elle plaça toute sa confiance en Concino Concini et Leonora Galigaï, deux intrigants originaires, comme elle, de Florence. Les «grands», dont l'autorité avait été mise à mal durant le règne d'Henri IV, firent convoquer les états généraux, dont ils espéraient tirer profit pour réaffirmer leurs prérogatives. La réunion, qui se tint d'octobre 1614 à mars 1615, mit en évidence les conflits d'intérêts entre les trois ordres sans pour autant apporter de réponse aux attentes des uns et des autres. Les rois de France ne devaient plus réunir les états avant 1789. Lorsque Concini fut assassiné en 1617, la situation était devenue critique; les caisses de l'État étaient vides, les grands se révoltaient de nouveau, les protestants se soulevaient dans le sud du pays et l'arrivée au pouvoir du favori du roi, le duc de Luynes, n'améliora en rien les affaires. L'action de Richelieu En 1624, Louis XIII fit entrer au Conseil le cardinal de Richelieu, qui ne tarda pas à y occuper une place prépondérante, qui fit de lui le véritable gestionnaire du pays. Son programme tenait en deux points: éliminer les velléités de contestation du pouvoir royal et contenir les menaces extérieures. Les privilèges dont jouissaient les protestants apparaissaient à Richelieu comme une négation du pouvoir royal. Révoltés en plusieurs points du royaume, ils en étaient venus à constituer une réelle menace. Richelieu fit assiéger la ville de La Rochelle (1627-1628), puis porta la guerre dans les Cévennes. Les protestants demandèrent la paix. En 1629, le roi leur accorda l'édit d'Alès, qui revenait sur les privilèges de l'édit de Nantes mais réaffirmait la liberté de culte. En même temps, dans un climat d'hostilité générale, cristallisée autour de Gaston d'Orléans, frère du roi et héritier présomptif jusqu'à la naissance de Louis XIV en 1638, autour de Marie de Médicis, la reine mère, et d'Anne d'Autriche, la reine, espagnole, qui lui reprochait la politique qu'il menait envers son pays d'origine, le cardinal s'attacha à réduire la puissance politique des grands. Il n'hésita pas à faire exécuter certains d'entre eux comme le comte de Bouneville qui n'avait pas respecté l'édit d'interdiction des duels (1626), le duc de Montmorency, cousin de Louis XIII, gouverneur du Languedoc qui s'était révolté (1632) ou encore Cinq-Mars, le favori du roi, qui avait participé à un complot (1642). Pour miner l'autorité des grands sur le plan local et s'assurer de l'exécution fidèle de la politique royale dans les provinces, il procéda à la division du royaume en trente nouveaux districts administratifs, à la tête desquels il plaça un intendant, officier royal issu de la bourgeoisie. Progressivement, les intendants acquirent d'énormes pouvoirs en matière de police, de justice et de finances, rétablissant partout l'autorité du souverain. Richelieu encouragea aussi le développement d'une flotte marchande, accorda des chartes aux compagnies pour le commerce extérieur et favorisa l'expansion coloniale de la France. Une colonisation systématique fut entreprise au Canada français (Québec) et les premiers postes commerciaux furent établis en Afrique et aux Indes occidentales. Pour protéger le commerce et les colonies, il créa la marine française, instituant une flotte de galères en Méditerranée et une flotte de quarante voiliers sur l'Atlantique. Mais l'inflation, l'augmentation des impôts, notamment pour soutenir l'effort de guerre au cours de la guerre de Trente Ans, les disettes et les épidémies plongèrent toute une partie de la population dans une profonde misère. Des révoltes paysannes éclatèrent en Bourgogne en 1625-1630, dans le Sud en 1636-1637 (croquants du Limousin), en Normandie en 1639. Toutes furent sévèrement réprimées. La politique étrangère Lorsque Richelieu accéda au pouvoir en 1624, la guerre de Trente Ans ravageait l'Europe depuis 1618. En 1635, quand il devint évident que l'empereur Ferdinand II de Habsbourg cherchait à placer les princes protestants allemands sous son autorité, Richelieu fit entrer la France dans la guerre aux côtés de la Suède et des Pays-Bas protestants contre les Habsbourgs catholiques. Les traités de paix de Westphalie qui, conclus en 1648, six ans après la mort de Richelieu, mettaient fin au conflit, apportèrent une grande partie de l'Alsace à la couronne française sans modifier la situation de division de l'Allemagne. À la suite de la paix avec l'Espagne (traité des Pyrénées, 1659), la France acquit l'Artois et le Roussillon. Les ambitions des Habsbourgs avaient été contrariées, et la France émergea de la guerre comme le grand vainqueur, imposant son hégémonie sur l'Europe continentale. Louis XIV Mazarin et la Fronde Richelieu mourut en 1642. Louis XIII confia alors le pouvoir au cardinal Mazarin. Le roi s'éteignit l'année suivante, laissant le trône à son fils de cinq ans. Anne d'Autriche assura la régence. Mazarin poursuivit la politique initiée par son prédécesseur, continuant la lutte contre les Habsbourgs, auxquels il finit par imposer une paix à l'avantage de la France. Mais la situation du royaume était de nouveau dramatique: la guerre avait aggravé les difficultés financières et partout, les soulèvements se multipliaient. Pour renflouer les caisses de l'État, il dut prendre de nouvelles mesures fiscales (taxes, emprunts forcés), alors que la crise économique ruinait de nombreux marchands et laissait sans emploi de plus en plus de travailleurs. En 1648, les magistrats du Parlement de Paris, la plus haute cour judiciaire du royaume, firent corps avec la bourgeoisie parisienne pour protester contre la lourdeur des impôts, et, avec le soutien populaire de la capitale, déclenchèrent une rébellion contre la couronne, la Fronde parlementaire (1648-1649), bientôt suivie par la Fronde des princes (1650-1653). Cette véritable guerre civile échoua dans sa tentative de remettre en cause la centralisation du pouvoir. Le roi et Mazarin, qui avaient quitté Paris, revinrent en triomphe après le départ des armées du prince de Condé, qui avait coalisé les mécontents de la Fronde. La crise avait provoqué une dégradation supplémentaire de la situation du pays, disettes et épidémies firent grimper le taux de mortalité et ralentirent durablement la croissance de la population; mais elle avait convaincu Louis XIV, décidé à ne plus revivre une telle humiliation, de la nécessité d'un pouvoir absolu et persuadé les Français, que la paix intérieure était primordiale, dût-elle passer par le renforcement de l'autorité royale. L'absolutisme À la mort de Mazarin en 1661, Louis XIV, qui n'avait alors jamais pris part au gouvernement, décida qu'il serait lui-même son Premier ministre. Pendant son long règne, il dirigea personnellement la France, s'imposant comme le modèle du monarque absolu , légitimé par le droit divin. Dès le début de son règne, Louis XIV jeta les bases de la structure de l'État centralisé. Mettant fin au système des ministères institué par Richelieu, il organisa plusieurs conseils chargés d'appliquer ses instructions et il y fit entrer des gestionnaires compétents, grands commis de l'État: Fouquet, le surintendant des Finances nommé par Mazarin, fut disgracié et remplacé par Colbert; LeTellier, secrétaire d'État à la Guerre, associa à son travail son fils, Louvois, qui finit par lui succéder. À la mort de Marie-Thérèse d'Autriche, en 1683, Louis XIV épousa secrètement Mme de Maintenon, qui eut une grande influence sur le roi en matière politique et religieuse. Les parlements, privés de leur titre de «cours souveraines», furent réduits au silence dès 1673 et contraints d'enregistrer sans discussion les ordonnances royales (fin du droit de veto). Les états généraux ne furent pas convoqués pendant toute la durée du règne. La police fut réorganisée et concentrée sous l'autorité d'un lieutenant général de police (1667). La centralisation progressa dans tout le pays, mais ne fut pas uniforme puisque les régions nouvellement conquises (Roussillon, Flandre, Artois, Alsace) conservaient, au moins en partie, leurs pratiques. Les états provinciaux furent, les uns supprimés, les autres dépouillés de toute compétence politique. Fidèle à la tradition, instituée par Richelieu, de ne pas associer les grands au gouvernement, le roi attira les membres de la haute noblesse à la cour, fastueusement installée au château de Versailles, par l'octroi de pensions ou de postes prestigieux, mais les cantonna dans le domaine de l'organisation des cérémonies. Soutien privilégié du roi, la grande bourgeoisie vit ses aspirations satisfaites par le maintien de l'ordre, par la promotion active du commerce et de l'industrie, et par les possibilités de faire fortune grâce aux commandes de l'État. Les finances et l'économie C'est à Colbert que revint la tâche de redresser la situation économique du pays. Une fois de plus, les caisses de l'État étaient vides; aux impôts traditionnels (taille, levée par des fonctionnaires royaux; gabelle, aides, traites, levées par des financiers, qui prélevaient au passage un pourcentage pour le travail effectué; ils affermaient les impôts, d'où leur nom de fermiers) furent ajoutés deux nouveaux impôts directs, la capitation et le dixième, pesant, en principe, sur tous les sujets du royaume. Colbert avant tout fut le grand défenseur du mercantilisme, destiné en premier lieu à augmenter les réserves monétaires de l'État. Il développa en ce sens une politique instaurée par Sully sous Henri IV et poursuivie par Richelieu. Il favorisa l'essor de l'industrie nationale, notamment par la création de manufactures (les Gobelins et Aubusson pour les tapisseries, Saint-Gobain pour le verre), encourageant les structures déjà existantes par l'octroi de nombreuses subventions. L'agriculture l'intéressait surtout dans le sens où elle pouvait servir l'industrie: il favorisa donc le développement des cultures industrielles (pastel, garance, lin, chanvre, mûrier) et fut à l'origine de l'administration des haras, destinés à encourager l'achat de chevaux français. Des barrières protectionnistes contre les produits de provenance étrangère furent également mises en place. Il développa des marchés coloniaux (en particulier les Antilles françaises) ouverts uniquement au commerce français, accorda des chartes aux compagnies commerciales d'outre-mer, dans le but de concurrencer les compagnies hollandaises et anglaises (Compagnies des Indes orientales, 1664, des Indes occidentales, 1664, du Nord, 1669, du Levant, 1670, etc.). Le développement de la marine fut une priorité: achat de navires, construction d'arsenaux et aménagement de plusieurs ports (Sète, Lorient, Brest) firent partie du programme. À l'intérieur, les infrastructures de transports (ponts, routes, voies navigables) furent améliorées. Mais le mercantilisme, source de développement économique contrôlé par l'État, allait aussi être un générateur de guerres. La politique étrangère Louis XIV contrôla de très près la politique étrangère et entraîna le pays dans quatre guerres coûteuses. Dans la lignée de Richelieu et de Mazarin, il poursuivit la politique d'hostilité à l'égard des Habsbourgs, cherchant par tous les moyens à réduire leur pouvoir et leur influence en Europe. Les noms de Vauban, spécialiste des techniques du siège et des fortifications, et de Louvois, secrétaire d'État à la Guerre, organisateur d'une armée puissante, sont indissociables de son action militaire. Dès 1667, sous prétexte de faire valoir les droits de sa femme, l'infante Marie-Thérèse, fille de Philippe IV d'Espagne, sur la province des Pays-Bas espagnols, Louis XIV se lança dans la guerrre de Dévolution et envahit les Flandres et la Franche-Comté. La Triple-Alliance de la Suède, des Provinces-Unies et de l'Angleterre le força à négocier une paix de compromis en 1668 (traité d'Aix-la-Chapelle), par laquelle la France gagna onze places fortes sur la frontière nord-est. En 1672, des considérations stratégiques et économiques poussèrent Louis XIV à mener la guerre de Hollande, au cours de laquelle il se trouva confronté à la résistance hollandaise et à une coalition puissante menée par l'Angleterre. La France sortit de six ans de guerre agrandie de la Franche-Comté sur la frontière de l'est et d'une douzaine de places fortifiées au sud des Pays-Bas (traité de Nimègue, 1678). En 1689, la ligue d'Augsbourg, conduite par Guillaume d'Orange-Nassau, qui venait d'accéder au trône d'Angleterre sous le nom de Guillaume III, entra en guerre contre Louis XIV pour l'empêcher d'annexer les territoires proches des villes cédées au cours des traités précédents (annexion progressive de Montbéliard, Courtrai, Sarrebruck, Sarrelouis, etc.). Après huit années de guerre au cours desquelles la France résista vaillamment, au prix d'un effort financier épuisant, Louis XIV dut restituer lors du traité de Ryswick (1697) toutes les conquêtes postérieures au traité de Nimègue, excepté la ville de Strasbourg, et fut contraint d'accepter à sa frontière septentrionale une ligne de places fortes hollandaises. Les belligérants avaient accepté de régler leurs différends parce qu'une crise nouvelle pointait à l'horizon. Charles II, roi d'Espagne, était malade et n'avait pas d'héritier direct. Un mois avant sa mort, il céda par testament la totalité de son royaume au petit-fils de Louis XIV, Philippe d'Anjou. Louis XIV, qui avait jusqu'alors prôné le partage du royaume d'Espagne, décida de défendre les droits de son petit-fils. Les autres États européens, qui craignaient une telle extension du pouvoir des Bourbons, organisèrent une coalition pour le contrer (Quadruple-Alliance de La Haye, 1701). La guerre de Succession d'Espagne qui suivit dura treize années. Louis XIV obtint enfin la paix lorsque l'Angleterre, redoutant l'union des couronnes d'Espagne et d'Autriche, se retira pratiquement de la coalition. Les paix d'Utrecht (1713) et de Rastadt (1714) permirent enfin à Louis XIV d'atteindre son but: son petit-fils se vit confirmer la couronne espagnole. Les affaires religieuses L'absolutisme n'épargna pas l'Église. Le jansénisme, né à la fin du XVIIe siècle, était politiquement menaçant par sa mise en avant de la suprématie de la conscience individuelle; Louis XIV lutta contre cette doctrine dès son apparition et finit par ordonner la destruction du monastère de Port-Royal-des-Champs (1709-1711), véritable foyer du jansénisme en France. Le roi s'opposa également longuement au Saint-Siège, à propos de l'affaire de la régale. S'appliquant à certains diocèses, le droit de régale lui permettait, en cas de vacance à la tête d'un évêché, de toucher les revenus et de nommer aux fonctions ecclésiastiques en attendant l'installation du nouvel évêque. Louis XIV voulut étendre ce droit à l'ensemble du royaume; la protestation de certains évêques et du pape Innocent XI (1678) amena le roi à rechercher l'appui du clergé national . En tant que représentant de Dieu sur terre, il put désormais raffermir son contrôle sur la hiérarchie de l'Église, et le clergé, par son obéissance, fournissait la justification théologique de son droit divin, conformément à la théorie formulée par Bossuet. «Un roi, une loi, une foi»: au nom de cette maxime, Louis XIV décida de réagir contre les 900000 protestants du royaume qui constituaient à ses yeux une entrave à l'absolutisme et à la centralisation qu'il voulait mettre en place. Dans un premier temps, les huguenots furent victimes de brimades de toutes sortes, contraints à des conversions massives. Leur culte fut interdit en public, les prédicateurs chassés du pays et les maisons de réunions détruites. En 1685, pensant que la majorité des protestants s'était convertie au catholicisme, le roi décida de révoquer l'édit de Nantes. Près de 300000 huguenots quittèrent alors la France pour se rendre en Angleterre, dans les cantons suisses et dans les Provinces-Unies; parmi eux, se trouvaient de très nombreux artisans qualifiés, intellectuels et officiers qui allaient priver le pays d'une contribution importante. Certains protestants, exaspérés par l'ampleur de la répression et ce qu'ils considéraient comme une trahison, allèrent jusqu'à entamer une révolte ouverte: dans les Cévennes, les camisards tinrent tête pendant deux ans aux armées du roi, mobilisant contre eux 20000 hommes alors que sévissait la guerre de Succession d'Espagne. Mais malgré ses différentes tentatives, Louis XIV ne parvint pas à anéantir la religion réformée. La vie artistique L'art du Grand Siècle, comme on devait appeler l'ère de Louis XIV, fut au service de la monarchie absolue, et le château de Versailles, érigé à la gloire du Roi-Soleil, consacra le rayonnement de l'art français par ses peintures, ses sculptures, sa décoration intérieure, ses jardins à la française et ses techniques de construction . Protecteur des arts, Louis XIV créa des Académies de peinture et de sculpture (1663), d'architecture (1671) , entretint des auteurs comme Corneille et Racine, en leur distribuant des pensions et en faisant représenter leurs œuvres, dont celles de Molière, nomma un surintendant de la musique (Lully) pour faire progresser la qualité dans la composition et l'exécution des partitions. L'époque était à la préciosité, tant dans la littérature mondaine (Mme de Sévigné, La Rochefoucauld) que dans le théâtre (opéras, ballets) et dans les arts décoratifs, et au classicisme dans tous les domaines. Cependant, c'est souvent aussi à travers la littérature que se manifesta l'opposition à l'absolutisme: La Bruyère et Fénelon, par exemple, ne manquèrent pas de critiquer le régime et les inégalités sociales de leur époque, et la fin du règne de Louis XIV vit se développer la querelle des Anciens et des Modernes, sorte de crise de conscience parallèle à l'affaiblissement du pouvoir royal. La fin du règne La fin du règne de Louis XIV fut triste et difficile. La guerre, qui s'ajoutait à l'hiver terriblement rigoureux de 1709, provoqua une famine. Les maigres récoltes et une pression fiscale excessive ramenèrent la misère en France. En Languedoc et en Auvergne, les paysans se soulevèrent. Des Parisiens vinrent manifester sous les fenêtres de Versailles et les camisards protestants continuaient à combattre pour leur foi dans les Cévennes. L'édifice de l'absolutisme craquait et les Français aspiraient à un nouveau règne. Une épidémie de variole en 1711-1712 fit disparaître coup sur coup trois héritiers au trône, laissant comme seul survivant direct le futur Louis XV, l'arrière-petit-fils de Louis XIV. La France au XVIIIe siècle Après la période de la Régence, assurée par Philippe d'Orléans, neveu de Louis XIV, les successeurs du Roi-Soleil, Louis XV et son petit-fils, Louis XVI, furent au cœur d'une période de grandes mutations; ils devaient s'avérer incapables d'adapter les institutions du royaume pour y faire face. Pourtant, au milieu du XVIIIe siècle, la France était la nation la plus riche, la plus puissante et la plus peuplée du continent. Le siècle des Lumières Le siècle des Lumières fut une période de progrès dans le domaine de la science (Monge, Lavoisier, Buffon), tandis que les philosophes, Voltaire, Rousseau, Montesquieu, pour ne citer qu'eux, par une critique systématique de la société et des institutions, furent les champions de la tolérance et du respect des libertés fondamentales; les physiocrates, par exemple, critiquant le mercantilisme prôné par Colbert, préconisèrent un retour à la terre. Leurs idées se diffusèrent par le biais de la presse, des salons, des académies en province ou des loges maçonniques, alors que paraissait, à partir de 1751, la monumentale Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, à laquelle la plupart des grands philosophes de l'époque contribuèrent. Ce mouvement d'idées influença souvent la pensée et l'action des souverains d'Europe . Le français fut plus que jamais la langue internationale de la diplomatie et de la culture, et le goût et le style français dans les domaines de l'architecture, du mobilier et de la mode furent imités dans tout le monde occidental. Les mutations économiques Le XVIIIe siècle fut une période de croissance économique extraordinaire. La population de la France passa de 21 millions en 1700 à 28 millions d'habitants en 1790. Les revenus agricoles augmentèrent de 60 p.100 au cours de la même période et l'industrie française occupait la deuxième place en Europe. Le corps des Ponts et Chaussées, créé en 1733, avait dès 1780 donné à la France le meilleur réseau routier d'Europe. La marine marchande comptait plus de 3000 navires, permettant un commerce lucratif avec l'Afrique, l'Amérique et les Indes. Le grand commerce, et notamment le commerce des produits coloniaux, connut une forte expansion, enrichissant les marchands des ports de l'Atlantique comme Nantes ou Bordeaux. Cependant, le XVIIIe siècle vit s'accroître l'écart considérable entre les «exploitants», restés dans la misère, et les «rentiers», bénéficiaires des hausses des prix, et dont les revenus étaient davantage orientés vers la consommation de produits de luxe ou la spéculation que vers l'investissement. Dans un contexte de forte inflation, les ouvriers agricoles et les artisans arrivaient difficilement à survivre. L'immense majorité des paysans, soumise à de multiples taxes et impôts, aux obligations féodales, ne faisait que subsister. L'État lui-même ne bénéficiait pas de la nouvelle prospérité. Le système d'imposition, qui évitait aux terres de la noblesse et du clergé (environ 35 p.100 des terres cultivées) d'être assujetties à l'impôt foncier, n'encourageait pas les performances économiques du pays et pesait injustement sur la paysannerie. À partir du milieu du siècle, des ministères successifs essayèrent de créer un système d'imposition plus équilibré, mais ils furent entravés par l'opposition des privilégiés et par la réticence du roi à soutenir des réformes qui menaçaient le pouvoir économique de la noblesse. Le principal problème de la France résidait en fait dans le retard des institutions par rapport aux réalités économiques. Les conflits internationaux Le règne de Louis XV et, dans une moindre mesure, celui de Louis XVI, furent marqués par la participation de la France à toute une série de conflits qui ne furent pas sans répercussion sur la crise financière qui devait finalement emporter la monarchie à la fin du XVIIIe siècle. Louis XV, pour venir en aide à StanislasIer Leszczynski, le père de son épouse Marie Leszczynska, fut d'abord entraîné dans la guerre de la Succession de Pologne (1733-1735), conflit qui consacra la disparition de la Pologne en tant qu'État et donnait à moyen terme la Lorraine à la France. Les armées françaises participèrent ensuite à la guerre de la Succession d'Autriche (1740-1748). Le traité d'Aix-la-Chapelle, qui y mit un terme, laissait en fait de nombreux problèmes en suspens qui menèrent au déclenchement de la guerre de Sept Ans (1756-1763). La France en sortit affaiblie, 200000 hommes étaient morts pour des enjeux qui n'intéressaient pas les Français et, jusqu'en 1792, exception faite de l'achat de la Corse aux Génois (1768), le pays ne devait plus jouer qu'un rôle effacé sur la scène internationale, en regard de l'activisme de la Prusse, de l'Autriche et de la Russie. Le traité de Paris (1763) qui conclut la guerre de Sept Ans fut très mal ressenti en France. Il consacrait la victoire de l'Angleterre à laquelle la France cédait ses possessions canadiennes, les territoires à l'est du Mississippi, tandis que la Louisiane revenait aux Espagnols. Si la Martinique, la Guadeloupe, Sainte-Lucie et la Guyane restaient françaises, la Dominique, Grenade, les Grenadines, Saint-Vincent et Tobago devenaient anglaises. L'hégémonie anglaise prévalut aussi en Inde où il ne restait plus à la France que quelques comptoirs. À partir de 1777, saisissant l'occasion d'une revanche possible sur l'Angleterre, Louis XVI, sous l'impulsion du marquis de LaFayette, soutint financièrement et matériellement la guerre de l'Indépendance américaine. Mais l'impression dominante n'en fut pas moins celle d'une monarchie incapable de défendre l'empire colonial que Richelieu et Colbert s'étaient efforcés de construire. La crise de la monarchie La Régence À la mort de Louis XIV, Philippe d'Orléans assura la régence pour Louis XV, âgé de cinq ans. Jusqu'alors écarté du pouvoir et doté d'une réputation de «débauché», il semblait tout désigné pour amorcer la réaction contre l'autoritarisme du règne précédent souhaitée par beaucoup dans le royaume. Attaché à mener une politique de paix à l'extérieur, il mit en place pour la gestion des affaires intérieures la polysynodie, système de gouvernement par conseils, destiné à empêcher toute prise de décision abusive. Les rivalités internes eurent un effet nuisible sur la bonne marche des institutions, et la fin de la période fut entachée par le scandale financier lié à la banqueroute du système de John Law (1720). Le Régent s'éteignit en 172 3; Louis XV était alors majeur. Louis XV Le duc de Bourbon, cousin et rival du Régent, prit alors une place prépondérante dans la gestion du pays. C'est lui qui fit annuler les fiançailles de Louis XV avec une trop jeune princesse espagnole et lui fit épouser Marie Leszczynka (1725). Impopulaire, il fut remplacé par le cardinal de Fleury, ancien précepteur du roi, attaché à mener une politique de paix et d'équilibre pour favoriser la prospérité. Les conséquences du mariage et les conflits dans lesquels fut entraînée la France ne lui permirent pas de réussir son entreprise. Louis XV prit personnellement en main les affaires du royaume en 1743, après la mort du cardinal de Fleury. Fin, sensible et populaire -il fut surnommé le Bien-Aimé de son vivant-, il s'avéra plutôt velléitaire dans sa façon de gouverner, laissant à sa maîtresse officielle, Mme de Pom padour, des pouvoirs que jamais n'avaient eus avant elle les favorites des rois. Sans direction ferme, le gouvernement semblait à la dérive; les guerres, les pensions généreusement distribuées et le train de vie de la cour avaient des répercussions désastreuses sur les finances de l'État. D'abord soutenu par le roi, Machault d'Arnouville, contrôleur général des Finances, entreprit en 1749 d'établir dans le royaume l'égalité devant l'impôt en demandant à tous les Français une contribution du vingtième de leurs revenus. La réaction du clergé, des états provinciaux et des parlements fut si vive que Louis XV recula, ce qui le rendit très impopulaire auprès de la majorité non privilégiée de la population. Dans le même temps, la hardiesse et l'audace des parlements s'en trouvèrent renforcées; critiquant ouvertement l'absolutisme, ils réclamaient désormais un droit de contrôle sur le gouvernement. Même le duc de Choiseul, l'un des ministres les plus influents de LouisXV, hésita à les affronter directement. C'est l'énergique Maupeou, nommé chancelier en 1768, qui réussit à mater leur opposition. En 1770, il brisa la grève du Parlement de Paris en retirant leur charge aux parlementaires qui refusaient de reprendre le travail et en les exilant. Il fit ensuite abolir la vénalité des charges judiciaires: les juges étaient désormais des fonctionnaires, payés par l'État. L'opposition de la noblesse de robe avait donc été assez facilement canalisée, mais la situation financière était plus catastrophique que jamais et la royauté n'en était pas moins tombée dans un profond discrédit. À tel point que, lorsque Louis XV mourut, son entourage n'osa pas organiser des funérailles publiques et conduisit secrètement sa dépouille à la basilique de Saint-Denis. Louis XVI La tâche de résoudre la crise financière incomba au jeune Louis XVI, peu préparé à assumer le pouvoir. Investi des espoirs d'un pays encore très attaché à la dynastie des Bourbons, il se révéla être un souverain indécis. Surnommée l'Autrichienne, son épouse Marie-Antoinette, fille de l'impératrice Marie-Thérèse, fut particulièrement impopulaire; celle à qui l'on reprochait d'être dépensière et frivole fut complètement discréditée après avoir été mêlée à différentes «affaires», comme l'affaire du Collier (1785). La charge de redresser la situation financière du royaume fut d'abord confiée à Turgot, brillant économiste nommé en 1774 au poste de contrôleur général des Finances. Il entendait mener une politique d'économie budgétaire, sans augmenter les impôts ni recourir à de nouveaux emprunts. Il donna lui-même l'exemple en renonçant à la moitié de son propre traitement, mais ne put obtenir du roi une diminution des dépenses de la cour. En 1776, il présenta au Conseil royal un projet préconisant l'abolition de la corvée, la suppression des monopoles commerciaux et l'imposition de la noblesse, suscitant l'hostilité des milieux politiques et commerciaux, qui le poussèrent à démissionner. Après lui, Necker (1776-1781), qui s'attacha à faire prendre conscience au roi des sommes exorbitantes versées en pensions diverses et préconisa des économies, fut à son tour écarté du gouvernement sous la pression des courtisans. Calonne (1783-1787) puis Loménie de Brienne (1787-1788) ne purent pas plus rétablir l'équilibre budgétaire: le premier, qui, sans la confiance des banquiers, ne put emprunter l'argent dont il avait besoin, proposa sans succès d'établir l'égalité en matière fiscale, de lever un impôt qui toucherait tous les propriétaires, de diminuer la taille et de transformer la corvée; le second reprit ces idées à son compte et demanda au Parlement de Paris d'enregistrer les édits de son prédécesseur. Le Parlement invoqua la compétence des États généraux en la matière. Sur les conseils de son garde des Sceaux Lamoignon, Louis XVI décida alors d'enlever aux parlements leur compétence en matière d'enregistrement (mai 1788). Les juges, les nobles et le clergé résistèrent et cherchèrent à empêcher l'application des décrets du roi, obtenant le soutien de l'armée et d'une partie de la population, mécontente du chômage et du prix du pain, le plus élevé du siècle. Les événements les plus graves eurent lieu en juillet 1788 dans le Dauphiné: des représentants des trois ordres rétablirent les états provinciaux qui avaient été suspendus par Richelieu et réclamèrent la convocation des États généraux, refusant de s'acquitter des impôts avant que le roi n'eût cédé. L'État était au bord de la banqueroute (en 1789, 504 millions de recettes pour 629 millions de dépenses) et le roi se plia à la volonté du pays. Il rappela Necker et, le 5 juillet 1788, accepta de convoquer les États généraux pour l'année suivante. La crise politique, réaction nobiliaire à l'absolutisme royal, venait se greffer sur une situation économique, financière et sociale très critique. L'aristocratie avait remporté la première manche de la Révolution française qui venait de débuter. La Révolution de 1789 La fin de l'Ancien Régime Les États généraux C'est dans un contexte de crise aggravée et sous la pression de certains de ses ministres que Louis XVI avait accepté la convocation des États généraux. Partout dans le pays, au cours de l'année 1789, les plaintes et les demandes de la population furent consignées dans des cahiers de doléances portés par les représentants des trois ordres à Versailles, lieu de la réunion. L'ouverture des séances, le 5 mai 1789, déçut les attentes des partisans du changement: attaché à ses prérogatives de monarque absolu, Louis XVI n'évoqua pas les réformes politiques tant espérées. Le conflit était inévitable: le 17 juin, les députés du tiers état, qui représentaient 96 p.100 de la population française et aspiraient à jouer un rôle à cette mesure, se proclamèrent Assemblée nationale et invitèrent les autres ordres à se joindre à eux; le 20 juin, lors du serment du Jeu de Paume, ils jurèrent solennellement de ne pas se séparer avant d'avoir donné une Constitution à la France. Sur les conseils de Necker, le roi admit rapidement cette révolution juridique qui le plaçait sous le contrôle des représentants de la Nation et, le 9 juillet, l'Assemblée se déclara «constituante». L'Assemblée constituante Dans un climat d'effervescence générale, Louis XVI n'en fit pas moins masser 20000 soldats autour de Paris. Le 12 juillet, le renvoi de Necker porta la tension à son comble: craignant une reprise en main du roi, le peuple de Paris, accablé par le chômage et la cherté des denrées, prit les armes et s'attaqua à la symbolique forteresse de la Bastille le 14 juillet 1789. Dans tout le pays se généralisa une agitation entretenue par les sociétés de pensée révolutionnaire. Une révolte paysanne se répandit dans les campagnes, la Grande Peur, poussant l'Assemblée constituante inquiète à proclamer, lors de la nuit du 4août, l'abolition des privilèges, puis à voter, le 26 août, la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen, inspirée de la Déclaration américaine de 1776. L'Assemblée constituante réorganisa profondément le pays: la confiscation des biens du clergé et l'émission de papier-monnaie (les assignats), pour régler les problèmes financiers urgents; la publication de la Constitution civile du clergé (12 juillet 1790), subordonnant l'Église à l'État; la mise en place d'un nouveau découpage administratif (83 départements) et d'un système judiciaire qui faisait passer le contrôle à des fonctionnaires et à des juges élus localement, inversant le processus de centralisation en vigueur depuis des siècles, furent parmi les mesures les plus importantes. Enfin, la Constitution adoptée en septembre 1791 institua la séparation des pouvoirs, un régime parlementaire avec un monarque héréditaire et une assemblée élue au suffrage indirect par les citoyens payant l'impôt. L'Assemblée constituante pourrait bientôt se séparer et laisser la place à l'Assemblée législative (1er octobre 1791). L'échec de la monarchie constitutionnelle Les aspirations à l'ordre et à la stabilité qui caractérisent les décisions de l'Assemblée furent déçues. Entre un roi qui refusait le rôle de monarque constitutionnel et des députés décidés à instaurer la République, le système était destiné à la faillite. La fuite à Varennes de la famille royale (20-21 juin 1791) et la fusillade du Champ-de-Mars, dispersion dans le sang d'une manifestation républicaine (17 juillet), montrèrent que la conciliation était impossible. En Europe, les monarques, effrayés par les risques de contagion révolutionnaire, se mobilisèrent. Des défaites successives dans la guerre contre l'Autriche et la Prusse qui avait débuté en avril 1792 et la menace d'un complot aristocratique (manifeste de Brunswick) conduisirent à l'insurrection populaire du 10 août 1792: effrayés par la possibilité d'une attaque prussienne sur Paris avec la complicité de Louis XVI, les sans-culottes renversèrent la monarchie. Une Commune insurrectionnelle fut constituée, donnant lieu à de nombreux débordements (massacres de septembre 1792). Le 20septembre, la victoire de Valmy, premier grand succès de la Révolution, mit fin à l'invasion prussienne et contribua à souder la Nation, dotée depuis peu d'un hymne, la Marseillaise. Une nouvelle assemblée constituante, la Convention nationale, fut élue au suffrage universel masculin; le 21 septembre 1792, elle déclara la royauté abolie et proclama la Ire République. La Convention La Convention fut d'abord dominée par les Girondins, pour la plupart des députés de province, qui s'opposaient à la dictature parisienne des hommes de la Montagne et voulaient maintenir le régime d'autonomie locale créé en 1789. Pendant quelques mois, les Girondins furent favorisés par le succès des armées révolutionnaires mais, après le procès et l'exécution de Louis XVI (janvier 1793), la menace extérieure (formation de la première coalition des puissances européennes contre la France et développement de la contre-révolution) et intérieure (chouannerie), la pénurie chronique de nourriture et la loyauté incertaine des hauts fonctionnaires (trahison de Dumouriez) entraînèrent la prise de mesures exceptionnelles, concrétisées par la formation d'un Tribunal révolutionnaire (10 mars) et la concentration du pouvoir exécutif entre les mains d'un Comité de salut public (6 avril). Le comité, dominé par Robespierre, chef de la faction radicale des Jacobins à la Convention, institua le régime de la Terreur destiné à éliminer les ennemis de la Révolution. Le Tribunal révolutionnaire, qui fonctionnait avec des procédures simplifiées, envoya à l'échafaud la reine Marie-Antoinette et la plupart des Girondins, parmi lesquels Brissot, en octobre 1793, puis des milliers d'individus, nobles, prêtres ou roturiers, coupables ou suspects. Le contrôle des prix, les réquisitions, le rationnement et la conscription, organisant et équipant les nouvelles armées de citoyens, furent institués. Pendant un an, les Jacobins appliquèrent une dictature révolutionnaire, suspendant «jusqu'à la paix» la Constitution de l'an I (juin 1793), qui devait en principe consacrer la souveraineté du peuple. Le Directoire La fin de la Terreur Les armées révolutionnaires remportèrent de nombreux succès sur le terrain extérieur (bataille de Jemmapes), et dès la fin de l'année 1792, purent se lancer à la conquête de la Belgique, occuper la rive gauche du Rhin, annexer la Savoie puis Nice. En 1794, le territoire français était libéré et la victoire de Fleurus laissait aux Français les mains libres en Belgique. À l'intérieur, les anti-révolutionnaires furent également réduits, mais la politique répressive de la Terreur ne diminua pas pour autant; au contraire, la loi du 22 prairial an II (10 juin 1794), suspendant les dernières garanties de la justice et rendant les jugements encore plus sommaires, ouvrit une période de Grande Terreur. Dans sa logique totalitaire, Robespierre alla jusqu'à tenter d'instituer, en remplacement du christianisme, une nouvelle religion politique et nationale, le culte de l'Être suprême (mai-juin 1794). Mais les excès de la Terreur et les dissensions politiques de ses chefs provoquèrent finalement sa chute le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794). Les «thermidoriens» (Barras, Fouché) cherchèrent des compromis avec l'Église et les vendéens, mais se heurtèrent à la double opposition des Jacobins et des royalistes. L'année suivante, la Convention adopta une Constitution qui donnait à la République un pouvoir exécutif fort, confié à un Directoire de cinq membres, et un pouvoir législatif divisé entre deux chambres (Conseil des Cinq-Cents et Conseil des Anciens) élues au suffrage indirect. Un système provisoire Le Directoire devait diriger le pays durant quatre années, dans un contexte de crise économique et financière aggravée (mauvaises récoltes, inflation, effondrement de l'assignat) que la poursuite de la guerre (dernière insurrection en Vendée en 1795-1796, formation de la deuxième coalition contre la France en 1798) empêchait d'assainir. Régime impopulaire et sans grande autorité en raison de la division des pouvoirs, il était complètement discrédité en 1799. Un certain nombre de personnalités occupant des postes clés (dont Sieyès et Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq-Cents), favorables à un gouvernement plus efficace, décidèrent de tenter un coup d'État et de porter au pouvoir le frère de Lucien, le jeune général Napoléon Bonaparte, dont le prestige était lié à de nombreuses victoires militaires (campagne d'Italie, campagne d'Égypte). Le 18 brumaire an VIII ( 9 novembre 1799), aidé de ses partisans et de ses soldats, il dispersa les députés, mettant fin dans l'indifférence générale au Directoire. Le Consulat et l'Empire De Napoléon Bonaparte à Napoléon Ier Le Consulat fut rapidement institué; concentrant le pouvoir exécutif entre les mains de trois consuls (Napoléon Bonaparte avec Sieyès et Ducos, puis avec Cambacérès et Lebrun), le nouveau régime se dota à la fin de l'année 1799 d'une Constitution (Constitution de l'an VIII) qui faisait du Premier consul, en l'occurrence Bonaparte, le premier personnage de l'État. Les succès militaires foudroyants du Consulat amenèrent la coalition à se désintégrer, et l'Angleterre, affaiblie et isolée, à accepter le traité d'Amiens (1802), qui mettait fin aux hostilités entre les deux pays. Bonaparte Premier consul se présentait comme un homme de paix et il s'attacha à pacifier le pays en réconciliant les Français et en instaurant un gouvernement stable et centralisé: la Révolution était terminée. Ainsi, il favorisa le ralliement des vendéens et le retour des émigrés, offrant indifféremment des postes dans l'administration et dans l'armée; il négocia avec le pape Pie VII le Concordat de 1801, qui rétablissait l'Église catholique romaine en tant qu'Église d'État et s'attela à l'unification des lois du pays en faisant promulguer en 1804 un Code civil (Code Napoléon), compromis entre les acquis de la Révolution (liberté de conscience, liberté du travail, égalité civile, abolition des privilèges féodaux) et une société globalement conservatrice. Une administration centralisée (mise en place de préfets nommés par le ministère de l'Intérieur à la tête des départements), de nouvelles institutions monétaires (une banque centrale, la Banque de France, février 1800, et une nouvelle unité monétaire, le franc germinal) et une organisation scolaire rénovée (création des lycées, 1802; d'une université impériale chargée de diriger et de contrôler le corps enseignant, 1808) renforcèrent le pouvoir et jetèrent les bases sur lesquelles devait vivre la France jusqu'à nos jours. Confisquant progressivement le pouvoir à son profit (consul à vie, août 1802), Bonaparte, au cœur d'une agitation royaliste, décida d'affermir sans appel son autorité: le 18 mai 1804, le Sénat le proclama empereur des Français. Une nouvelle Constitution (Constitution de l'an XII) et le plébiscite qui approuva massivement l'établissement de l'Empire et le sacre de NapoléonIer par le pape (2 décembre 1804) entérinèrent les faits: le premier Empire était né. Napoléon, maître de l'Europe Napoléon, qui se préparait à la guerre depuis 1803, décida, après avoir stabilisé la situation intérieure, de repartir à la conquête de l'Europe. Déjà présent en Italie, en Allemagne, il inquiétait les monarques européens qui se mobilisèrent à nouveau contre la France au sein de nouvelles coalitions dès l'été 1805. Ulm, Austerlitz, Iéna, etc. autant de victoires qui marquèrent le début des guerres napoléoniennes et permirent à l'Empereur de battre l'Autriche, la Prusse et la Russie et de se rendre maître de la plus grande partie de l'Europe. Seule la Grande-Bretagne, maîtresse des mers depuis la destruction de la flotte française au large de Trafalgar en 1805, résistait; Napoléon entreprit de l'isoler. Réconcilié avec l'Autriche en 1809, l'Empire, qui comptait 130 départements, s'étendant de l'Allemagne du Nord à l'Italie, en passant par la Hollande et la Belgique, était à son apogée en 1811. Pourtant, tout à ses efforts de consolidation du blocus continental anti-anglais, Napoléon allait entreprendre des actions qui se révéleraient fatales à l'Empire. La fin du premier Empire et la première Restauration Après la dramatique campagne de Russie (1812) et le terrible échec de la guerre en Espagne (1808-1813), les armées napoléoniennes, décimées, furent très affaiblies. Chassé d'Allemagne en 1813 à la suite de la désastreuse bataille de Leipzig, Napoléon perdit au printemps 1814 la campagne destinée à sauver l'Empire. Il abdiqua en avril 1814 et se rendit aux alliés qui étaient entrés en France et avaient pris possession de Paris. Vaincu, il partit pour l'île d'Elbe. Les souverains coalisés encouragèrent alors la restauration des Bourbons sur le trône de France. En mai, le frère de Louis XVI entra dans Paris et fut couronné sous le nom de Louis XVIII. L'épopée napoléonienne n'était pourtant pas terminée. La Restauration débuta avec le concours du personnel impérial, et sans résistance de la part d'une population lasse de la guerre et de la conscription. Louis XVIII signa le premier traité de Paris (30 mai 1814), qui ramenait la France à ses frontières de 1792, et octroya aux Français la Charte constitutionnelle, qui, si elle ne revenait pas sur les principales libertés acquises durant la Révolution, marquait bien une rupture avec le passé récent, réaffirmant le caractère divin et héréditaire de la monarchie; inspirée du système anglais, elle mettait en place, à côté du roi détenteur du pouvoir exécutif, un pouvoir législatif partagé entre une Chambre des pairs, aux membres nommés par le roi et héréditaires, et une Chambre des députés, élus par les départements, sur une base censitaire, instaurant un régime de notables (le droit de vote appartenait à moins de cent mille grands propriétaires, commerçants et industriels). Mais la politique du nouveau gouvernement provoqua des mécontentements tant chez de nombreux royalistes qui la trouvaient trop timorée que chez les plus modérés qui acceptaient mal le rétablissement des symboles de la royauté comme le drapeau blanc, tandis que les alliés, réunis au congrès de Vienne depuis septembre 1814, étaient en désaccord sur le partage de l'Europe. Napoléon vit dans cette conjonction de facteurs la possibilité de revenir au pouvoir. En mars 1815, il s'échappa de l'île d'Elbe et revint en France. L'armée et la population se rallièrent à lui, Louis XVIII s'enfuit en Belgique et Napoléon rétablit l'Empire (Acte additionnel aux Constitutions de l' Empire, 22 avril 1815). Les souverains européens formèrent une nouvelle coalition et, le 18 juin 1815, à Waterloo, près de Bruxelles, écrasèrent l'armée impériale de manière définitive, mettant fin à l'aventure des Cent-Jours. Napoléon se rendit aux Britanniques qui le déportèrent à l'île de Sainte-Hélène où il mourut en 1821. Tandis que Louis XVIII revenait à Paris et restaurait une deuxième fois la monarchie des Bourbons, la légende napoléonienne, bientôt nourrie par les écrits d'Emmanuel de Las Cases, pouvait commencer à se développer. La monarchie constitutionnelle Louis XVIII et Charles X La seconde Restauration, en 1815, déclencha une vague de répression contre les bonapartistes et les républicains. Les premières élections législatives d'août 1815 portèrent au pouvoir une chambre ultraroyaliste et réactionnaire (Chambre introuvable), que le roi, sous la pression des alliés qui craignaient qu'elle ne tentât de revenir sur les acquis de la Révolution et ne déclenchât de nouveaux soulèvements, dut dissoudre moins d'un an plus tard. Les nouvelles élections (octobre 1816) donnèrent la majorité aux modérés conduits par le duc de Richelieu. La situation générale du pays s'améliorait: l'économie profitait du climat d'assainissement financier, et la France, débarrassée des troupes d'occupation étrangère en 1818, avait de nouveau sa place parmi les grandes puissances. Mais l'assassinat de l'héritier du trône, le duc de Berry, en février 1820, provoqua la chute des modérés (Decazes) et le retour des ultras au pouvoir (Villèle). À la mort de Louis XVIII en 1824, son frère, le comte d'Artois, ultraconservateur, monta sur le trône sous le nom de Charles X. Dès lors, le régime prit un tour nettement autoritaire et réactionnaire, servi par le renforcement du rôle de l'Église. Cette évolution suscita une opposition de plus en plus vive des libéraux qui considéraient que les libertés étaient en danger. La révolution de 1830 La «loi de justice et d'amour» déposée en 1827 pour supprimer la liberté de la presse échoua devant la puissance de l'opposition libérale, et Villèle dut démissionner en 1828. Après le ministère plus libéral de Martignac (1828-1829), les ultras revinrent au pouvoir avec Polignac, qui dut faire face à la victoire des libéraux aux élections de 1830. Charles X choisit de les défier: le 26 juillet 1830, il promulgua quatre ordonnances qui restreignaient la liberté de la presse, prononçaient la dissolution de la Chambre, limitaient le droit de vote aux dépens de la bourgeoisie en relevant le cens et organisaient de nouvelles élections. Les députés et les journalistes libéraux protestèrent contre cette violation de la Constitution et les travailleurs parisiens se mobilisèrent pour les soutenir. En trois jours de combats de rues (les Trois Glorieuses), ils chassèrent les troupes royales de la capitale. Charles X, abandonné de tous, abdiqua, et les députés portèrent sur le trône le candidat de la bourgeoisie libérale conduite par Thiers, Louis-Philippe, duc d'Orléans, chef de la branche cadette des Bourbons. La Charte fut révisée pour enlever au roi le pouvoir de gouverner par ordonnances et le droit de vote fut élargi grâce à l'abaissement du cens électoral (200000 votants). Voir Révolution de juillet 1830. La monarchie de Juillet Le régime de Louis-Philippe, roi des Français, fut celui du triomphe de la bourgeoisie. Après une période d'agitation émaillée de mouvements de révolte, fait des républicains ou de la classe ouvrière (révolte des canuts lyonnais, 1831), le régime fut fermement installé. À l'extérieur, la monarchie de Juillet rechercha la paix par une politique d'entente cordiale avec la Grande-Bretagne (1843) tout en redonnant un second souffle à l'empire colonial français grâce à une nouvelle politique de conquêtes (Afrique du Nord et Afrique noire, Extrême-Orient, Pacifique). La période se caractérisa plus par l'essor de la vie économique et intellectuelle que par l'intensité de la vie politique. La croissance de la production industrielle s'accéléra rapidement après 1840, faisant passer la France en quelques dizaines d'années d'un État agricole à un État industriel (développement de l'industrie textile, de la métallurgie, notamment sous l'impulsion des frères Schneider au Creusot; accélération de l'exode rural); à titre d'exemple, l'extraction de la houille passa de 2 millions de t en 1815 à 7 millions en 1848. La loi sur les chemins de fer de 1842 organisa la construction d'un réseau ferroviaire national qui accéléra l'industrialisation et donna aux individus une mobilité sans précédent. Une loi scolaire votée en 1833 à l'instigation de Guizot, alors ministre de l'Instruction publique, exigea que chaque commune de France ait une école primaire pour les garçons, accessible gratuitement à ceux ne pouvant payer la scolarité. Malgré ces progrès, la France restait très en retard par rapport à l'Angleterre qui avait pris la tête de la révolution industrielle. La révolution de 1848 Pourtant, à partir de 1846, le régime commença à montrer des signes d'essoufflement. Une crise politique vint bientôt se superposer à la crise économique des années 1846-1847. Aux libéraux du parti du Mouvement (Laffitte) succédèrent rapidement les conservateurs du parti de la Résistance (Guizot). Louis-Philippe et ses ministres résistèrent à toutes les pressions pour adapter les institutions politiques de la nation aux changements de la société et de l'économie, refusant surtout un élargissement du droit de vote. Le régime perdait de son crédit au profit des partisans de la République. En février 1848, à Paris, la troupe tira sur des manifestants républicains qui demandaient le renvoi du tout-puissant Guizot. La capitale s'embrasa, se hérissa de barricades, et Louis-Philippe, surpris, abdiqua le 24 février en faveur de son petit-fils, le comte de Paris. Mais les émeutiers avaient déjà envahi la Chambre, et la seconde République fut proclamée le 24 février 1848. La révolution de 1848 marquait l'entrée du prolétariat en politique. Un groupe de chefs républicains, parmi lesquels Lamartine, Louis Blanc, Ledru-Rollin, Arago, constitua un gouvernement provisoire. La IIe République et le second Empire L'échec de la IIe République Pendant les quatre premiers mois de la IIe République, de février à juin 1848, les républicains modérés, qui désiraient simplement l'institution d'une démocratie représentative, et les radicaux, qui voulaient fonder une véritable démocratie sociale, se disputèrent le contrôle du pouvoir. L'euphorie et le climat d'effervescence intellectuelle des premiers temps, qui virent le gouvernement provisoire prendre des mesures au caractère «humanitaire» (abolition de l'esclavage, sous l'impulsion du ministre de la Marine Victor Schoelcher, suppression de la peine de mort pour crime politique, etc.) et social (limitation de la journée de travail, droit au travail, etc.) furent doublés d'une vague de panique liée aux manifestations d'anticléricalisme et au climat de violence sociale. Les élections d'avril donnèrent la majorité aux modérés et aux conservateurs à l'Assemblée constituante, mais lorsque ces derniers voulurent supprimer les Ateliers nationaux, institution destinée à donner du travail aux chômeurs, les travailleurs parisiens se soulevèrent lors des journées de juin. Cette insurrection fut écrasée par le général Cavaignac au terme de trois jours de combats sanglants dans les rues de Paris, dont le mouvement ouvrier sortit affaibli pour longtemps. Ces événements renforcèrent le caractère conservateur de la République et accrurent dans la bourgeoisie la peur du radicalisme de la classe ouvrière. La Constitution adoptée en novembre 1848 établissait une république présidentielle avec une seule assemblée, le président et l'assemblée étant élus au suffrage universel masculin direct. Louis Napoléon Bonaparte, neveu de l'empereur NapoléonIer, soutenu par le parti de l'Ordre, regroupant les conservateurs, qui espérait le manœuvrer après son accession au pouvoir, remporta, le 10 décembre 1848, les élections présidentielles à une majorité écrasante contre Lamartine et Cavaignac. Après les désordres parisiens qui avaient effrayé les campagnes, les élections législatives virent la victoire d'une majorité monarchiste hostile à la République. Le prince-président laissa habilement l'Assemblée législative se déconsidérer par l'adoption de mesures favorables à l'Église ou hostiles à l'exercice des droits populaires (loi Falloux sur l'enseignement, loi électorale restrictive, loi limitant la liberté de la presse). Les républicains radicaux, qui avaient remporté un tiers des sièges, firent peur à tous les propriétaires, en prétendant prendre le contrôle du gouvernement en 1852, année des élections présidentielles et parlementaires. Louis Napoléon, se posant en sauveur face à la révolution radicale menaçante, prit lui-même le pouvoir par le coup d'État du 2 décembre 1851 approuvé peu après massivement par un plébiscite et donna à la France une nouvelle Constitution (janvier 1852). Un an plus tard, il restaurait l'Empire et prenait le nom de Napoléon III. Le règne de Napoléon III L'Empire autoritaire Soutenu par la bourgeoisie et le clergé, le second Empire commença par s'établir sur les bases d'un régime autoritaire, faisant notamment des préfets des instruments d'information et de contrôle dans chaque département. Dans le même temps, le pays bénéficia d'un climat favorable au développement économique: la croissance industrielle redémarra, le réseau ferroviaire fut rapidement multiplié par trois, la création de nouvelles institutions bancaires fournit l'assise indispensable en termes de crédit. Les traités commerciaux conclus avec la Grande-Bretagne et une douzaine d'autres pays contraignirent l'industrie nationale, jusqu'alors surprotégée, à s'adapter à la compétition internationale et eurent, dans un premier temps, un effet stimulant. Sous l'impulsion du baron Haussmann, préfet de la Seine, Paris fut transformé en profondeur et modernisé: les vieux quartiers, considérés comme des foyers révolutionnaires, furent détruits, tandis que de grands boulevards étaient percés. Le second Empire participa au sein d'une coalition à la guerre de Crimée (1853-1856), puis à la guerre contre l'Autriche (1859), motivée par le soutien aux revendications nationales italiennes, qui permit l'unification de l'Italie et fit gagner à la France Nice et la Savoie. L'Empire parlementaire Abandonné par le parti catholique en raison de sa politique italienne qui avait abouti à la confiscation des États pontificaux, Napoléon III, soutenu par son demi-frère le duc de Morny et par des libéraux comme le journaliste Émile de Girardin, choisit de s'appuyer sur la petite-bourgeoisie. Après dix années de gouvernement autoritaire, il estimait son pouvoir suffisamment établi pour prendre des mesures libérales. Ainsi, dès la fin de l'année 1860, les députés se virent accorder un droit d'adresse à l'empereur qui, de son côté, ne put plus effectuer de dépenses supplémentaires sans approbation (1861). L'arrivée au ministère de l'Instruction publique du libéral Victor Duruy ouvrit la voie à une politique scolaire novatrice, tandis que Napoléon III, particulièrement intéressé par la condition ouvrière -il était lui-même l'auteur d'un opuscule intitulé De l'extinction du paupérisme- favorisa le mouvement ouvrier et accorda le droit de grève (1864). Pourtant, cette indiscutable période de réformes vit se cristalliser différentes oppositions; autour de l'impératrice Eugénie, un clan était partisan du retour à un régime autoritaire; au côté d'Adolphe Thiers, de nombreux opposants se regroupèrent en 1864 sur un programme minimum qui dressait la liste les libertés nécessaires (individuelles, presse, électorales, parlementaires). En 1867, le désastreux échec de l'intervention destinée à soutenir Maximilien au Mexique renforça encore les mécontentements. L'empereur accepta de nouvelles concessions (libertés de presse et de réunion, 1868; possibilité pour les députés de proposer des lois, 1869) et, après avoir renvoyé Rouher et Hausmann, jugés trop conservateurs, et Duruy, trop anticlérical, nomma à la tête du gouvernement en janvier 1870 Émile Ollivier, un républicain modéré, chargé de concilier toutes les tendances. Sur le plan extérieur, la victoire décisive de la Prusse sur l'Autriche en 1866 (bataille de Sadowa) avait modifié l'équilibre géopolitique européen; la France se sentait menacée et ne parvint d'ailleurs pas à contrer cette nouvelle puissance. La guerre franco-allemande Préparée à l'instigation du chancelier allemand Bismarck, la guerre franco-allemande, déclenchée par la France, fut jugée par le régime et ses adversaires comme l'occasion d'une reprise en main. Les armées françaises étaient inférieures en nombre et en matériel (artillerie Krupp) à celles de la Prusse et des autres États allemands coalisés, et les défaites militaires se succédèrent rapidement. Les Français furent écrasés sur leur terrain et, le 2 septembre, Napoléon III capitula avec le gros de son armée à Sedan. Lorsque la nouvelle atteignit Paris le 4septembre, la République fut proclamée. Les chefs de l'opposition républicaine, dont Léon Gambetta, Jules Favre et Jules Gréy, formèrent le gouvernement de la Défense nationale, présidé par le gouverneur militaire de Paris, le général Trochu, pour poursuivre la guerre. Pendant quatre mois, Paris fut assiégé par les Allemands et des armées hâtivement rassemblées s'opposèrent aux Allemands dans la vallée de la Loire. Malgré l'héroïsme des troupes françaises, le gouvernement dut capituler le 28 janvier 1871. Bismarck accorda un armistice de trois semaines pour permettre l'élection d'une Assemblée nationale ayant autorité pour conclure la paix. L'Assemblée, qui comportait une majorité de monarchistes, se réunit à Bordeaux et approuva le 1er mars un accord qui cédait à l'Allemagne l'Alsace et un tiers de la Lorraine, prévoyait le versement d'une indemnité de 5 milliards de francs et une occupation militaire jusqu'au paiement de l'indemnité. La Commune L'Assemblée nationale, qui devait s'installer à Versailles le 20 mars, venait juste de mettre un terme à la guerre avec l'Allemagne lorsqu'elle dut faire face à une guerre civile. Humilié par la défaite, accablé par les misères du siège et violemment opposé à la décision de l'Assemblée nationale qui, sans tenir compte des circonstances, venait d'ordonner le paiement des loyers et des dettes, le peuple de Paris se souleva. Le 18 mars, les insurgés créèrent un gouvernement municipal indépendant, la Commune de Paris. Ils votèrent plusieurs décrets (institution d'un salaire minimal, séparation de l'Église et de l'État), mais furent rapidement affaiblis par des dissensions politiques internes. Ils tinrent néanmoins la capitale pendant deux mois au terme desquels les troupes gouvernementales versaillaises, mandatées par le chef de l'exécutif, Adolphe Thiers, s'emparèrent de Paris à l'issue de terribles combats (Semaine sanglante, 22-28 mai). La Commune fit près de 20000 morts, quelque 40000 personnes furent arrêtées et plus de 7000 déportées au bagne. Le mouvement ouvrier en France s'en trouva durablement affaibli. La IIIe République L'Ordre moral L'Assemblée de février 1871 était dominée par une majorité monarchiste. Si tous espéraient le rétablissement de la royauté, les monarchistes, qui étaient divisés entre légitimistes, attachés au principe de droit de divin, et orléanistes, favorables à un système parlementaire, ne parvenaient pas à s'entendre sur le nom d'un prétendant. En mai 1873, ils réussirent toutefois à faire démissionner Adolphe Thiers, président de la République depuis le 31août 1871, au profit du maréchal de Mac-Mahon, connu pour ses sympathies royalistes. Le refus du comte de Chambord, candidat accepté par l'ensemble du parti royaliste, de reconnaître le drapeau tricolore comme emblème de la nation française, compromit à nouveau les chances de restauration monarchique. Cependant, pour se réserver la possibilité d'intervenir à moyen terme, l'Assemblée vota l'institution du septennat présidentiel, et le gouvernement imposa une politique d'Ordre moral, cléricale et conservatrice. En dépit de l'opposition des monarchistes, la République s'instaurait peu à peu, comme un état de fait, et, en janvier 1875, les républicains réussirent à faire voter, à une voix de majorité, l'amendement du député Henri Wallon: le président de la République serait désormais élu par le Sénat et par la Chambre; la fonction, en devenant une institution, consacrait le principe de la République. Les élections législatives de mars 1876 donnèrent la majorité aux républicains et Mac-Mahon appela au gouvernement des modérés, comme Jules Simon qui devint président du Conseil. Opposé à la politique d'Ordre moral, il fut poussé à la démission le 16 mai 1877 et remplacé par le royaliste de Broglie. Ce coup de force contre le parlementarisme provoqua la réaction des 363 députés républicains qui refusèrent la confiance au gouvernement. La Chambre fut alors dissoute par le président de la République, et les élections anticipées d'octobre virent à nouveau triompher les républicains. En 1879, les républicains devinrent aussi majoritaires au Sénat. Mac-Mahon s'inclina et démissionna: la République appartenait désormais aux républicains. L'ère des réformes Après l'élection de Jules Grévy (1879-1887) à la présidence de la République, le régime s'affirma grâce à un ensemble de réformes relatives aux libertés publiques et à l'enseignement. Au cours des années 1880, le ministère de Jules Ferry entreprit de briser l'influence de l'Église catholique sur l'éducation des enfants. Les lois scolaires de 1880 et 1882 rendirent l'éducation primaire laïque, gratuite et obligatoire et interdirent l'éducation religieuse dans les écoles publiques; l'enseignement secondaire devint accessible aux filles. Les gouvernements successifs consacrèrent la reconnaissance des grandes libertés collectives et individuelles (libertés de la presse, de réunion et syndicales; loi sur le divorce). Des crises comme celle du boulangisme, inspirée par le général Georges Boulanger, secouèrent encore la République à la fin du XIXe siècle, mais le régime, désormais bien implanté, devait en sortir toujours victorieux. L'affaire Dreyfus Après le scandale de Panamá (1889-1893), le nationalisme et l'antisémitisme trouvèrent une occasion de s'affirmer avec l'affaire Dreyfus (1894-1899). En 1894, un tribunal militaire condamna en cour martiale un officier juif, le capitaine Alfred Dreyfus, à la dégradation et à la déportation à vie, sur l'île du Diable en Guyane, pour espionnage au profit de l'Allemagne. Sa famille et ses amis, convaincus à juste titre de son innocence, entreprirent de prouver le caractère infondé des charges retenues contre lui et reçurent progressivement le soutien de nombreuses personnalités. À la fin des années 1890, l'affaire Dreyfus était devenue un débat d'ampleur nationale, qui divisait profondément le pays. Les partisans de Dreyfus, en majorité républicains, affirmaient qu'une injustice avait été commise et que la justice à l'égard de l'individu primait toute autre considération. Certains intellectuels épousèrent la cause de Dreyfus, comme Anatole France, Charles Péguy ou Émile Zola, qui publia en 1898 dans les colonnes de l'Aurore son célèbre «J'accuse», lettre adressée au président Félix Faure. Les antidreyfusards, retranchés derrière la raison d'État, prétendaient pour leur part que les dreyfusards discréditaient l'armée et affaiblissaient la volonté de revanche vis-à-vis de l'Allemagne; autour d'eux, les forces réactionnaires se rassemblèrent, unissant monarchistes et ultranationalistes regroupés autour de ligues d'extrême droite. Les députés radicaux et socialistes s'unirent en 1899 pour former un gouvernement de défense républicaine, le Bloc des gauches, placé sous la direction de Waldeck-Rousseau, et qui chercha à apaiser la situation en faisant gracier Dreyfus par le président Émile Loubet et en destituant les officiers compromis. L'unité se réalisa dans l'anticléricalisme militant; l'Église, discréditée par son appui au parti nationaliste, fut accusée d'encourager les attaques contre le régime. Le gouvernement fit voter en 1901 une loi sur les associations, qui fut utilisée pour fermer 1500 congrégations religieuses et 3000 écoles catholiques. Le cabinet Combes (1902-1905) interdit en 1904 à tous les membres des ordres religieux d'enseigner et prépara la loi de la séparation de l'Église et de l'État qui, votée en décembre 1905, abrogeait le Concordat de 1801. Ces crises successives avaient conduit à une redéfinition au sein du monde politique français: un nouveau clivage gauche-droite, qui ne passait plus par l'antagonisme monarchistes-républicains, venait d'apparaître. La croissance économique Forte d'une monnaie qui était encore la première du monde et d'un vaste empire colonial, la France accomplit sous la IIIe République de grands progrès économiques. Les quarante années qui précédèrent la Première Guerre mondiale furent des années de croissance économique régulière et de prospérité. La production de houille avait triplé depuis 1870, celle de la fonte quadruplé et la production d'acier avait été décuplée. Cependant, dans un pays à dominante rurale, le niveau de développement de l'industrie mécanique restait médiocre (sauf pour l'industrie automobile qui était alors la première d'Europe) et les industries chimiques et électriques ne soutenaient pas la comparaison avec celles d'outre-Rhin. La France, qui avait longtemps été la nation la plus peuplée d'Europe, n'avait vu sa population augmenter, en l'espace de quarante ans, que de 36 à 39 millions d'habitants, tandis que l'Allemagne, durant la même période, passait de 41 à 67 millions. La classe ouvrière vit son sort s'améliorer (institution de la journée de travail de 8 heures pour les mineurs en 1905, du repos hebdomadaire en 1906, des caisses de retraite en 1910) mais fut néanmoins confrontée à plusieurs reprises à de graves problèmes de subsistance économique, débouchant, par exemple, sur la terrible et meurtrière Révolte du Midi, qui toucha le Languedoc viticole en 1907. Les syndicats furent légalisés en 1884. Le développement du syndicalisme permit en 1895 la constitution de la Confédération générale du travail (CGT) et un mouvement socialiste révolutionnaire émergea; rejetant l'action politique, il appelait à une action directe par la grève destinée à renverser à la fois le régime politique et le capitalisme. La politique extérieure de 1871 à 1914 Dans les années qui suivirent la guerre de 1870, la sécurité nationale fut une préoccupation constante, et l'idée de la «revanche» s'imposa comme une obsession. Pour affirmer sa puissance, la France se lança dans une politique d'expansion coloniale outre-mer et établit un nouvel empire colonial en Afrique et en Asie, qui, supérieur en taille à l'empire perdu au XVIIIe siècle, restait cependant moins vaste que l'Empire britannique. Dans les années 1890, un refroidissement des relations entre la Russie et l'Allemagne donna à la France l'opportunité longtemps attendue de se faire un allié sur la frontière orientale de l'Allemagne. En 1894, la République et l'empire des tsars, déjà en relation sur le plan économique, conclurent une alliance défensive d'assistance mutuelle dirigée contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. Dix ans plus tard, une crainte commune de l'Allemagne poussa la France et la Grande-Bretagne à régler leurs différends coloniaux, à conclure l'Entente cordiale (1904) et à commencer des consultations sur des opérations navales et militaires conjointes en Europe. En 1907, la Russie s'y joignit: la Triple-Entente était née; elle faisait face à la Triple-Alliance constituée par l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie. La menace de la guerre pesa sur toute la première décennie du XXe siècle et plusieurs crises très sérieuses donnèrent à penser qu'un conflit était imminent: la France et l'Allemagne s'affrontèrent sur le terrain diplomatique au Maroc (Tanger,1905; incident d'Agadir,1911); l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche-Hongrie déboucha sur une crise, opposant les Serbes et les Russes aux Austro-Hongrois en 1909; en 1912 et 1913, les guerres balkaniques fragilisèrent encore la situation dans cette région du monde. Simultanément, l'Europe entière se lança dans la course aux armements. En France, la voix du socialiste Jean Jaurès s'élevait pour alerter l'opinion, tandis qu'était adoptée en 1913 la loi qui fit passer le service militaire de deux à trois ans. Le président de la République, le Lorrain Raymond Poincaré, élu en 1913, hanté par l'idée de la revanche, menait une politique de fermeté face à l'Allemagne. En juin 1914, l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, par des nationalistes serbes à Sarajevo, précipita la crise. Les intérêts de la France n'étaient pas directement en cause dans la querelle qui opposait principalement l'Autriche-Hongrie et la Russie, mais le jeu des alliances amena le gouvernement français à soutenir son allié. L'Allemagne, appuyant son allié austro-hongrois, déclara la guerre à la Russie le 1eraoût et, deux jours plus tard, à la France, qui avait refusé de garantir sa neutralité dans le conflit. La Belle Époque, telle qu'on la surnommerait après la guerre, venait de s'achever. La Première Guerre mondiale Lorsque la France entra dans la Première Guerre mondiale en août 1914, l'Union sacrée se réalisa pour la défense du pays, mettant de côté les conflits de classe et les luttes politiques des années précédentes. Les armées allemandes envahirent la Belgique, pays neutre, et le nord de la France, s'avançant jusqu'aux environs de Paris avant d'être repoussées lors de la bataille de la Marne, au début du mois de septembre. Les forces allemandes reculèrent alors de 50 à 100 km et se retranchèrent sur une ligne de 700 km de long qui allait de la Manche à la frontière suisse, profondément ancrée à l'intérieur du territoire français. Ce fut le début de la guerre de positions. Durant les quatre années qui suivirent, les opérations militaires sur le front de l'Ouest visèrent essentiellement à percer le dispositif des tranchées ennemies et à reprendre la guerre de mouvement. L'utilisation des mitrailleuses et de l'artillerie lourde favorisait les postures défensives, et les attaques n'aboutissaient qu'à des gains de quelques kilomètres carrés au prix de très lourdes pertes en vies humaines. À la fin de l'année 1914, les troupes françaises comptaient déjà 300000 morts et 600000 blessés dans leurs rangs. La bataille de Verdun coûta à elle seule 270000 vies en 1916. Après l'échec sanglant de l'offensive de printemps en 1917, certaines unités françaises refusèrent de monter au front et se mutinèrent. L'efficacité de l'effort de guerre était menacée par la lassitude de la population civile, par un puissant mouvement de grèves et par l'aspiration croissante à une paix négociée. Le général Philippe Pétain fut nommé commandant en chef des armées et, combinant mesures répressives et concessions, parvint à rétablir la discipline et le moral des troupes. À l'intérieur, Poincaré appela à la présidence du Conseil son vieux rival, Georges Clemenceau, dont l'action énergique fit taire les défaitistes et renouvela l'ardeur au combat. En juillet 1918, l'unification du commandement allié, l'arrivée au combat d'un grand nombre de troupes américaines et l'essoufflement de la machine de guerre allemande permirent aux Alliés d'organiser une offensive qui amena le gouvernement allemand à demander la paix. Le 11novembre 1918, la République allemande nouvellement créée accepta l'armistice et, le 28 juin 1919, signa le traité de Versailles, qui reconnaissait entre autres sa responsabilité dans la guerre. La France récupérait l'Alsace et la Lorraine, l'armée allemande était limitée à 100000 hommes, une zone de 50 km de large sur la rive droite du Rhin fut démilitarisée (Rhénanie) et l'Allemagne acceptait de verser des réparations pour les dommages civils. La France apparut comme le grand vainqueur sur le continent, mais au prix de dommages considérables: elle comptait près de 1,4 million de morts, parmi lesquels le quart des hommes de 18 à 27 ans, et 3 millions de blessés dont 1million d'invalides. Les dépenses de guerre s'élevaient à environ 150 milliards de francs-or et la dette publique atteignait 219 milliards de francs. Les départements du Nord-Est, terrain de l'essentiel des combats, étaient dévastés. Économiquement et démographiquement, la France sortait exsangue de la guerre. L'entre-deux-guerres La politique intérieure Les modérés et les conservateurs constituèrent en 1919 le Bloc national qui occupa le pouvoir, tandis que le congrès de Tours, en 1920, consacrait la scission entre socialistes et communistes. Après l'intermède du Cartel des gauches (1924-1926), avec le radical Édouard Herriot à la présidence du Conseil, la gravité de la situation financière détermina la formation d'un gouvernement d'union nationale dirigé par Poincaré. La morosité de la situation tranchait avec les aspirations nouvelles nées des bouleversements de la guerre, qui caractérisèrent toute une partie de la société durant les Années folles. Les gouvernements successifs de l'entre-deux-guerres s'employèrent à mener une politique de stabilisation du franc. En effet, lorsque le contrôle des prix fut levé à la fin de la guerre, la valeur du franc se mit à chuter et, en 1926, le franc se stabilisa au cinquième de sa valeur d'avant 1914. La bourgeoisie, qui comptait de nombreux rentiers, fut sévèrement frappée par la dévaluation. Grâce à la solidité monétaire qu'elle avait retrouvée en 1928, la France ne subit pas immédiatement les conséquences de la crise économique de 1929. La fin des années 1920 et le début des années 1930 furent même un bref interlude de prospérité et de calme. Cette période fut interrompue par la crise mondiale qui commença à atteindre la France en 1932. De nouvelles menaces pesèrent sur la paix avec l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler en Allemagne, alors que la France était en proie à une crise de la morale publique et que plusieurs scandales financiers (dont l'affaire Stavisky, 1933) provoquèrent la renaissance d'une extrême droite antiparlementaire, constituée en ligues, dont l'activisme culmina avec les graves incidents de février 1934. Les menaces que faisait peser sur le régime cette agitation intérieure et le renforcement à l'étranger des dictatures fasciste et nazie poussèrent les radicaux, les socialistes et les communistes à s'unir en un Front populaire pour défendre la république: l'antifascisme s'était substitué à l'anticléricalisme comme ciment de la gauche. Ayant obtenu la majorité aux élections législatives de 1936, le gouvernement de Front populaire, dirigé par Léon Blum et composé de socialistes et de radicaux, fit voter lors des accords de Matignon, tenus à la suite d'un vaste mouvement de grèves, les lois établissant les congés payés, la semaine de 40 heures et l'obligation de négocier les salaires. Mais le gouvernement Blum, confronté à de durs problèmes financiers et sociaux, à l'hostilité du patronat, aux virulentes attaques de l'extrême droite et aux critiques des communistes devant la politique de non-intervention dans la guerre d'Espagne, dut faire une pause dans les réformes. Léon Blum dut d'abord céder la place au radical-socialiste Camille Chautemps (1937-1938), revint au pouvoir pendant un mois, puis s'effaça au profit d'un autre radical-socialiste, Édouard Daladier, dont le gouvernement marqua la fin du Front populaire. Confrontée à la montée en puissance des États totalitaires et à la multiplication de leurs agressions (le Japon conquiert la Mandchourie en 1931; l'Italie envahit l'Éthiopie en 1935; l'Allemagne obtient le rattachement de la Sarre en 1935, pratique la remilitarisation de la Rhénanie en 1936, proclame l'Anschluss avec l'Autriche en 1938), la France dut se résoudre à l'éventualité d'une nouvelle guerre. La recherche de la sécurité Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'idée d'une «sécurité collective» avait prévalu et elle s'incarnait dans une Société des Nations (SDN), organisme chargé d'arbitrer et de prévenir les conflits entre États, créé en 1920. Pendant les années 1920 et 1930, la défense nationale continua à être une préoccupation constante du gouvernement français, qui fit construire à la frontière nord-est du pays un impressionnant système de défense, la ligne Maginot, destiné à empêcher une nouvelle invasion allemande. Mais la Grande-Bretagne et les États-Unis, pratiquant une politique isolationniste, refusèrent de donner des garanties de soutien militaire contre l'Allemagne. La France chercha donc à assurer sa sécurité dans la reprise, tardive, de la course aux armements et dans des alliances avec la Belgique et des États d'Europe de l'Est (URSS en 1935, Tchécoslovaquie) qui pourraient, comme la Russie avant 1914, menacer l'Allemagne d'une guerre sur deux fronts si elle attaquait la France. L'armée francaise, cependant, n'avait ni la mobilité ni les capacités offensives nécessaires pour venir en aide à ses alliés de l'Est s'ils étaient attaqués. Adolf Hitler, au pouvoir en Allemagne en 1933, commença très vite à reconstituer les forces armées de son pays, au mépris des engagements pris en 1919. La France, pacifiste et marquée par le souvenir du traumatisme de 1914-1918, se rapprocha de la Grande-Bretagne, attachée à suivre à tout prix la politique d'«appeasement» initiée par le Premier ministre anglais, Neville Chamberlain. Malgré les provocations du régime nazi et ses évidents appétits expansionnistes, la France et la Grande-Bretagne ne cessèrent de croire à la possibilité de sauver la paix: Édouard Daladier et Neville Chamberlain, chefs de gouvernement des deux pays, acceptèrent en 1938 le démembrement de la Tchécoslovaquie, au profit de l'Allemagne, sauvant provisoirement la paix lors de la conférence de Munich, au prix d'un lâche renoncement. En 1939, la France se joignit à la Grande-Bretagne pour garantir à la Pologne une assistance en cas d'agression allemande. En septembre 1939, l'Allemagne attaqua la Pologne, déterminant l'entrée dans la Seconde Guerre mondiale de la France et de la Grande-Bretagne; cependant, privés d'une armée offensive et d'une aviation stratégique, les Alliés furent impuissants à sauver les Polonais d'une défaite qui fut très rapide. La Seconde Guerre mondiale La «drôle de guerre» Se fondant sur l'expérience de la Première Guerre mondiale, le haut commandement français ne croyait pas à la possibilité d'une guerre de mouvement. Après l'intermède de la «drôle de guerre», les forces allemandes envahirent les Pays-Bas, la Belgique, et la France le 10 mai 1940 en contournant la ligne Maginot. Le gros de leurs forces blindées attaqua une position peu défendue sur les lignes françaises (les Ardennes) et ouvrit une brèche dans laquelle il s'engouffra. En cinq semaines, la France allait connaître la plus grande défaite militaire de toute son histoire. Quarante-cinq divisions françaises et britanniques étaient isolées au nord dans la poche de Dunkerque. La plus grande partie des troupes fut évacuée en Angleterre, mais dut abandonner sur place tout son armement lourd. Le 5 juin, les Allemands attaquèrent sur la Somme et foncèrent vers le sud. Alors que leurs colonnes blindées s'infiltraient dans tout le pays, les routes étaient encombrées de réfugiés qui fuyaient devant l'avance allemande, et l'armée française se désintégra. À la fin du mois, la Wehrmacht occupait plus de la moitié du territoire national, jusqu'à la frontière espagnole. Réfugié à Bordeaux, le gouvernement formé par le maréchal Pétain demanda, le 17 juin, l'armistice, qui fut signé cinq jours plus tard. Selon ses termes, environ deux tiers du territoire français étaient occupés par les forces allemandes aux frais des Français. La France reçut l'autorisation d'établir un gouvernement dans la zone non occupée. L'État français Le 10 juillet 1940, le Sénat et la Chambre des députés se réunirent à Vichy pour voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain qui abrogea la IIIe République, prit le titre de chef de l'État français et établit un régime autoritaire et paternaliste, le gouvernement de Vichy, affirmant sa volonté de mener une Révolution nationale. La devise Liberté, Égalité, Fraternité fut remplacée par celle de Travail, Famille, Patrie. Pendant les années suivantes, Pétain, définitivement rejoint par Pierre Laval à partir de 1942, chercha à ramener la France à un ordre rural et passéiste, tout en intensifiant la collaboration avec l'occupant allemand, qui fut présent sur la totalité du territoire français à partir de novembre 1942. Cette Révolution nationale s'accompagna d'une politique répressive et discriminatoire à l'encontre de tous ceux que le régime considérait comme hostiles à son idéologie ou comme indésirables. Les juifs furent victimes de mesures d'exception dès octobre 1940 et, à partir de 1942, furent pourchassés sans pitié (rafle du Vel' d'Hiv, juillet 1942) et livrés aux Allemands qui les déportèrent massivement vers les camps de concentration. La résistance et la collaboration Le 18 juin, un général inconnu, Charles de Gaulle, ancien sous-secrétaire d'État à la Guerre dans le dernier cabinet Reynaud, qui avait gagné Londres, lança un appel à tous les soldats et marins français pour qu'ils le rejoignent afin de continuer la guerre aux côtés de la Grande-Bretagne. Cet «appel du 18 juin» constitua l'acte de naissance de la Résistance française. De Gaulle rassembla rapidement une force armée réduite (les Forces françaises libres) et constitua un gouvernement de la France libre en exil en Angleterre, rallia certaines colonies et chargea Jean Moulin, au sein d'un Conseil national de la Résistance, de coordonner les mouvements de résistance à l'intérieur de la France. Tandis que le gouvernement de Vichy s'orientait vers une politique de plus en plus collaborationniste et que la Milice française aidait les Allemands dans la traque des résistants et des juifs, commettant les pires exactions, le général de Gaulle, reconnu comme dirigeant par l'ensemble de la Résistance et par les forces combattantes d'Afrique du Nord, obtint, au prix de difficiles négociations, le soutien des États-Unis et transféra son quartier général à Alger. La Libération Lorsque les Alliés débarquèrent en Normandie en juin 1944 (bataille de Normandie), les cadres de la France libre et les chefs locaux de la Résistance prirent le contrôle de l'administration. Le 25 août, six jours après le début de l'insurrection des Parisiens contre l'occupant, la deuxième division blindée du général Leclerc et des Forces françaises de l'intérieur (FFI), aidées par les Américains, libérèrent la capitale. De Gaulle entra dans Paris le 26 août et organisa un gouvernement provisoire représentant toutes les tendances de la Résistance, dont il s'efforça de maintenir l'unité sous son autorité. Après la victoire des communistes, des socialistes et des démocrates-chrétiens à la première Assemblée constituante (1945), il dirigea le gouvernement, qui adopta un certain nombre de mesures économiques (nationalisations) et sociales, conformément au programme établi pendant la guerre par le Conseil national de la Résistance (CNR). En désaccord avec les partis, il donna sa démission en janvier 1946, n'ayant pas réussi à faire accepter sa conception d'un pouvoir exécutif fort. La IVe République La reconstruction du pays La seconde Assemblée constituante établit la Constitution de la IVe République qui fut adoptée par référendum le 13 octobre 1946. Cette Constitution maintenait le principe d'un régime d'assemblée bicaméral avec un président de la République, élu par le Parlement et disposant de pouvoirs très restreints. Vincent Auriol, le premier président élu, s'efforça pendant l'ensemble de son septennat de favoriser le fonctionnement harmonieux des institutions malgré les faiblesses constitutives du régime. La IVe République entreprit une œuvre de reconstruction économique et financière qui ramena rapidement la croissance. Les plus importantes réalisations du régime concernèrent les réformes sociales et le développement économique; en 1946 fut institué un système complet de Sécurité sociale qui prenait en charge les soins médicaux, les retraites et les pensions d'invalidité, et l'indemnisation du chômage. Une augmentation du taux de natalité fit passer une population longtemps stable de 40 millions en 1946 à 49 millions en 1966 («baby-boom»). L'agriculture fut profondément modifiée par l'adoption de machines modernes et de méthodes nouvelles. Un plan national de modernisation de l'industrie, favorisé par l'aide américaine du Programme de reconstruction européenne (plan Marshall), provoqua une deuxième mini-révolution industrielle qui devait transformer la France en une société d'abondance. L'indice de la production industrielle fut multiplié par deux entre 1948 et 1958. Deux séries de nationalisations donnèrent à l'État le moyen de contrôler l'essentiel de l'appareil productif: de la fin 1944 à la mi-1945, Renault, les Houillères du Nord, les sociétés de crédit, Gnôme et Rhône (chimie lourde), Air-France; en avril 1946, l'électricité, le gaz et les assurances. Si certaines nationalisations furent motivées par l'activité collaboratrice des responsables (Renault), elles s'inscrivaient, comme la création du Plan, dans une logique d'interventionnisme extrême de l'État . Cependant, dans le contexte de guerre froide qui s'instaura dès 1947 et passé les premiers temps de l'union nationale pour la reconstruction, le pays connut une série de grèves très dures. Renonçant aux rancunes qui avaient gâché la paix en 1919, les gouvernements français s'engagèrent dans la voie de la réconciliation avec l'Allemagne, condition de la naissance d'une Europe unie. S'inspirant des idées de Jean Monnet, Robert Schuman fut le promoteur du traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) en 1951, embryon du Marché commun. En 1957, la France se joignit à cinq autres nations européennes occidentales pour créer la Communauté économique européenne (CEE; voir Union européenne), marché commun de 165millions de personnes sans barrières douanières. L'instabilité ministérielle et les revendications des colonies D'abord en proie à l'opposition des communistes (auréolé par son rôle au sein de la Résistance, le PCF est, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le premier parti de France) sur sa gauche et des gaullistes du RPF (parti créé en 1947 à l'initiative du général de Gaulle) sur sa droite, la IVe République -où se succédèrent, le temps du tripartisme (socialistes, communistes, démocrates-chrétiens) à partir de 1946, puis, de 1947 à 1952, celui de la troisième force (socialistes, démocrates-chrétiens, radicaux, modérés) et, de 1952 à 1954, les gouvernements de centre droit- fut surtout caractérisée par une instabilité ministérielle chronique, aggravée par les problèmes de l'empire colonial français. Une guerre de neuf ans pour conserver la souveraineté en Indochine face au mouvement nationaliste conduit par Hô Chi Minh coûta à la France 92000 morts. Après la retentissante défaite de Diên Biên Phu en 1954, Pierre Mendès France, alors président du Conseil, mit fin à la guerre d'Indochine (accords de Genève). D'autres troubles agitaient le Maroc et la Tunisie, mais la crise de la IVe République se cristallisa autour de la question algérienne. Les nationalistes algériens entamèrent la lutte pour l'indépendance en novembre 1954. L'armée, humiliée en Indochine, était déterminée à conserver cette dernière possession importante où vivaient de très nombreux Français, les «pieds-noirs». La guerre d'Algérie se révéla coûteuse et profondément impopulaire en France. Malgré une sévère répression, les gouvernements successifs ne réussirent pas à y mettre un terme, provoquant un mécontentement croissant des Français d'Algérie. Le 13 mai 1958, des civils et des officiers de l'armée, craignant que le gouvernement de Paris ne négociât avec les nationalistes algériens du Front de libération nationale (FLN), prirent le contrôle du forum à Alger et reçurent le soutien du commandement militaire. Dans cette situation critique, caractérisée par le risque d'extension du mouvement à la métropole, et face à l'impuissance manifeste du gouvernement, le général de Gaulle apparut comme un sauveur. Le 15 mai, le général Salan lança un appel à de Gaulle qui se déclara «prêt à assumer les pouvoirs de la République». Appelé à la tête du gouvernement par le président de la République, René Coty, de Gaulle reçut l'investiture de l'Assemblée nationale le 1er juin. Le 2 juin, l'Assemblée nationale lui accorda les pleins pouvoirs pour gouverner le pays pendant six mois et pour préparer une nouvelle Constitution. La Ve République Le général de Gaulle Les nouvelles institutions En septembre 1958, de Gaulle soumit la nouvelle Constitution de la Ve République à un référendum populaire. Elle fut approuvée par 79,2 p.100 des votants contre 20,7 p.100 de votes négatifs. La Constitution s'inspirait des idées que de Gaulle n'avait cessé de défendre depuis son discours de Bayeux, en 1946. Elle confiait le pouvoir exécutif à un président élu au suffrage universel indirect et limitait les pouvoirs de l'Assemblée, en réaction contre les abus du régime parlementaire de la IVe République. Son article 16 permettait au chef de l'État d'assumer les pleins pouvoirs en cas de crise grave, comme ce fut le cas lors du putsch des généraux d'Alger (avril 1961). Cependant, le nouveau régime restait à mi-chemin du régime présidentiel et du régime parlementaire, car le Premier ministre et le gouvernement, nommés par le président de la République, étaient responsables devant l'Assemblée nationale. En décembre 1958, de Gaulle fut élu président de la République; entré en fonction le 8 janvier 1953, il nomma Michel Debré au poste de Premier ministre (1959-1962). En 1962, une révision constitutionnelle votée à l'initiative de De Gaulle institua l'élection du président au suffrage universel direct, renforçant la légitimité populaire du président de la République. Approuvée par 62,25 p.100 de oui lors du référendum constitutionnel, cette réforme faisait du président le véritable chef de la majorité et allait entraîner une bipolarisation durable de la vie politique française. La politique coloniale et la défense Le problème le plus pressant à l'automne 1958 restait celui de l'Algérie qui avait ramené de Gaulle au pouvoir. Après le retentissant «Je vous ai compris» lancé au peuple d'Alger, la mise en place du plan de Constantine (octobre 1958) semblait indiquer l'intention de la France de rester en Algérie, ce que ne démentait pas l'offre de la «paix des braves», d'ailleurs aussitôt repoussée par le FLN. De Gaulle rétablit l'obéissance dans l'armée, mais il en arriva vite à la conclusion que toute solution militaire était impossible. Dès 1959, il reconnut le droit des Algériens à l'autodétermination et, en 1960, il ouvrit des négociations de paix avec les rebelles algériens. Cette évolution, déconcertante pour les Français d'Algérie et pour une partie de l'armée, allait provoquer la «semaine des barricades» d'Alger (janvier 1960). De Gaulle fit approuver par la métropole sa politique d'autodétermination et réagit très fermement à la tentative de putsch des généraux d'Alger (avril 1961). À l'instigation de l'Organisation armée secrète (OAS), le contre-terrorisme se développa en Algérie, rendant par avance toute cohabitation impossible entre les communautés arabe et européenne dans la future Algérie indépendante. En dépit des tentatives d'assassinat qui le visaient, de Gaulle poursuivit ces négociations jusqu'à la signature des accords d'Évian (18 mars 1962) qui reconnaissaient l'indépendance de l'Algérie et furent approuvés à l'issue d'un référendum par 90 p.100 des votants. Selon la nouvelle Constitution de la France, les colonies avaient le choix entre l'indépendance complète ou un régime de large autonomie au sein de l'Union française présidée par le président de la République (excepté l'Algérie considérée comme partie intégrante du territoire national). En 1958, seule la Guinée choisit l'indépendance, mais rapidement les nationalistes d'Afrique noire manifestèrent leur volonté d'accéder à l'indépendance et, en 1960, la Constitution fut révisée pour permettre une séparation à l'amiable d'avec la France. Une fois résolu le problème algérien, de Gaulle était déterminé à rehausser le prestige international de la France et à lui permettre d'affirmer son indépendance dans les affaires internationales. En 1959, il ordonna la fermeture des bases de bombardiers américains en France et, en 1966, fit sortir la France du commandement militaire intégré de l'OTAN. Pour réduire la dépendance française vis-à-vis de la protection nucléaire américaine, il développa une force nucléaire nationale et autonome de dissuasion . Artisan de la détente Est-Ouest dans les années 1960, il mena une politique d'ouverture en direction du tiers-monde, critiquant l'intervention militaire américaine au Viêtnam et s'engageant en faveur de l'indépendance du Québec francophone. De Gaulle travailla à l'édification d'une Europe forte, renforçant l'engagement de son pays dans la Communauté économique européenne mais refusant toute évolution vers une supranationalité qui remettrait en cause l'indépendance de la France. Il mit fin pratiquement à l'hostilité séculaire entre la France et l'Allemagne, signant en 1963 un traité d'amitié et de coopération franco-allemand avec le chancelier de la République fédérale d'Allemagne, Konrad Adenauer. L'économie et la société Les onze années de la présidence du général de Gaulle marquèrent un âge d'or économique pour la France. Pourtant, lors de son retour au pouvoir, le général avait déclaré avoir «trouvé les caisses vides». Dès la fin de l'année 1958, fut annoncé le plan Pinay-Rueff; initié par Antoine Pinay, ministre des Finances, et par Jacques Rueff, ancien conseiller de Poincaré, et destiné à assainir la situation financière du pays touché par l'inflation, il prévoyait une réduction du budget de l'État, la création de nouveaux impôts, une dévaluation compensée par la création d'un nouveau franc. Après 1961, le pays fut en paix et jouit d'une stabilité gouvernementale inconnue jusqu'alors. Entre 1959 et 1970, l'indice de la production industrielle fut multiplié par deux et le rendement des récoltes de céréales augmenta de 50 p.100. Le produit national brut connut une hausse annuelle de 5,8 p.100 en moyenne entre 1960 et 1975, un taux qui ne fut dépassé que par celui du Japon. Le pouvoir d'achat continua à croître, favorisant une prospérité qui se matérialisa dans le développement de la société de consommation. Néanmoins, au milieu des années 1960, des signes de malaise apparurent. L'inflation ne cessait pas et le chômage fit sa réapparition. L'afflux de diplômés de l'université, produit de la démocratisation de l'enseignement supérieur dans les années 1950, engendra des tensions sur le marché du travail et le mécontentement social alla croissant. Pour la jeune génération qui avait grandi dans une ère de prospérité et n'avait pas connu les privations de la guerre, la France gaulliste apparaissait bloquée. Les inégalités de salaires restaient les plus fortes de l'Europe occidentale. La France s'ennuyait et éprouvait un besoin de réformes que la personnalisation croissante du pouvoir empêchait de s'exprimer selon les formes normales d'un régime parlementaire. Le départ du général de Gaulle Fragilisé par sa mise en ballottage à l'élection présidentielle de 1965 et par la poussée de la gauche aux élections législatives de 1967, de Gaulle, loin de consentir à des compromis en matière intérieure ou extérieure, poursuivit la mise en œuvre d'une politique d'industrialisation et de grandeur nationale. Mais le malaise économique et culturel latent aboutit aux événements de Mai 68. Toutes les forces de mécontentement qui n'avaient pu s'exprimer jusqu'alors explosèrent simultanément. Les étudiants des universités parisiennes se mirent en grève et occupèrent la Sorbonne. Leur révolte déclencha des grèves d'étudiants et d'ouvriers dans l'ensemble du pays et, au cours de la troisième semaine de mai, la France était presque paralysée par la grève générale. Les efforts du gouvernement pour mettre un terme au mouvement par la persuasion et les concessions échouèrent et la chute du régime ne paraissait pas impossible. Dans cette situation extrême, de Gaulle, après avoir obtenu l'assurance du soutien des divisions de l'armée basées en Allemagne, procéda à la dissolution de l'Assemblée nationale, tandis que son Premier ministre, Georges Pompidou, négociait avec les syndicats les accords de Grenelle qui furent définitivement signés en juin et permirent de nouvelles avancées sociales (augmentation de 10 p.100 des salaires, revalorisation du Smig, reconnaissance du droit syndical dans l'entreprise, réduction des horaires de travail, notamment). La plupart des Français, craignant la montée du désordre, se rallièrent à de Gaulle et donna aux gaullistes la majorité absolue dans la nouvelle Assemblée. Cependant, de Gaulle éprouva le besoin de vérifier l'adhésion du pays à sa politique et à sa personne. Au printemps de 1969, il annonça un référendum sur deux réformes constitutionnelles (régionalisation et refonte du Sénat) et déclara qu'il se retirerait si les électeurs rejetaient ses propositions. Lors du vote du 27 avril 1969, 53 p.100 des votants répondirent par la négative aux questions posées et de Gaulle démissionna le lendemain. Il se retira dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises et ne participa plus à la vie politique jusqu'à sa mort, survenue l'année suivante. Georges Pompidou À l'issue de l'élection anticipée qui eut lieu après le départ de De Gaulle, Georges Pompidou, Premier ministre de 1962 à 1968, fut porté à la présidence de la République. Conservateur, le nouveau président n'en était pas moins convaincu de la nécessité de moderniser l'appareil économique du pays. Il poursuivit la politique gaullienne d'indépendance de la France à l'égard des deux grandes puissances, mais les relations se détendirent avec les États-Unis. Il continua de pratiquer une coopération étroite avec l'Allemagne de l'Ouest, fit progresser le Marché commun et abandonna l'opposition de son prédécesseur à l'entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté européenne. Il fit davantage participer l'Assemblée nationale à la formulation de la politique du pays et Jacques Chaban-Delmas, son Premier ministre jusqu'en 1972, tenta de promouvoir un programme d'inspiration réformiste, la «nouvelle société», fondé sur la concertation sociale, qui, sans convaincre la gauche, déplut aux conservateurs. En 1973, l'économie française fut durement touchée par le premier choc pétrolier et les fluctuations de l'économie mondiale. La croissance industrielle rapide des Trente Glorieuses s'en trouva ralentie, le chômage et l'inflation refirent leur apparition. En proie aux difficultés économiques et au délicat arbitrage entre croissance, lutte contre l'inflation et maintien du franc, le gouvernement dut faire face aux conséquences du décès soudain du président Pompidou, en avril 1974. Valéry Giscard d'Estaing La maladie de Pompidou ayant été longtemps cachée, l'annonce de sa mort fut une surprise pour les Français. Les partis politiques n'avaient pas préparé de candidat ou de programme, à l'exception de la gauche unie qui se présentait sur la base d'un programme commun de gouvernement mais pour qui l'élection arrivait un peu tôt. Au premier tour, le candidat socialiste François Mitterrand, qui bénéficiait du soutien du Parti communiste et des radicaux de gauche, arriva en tête. Malgré la candidature du gaulliste Chaban-Delmas, la droite apporta son soutien au centriste Valéry Giscard d'Estaing, qui l'emporta au deuxième tour avec une très faible majorité. Le gouvernement Chirac Giscard d'Estaing voulait associer tous les partis centristes au gouvernement, en finir avec les conflits idéologiques qu'il jugeait dépassés et prônait un libéralisme attentif aux problèmes de société. Il inaugura un style de présidence moderne et «décontracté», abaissa l'âge de la majorité à dix-huit ans, fit voter la loi autorisant l'avortement (loi Veil) et créa un secrétariat d'État à la condition féminine. Jacques Chirac, qui avait contribué activement au succès électoral de Giscard d'Estaing en ralliant à sa candidature une partie des gaullistes, devint son Premier ministre. Malgré une politique de relance de la consommation, la récession s'aggrava. En 1975, l'indice de la production industrielle diminua pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et le nombre de chômeurs atteignit 900000, une augmentation de 45 p.100 par rapport à 1974. Sur le plan extérieur, Valéry Giscard d'Estaing privilégia l'alliance franco-allemande dans la construction européenne et accorda une grande importance à la politique africaine de la France, intervenant au Zaïre en 1978. Sans remettre en question ses alliances, la France prit position en faveur d'une poursuite de la détente entre l'Ouest et l'Est en dépit de la crise qui se développa à propos de l'Afghanistan. Résolu à lutter énergiquement contre l'inflation par une série d'ordonnances suivies d'une dissolution de l'Assemblée nationale et d'élections anticipées, Jacques Chirac donna sa démission devant le refus de Giscard d'Estaing d'appliquer son plan. Pour la première fois sous la Ve République, un conflit éclatait au grand jour entre le président de la République et le chef du gouvernement. Le fait qu'il ait tourné à l'avantage de Giscard d'Estaing ne fit que confirmer la prééminence présidentielle mise en place par les institutions de 1958. Politiquement, la crise de 1976 déplaça le centre de gravité de la majorité au profit des centristes libéraux et au détriment des gaullistes, qui perdaient la direction du gouvernement qu'ils détenaient sans interruption depuis dix-huit ans. Le gouvernement Barre En août 1976, Giscard d'Estaing nomma au poste de Premier ministre, Raymond Barre, un économiste qui apparaissait davantage comme un technicien que comme un politique; il avait pour mission de mettre fin à la stagnation industrielle, au déficit de la balance commerciale et à l'inflation. Raymond Barre entreprit d'orienter la France vers une économie plus libérale. Le contrôle des prix fut progressivement supprimé, les industries qui n'étaient plus compétitives furent restructurées et les industries de haute technologie encouragées. Parallèlement, le gouvernement engagea une politique d'austérité, limitant la hausse des salaires et augmentant les impôts. Pour résoudre le problème créé par la hausse des prix du pétrole et réduire la dépendance énergétique de la France, le programme de développement de l'énergie nucléaire fut encouragé. Mais le deuxième choc pétrolier de 1978 vint perturber ces tentatives de redressement. L'investissement privé n'augmenta pas comme prévu. Le commerce extérieur resta déficitaire, tandis que l'inflation et le chômage se maintinrent à un niveau élevé. Sur le plan politique, la gauche fut de nouveau distancée aux élections législatives de 1978 après la rupture de l'union entre les signataires du programme commun de 1972, alors que le Parti socialiste passait pour la première fois devant les communistes en nombre de voix. François Mitterrand Le premier septennat En mai 1981, la droite, victime de ses divisions, perdit l'élection présidentielle, n'ayant pas saisi l'ampleur des aspirations au renouveau d'une majorité de Français. François Mitterrand succéda à Giscard d'Estaing et nomma Pierre Mauroy au poste de Premier ministre. Les élections législatives de juin 1981 confirmèrent la victoire du Parti socialiste. La gauche commença par satisfaire les revendications traditionnelles de son électorat: le gouvernement Mauroy nationalisa les grandes banques et les principaux groupes industriels, créa un impôt sur la fortune, développa les avantages sociaux en abaissant l'âge de la retraite à 60 ans et la durée du temps de travail à 39 heures hebdomadaires, augmenta le nombre d'emplois publics et entreprit la vaste réforme de la décentralisation. Il abolit également la peine de mort et libéralisa la radio, ce qui entraîna la multiplication de l'usage de la bandeFM. En 1983, l'échec de la relance économique poussa le gouvernement à des dévaluations (trois en dix-huit mois) et à des mesures d'austérité. La tentative d'adoption d'une loi relative à l'enseignement privé (loi Savary) donna à la droite l'occasion de faire reculer le gouvernement. En juillet 1984, le président Mitterrand remania le gouvernement et engagea les socialistes sur la voie d'une conversion à l'économie de marché. Les communistes, détenteurs de quatre portefeuilles dans le précédent gouvernement, réintégrèrent l'opposition. Laurent Fabius devint Premier ministre et mit en œuvre une politique de modernisation économique et de reconversion industrielle. En 1986, après une victoire des partis de droite aux élections législatives à la proportionnelle, François Mitterrand dut nommer un nouveau Premier ministre, et choisit Jacques Chirac, fondateur du parti gaulliste du Rassemblement pour la République (RPR) et maire de Paris. Pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, 35 députés d'extrême droite (Front national, parti de Jean-Marie Le Pen) entrèrent dans l'hémicycle, à la faveur du mode de scrutin. Tirant parti de la Constitution, François Mitterrand inaugura la «cohabitation» entre un président de gauche et un gouvernement de droite appuyé sur sa majorité parlementaire. Le gouvernement Chirac entreprit d'appliquer les orientations libérales de son programme et mena à bien son plan de privatisations d'entreprises publiques. La politique extérieure de François Mitterrand, domaine réservé du président de la République, apparut à bien des égards comme la continuation de celle de ses prédécesseurs. Après son intervention teintée de tiers-mondisme au sommet Nord-Sud de Cancún, il réaffirma à la fois l'indépendance de la France et son maintien dans l'Alliance atlantique. Il appuya les États-Unis lors de la crise des euromissiles en 1983 et participa aux côtés des alliés à la guerre du Golfe. Convaincu de la nécessité vitale de la poursuite et de l'accélération de la construction européenne, il fut un ardent promoteur de l'Acte unique européen (1986) et du traité de Maastricht (1992), en compagnie du chancelier allemand Helmut Kohl et du président de la Commission européenne Jacques Delors. Le second septennat François Mitterrand, qui avait su donner à sa fonction un caractère arbitral tout en contestant à plusieurs reprises les choix du gouvernement, fit tourner la cohabitation à son avantage. Jacques Chirac perdit nettement l'élection présidentielle de 1988 face à Mitterrand, qui choisit alors Michel Rocard, son principal rival socialiste, pour Premier ministre. Représentant de la tendance gestionnaire et modérée du Parti socialiste, Michel Rocard entreprit un recentrage de la politique de la gauche, favorisant l'ouverture en direction des centristes. Il mit également fin à la crise qui secouait la Nouvelle-Calédonie, avec la signature des accords de Matignon entre les indépendantistes du Front de libération nationale kanake et socialiste (FLNKS) et les loyalistes du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR). En mai 1991, Michel Rocard fut remplacé par Édith Cresson, la première femme à occuper ce poste en France. Pierre Bérégovoy lui succéda en avril 1992, après les mauvais résultats des socialistes aux élections régionales. Si les gouvernements successifs parvinrent à juguler l'inflation en maintenant un franc fort, ils échouèrent dans la lutte contre le chômage. Aux élections législatives de 1993, le Parti socialiste perdit la majorité dans la nouvelle Assemblée au profit de l'Union pour la France, une coalition du RPR de Jacques Chirac et de l'Union pour la démocratie française (UDF) de Valéry Giscard d'Estaing, qui remporta une victoire écrasante. Le président Mitterrand dut se résoudre à une seconde cohabitation et nomma un membre du RPR, Édouard Balladur, au poste de Premier ministre. Édouard Balladur mena une politique de rigueur et poursuivit le programme de privatisations commencé en 1986. Partisan d'une économie résolument libérale et de la construction européenne, il dut faire face à un déficit budgétaire important et réussit à stabiliser temporairement le chômage en 1995. La fin du second septennat de François Mitterrand fut entachée d'un événement tragique, le suicide de son ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy, tandis que se multipliaient les révélations sur des scandales financiers et des affaires de corruption. Jacques Chirac Le 7 mai 1995, devançant le socialiste Lionel Jospin, Jacques Chirac fut élu à la présidence de la République, avec 52,64 p. 100 des voix, et nomma Alain Juppé au poste de Premier ministre. Vingt et un ans après le décès de Georges Pompidou, un gaulliste accédait à nouveau à la magistrature suprême. Candidat de la lutte contre la «fracture sociale» et le chômage, opposé au règne de la «pensée unique», Jacques Chirac avait suscité chez beaucoup un grand mouvement d'espoir. Il prit quelques mesures dans le domaine social, comme le relèvement du Smic, mais ne tarda pas à revenir à une conception plus classique de la politique économique et à imposer une nouvelle rigueur impliquant économies budgétaires et réduction de la dette extérieure. Il provoqua un vaste mouvement de mécontentement international en annonçant, le 13 juin 1995, la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique avant leur arrêt définitif et poursuivit la politique d'unification européenne en confirmant la volonté française de participer à la monnaie unique. En novembre-décembre 1995, son Premier ministre, Alain Juppé, dut faire face à un important mouvement social mené par plusieurs syndicats hostiles à sa réforme de la Sécurité sociale et soucieux du maintien des acquis sociaux dans le secteur public. Dans le domaine de la défense nationale, le président annonça une importante remise en question de la doctrine militaire, impliquant la refonte du service national traditionnel, la professionnalisation de l'armée ainsi que la restructuration des industries d'armement, votée par le Parlement en mars 1997. La situation économique du pays est demeurée préoccupante : taux de croissance insuffisant, stagnation de la consommation due à l'accroissement de la pression fiscale et à la montée du chômage, augmentation des dépenses de santé, répercussions de la crise de la «vache folle» (encéphalopathie spongiforme bovine) touchant gravement l'élevage français et ses filières. Cette situation s'est trouvée aggravée par la nécessité de faire face aux réalités de la mondialisation de l'économie. C'est dans ce contexte morose que Jacques Chirac, en vertu de l'article 12 de la Constitution, annonça le 21 avril 1997 la dissolution de l'Assemblée législative et la tenue d'élections anticipées pour le 25 mai et le 1er juin suivants. Au lendemain de ces élections, marquées par la victoire de la gauche, Alain Juppé démissionna et Jacques Chirac nomma Lionel Jospin au poste de Premier ministre. |