| Libéria |
| Le peuplement de la
région est ancien. Dès le Ier millénaire avant notre
ère, la métallurgie du fer était pratiquée par
les habitants des forêts. Les Krous étaient probablement établis
de longue date lorsque des Mandés du Sud s'installèrent sur
le territoire de l'actuel Liberia. Au XVe siècle, des Mandés
du Nord, islamisés, arrivèrent du Haut-Niger dans l'ouest
du pays. À partir de 1461, les Portugais explorèrent la côte et créèrent des comptoirs commerciaux d'où étaient exportés poivre de Guinée, or, ensuite des esclaves. La traite négrière se développa à partir du XVIIe siècle pour se poursuivre jusqu'au début du XIXe siècle. La création du Liberia En 1816 fut créée l'American Colonization Society, une société philanthropique anglo-saxonne, dont le but était de favoriser le retour des victimes de la traite négrière sur le sol africain. Une première tentative d'installation des esclaves américains affranchis échoua en Sierra Leone. En 1821, la société obtint des chefs locaux des terres sur le cap Mesurado, à l'embouchure du fleuve Saint-Paul. La ville, bâtie par les premiers esclaves libérés prit le nom de Monrovia, en l'honneur de James Monroe, cinquième président des États-Unis. D'autres colonies séparées furent établies par la suite sur la côte, malgré l'opposition croissante des populations autochtones. En 1841, Joseph Jenkins Roberts devint le premier Noir gouverneur de Monrovia. Une Constitution fut rédigée, inspirée de celle des États-Unis et le Liberia devint république indépendante en juillet 1847. Roberts, son premier président, gouverna jusqu'en 1856. L'institution du suffrage censitaire devait permettre aux Américano-Libériens de dominer le pays politiquement durant un siècle. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, ils étendirent leur influence sur l'intérieur du pays. Leurs revendications territoriales furent cependant contestées non seulement par les populations autochtones mais aussi par les États européens. Les pressions exercées par les États-Unis permirent la conclusion d'une série d'accords avec la Grande-Bretagne et la France entre 1892 et 1911, qui fixèrent les frontières actuelles. Mais le contrôle des terres de l'intérieur ne fut effectif que dans les années 1940. Des prêts américains et britanniques permirent au nouvel État de faire face aux difficultés financières. Le Liberia, en retour, déclara la guerre à l'Allemagne le 14 août 1917, procurant ainsi aux Alliés une base supplémentaire en Afrique occidentale. En 1926, la Firestone Tire and Rubber Company obtint du gouvernement libérien une concession pour une plantation d'hévéas de 400000 ha. La production de caoutchouc devint rapidement le pilier de l'économie. Mais cette prospérité était fondée sur le travail forcé imposé par les Américano-Libériens aux populations autochtones. Cette pratique, dénoncée par la Société des Nations (SDN), en 1931, provoqua un scandale qui contraignit le gouvernement à la démission. Dès 1936, le nouveau gouvernement interdit le travail forcé, mais les autochtones, privés du droit de vote, étaient toujours traités comme des citoyens de seconde zone. Le régime de Tubman Élu en mai 1943, le président William Vacanarat Shadrach Tubman resserra les liens entre son pays et les États-Unis, qui utilisèrent le Liberia comme base militaire contre les puissances de l'Axe. Alors que dans tout le continent africain, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les mouvements nationalistes secouaient la tutelle colonisatrice, Tubman tenta de se concilier les Libériens autochtones. Un vaste programme de scolarisation fut lancé, le territoire fut valorisé, les infrastructures furent développées. Lors du scrutin présidentiel de mai 1951, les propriétaires fonciers autochtones furent autorisés à voter. Mais Tubman avait interdit les partis de la Réforme et du Peuple uni dont les dirigeants, qui bénéficiaient du soutien des autochtones, furent arrêtés ou exilés. Tubman, candidat du parti majoritaire à dominante américano-libérienne, le True Whig Party, fut réélu. Il fut reconduit pour un nouveau mandat en 1955. En 1958, une loi fut adoptée punissant la discrimination raciale. Deux ans plus tard, le True Whig Party était consacré parti unique. Durant les années 1960, l'exploitation des gisements de minerai de fer se développa. Un groupe industriel suédo-américain fut autorisé à exploiter le minerai de fer des monts Nimba, un groupe allemand celui des Bong Mountains. Mais la contestation gagnait les ouvriers autochtones. En février 1966, Tubman se fit attribuer les pleins pouvoirs pour douze mois. Réélu en 1967, il renforça dès lors le caractère autoritaire du régime. Il mourut deux mois plus tard après que son mandat eut été renouvelé en 1971. William Tolbert, vice-président du Liberia depuis 1951, lui succéda. Un violent changement Le président Tolbert prit quelque distance avec les États-Unis, mais ses efforts portèrent surtout sur l'amélioration de la situation économique. La crise des années 1970 accentua en réalité le clivage entre la minorité des Américano-Libériens aisés et la majorité des autochtones, premières victimes de la dégradation économique. En 1979, des émeutes éclatèrent, provoquées par l'augmentation du prix du riz, aliment de base. La répression fit plusieurs centaines de victimes. L'année suivante, les adversaires de Tolbert, enhardis par l'autorisation des partis d'opposition, tentèrent de le renverser. Leur meneur, Gabriel B.Matthews, ainsi qu'une douzaine d'autres insurgés furent arrêtés. Mais le 12 avril 1980, le sergent-chef Samuel K.Doe, un membre de l'ethnie krahn, parvint à s'emparer du pouvoir à l'issue d'un coup d'État sanglant. Tolbert et bon nombre de ses ministres furent exécutés publiquement. Ce putsch marqua la fin du contrôle de l'État par la minorité américano-libérienne. Le sergent-chef Samuel K.Doe, désormais général, prit la tête d'un Conseil de la rédemption du peuple (People's Redemption Council). Il suspendit la Constitution, supprima les libertés politiques et s'attribua les pleins pouvoirs. Sous la pression des États-Unis cependant, le général Doe promulgua une nouvelle Constitution en juillet 1984. Mais il musela les partis d'opposition et manipula les résultats de l'élection présidentielle d'octobre 1985. À la fin des années 1980, l'inflation sévissait, les exportations s'étaient ralenties et plus de la moitié de la population était sans emploi. En outre, les relations avec les États-Unis s'étaient détériorées, ces derniers reprochant au régime sa corruption et les violations des droits de l'homme. La guerre civile En décembre 1989, le Front national patriotique du Liberia (NPFL) de Charles Taylor assiégea Monrovia et parvint en quelques semaines à contrôler une grande partie du pays. Tandis que l'armée gouvernementale exerçait une répression meurtrière contre les populations civiles, le conflit s'envenimait avec l'apparition d'un mouvement dissident au sein du NPFL, sous la direction de Prince Johnson. En 1990, 15 000 personnes avaient trouvé la mort dans un conflit qui portait au jour les rivalités entre communautés ethniques. L'ECOMOG, force multinationale de maintien de la paix constituée par la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), repoussa Taylor hors de la capitale. En septembre, Samuel Doe fut capturé et exécuté par Prince Johnson. En 1991, une conférence de réconciliation nationale fut organisée sous l'égide de la CEDEAO. Amas Sawyer, un juriste, fut élu président intérimaire en attendant la tenue d'élections au suffrage universel. Cependant, le NPFL et le Mouvement uni de libération pour la démocratie au Liberia (ULIMO), un autre groupe rebelle, refusèrent de reconnaître le gouvernement provisoire de Sawyer. Les combats reprirent. En juillet 1993, à la suite d'un embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité de l'ONU, un accord de paix fut négocié. Un gouvernement de transition - réunissant les membres du gouvernement provisoire et des représentants du NPFL et de l'ULIMO -, fut formé en mai 1994. Mais dès septembre, les hostilités reprirent. L'ULIMO se scinda en deux mouvements : l'un mené par Alhaji Kromah (mandé) et l'autre par Roosevelt Johnson (krahn). Des dissidents du NPFL avaient également formé des factions indépendantes. Ces mouvements armés se regroupèrent pour attaquer Gbarnga, le quartier général de Taylor. Celui-ci réussit à les repousser, mais les combats s'étendirent à d'autres régions, en dépit du maintien de la coalition gouvernementale. Un onzième accord de paix, signé à Abuja en juillet 1995, prévoyait un cessez-le-feu pour le 26 août, le désarmement des combattants, la formation d'un nouveau gouvernement de transition et la tenue d'élections libres l'année suivante. Mais la tentative d'arrestation de Roosevelt Johnson provoqua de nouveaux affrontements. En avril 1996, les expatriés qui n'avaient pas été évacués au début du conflit quittèrent, pour la plupart, le pays. Dans Monrovia, les forces de l'ULIMO-krahn, retranchées dans le camp militaire Barclay où elles retenaient en otages 600 personnes, affrontaient les forces gouvernementales (NPFL de Charles Taylor et ULIMO-mandingue d'Alhadji Kromah). L'ECOMOG - composée essentiellement de Nigérians - fut mise en cause pour son action tardive et accusée de récupérer pour son compte le butin des pillards qu'elle encouragerait. Le 5 mai, quelque 2 000 personnes fuyaient Monrovia à bord d'un cargo nigérian qu'elles avaient pris d'assaut. Le navire fut successivement refoulé par la Côte-d'Ivoire, qui s'était montrée favorable, dans un premier temps, à Charles Taylor, puis par le Ghana. Ce dernier pays accepta finalement d'accueillir les réfugiés. |