| Royaume de Grande-Bretagne |
| Le royaume de Grande-Bretagne
a été fondé par l'acte d'Union de 1707 entre l'Angleterre
et l'Écosse. Cependant, depuis 1603 et le décès d'ÉlisabethIre,
le souverain avait régné sur les deux pays. En 1707, les deux
Parlements s'unirent et Londres devint la capitale de toute l'île.
La Grande-Bretagne eut désormais un seul Parlement, un seul système
fiscal, un seul système de poids et de mesures. Toutes les barrières
douanières à l'intérieur de l'île furent abolies.
L'Angleterre et l'Écosse conservèrent cependant des systèmes
judiciaires et des Églises officielles différentes. Pour l'histoire
de la Grande-Bretagne avant 1707. Un siècle de conflits extérieurs L'Acte d'union unifia le pays et centralisa les pouvoirs. Il y eut certes des menaces sur le régime politique: les jacobites, partisans des souverains catholiques écossais, les Stuart, se soulevèrent en 1715 et surtout en 1745-1746. Profitant de l'intervention britannique sur le continent, le prince Charles Édouard Stuart débarqua en Écosse, où des milliers de highlanders se joignirent à lui. En septembre, il prit Édimbourg et proclama son père, Jacques Édouard Stuart, roi sous le nom Jacques III. Marchant au sud avec son armée, il arriva jusqu'à Derby, à 161 km de Londres, mais il hésita à livrer bataille, en raison de la faiblesse du nombre de ses partisans anglais. En décembre 1745, il se retira en Écosse où ses partisans furent massacrés à la bataille de Culloden. L'Irlande, exploitée par les colons protestants, n'était plus un danger; l'agitation nationaliste ne se réveilla qu'au moment de la Révolution française, avec le mouvement des Wolfetones. Les entreprises coloniales et les affaires continentales furent au centre des préoccupations des souverains anglais. Toutes les interventions britanniques sur le continent eurent un prolongement colonial, ce qui permit aux Anglais, grâce à leur puissance maritime, de prendre le contrôle d'un immense empire. La guerre de Succession en Espagne (1701-1714), grâce aux victoires de John Churchill, duc de Marlborough, se solda par un traité avantageux: Louis XIV installa son petit-fils sur le trône d'Espagne, mais l'union des deux royaumes fut interdite. Par le traité d'Utrecht (1713), la France céda à la Grande-Bretagne ses territoires nord-américains de la baie d'Hudson, d'Acadie (Nouvelle-Écosse) et de Terre-Neuve. L'Espagne dut céder Gibraltar et Minorque et octroya aux commerçants britanniques un droit illimité de commerce avec les colonies espagnoles d'Amérique du Sud jusqu'en 1750, qui incluait l'asiento, le monopole de l'importation des esclaves africains en Amérique latine. Une ville comme Liverpool devait bâtir sa fortune sur ce trafic du «bois d'ébène». La reine Anne mourut sans laisser d'héritier. Elle eut pour successeur (conformément à la loi de succession de 1701) son plus proche parent protestant, l'électeur de Hanovre, qui devint roi en 1714, sous le nom de GeorgeIer de Grande-Bretagne. Une nouvelle ère de l'histoire britannique commença. Le gouvernement au XVIIIe siècle La Grande-Bretagne vécut deux décennies de calme et de stabilité. La rivalité ouverte entre les factions whigs (les ancêtres des conservateurs) et tories (les ancêtres des libéraux) se traduisit, sous George Ier, par la victoire des whigs, qui disposèrent des ministères. L'ère de Robert Walpole Les premiers souverains de la maison de Hanovre étaient allemands; GeorgeIer, qui ne parlait pas anglais, résidait le plus souvent à Hanovre. Cet éloignement permit la mise en place de ce régime politique et parlementaire bipartite, décrit et vanté par des philosophes des Lumières comme Montesquieu ou Voltaire. Robert Walpole fut nommé Premier lord du Trésor en 1721. Il put mettre en place et contrôler un gouvernement d'autant plus indépendant que le souverain s'en désintéressait. La réunion des ministres prit le nom de cabinet; sous son gouvernement (1721-1742), Walpole réussit à maintenir des relations cordiales entre la France et la Grande-Bretagne. La rivalité franco-britannique Entre 1739 et 1763, la Grande-Bretagne fut presque continuellement en guerre. Au conflit avec l'Espagne vint s'ajouter, en 1740, la guerre de Succession d'Autriche, qui allia la Prusse, la France et l'Espagne contre l'Autriche. La Grande-Bretagne s'allia à cette dernière, et les armées et la flotte britanniques combattirent les Français en Amérique du Nord et en Inde, où les compagnies commerciales anglaises et françaises s'affrontaient pour étendre leur influence. La guerre de Succession d'Autriche prit fin au traité d'Aix-la-Chapelle en 1748. En 1756, le conflit, qui s'était apaisé un temps, reprit. La guerre de Sept Ans (1756-1763) opposa la Grande-Bretagne, alliée à la Prusse, à la France, alliée à l'Autriche et à la Russie. Pour la Grande-Bretagne, le conflit commença par une série de défaites en Amérique du Nord, en Inde, en Méditerranée et sur le continent, où les Français prirent Hanovre. Le roi George II fit alors appel à William Pitt, 1er comte de Chatham, pour conduire la guerre, tandis que le duc de Newcastle dirigeait le pays. La supériorité navale anglaise permit à la Grande-Bretagne de vaincre: la flotte française fut battue au large du Portugal. Aux Indes, les Anglais battirent Dupleix, laissé sans renforts. Au Canada, les troupes britanniques et les colons battirent Montcalm à la bataille des plaines d'Abraham, devant Québec. Un nouveau traité de Paris (1763) consacra la victoire anglaise: la France perdait définitivement ses colonies d'Amérique du Nord et ses comptoirs des Indes. Croissance démographique, urbanisation et industrialisation Pendant tout le XVIIIe siècle, les îles Britanniques connurent une forte croissance démographique. En 1801, l'année du premier recensement officiel, la population du royaume atteignait 10,4millions d'habitants. Les raisons de cet accroissement sont à rechercher dans la baisse du taux de mortalité, liée à un taux de natalité resté très fort et, plus tardivement, dans les progrès de l'hygiène et de la médecine: la découverte du vaccin contre la variole par le docteur Edward Jenner en 1796 ne trouva une application massive que longtemps plus tard. L'industrialisation, qui fut la marque de cette époque, avait été précédée et accompagnée par une révolution agricole d'une ampleur égale. Au début du siècle, le mouvement des enclosures, qui, en faisant disparaître les terres communes utilisées par les paysans, jeta sur le pavé des villes des centaines de milliers de paysans, offrit une main-d'œuvre bon marché aux manufactures. Cette révolution se poursuivit avec la diversification des méthodes d'agriculture et l'introduction de nouvelles plantes, comme la pomme de terre. Dans le Norfolk, Jethro Tull inventa le semoir mécanique; des fermes modèles furent créées. L'accélération du rythme de l'évolution économique était déjà perceptible dans les années 1780, quand James Watt, un ingénieur écossais, perfectionna la machine à vapeur. De nouvelles inventions permirent de mécaniser la filature et le tissage du coton. Entre 1760 et 1830, la production des textiles de coton fut multipliée par douze. Parmi les nouveaux procédés, le puddlage d'Henry Cort permit d'obtenir du fer de meilleure qualité, débarrassé des scories de fonte: à la fin du siècle, le fer était devenu un produit courant. En 1799, on construisit le premier pont entièrement métallique sur la Severn. De même, la production de houille fut multipliée par quatre. En 1830, la révolution industrielle avait fait de la Grande-Bretagne «l'atelier du monde». La révolution industrielle s'accompagna d'une mutation urbaine sans précédent. Les villes du nord-ouest de l'Angleterre, des Basses-Terres écossaises et du sud du pays de Galles gagnèrent des dizaines de milliers d'habitants, venus pour travailler dans les mines de charbon et de fer. Londres connut aussi ce phénomène. La métropole de la Grande-Bretagne, dont la population était estimée à 600000 habitants en 1701, comptait 950000 habitants en 1801. Cet essor urbain fit de la Grande-Bretagne le premier pays au monde à voir sa population urbaine dépasser sa population rurale. Les premières années du règne de George III En 1760, George III monta sur le trône. Né en Angleterre, il essaya de jouer un rôle direct dans le gouvernement du pays. Il nomma donc des hommes en qui il avait confiance, comme son ancien tuteur, lord Bute, qui devint Premier ministre en 1762, puis lord North, en 1770. L'autoritarisme du gouvernement se heurta aux campagnes de libelles de l'opposition. Le journaliste John Wilkes fut à plusieurs reprises poursuivi, condamné et emprisonné en 1764. Ses partisans, les défenseurs du Bill of Rights, obtinrent son élargissement; face à ces atteintes à des libertés fondamentales, l'opposition réclama la liberté de la presse, la cessation de la fraude électorale et de l'achat des votes, couramment pratiqués, et l'élargissement de la franchise (droit de vote). La guerre d'Indépendance américaine Habitués depuis longtemps à disposer d'une importante autonomie et, après 1763, libérés du danger français, les colons américains supportèrent très mal la volonté du gouvernement britannique de leur faire payer une partie du prix de la guerre sous forme d'impôts et de taxes sur le commerce. George III et lord North décidèrent de réprimer leur sédition par la force. Après la défaite du général Burgoyne à la bataille de Saratoga en 1777, la guerre civile devint une guerre internationale. Les Français, en 1778, puis les Espagnols, en 1779, et les Hollandais, en 1780, rejoignirent le front antibritannique. La reddition du général Charles Cornwallis à Yorktown (en 1781) devant les troupes de Washington, força lord North à démissionner en 1782. Un nouveau traité de Paris fut signé en 1783: l'indépendance des treize colonies qui formaient la république des États-Unis d'Amérique fut reconnue. Pitt, réforme et révolution La conséquence de la guerre fut une réforme profonde des institutions. La loi de réforme économique (Economical Reform Act) de 1782 réduisit les pouvoirs du roi. Le Parlement irlandais, contrôlé par les protestants anglo-irlandais, obtint une autonomie élargie. L'India Act de 1784 donna au gouvernement l'autorité sur l'Inde britannique, au détriment de la Compagnie des Indes orientales. L'India Act fut soutenu par William Pitt le Second, qui devint en 1783, à l'âge de vingt-quatre ans, le plus jeune Premier ministre de Grande-Bretagne. De 1783 à 1801, puis de 1804 à 1806, il opéra un renversement décisif de l'équilibre des pouvoirs: désormais, le roi ne gouvernera plus. Les guerres révolutionnaires et napoléoniennes L'indépendance américaine et les réformes avaient amené la constitution d'un fort parti réformateur anglais; les sociétés de pensée franc-maçonnes fleurissaient, comme les clubs jacobins, qui rassemblèrent l'élite des penseurs anglais. Des réformateurs comme Charles James Fox et Thomas Paine défendirent la Révolution française; d'autres, comme Edmund Burke, favorables au départ, s'en détournèrent dès qu'ils virent qu'elle ne cherchait pas uniquement à établir une monarchie constitutionnelle. L'Angleterre et NapoléonIer La première coalition formée contre la France par Pitt, avec la Prusse, l'Autriche et la Russie, s'effondra en 1796; en 1797, la Grande-Bretagne dut faire face aux tentatives d'invasion française en Irlande et au réveil du mouvement nationaliste. La guerre entraîna une forte augmentation de la production agricole et de certaines industries, mais elle provoqua en même temps une inflation croissante: les salaires ne suivirent pas le rythme des prix. En 1797, la Banque d'Angleterre fut forcée d'abandonner l'étalon or, et le Parlement, pour financer la guerre, vota le premier impôt sur le revenu. Le Parlement entérina l'acte d'union avec l'Irlande en 1801 et la formation du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande. Le Parlement de Dublin fut supprimé et les députés irlandais siégèrent à Londres. L'arrivée au pouvoir de NapoléonIer inquiéta encore plus la Grande-Bretagne. Malgré la défaite des marins français à la bataille d'Aboukir (1798), à terre, le sort des armes n'était pas favorable aux Anglais. La deuxième coalition s'effondra en 1801; à Amiens, en 1802, la Grande-Bretagne signa la paix avec la France. La guerre reprit l'année suivante, mais la troisième coalition s'effondra aussi entre 1805 et 1807. Les projets napoléoniens d'invasion de la Grande-Bretagne furent réduits à néant grâce au génie militaire d'Horatio Nelson, qui détruisit la flotte française à Trafalgar en 1805, privant ce pays de marine pour vingt ans. Napoléon chercha alors à ruiner la Grande-Bretagne par une politique de blocus connue sous le nom de blocus continental. Son non-respect par la Russie, pour laquelle les relations commerciales avec la Grande-Bretagne étaient vitales, entraîna Napoléon dans une guerre avec la Russie qui lui fut fatale. En 1812, une quatrième coalition, réunissant la Grande-Bretagne, la Russie, l'Autriche et la Prusse fut cette fois victorieuse. En 1815, l'épisode des Cent-Jours vit la victoire d'Arthur Wellesley, 1er duc de Wellington à la bataille de Waterloo, fermant le cycle révolutionnaire et napoléonien. Le siècle de la prépondérance anglaise La fin de la guerre et de mauvaises récoltes provoquèrent une crise monétaire, industrielle et frumentaire, en 1816. Le prix de la victoire du Royaume-Uni fut une crise économique grave. La guerre avait masqué les oppositions et la misère des artisans, des ouvriers et des petits paysans. Le gouvernement instaura des mesures protectionnistes (les lois sur le blé de 1815), supprima l'impôt sur le revenu en 1817 et rétablit l'étalon or (1819). Ces mesures, combinées à l'élargissement du système de la manufacture et des usines, accrut les manifestations populaires de résistance, qui dégénérèrent parfois en affrontements sanglants, comme lors du massacre de Peterloo à Manchester, en 1819. Le gouvernement limita alors, par les Six Actes (1819), la liberté de la presse et le droit de réunion. En même temps, Robert Peel, le ministre de l'Intérieur, réforma la loi criminelle et instaura une force de police moderne à Londres, les bobbies, appelés ainsi en référence au prénom de Peel. Malgré un renouveau religieux au début du XIXe siècle, les gouvernements tories refusaient toujours de remettre en question les fondements religieux du régime politique. En 1828, le Parlement accepta d'abolir les mesures discriminatoires à l'encontre des protestant dissenters (non-conformistes); un an plus tard, le gouvernement du duc de Wellington (1828-1830) fut contesté en Irlande par un mouvement massif: l'Association catholique demanda l'émancipation des catholiques, tacitement promise par Pitt à l'époque de l'Acte d'union. Craignant une révolte générale, Wellington accorda aux catholiques le droit de siéger au Parlement et d'accéder à la fonction publique (1828, 1829), mais cette réforme divisa le parti tory. En novembre 1830, l'élection qui suivit la mort de George IV et le couronnement de son frère, Guillaume IV, amena au pouvoir un ministère whig, dirigé par Charles Grey, 2e comte Grey. Les réformes des années 1830 La grande nouveauté politique des années 1831 et 1832 réside dans le bill de réforme. On procéda à une redistribution des sièges en faveur des villes industrielles et on accorda le droit de vote à de nouvelles catégories sociales jusque-là privées de la capacité électorale. En Angleterre, au pays de Galles et en Irlande, l'électorat doubla. En Écosse, il fut multiplié par 15. Une première loi sur le travail des femmes et des enfants (1833) réduisit leur temps de travail; une nouvelle loi sur les pauvres, très restrictive, fut adoptée qui créait des asiles, les workhouses, où l'on enfermait les plus démunis, qui y étaient soumis à l'arbitraire le plus complet. L'esclavage dans les colonies fut aboli la même année, sous l'impulsion des sociétés antiesclavagistes. La loi sur les municipalités (1835) mit en place des conseils municipaux. L'ère victorienne En 1837, Victoria, âgée de dix-huit ans, succéda à son oncle, Guillaume VI. On assista alors au déclin de l'esprit de réforme whig sous le ministère de lord Melbourne (1835-1841). Le règne de Victoria débuta par une crise économique et l'apparition d'un vaste mouvement de contestation populaire: le chartisme. Les chartistes exigèrent l'adoption immédiate d'une Charte du peuple, destinée à faire de la Grande-Bretagne une démocratie égalitaire; ils réclamaient l'égalité électorale, le suffrage universel pour tous les hommes de plus de vingt et un ans et l'éligibilité de tous. Des millions de travailleurs signèrent les pétitions en faveur de la Charte en 1839, 1842 et 1848; les manifestations parfois violentes entraînèrent des émeutes, réprimées par l'armée. Le Parlement rejeta la Charte du peuple à plusieurs reprises, mais se montra plus réceptif aux propositions de la Ligue pour l'abolition des lois sur le blé, née à Manchester. Son principal leader, Richard Cobden, espérait l'abolition des droits de douane sur les produits alimentaires, afin d'améliorer les conditions de vie des ouvriers et des travailleurs. Ce fut un ministère conservateur, celui de sir Robert Peel (1841-1846), qui, sous le choc de la grande famine d'Irlande, réduisit les droits de douane en Grande-Bretagne. Durant l'hiver de 1845-1846, Peel proposa l'abolition complète des lois sur le blé. Cette mesure fut adoptée, avec l'aide du parti whig, mais les deux tiers des conservateurs, liés aux grands propriétaires terriens, la condamnèrent. Les conservateurs se divisèrent alors entre peelites et protectionnistes et les whigs revinrent au pouvoir (1846) avec John Russell, 1ercomte Russell. L'abolition des lois sur le blé ne soulagea en rien les souffrances de l'Irlande. Durant l'hiver de 1846, on assista à la réapparition de la maladie de la pomme de terre, et les récoltes de blé en Grande-Bretagne et en Europe furent médiocres. Affaiblis par la famine et l'éviction des fermiers par les propriétaires, un million d'Irlandais environ moururent entre 1847 et 1851. Pendant les années Peel et Russell, la tendance au libre-échange se confirma, appuyée par l'abolition, en 1849, des lois de navigation; tout un système de réglementation administrative fut progressivement mis en place. Le travail des femmes et des enfants au fond des mines fut définitivement interdit (1842) et, en 1847, le temps de travail limité à dix heures par jour dans les usines. Des réglementations furent également imposées sur les systèmes sanitaires des villes (1842) et les transports ferroviaires (1844). Des commissions se créèrent pour contrôler les prisons, les asiles d'aliénés et les œuvres de charité privées. La prospérité industrielle victorienne L'Exposition universelle de Londres en 1851, la première du genre, symbolisa la suprématie industrielle britannique. Le réseau ferroviaire couvrait 10600 km en 1850. Le câble télégraphique permettait des communications instantanées. Le procédé Bessemer (1856) réduisit encore le coût de l'acier, et la construction des bateaux à vapeur prit un essor considérable durant les années 1860. La valeur des exportations britanniques fut multipliée par trois; les investissements de capitaux à l'étranger quadruplèrent. On enregistra également une amélioration du niveau de vie de la classe ouvrière ainsi que le développement du syndicalisme, avec la création du Trade Unions Congress (confédération intersyndicale) en 1868. Après les révolutions survenues sur le continent européen en 1848, la Grande-Bretagne, gouvernée par la coalition peelite-libérale (1852-1855) de lord Aberdeen, fut entraînée dans une guerre avec la Russie. Alliée à la France de Napoléon III, la Grande-Bretagne participa à la guerre de Crimée en 1854, qui provoqua la chute du ministère Aberdeen. Il fut remplacé par lord Palmerston, un libéral. En 1857 et 1858, la révolte des Cipayes fut réprimée et toutes les responsabilités de la Compagnie des Indes furent transférées à la Couronne. À l'inverse, on accorda l'autonomie interne aux colonies de peuplement: le Canada, fédéré dans le cadre de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et la colonie du Cap (Afrique du Sud). La colonisation se fit sur de nouvelles bases: l'exploitation primaire des colonies céda le pas à une colonisation paternaliste, où la Grande-Bretagne apportait la modernité, la science et l'éducation aux peuples colonisés. La rivalité Gladstone-Disraeli De 1865 à 1881, la rivalité entre William Gladstone et Benjamin Disraeli domina la vie politique. S'ils appartenaient initialement tous les deux au parti tory, Gladstone se rapprocha progressivement des libéraux. En tant que ministre des Finances du gouvernement Palmerston, il acquit une grande popularité en abolissant l'impôt sur le papier (autorisant ainsi une réduction sensible du prix des journaux) et en préconisant l'extension du droit de vote. Disraeli fut d'abord, à la fin des années 1840, le leader conservateur des protectionnistes à la Chambre des communes. En 1867, il accorda le droit de vote aux locataires de logement et non plus aux seuls propriétaires. Le nombre des électeurs ouvriers doubla: l'ensemble du corps électoral passa de 600000 à 1600000 votants. Disraeli succèda à lord Derby au poste de Premier ministre en 1868, puis s'effaça devant Gladstone après la victoire des libéraux aux élections de décembre. On doit à Gladstone (1868-1874) de nombreuses réformes: la séparation de l'Église d'Irlande et de l'État, la création d'un système national d'enseignement primaire, l'admission des dissenters religieux aux universités d'Oxford et de Cambridge, l'accès à la fonction publique au mérite, le scrutin secret et une réforme de la justice et de l'armée. Pendant le ministère de Disraeli qui suivit (1874-1880), les conservateurs votèrent la législation proposant la «démocratie tory», la légalisation du syndicalisme, la suppression des taudis et un début de législation sur la santé publique. Durant son deuxième ministère (1880-1885), Gladstone lutta contre la corruption électorale (1883) et, avec la réforme de 1884, octroya le droit de vote à presque tous les hommes propriétaires ou locataires d'un logement (à l'exclusion des domestiques et des fils de famille vivant chez leurs parents). Gladstone tenta également d'imposer la paix et une réforme agraire en Irlande, que défendait au Parlement le Parti autonomiste irlandais de Charles Stewart Parnell. Quand Gladstone se rallia à la cause du Home Rule que proposait Parnell, ce qui signifiait la création d'un ministère et d'un corps législatif irlandais autonomes, il brisa le Parti libéral et se suicida politiquement, la majorité protestante refusant tout compromis. Lors de son dernier ministère, Gladstone fit une dernière tentative visant à instaurer le Home Rule en Irlande (1892-1894), qui fut bloquée par la Chambre des lords. La fin de l'ère victorienne L'essor enregistré au milieu de la période victorienne fut suivi par une crise du système. Les États-Unis et l'Allemagne rattrapèrent la Grande-Bretagne en termes de production d'acier et d'autres biens manufacturés. La Grande-Bretagne resta cependant le premier constructeur de navires, le premier transporteur maritime et le premier banquier du monde. L'envers de cette réussite était la subsistance de vastes poches de pauvreté dans les quartiers ouvriers de Londres et des grandes villes. Malgré une forte émigration vers les colonies britanniques et vers les États-Unis (plus de 200000 départs chaque année durant les années 1880), la population, en Angleterre et au pays de Galles, fut multipliée par deux entre 1851 et 1911 (elle passa à plus de 36 millions d'habitants); celle de l'Écosse augmenta de plus de 60 p.100 (approchant les 5 millions). En Irlande, où l'émigration était la plus forte, la chute de la population se stabilisa autour de 2 millions d'habitants vers 1861. Les dernières années de l'Empire victorien Pendant les années 1880 et 1890, l'intérêt pour l'Empire fut relancé par les politiques impérialistes des États-Unis, de l'Allemagne et de la France. Elles redonnèrent à la politique coloniale britannique une nouvelle vigueur; on assista alors à la naissance d'une rivalité avec la Russie, au Moyen-Orient et le long de la frontière indienne, et à une «lutte pour l'Afrique» entre la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne. Solidement installés à Hong Kong et Singapour, les Britanniques continuèrent leur expansion en Chine et dans le Pacifique Sud. Le percement du canal de Suez (1869) fut indirectement à l'origine du protectorat britannique sur l'Égypte, occupée en 1882. La reine Victoria devint impératrice des Indes en 1876; les cinquantième (1887) et soixantième (1897) anniversaires du couronnement de Victoria célébrèrent l'unité impériale. La poursuite de la colonisation fut d'autant plus âpre qu'elle opposait les puissances coloniales entre elles, et qu'on s'en prenait à des États historiquement et culturellement développés. Sous les ministères conservateurs de lord Salisbury (1885, 1886-1892 et 1895-1902), la politique agressive du secrétaire aux Colonies de Salisbury, Joseph Chamberlain, conduisit au déclenchement de la guerre des Boers en 1899. La Grande-Bretagne ne remporta la victoire qu'en 1902, plus d'un an après la mort de Victoria, et l'Union sud-africaine ne vit le jour qu'en 1906. La période édouardienne (1901-1914) Lord Salisbury fut le dernier des Premiers ministres choisis parmi les lords. Après son ministère, ils furent toujours choisis parmi les députés des Communes, marquant la fin du gouvernement aristocratique. Après sa victoire sur les Boers, la Grande-Bretagne signa un traité avec le Japon (1902) et mit fin à plusieurs décennies de rivalité avec la France en parvenant à l'Entente cordiale (1904). Après la réconciliation anglo-russe, les trois puissances formèrent la Triple-Entente (1907), destinée à faire face à la Triple-Alliance, qui réunissait l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie. Cependant, au début du règne d'Édouard VII, la majeure partie des Britanniques se préoccupait plus des questions intérieures. La loi sur l'éducation (1902) d'Arthur Balfour donna naissance à un système national d'enseignement secondaire, mais cette mesure réveilla les anciennes passions religieuses. Pendant le ministère de Balfour (1902-1905), le Parti conservateur se divisa à nouveau entre les protectionnistes, qui souhaitaient restaurer les barrières douanières, et les partisans du libre-échange. Les élections générales de 1906 donnèrent aux libéraux une majorité écrasante. L'influence des syndicats se traduisit par la naissance d'un petit Parti travailliste, composé de 29 membres. Le gouvernement libéral, d'abord présidé par sir Henry Campbell-Bannerman (1905-1908) puis par Herbert Henry Asquith (1908-1916), accorda le statut de dominion, c'est-à-dire une pleine souveraineté interne, à la jeune Union sud-africaine (1910) et une souveraineté partielle aux provinces des Indes britanniques (1909). Inspiré par David Lloyd George, le gouvernement jeta également les bases d'un début de Sécurité sociale: création des assurances vieillesse (1908), des bureaux de placement (1909), de l'assurance chômage (1911), d'un programme de contribution d'assurance maladie pour la plupart des travailleurs (1911) et des comités pour fixer le salaire minimal des mineurs (1909, 1912). La volonté de Lloyd George (1909), qui voulait financer ce programme ambitieux par la mise à contribution des classes fortunées, fut repoussée par la Chambre des lords. Le gouvernement répliqua par la loi sur le Parlement de 1911, qui entama le pouvoir des lords en réduisant la durée de leur veto et en leur interdisant de s'opposer à toute mesure fiscale. Malgré la croissance économique, l'augmentation des salaires suivait difficilement celle des prix, et les débuts des années 1910 furent marqués par d'importantes grèves de mineurs, de dockers et des transporteurs. Le mouvement des suffragettes organisa également de grandes manifestations en faveur du droit de vote des femmes. Quand le gouvernement libéral décida enfin de décréter le Home Rule en Irlande, les Irlandais protestants d'Ulster s'y opposèrent fermement; il fut accordé en 1914, mais l'Ulster s'insurgea. Entre-temps, la crise des Balkans avait débouché sur la Première Guerre mondiale. Les deux guerres mondiales La concurrence navale effrénée opposant la Grande-Bretagne à l'Allemagne fut une des raisons qui poussèrent au conflit, même si les relations anglo-allemandes s'étaient apaisées au début de l'année 1914. Mais la menace allemande contre la France et la violation de la neutralité belge obligèrent la Grande-Bretagne à déclarer la guerre à l'Allemagne. La Grande-Bretagne dans la Première Guerre mondiale Un corps expéditionnaire britannique, commandé par le maréchal French, fut immédiatement envoyé en France. Les Allemands repoussés sur la Marne par les troupes françaises et anglaises, la bataille sur le front de l'ouest s'enlisa rapidement et se transforma en une sanglante guerre de tranchées, à laquelle les Alliés n'étaient nullement préparés. Les efforts pour contenir les empires centraux (l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la Turquie) dans les Balkans et en Asie Mineure, notamment la campagne des Dardanelles (1915-1916), échouèrent également. À l'occasion de la bataille du Jutland (1916), les Britanniques empêchèrent la flotte allemande de prendre le contrôle de la mer du Nord, mais les sous-marins allemands firent peser sur la Grande-Bretagne la menace d'une famine. Au début de l'année 1917, les convois de navires marchands furent protégés par des destroyers, qui permirent d'éviter ce désastre. En mai 1915, le libéral Asquith forma une coalition regroupant des libéraux, des conservateurs et des membres du Parti travailliste. Lloyd George devint ministre de l'Armement. Cependant, les échecs de la guerre obligèrent Asquith à quitter le pouvoir. Il fut remplacé par Lloyd George, qui dirigea une coalition dominée par les conservateurs en décembre 1916. En Irlande, les troubles ne cessèrent pas: la Grande-Bretagne ne put y instaurer la conscription, et l'insurrection de 1916, les Pâques sanglantes, qui fit plusieurs centaines de morts et ravagea Dublin, annonça les troubles encore plus graves de l'immédiat après-guerre. En 1918, le budget annuel de la Grande-Bretagne équivalait à 13fois celui de 1913; les impôts avaient quintuplé et la dette nationale totale avait été multipliée par 14. L'entrée en guerre des États-Unis, en avril 1917, rééquilibra les forces et rendit possible le succès des offensives de l'été de 1918 et la reddition de l'Allemagne en novembre. Les élections qui eurent lieu immédiatement après l'armistice donnèrent à la coalition de Lloyd George une majorité écrasante. Le Parti travailliste, désormais formellement proche du socialisme, représenta la principale opposition, tandis que les libéraux, divisés, furent écartés du pouvoir. La réforme de 1918 accorda le droit de vote à tous les hommes de plus de vingt et un ans, ainsi qu'à toutes les femmes âgées de plus de trente ans. L'entre-deux guerres Lloyd George représenta la Grande-Bretagne, qui faisait partie des trois grands (avec la France et les États-Unis), à la conférence de la paix de Paris en 1919. Les traités qui en découlèrent consolidèrent un peu plus l'Empire britannique: les colonies allemandes en Afrique et les territoires turcs du Moyen-Orient furent placés sous mandat britannique. Au même moment, les dominions autonomes de la Grande-Bretagne (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud) entrèrent dans la jeune Société des Nations, créée pour tenter de régler par la négociation les conflits internationaux. Un accord, négocié par Lloyd George en 1921, mit un terme à la guerre civile qui sévissait en Irlande. Les 26 comtés du Sud formèrent l'État libre d'Irlande; les 6 comtés d'Irlande du Nord restèrent au sein du Royaume-Uni et continuèrent d'être représentés au Parlement britannique, tout en disposant de leur propre Parlement. La même année, l'opposition des membres du Parti conservateur du Parlement fit chuter Lloyd George, qui fut remplacé par le conservateur Bonar Law. La Grande-Bretagne connut une relative instabilité politique, reflet du désarroi des classes dirigeantes face aux problèmes économiques et sociaux. Les conservateurs furent victorieux en 1922 mais, un an plus tard, le successeur de Bonar Law, le conservateur Stanley Baldwin, n'eut pas de majorité nette pour le soutenir. À la suite de ces élections, Ramsay MacDonald, leader du Parti travailliste, devint le premier travailliste accédant au poste de Premier ministre de la Grande-Bretagne. Son ministère (1924) dura moins d'un an; en 1925, le Parti conservateur de Baldwin revint au pouvoir. Les efforts de Lloyd George et d'Asquith ne parvinrent pas à rendre au Parti libéral sa base électorale: il resta un parti politique mineur en Grande-Bretagne. Le ministère de Baldwin (1924-1929) fut confronté à une mobilisation syndicale sans précédent, lors de la grève générale de 1926. La grève fut organisée par les Trade Unions pour soutenir les mineurs, qui s'opposaient à la baisse des salaires et à l'augmentation du temps de travail; cette grève très dure fut neutralisée par la troupe. À l'époque, cependant, elle fut interprétée comme un défi lancé directement à l'État et elle entraîna des changements dans la législation syndicale; les travailleurs durent s'engager dans un syndicat et leur cotisation de membre n'était plus prélevée automatiquement sur leur salaire. Toutefois, le gouvernement Baldwin avait engagé plusieurs réformes d'ordre social, dont la loi sur les pensions pour les veuves, les orphelins et les personnes âgées (1925). Un réseau national de distribution d'électricité fut installé (1926). En 1928, on accorda à toutes les femmes le même droit de vote qu'aux hommes. Entre 1929 et 1932, les effets de la crise économique mondiale frappèrent la Grande-Bretagne, multipliant par deux un taux de chômage déjà élevé. En trois ans, on constata une chute de 25 p.100 des niveaux d'activité industrielle et des prix; certaines industries, comme la construction navale, cessèrent quasiment toute production. Le deuxième gouvernement travailliste formé par MacDonald (1929-1931) se révéla incapable de faire face à la crise. En 1931, un gouvernement national, d'abord dirigé par MacDonald puis par Baldwin (1935-1937), regroupant principalement des conservateurs, fut constitué. Le Parti travailliste dénonça MacDonald comme traître, mais le gouvernement national obtint une écrasante majorité aux élections générales de 1931. L'étalon or fut supprimé, les barrières douanières furent restaurées et la construction des logements reçut des subventions. Entre 1933 et 1937, l'économie se releva avec l'industrie de l'automobile, le bâtiment et l'électricité. Le taux de chômage resta cependant élevé, en particulier au pays de Galles, en Écosse et dans le nord de l'Angleterre. La vie britannique fut peu affectée par les idéologies communiste et fasciste, même si un mouvement fasciste, fondé par sir Oswald Mosley, prit une certaine importance. L'Empire resta une réalité, même si le statut de Westminster (1931) proclama l'égalité de certaines nations au sein du Commonwealth, telles que le Canada et l'Australie. Malgré tout, le roi George V maintint le prestige de la monarchie. Lorsque son fils, Édouard VIII, insista pour épouser une citoyenne américaine divorcée deux fois, son abdication (1936) s'avéra la seule solution acceptable. Le règne de George VI, frère d'Édouard, offrit à nouveau l'image d'une royauté. La Grande-Bretagne et la Seconde Guerre mondiale Le souvenir de la Première Guerre mondiale avait fait naître chez les Britanniques le désir d'éviter un autre conflit; le pays joua un rôle de premier ordre au sein de la Société des Nations et lors des conférences pour le désarmement à Washington (1921-1922) et à Londres (1930), notamment. La politique étrangère du gouvernement britannique fut guidée par le souci de ne pas voir l'Allemagne trop affaiblie. En conséquence, la Grande-Bretagne ne soutint pas la politique française d'occupation de la Ruhr et approuva les politiques qui visaient à alléger le fardeau financier de la république de Weimar. Les dirigeants britanniques, inconscients du danger nazi, adoptèrent après 1933 une politique d'apaisement à l'égard de l'Allemagne, alors qu'Hitler venait d'arriver au pouvoir. De même, la Grande-Bretagne s'accommoda-t-elle parfaitement du régime mussolinien en Italie. Lorsqu'Hitler décida le retrait de l'Allemagne de la Société des Nations (1934) et le réarmement (1935) puis la remilitarisation de la Rhénanie (1936) en dépit du traité de Versailles, les réactions furent toutes aussi faibles, tant la peur de la guerre et l'esprit du pacifisme étaient entrés dans les esprits. Néanmoins, en 1936, le Royaume-Uni décida (comme la France) de mettre en place un programme de réarmement. En 1938, l'Anschluss, l'union de l'Autriche avec l'Allemagne (1938), déclencha une vague de protestations dans l'opinion publique, sans pour autant qu'il y ait de riposte politique. Dans ses efforts pour maintenir la paix à tout prix, le Premier ministre Neville Chamberlain et le président du Conseil français, Édouard Daladier, entérinèrent par les accords de Munich l'annexion par Hitler des Sudètes de Tchécoslovaquie. Ces accords, dont on pensait qu'ils allaient sauver la paix menacée, ne servirent qu'à convaincre l'Allemagne de la faiblesse des démocraties. La Grande-Bretagne ne se décida à apporter son soutien militaire à la Pologne et à la Roumanie qu'après l'annexion de Prague par l'Allemagne (mars 1939). Dès lors, la Grande-Bretagne joua un rôle clé dans la lutte contre les pays totalitaires. La Seconde Guerre mondiale commença par une série de graves revers qui faillirent emporter la Grande-Bretagne dans la défaite. Elle ne dut son salut qu'à l'efficacité de son fossé antichar, la Manche, et à la qualité de son aviation, au cours de la bataille d'Angleterre. À partir du mois de juillet 1940, elle résista seule à l'Allemagne nazie. L'organisateur de la victoire fut Winston Churchill, le remplaçant de Chamberlain (qui mourut en 1941, accablé par le poids de sa tragique erreur) à la tête du cabinet de guerre (1940-1945). Dès l'automne 1940, les États-Unis aidèrent économiquement et militairement la Grande-Bretagne avec la loi prêt-bail, qui leur permettait d'acheter du matériel de guerre alors que les caisses du Trésor étaient vides. L'alliance avec l'URSS en juin 1941, puis avec les États-Unis après Pearl Harbor en décembre 1941, permit à la Grande-Bretagne de mener la guerre d'un pays de 58millions d'habitants, alors qu'elle n'en comptait que 48 millions. En 1942, la victoire de Montgomery à El-Alamein marqua, à l'Ouest, le tournant de la guerre, comme Stalingrad le fit à l'Est; à partir de ce moment, les Alliés prirent le dessus sur l'Allemagne, qui capitula le 8 mai 1945. L'après-guerre À la surprise générale, les élections de 1945 donnèrent une écrasante majorité au Parti travailliste au Parlement. Au cours des années qui suivirent, les travaillistes, dirigés par Clement Attlee, cherchèrent à promouvoir l'égalité sociale en Grande-Bretagne et à reconstruire un pays ruiné: pour la première fois depuis le XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne était une nation débitrice. Le National Insurance Act de 1946 (assurances nationales) et le National Health Service (service national de santé) furent adoptés en 1948. Mesures très populaires, elles établirent ce qu'on appelle l'État-providence (Welfare State). Elles s'inspirèrent toutes les deux des rapports d'après-guerre du libéral William Beveridge. Les nationalisations de la Banque d'Angleterre, de l'industrie du charbon, du gaz et de l'électricité, des chemins de fer et de la plupart des lignes aériennes, du transport routier et des industries sidérurgiques furent effectuées sans opposition. En 1948, les travaillistes éliminèrent les dernières traces du vote plural (c'est-à-dire le vote dans plus d'une circonscription électorale) et réduisirent la durée du veto de la Chambre des lords à une année. Cependant, la Grande-Bretagne, avec l'aide du plan Marshall mis en place par les États-Unis (1948-1952), se relevait et s'unissait à d'autres puissances européennes et aux États-Unis dans l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) en 1949, afin de faire face à la menace soviétique. En 1948, le Royaume-Uni quitta la Palestine sous mandat, permettant la fondation d'Israël. Le gouvernement travailliste, conscient que les fonds publics de la Grande-Bretagne étaient au plus bas et qu'il était incapable de contenir les nombreuses demandes d'autodétermination, accorda l'indépendance à l'Inde et au Pakistan, en 1947, et à la Birmanie et à Ceylan en 1948. Le gouvernement conservateur (1951-1964) Une fois son programme social mis en place, le gouvernement travailliste perdit les élections de 1951. Winston Churchill revint au pouvoir. À l'exception de la dénationalisation de l'industrie du fer et de l'acier, les conservateurs ne firent aucune tentative pour inverser la législation ou le programme d'État-providence mis en place par les travaillistes. Avec la réduction des impôts sur le revenu et le démantèlement de la législation de guerre et d'après-guerre, l'immobilier prit son essor et le commerce international entra dans une période florissante. En juin 1952, le couronnement d'Élisabeth II semblait ouvrir une période de prospérité et de paix. Le successeur et gendre de Churchill, le ministre des Affaires étrangères sir Anthony Eden (1955-1957), amena son parti à une deuxième victoire aux élections de 1955. Toutefois, son mandat en tant que Premier ministre prit brusquement fin avec la crise qui suivit la nationalisation du canal de Suez par le gouvernement nationaliste de Nasser en 1956. Les troupes franco-britanniques occupèrent le canal de Suez et l'Égypte, tandis que l'armée israélienne s'emparait du Sinaï. Sous la pression de l'URSS, qui menaçait d'intervenir directement, et les pressions diplomatiques des États-Unis, refusant de cautionner une aventure coloniale, Français et Anglais quittèrent l'Égypte. Cet épisode sanctionna la perte de l'influence britannique au Moyen-Orient. Eden démissionna et son successeur, Harold Macmillan, comte de Stockton (1957-1963), comprit la leçon: il réussit à se faire élire trois fois de suite et put mettre en œuvre la politique de décolonisation qui s'avérait nécessaire. Contrairement à celle de la France, la décolonisation britannique se déroula, à quelques cas près, sans conflits gravissimes. Le Soudan avait déjà obtenu son indépendance en 1956. Au cours des sept années suivantes, le Ghana, le Nigeria, la Somalie, la Tanzanie, la Sierra Leone, l'Ouganda et le Kenya suivirent l'exemple. La plupart de ces États restèrent membres du Commonwealth des Nations, à l'exception de l'Union d'Afrique du Sud, dominée par la minorité blanche, qui quitta le Commonwealth en 1961 et s'autoproclama république. L'indépendance fut également accordée à la Malaisie, à Chypre et à la Jamaïque. En 1961, Macmillan déposa la demande britannique d'adhésion auprès de la Communauté économique européenne (CEE). De nombreux Britanniques ne se sentaient pas prêts. La candidature britannique fut contrée par le veto du président Charles de Gaulle. En 1963, Macmillan fut remplacé par un Premier ministre conservateur, sir Alec Douglas-Home, qui fut battu de justesse aux élections de 1964 par le travailliste Harold Wilson. La société permissive Au cours des années 1960, la Grande-Bretagne connut un vaste mouvement de contestation sociale qui s'est exprimé dans la mode, la musique et les spectacles populaires. Ce phénomène fit de Londres une capitale mondiale de la musique, du théâtre et de la mode. Le gouvernement travailliste d'Harold Wilson (1964-1970) chercha à la fois à étendre les chances d'accès à l'enseignement supérieur et à mettre fin à un système d'enseignement secondaire qui séparait le monde académique des autres étudiants. Pendant les dernières années de la décennie, les lois sur le divorce se simplifièrent, l'avortement fut légalisé, les discriminations pesant sur les pratiques homosexuelles se relâchèrent, la peine de mort fut abolie, les femmes obtinrent l'égalité des salaires à travail égal, et l'âge du droit de vote passa de vingt et un à dix-huit ans. En 1970, les conservateurs revinrent au pouvoir avec Edward Heath. La Grande-Bretagne rejoignit la CEE en 1973 et, deux ans plus tard, le premier référendum national de l'histoire britannique approuva largement cette initiative. Les tentatives d'Heath, en 1972 et en 1973, pour geler salaires et prix rencontrèrent l'opposition des mineurs. Heath perdit de peu les élections générales de février 1974; Harold Wilson put former un gouvernement travailliste minoritaire qui, sous sa direction et, après 1976, celle de James Callaghan, gouverna cinq ans. La question irlandaise Pendant les années 1970, le gouvernement dut également faire face aux difficultés en Irlande et en Écosse. Le mouvement pour les droits civils de la minorité catholique d'Irlande du Nord, en butte à une réaction très violente des protestants d'Irlande du Nord, obligea le gouvernement britannique à envoyer des troupes pour maintenir l'ordre; en 1972, il interdit le Parlement autonome d'Irlande du Nord. Les violences des organisations paramilitaires protestantes eurent pour effet de jeter la population catholique dans le giron de l'IRA, qui, en 1967, n'était plus qu'une organisation d'anciens combattants. Bénéficiant d'un sang neuf, l'Armée républicaine irlandaise put mener une guérilla urbaine et des campagnes d'attentats terroristes, qui ensanglantèrent l'Irlande et la Grande-Bretagne; en 1979, l'IRA assassina lord Mountbatten et, en 1984, un attentat faillit coûter la vie à Margaret Thatcher. L'objectif de l'IRA, la réunification de l'Irlande du Nord avec le Sud, renforça les extrémistes protestants de l'UDF; la majorité restait attachée à l'appartenance au Royaume-Uni. Les mesures britanniques restreignirent progressivement, sans y mettre un terme définitif, la vague d'attentats à la bombe et d'assassinats en Irlande du Nord et en Angleterre. En Écosse, on assista à un réveil inattendu du nationalisme écossais. Le Parti national écossais fit d'excellents scores aux élections de 1974, et le gouvernement Callaghan (1976-1979) tenta d'établir un Parlement semi-autonome à Édimbourg. Mais une majorité d'Écossais repoussa ce plan au référendum de 1979. Difficultés économiques sous le gouvernement travailliste Le gouvernement travailliste en place de 1974 à 1979 mit fin au gel des salaires et des prix, mais le pays connut un taux d'inflation de 25 p.100 en 1975. Vers la fin des années 1970, la politique britannique polarisa entre le Parti travailliste, souhaitant un accroissement du rôle de l'État afin de créer une plus grande égalité sociale, et les conservateurs. Un hiver d'agitation sociale provoqua, en mars 1979, la chute de James Callaghan. La décennie Thatcher Les élections d'avril 1979 portèrent au pouvoir Margaret Thatcher, qui fut la première femme à accéder au poste de Premier ministre dans l'histoire britannique et européenne. Elle conserva ses fonctions durant onze ans. Les premières années de gouvernement de Margaret Thatcher furent difficiles. Influencée par les monétaristes ultra-libéraux de l'école de Chicago, elle rompit avec les traditions du Welfare State. Elle chercha à résorber l'inflation par une politique de taux d'intérêt élevés et de restrictions des dépenses publiques. Elle accepta que la restructuration de l'appareil industriel se fasse au prix d'un chômage énorme, limita au minimum les aides sociales et s'attaqua à la toute-puissance des syndicats. En 1981 et 1982, cette politique rencontra quelques succès, mais aux dépens du monde du travail: les taux de chômage atteignirent leurs niveaux les plus élevés depuis les années 1930. Le gouvernement, ébranlé par la montée du chômage, sut exploiter le conflit des Malouines. La «Dame de fer» envoya un corps expéditionnaire qui reprit les îles en juin, assurant une confortable victoire aux conservateurs (42 p.100) aux élections de juin 1983. En juin 1987, un phénomène similaire eut lieu; ces victoires ne furent pas seulement la conséquence de la guerre des Malouines, mais également celle de la division de l'opposition. En 1980, un groupe de travaillistes, dirigé par Roy Jenkins et David Owen, démissionna du parti, et forma le Parti social-démocrate en 1981. Le nouveau parti, rejoint par les libéraux, recueillit 25 et 23 p.100 des suffrages en 1983 et 1987, les travaillistes n'en recueillant que 28 et 31 p.100. Servie par la «rente» du pétrole de la mer du Nord, Margaret Thatcher poursuivit son programme: les privatisations d'entreprises, toujours en cours en 1996, assurèrent des rentrées monétaires substantielles à l'État, qui abaissa l'impôt sur le revenu, désormais limité à deux taux: 25 p.100 et 40 p.100. La Grande-Bretagne devint attractive pour les investisseurs, les lois antisyndicales de 1984 affaiblirent les Trade Unions désormais sur la défensive, la clause d'embauche des syndicats ayant été supprimée. Cette politique agressive avait plusieurs inconvénients: d'une part, la persistance d'un chômage structurel massif (de 7 à 14 p.100 de la population active suivant les années); d'autre part, la concentration de la richesse dans le sud de l'Angleterre au détriment du nord (sans compter l'aggravation des inégalités sociales). Ce fut une réforme fiscale qui fit chuter le gouvernement Thatcher: la tentative d'instaurer un impôt local, la poll tax, touchant toutes les personnes indépendamment de leurs revenus réels et par essence inégalitaire, déclencha la crise. La politique de la «Dame de fer», de plus en plus critiquée -y compris au sein du Parti conservateur- entraîna sa chute. En butte aux attaques d'une majorité au sein de son propre parti, inquiet de l'aggravation de l'inflation et de l'impopularité de la poll tax, Margaret Thatcher dut démissionner en novembre 1990. De John Major à Tony Blair Le nouveau Premier ministre, John Major, poursuivit une politique similaire. Les troupes britanniques participèrent à la guerre du Golfe. La reprise de la crise en 1992 amena John Major à faire sortir la livre du SME, une politique exactement inverse de celle de Margaret Thatcher; malgré la récession économique, le Parti conservateur remporta à une courte majorité les élections générales d'avril. Le leader du parti travailliste, Neil Kinnock, démissionna après les élections et fut remplacé par John Smith. À la suite des élections, le gouvernement Major fit face à une crise financière croissante, aggravée par l'affaiblissement de la livre sur le marché des changes, par un taux élevé de l'inflation et du chômage et par une récession s'étendant à tout le pays. John Major devint le plus impopulaire de tous les Premiers ministres britanniques. En 1993, les révélations sur les contacts établis à la demande du gouvernement Major avec le Sinn Féin, l'aile politique de l'IRA, faillirent déclencher un scandale. John Major et le Premier ministre irlandais Albert Reynolds publièrent un communiqué demandant à l'IRA de cesser ses activités terroristes pendant trois mois, durée après laquelle le Sinn Fein se joindrait aux discussions sur l'avenir de l'Irlande du Nord. En mars 1994, l'IRA reconnut sa responsabilité dans deux attaques au mortier sur l'aéroport d'Heathrow, à Londres. Certains observateurs conclurent que l'IRA tentait d'obtenir une meilleure position dans ses négociations avec le gouvernement britannique. Le 31 août 1994, l'IRA annonça un cessez-le-feu sans conditions, promettant de suspendre ses opérations militaires pendant les négociations de paix. En octobre, les groupes paramilitaires loyalistes (protestants) annoncèrent à leur tour une trêve. Le cessez-le-feu de l'IRA et des loyalistes dura jusqu'à la moitié de 1995. En réponse à l'arrêt des campagnes d'attentats, les patrouilles militaires britanniques en Irlande du Nord furent réduites; en mars 1995, les patrouilles de jour régulières furent définitivement arrêtées dans toute la province. Toutefois, la transformation des négociations en une table ronde sur l'avenir de l'Irlande du Nord, réunissant tous les belligérants, fut entravée par les unionistes d'Irlande du Nord, hostiles à tout changement, et par le refus de l'IRA de remettre ses armes lourdes. Des discussions directes entre le gouvernement britannique et le Sinn Fein furent entamées en décembre 1994. La reprise des attentats par l'IRA en 1996 semble avoir de nouveau enrayé le processus de paix. En mai 1994, le successeur de John Smith à la tête du Parti travailliste, Tony Blair, acheva la transformation du parti en une organisation de centre gauche. En avril 1995, les travaillistes abandonnèrent leur programme de nationalisation, et prirent leurs distances à l'égard des syndicats . Cette réforme du Parti travailliste, qui adopta le nom de New Labour, permit à Tony Blair de remporter une large victoire lors des élections du 1er mai 1997, mettant fin ainsi à dix-huit années de conservatisme. Avec 44,5 p. 100 des suffrages, les travaillistes acquirent la majorité absolue au sein de la Chambre des communes, soit 419 sièges; les conservateurs remportèrent 165 sièges, les libéraux-démocrates, 46, et les autres partis, 29 sièges. L'une des premières initiatives du nouveau gouvernement fut l'annonce de la ratification de la charte sociale européenne. |