| Libye |
| L'Antiquité
La Libye doit probablement son nom aux Libou, qui, avec les Mahouach, attaquèrent l'Égypte pharaonique à partir du XIIe siècle avant notre ère. Certains de ces Libyens demeurèrent en Égypte, mercenaires à la solde de la XXIe dynastie. Les deux dynasties suivantes, à partir de 945 av. J.-C., furent libyennes. Hérodote et, après lui, les géographes grecs désignaient par le terme de Libye, tout le nord du continent africain, à l'exclusion de l'Égypte. La côte libyenne, dans cette acception large, eut, dans l'Antiquité, une grande importance commerciale. L'or du Soudan y parvenait après avoir traversé le Sahara. Dès le VIIIe siècle avant notre ère, les Phéniciens fondèrent des comptoirs commerciaux sur la côte de Tripolitaine, parmi lesquels Leptis Magna, Oea (Tripoli) et Sabrata, qui furent ensuite conquises par Carthage au VIe siècle av. J.-C. La Cyrénaïque, à l'ouest, fut, quant à elle, colonisée par les Grecs au VIIe siècle av. J.-C. Hérodote décrivait au Ve siècle av. J.-C. les Garamantes, peuple du Fezzan, agriculteurs sédentaires qui utilisaient, dans les combats, des chars tirés par des chevaux. Durant le Iersiècle avant notre ère, les trois régions qui forment l'actuelle Libye -Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan- passèrent sous domination romaine. La Libye, alors riche et fertile, devint l'un des greniers de l'Empire romain. Le pays entama son déclin après que les régions côtières eurent été envahies par les Vandales en 455 apr. J.-C. Elles furent reconquises par les Byzantins à partir de 533. La conquête arabe En 641, les Arabes, conduits par Amr Ibn al-As, conquirent la Cyrénaïque puis la Tripolitaine, progressivement islamisées. Les conquérants musulmans ne parvinrent jusqu'au Fezzan qu'en 666. Cette région devait, jusqu'au XIXe siècle, connaître une histoire différente. À partir du XIIIe siècle, elle passa sous suzeraineté de l'empire de Kanem-Bornou. Au XVIe siècle, une dynastie chérifienne y fut fondée par les Marocains. En Cyrénaïque et en Tripolitaine, comme en Algérie, les Berbères s'opposèrent aux Arabes et rallièrent massivement le kharijisme, mouvement rigoriste dissident de l'islam. Gouvernées successivement par les Omeyades, les Aghlabides et les Fatimides, ces régions furent en partie conquises en 1146 par les Normands, qui les abandonnèrent bientôt aux Almohades. La puissance des senoussis En 1551, après plus d'un siècle durant lequel s'étaient multipliées les dynasties locales, la Cyrénaïque et la Tripolitaine passèrent sous suzeraineté ottomane. Tripoli et les ports côtiers devinrent des bases pour les corsaires turcs qui écumaient la Méditerranée et contrôlaient le commerce avec le Soudan. Les puissances européennes intervinrent à plusieurs reprises contre les pachas de Tripoli. De 1711 à 1835, les Qaramanlis gouvernèrent la région, indépendante de fait. L'Empire ottoman réagit en annexant la Cyrénaïque et la Tripolitaine, qui devinrent des wilayet en 1835. Dès le milieu du siècle cependant, la confrérie des senoussis, dont le fondateur al-Sanusi avait fondé la première zaouïa en Cyrénaïque en 1843, était à la tête d'un véritable État indépendant dans le désert Libyque. Violemment opposés aux chrétiens, les senoussis allaient diriger la résistance contre les Italiens, qui entreprirent de conquérir la Libye en 1911. L'Empire ottoman renonça à ses droits sur la Libye en 1912, mais la conquête italienne, qui concernait également le Fezzan, ne fut achevée qu'en 1932. Deux ans plus tard, les colonisateurs fusionnaient les trois régions historiques au sein d'une même colonie libyenne, laquelle devint province italienne en 1939. Le royaume libyen Durant la Seconde Guerre mondiale, la Libye, qui contrôlait l'accès vers l'Égypte et le canal de Suez, à l'est, et la route terrestre vers l'Afrique du Nord française, à l'ouest, fut le théâtre de combats intensifs entre puissances de l'Axe et Alliés. En juillet 1942, le maréchal Rommel, à la tête de l'Afrikakorps, après avoir reconquis la Cyrénaïque, était parvenu jusqu'à El-Alamein, en territoire égyptien. La VIIIe armée de Montgomery mena la contre-offensive. Le 23 janvier 1943, Tripoli était prise par la VIIIe armée, rejointe par les troupes françaises du général Leclerc, qui avaient mené la campagne du Fezzan. Les troupes de l'Axe repoussées de Libye, la France et la Grande-Bretagne se partagèrent le contrôle du pays. Des garnisons françaises demeurèrent établies dans le Fezzan jusqu'en 1955. Le 21 novembre 1949, l'Assemblée générale des Nations unies approuva une résolution en faveur de l'indépendance libyenne. Une assemblée nationale, composée d'un nombre égal de délégués de Cyrénaïque, de Tripolitaine et du Fezzan, se réunit à Tripoli en 1950 et désigna comme roi l'émir Muhammad Idris as-Sanusi, chef de la confrérie des senoussis. Le 7 octobre 1951 était promulguée une Constitution, instituant une fédération gouvernée selon un régime monarchique parlementaire. Le 24 décembre, le roi Idris Ier proclamait l'indépendance du Royaume de Libye. Des élections parlementaires eurent lieu en février 1952 et le Parlement fut réuni pour la première fois en mars. La Libye rejoignit la Ligue arabe en 1953 et les Nations unies en 1955. En 1963, la Constitution fut amendée afin d'accorder aux femmes le droit de vote; le système fédéral fut remplacé par un système centralisé. Le nouvel État bénéficia de l'aide économique et technique de la France, de la Grande-Bretagne et des États-Unis en contrepartie du maintien des bases militaires qu'avaient établies ces pays en Libye. Toutefois, la découverte des gisements pétroliers, en 1958 et 1959, allait modifier la position libyenne et des négociations pour le retrait des troupes étrangères débutèrent en 1964 (la France se retira du Fezzan dès 1955). La Libye avait établi des relations diplomatiques avec l'URSS en 1956, mais elle repoussa les propositions d'aide économique des Soviétiques. Les premiers dividendes pétroliers permirent au roi Idris, après la guerre des Six Jours menée, en 1967, contre Israël par les pays arabes et à laquelle la Libye n'avait pas participé, d'apporter une aide financière à la Jordanie et à la République arabe unie, alliance égypto-syrienne, pour reconstruire leur économie. La république révolutionnaire Le 1er septembre 1969 s'ouvrit une ère nouvelle dans l'histoire de la Libye, lorsqu'un groupe de jeunes officiers renversa la royauté et proclama la république. Le gouvernement révolutionnaire, dirigé par le colonel Muammar al-Kadhafi, afficha d'emblée un nationalisme intransigeant, exigeant l'évacuation immédiate des bases anglo-saxonnes et expulsant, en 1970, la communauté italienne demeurée en Libye après l'indépendance. L'administration, l'éducation et le domaine culturel furent intégralement arabisés. En 1973, les sociétés pétrolières furent nationalisées. Le nouveau dirigeant libyen affirma également sa détermination à jouer un rôle plus important dans les affaires du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord. Se posant en rassembleur du monde arabe et musulman, il entama des pourparlers pour une union avec l'Égypte et le Soudan. Celle-ci fut conclue en 1970, mais demeura lettre morte. L'année suivante, une tentative de fédération de l'Égypte, de la Libye et de la Syrie échoua. L'union avec l'Égypte, décidée en 1972, ne se maintint que deux ans. Les alliances, nouées successivement avec la Tunisie, en 1974, puis avec le Tchad, en 1981, devaient connaître le même destin éphémère. Les interventions de la Libye au Tchad, où Kadhafi revendiquait la bande d'Aozou, riche en uranium et en manganèse, provoquèrent les premiers heurts avec les pays occidentaux: en 1983, l'armée française arrêta les troupes libyennes qui étaient venues en renfort de l'armée de Goukouni Oueddeï et menaçaient N'Djamena. La Libye se maintint cependant dans le nord du territoire tchadien. En 1977, Kadhafi proclama la Jamahyria, État des masses, sous le couvert duquel il renforça son pouvoir personnel. Le régime libyen se radicalisa. La Libye, qui avait été, aux lendemains de la guerre du Kippour, l'un des plus farouches défenseurs de l'embargo pétrolier décrété par les pays arabes exportateurs de pétrole contre Israël et les pays occidentaux qui soutenaient l'État hébreu, prit la tête, aux côtés de la Syrie, du «Front de la fermeté» rassemblant, à partir de 1978, les États arabes hostiles à toute négociation avec Israël. En 1980, Kadhafi rompit avec le Fatah, principale branche de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont il soutint, dès lors, l'aile la plus radicale. D'autres mouvements nationalistes révolutionnaires reçurent l'aide financière et logistique du régime de Kadhafi, au nom d'un anti-impérialisme qui était dirigé en premier lieu contre les États-Unis. L'isolement international L'affrontement entre la Libye et les États-Unis, dont l'ambassade à Tripoli avait été saccagée en 1979, devint plus direct dans les années 1980. En 1981, deux avions de chasse libyens furent abattus par l'armée américaine alors qu'ils survolaient le golfe de Syrte, que la Libye considérait comme faisant partie de son territoire. L'année suivante, les États-Unis imposèrent un embargo sur les importations de pétrole libyen. En 1985 et 1986, une série d'actes terroristes (détournement d'un paquebot italien, attentats à Vienne, à Rome et à Paris) étaient perpétrés en Europe, dont la Libye fut tenue pour responsable. Après qu'en mars 1986 le golfe de Syrte eut été le théâtre d'un nouvel affrontement entre armée libyenne et marine américaine, les États-Unis bombardèrent Tripoli et plusieurs sites militaires que le président Ronald Reagan avait désignés comme des «centres terroristes». La maison de Kadhafi fut touchée et sa jeune fille fut tuée. Les raids américains, qui provoquèrent d'importants dégâts et firent de nombreuses victimes, ne suscitèrent que des protestations très formelles de la part des pays arabes et de l'Union soviétique, démontrant ainsi l'isolement croissant du régime sur le plan international. L'humiliation, dans le pays, fut accrue par l'échec libyen au Tchad, où la bande d'Aozou fut reprise à la Lybie en 1987. En 1994, la Cour internationale de justice de La Haye attribuait définitivement ce territoire au Tchad. La Libye fut à nouveau accusée, par les États-Unis, par le Royaume-Uni et par la France, d'être impliquée dans deux attentats aériens contre des avions de ligne, l'un américain qui explosa en vol, en 1988, au-dessus de Lockerbie, en Écosse, l'autre français qui s'écrasa dans le Ténéré en 1989. Des ressortissants libyens furent mis en cause par les institutions judiciaires française et britannique sans que la Libye acceptât de les extrader. En 1992, un embargo aérien et militaire était décidé par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui élargissait ainsi l'embargo décrété unilatéralement par les États-Unis en janvier 1986. La même année, les Américains accusaient la Libye de construire une usine de fabrication d'armes chimiques, sous le couvert d'une usine d'engrais. La menace extérieure, représentée par l'embargo, demeure cependant relative pour le régime de Kadhafi qui s'est rapproché de ses voisins maghrébins, rapprochement concrétisé, en 1989, par la création de l'Union du Maghreb arabe. À l'intérieur, en revanche, le colonel Kadhafi doit faire face à l'opposition des mouvements islamistes, parmi lesquels le plus ancien et le plus puissant est celui des Frères musulmans. La force de ce dernier réside d'une part, dans ses liens avec son homologue égyptien, toujours puissant malgré la répression dont il fait l'objet, et d'autre part, dans le soutien qu'il pourrait recevoir de la confrérie senoussie, encore très présente. En effet, l'islam, tel que le dirigeant de la Jamahiriya l'a théorisé, prête flanc à la critique des fondamentalistes musulmans dans la mesure où il s'agit d'une interprétation qui néglige la référence aux hadiths (ensemble des dires et des gestes du Prophète), éléments constitutifs fondamentaux de la charia, la loi islamique. Pour contrecarrer la montée de l'islamisme, le régime libyen a adopté celle-ci comme fondement du droit libyen, en 1994, tout en menant une sévère répression contre les Frères musulmans. Le colonel Kadhafi utilise, par ailleurs, habilement la menace islamiste pour obtenir la coopération des autorités égyptiennes et des pays arabo-musulmans, dont de nombreux ressortissants résident et travaillent en Libye et sont susceptibles d'en être expulsés, dans le contournement de l'embargo imposé à son pays. |