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Le Pasteur
Révélation
V
25
1.
J'avais prié dans ma maison et je m'étais assis sur le lit
quand je vis entrer un homme d'apparence glorieuse, en costume de berger,
enveloppe d'une peau de chèvre blanche, une besace sur les épaules
et un bâton à la main. Il me salua et je lui rendis son salut.
2. Tout de suite, il s'assit près de moi et me dit : " J'ai
été envoyé par le plus vénérable des
anges, pour habiter avec toi tout le reste de tes jours. "
3. Il me sembla qu'il était là pour m'éprouver et
je lui dis : " Mais toi, qui es-tu ? Car moi, dis-je, je sais bien
à qui j'ai été confié. " Il me dit :
" Tu ne me reconnais pas ? - Non, dis-je. - Je suis, dit-il, le Pasteur
à qui tu as été confié. "
4. Il parlait encore que son aspect changea et alors je le reconnus :
c'était bien celui à qui j'avais été confié
; et tout de suite, rempli de confusion, la peur me saisit et la douleur
m'accable : ne lui avais-je pas répondu de façon méchante,
insensée ?
5. Mais il me répondit : " Ne te trouble pas ; au contraire,
raffermis-toi dans les préceptes que je vais te donner. Car j'ai
été envoyé, dit-il, pour te montrer encore une fois
tout ce que tu as vu précédemment, les principaux points
qui vous sont utiles. Toi donc, prends note tout d'abord des Préceptes
et des Similitudes. Le reste, tu l'écriras comme je te l'indiquerai
; si je t'ordonne, dit-il, d'écrire d'abord les Préceptes
et les Similitudes, c'est pour que, les ayant sous la main, tu puisses
les lire et les observer. " 6. J'ai donc écrit les Préceptes
et les Similitudes, comme il me l'avait ordonné.
7. Et si vous les écoutez, si vous les observez, si vous marchez
dans cette voie et les mettez en pratique avec un coeur pur, vous obtiendrez
du Seigneur tout ce qu'il vous a promis. Mais si, après les avoir
entendus, vous ne faites pas pénitence, si vous ajoutez encore
à vos péchés, vous recevrez du Seigneur tout le contraire.
Voici tout ce que m'a ordonné d'écrire le Pasteur, l'ange
de la pénitence.
-
Précepte
I
26
1.
" Premier point entre tous : crois qu'il n'y a qu'un seul Dieu, celui
qui a tout créé et organisé (Ep 3,9), qui a tout
fait passer du néant à l'être (2 M 7,28 ; cf. Sg 1,14),
qui contient tout et qui n'est pas contenu.
2. Crois donc en lui et crains-le, et, et par cette crainte, sois continent.
Observe ces préceptes et tu rejetteras de toi toute dépravation,
tu revêtiras toute vertu de justice et tu vivras pour Dieu - si
du moins tu observes ce commandement.
1. Il me dit : "
Maintiens-toi dans la simplicité, l'innocence, et tu seras comme
les petits enfants qui ignorent le mal destructeur de la vie des hommes.
2. Et d'abord, ne dis du mal de personne et ne prends pas de plaisir à
écouter le médisant (cf. Jc 4,11) ; sinon, tu auras part,
toi qui l'écoutes, au péché du médisant, si
du moins tu ajoutes foi à la médisance entendue. Car en y
ajoutant foi, tu seras, toi aussi, hostile à ton frère, et
c'est ainsi que tu auras part au péché de médisance.
3. La médisance est mauvaise, c'est un démon agité,
jamais en paix, il ne se plaît que dans les discordes. Tiens-toi donc
bien loin de lui et tes rapports avec tout le monde seront toujours parfaits.
4. Revêts-toi de gravité : avec elle, point d'achoppement,
mais rien que des chemins unis et de l'allégresse. Fais le bien et
du produit du labeur que Dieu t'accorde, donne à tous les indigents
avec simplicité, sans t'inquiéter (de savoir) à qui
tu donneras et à qui tu ne donneras pas : donne à tous ; car
Dieu veut qu'on fasse profiter tout le monde de ses propres largesses.
5. Ceux qui reçoivent rendront compte à Dieu du motif et de
la destination de ce qu'ils auront reçu : ceux qui recevront dans
le besoin ne seront pas jugés, mais ceux qui trompent pour recevoir
seront punis.
6. Celui qui donne, lui, est irréprochable, car, comme il a reçu
du Seigneur ce ministère à remplir, il l'a rempli avec simplicité
: sans examiner à qui donner et à qui ne pas donner. Et le
ministère qui s'est ainsi achevé dans cette simplicité
est glorieux devant Dieu. Celui donc qui s'acquitte ainsi de son service
vivra pour Dieu.
7. Observe donc ce précepte comme je te l'ai dit, pour que ta pénitence
et celle de ta maison soient trouvées simples, pures, innocentes
et incorruptibles. "
Précepte
III
28.
1. Il me dit de nouveau : " Aime la vérité, qu'elle seule
puisse sortir de ta bouche ; de la sorte, l'esprit que Dieu a logé
dans ta chair sera trouvé authentique aux yeux de tous les hommes
et ainsi sera glorifié le Seigneur, qui habite en toi, car le Seigneur
est vrai en toutes ses paroles et il n'y a en lui aucun mensonge.
2. Les menteurs renient donc le Seigneur et le dépouillent, puisqu'ils
ne lui rendent pas le dépôt qu'il leur a confié. Car
ils ont reçu de lui un esprit qui ne ment pas ; s'ils le lui rendent
mensonger, ils violent le commandement du Seigneur et se font spoliateurs.
"
3. En entendant cela, je fondis en larmes. Il me voit pleurer et me dit
: " Pourquoi pleures-tu ? --Parce que, Seigneur, dis-je, je ne sais
pas si je puis être sauvé. --Pourquoi ? dit-il --C'est que
dans ma vie, Seigneur, je n'ai pas encore dit une parole vraie, mais depuis
toujours, j'ai vécu de fourberie envers tous et j'ai fait passer
mes mensonges pour la vérité aux yeux de tout le monde. Personne
ne m'a jamais contredit : on a eu confiance en mes paroles. Comment donc
puis-je vivre, Seigneur, après ces vilenies ?
4.--Tu penses bien et juste, dit-il. Car tu aurais dû, comme serviteur
de Dieu, marcher dans la vérité, ne pas faire cohabiter en
toi une mauvaise conscience avec l'esprit de vérité, ne pas
affliger un esprit auguste et véridique. --Jamais, Seigneur, dis-je,
je n'ai entendu parler de règles si précises.
5. Maintenant donc, dit-il, tu les entends. Observe-les : ainsi, même
les mensonges que tu faisais antérieurement dans tes affaires obtiendront
créance, puisqu'on trouvera vrai ton langage d'aujourd'hui ; car
ils peuvent aussi obtenir créance. Si m observes ces préceptes
et qu'à partir de maintenant tu ne dises plus que la vérité,
tu pourras acquérir la vie et quiconque observera ce commandement
et s'abstiendra du mensonge, ce grand vice, celui-ci vivra pour Dieu.
- Précepte
IV
29.(1)
" 1. Je t'ordonne,
dit-il de garder la chasteté et que ne monte pas à ton coeur
le désir d'une autre femme (que la tienne), ni d'une quelconque fornication,
ni d'aucun autre vice semblable. Car ce faisant, tu commettrais un grand
péché. Souviens-toi toujours de ta femme et tu ne pécheras
jamais
2. Si ces désirs montent à ton coeur, tu pécheras et
si ce sont d'autres pensées aussi mauvaises, tu commets un péché.
Car ce désir, pour un serviteur de Dieu, est un grand péché.
Mais si on accomplit cet acte vicieux, c'est la mort qu'on se prépare.
3. Veilles-y donc, abstiens-toi de ce désir, car là où
habite la sainteté, au coeur d'un homme juste, l'iniquité
ne devrait pas monter. "
4. Je lui dis : " Seigneur, permettez-moi de vous poser quelques questions.--Parle,
dit-il.--Seigneur, dis-je, si quelqu'un a une femme qui croit au Seigneur,
et qu'il découvre qu'elle est adultère, est-ce qu'il commet
un péché à vivre avec elle ?
5.--Tout le temps qu'il l'ignore, dit-il, il ne commet pas de péché
; mais s'il apprend le péché de sa femme et qu'elle, au lieu
de se repentir, persiste dans l'adultère, à vivre avec elle
le mari partage sa faute et participe à l'adultère.
6.--Que fera donc le mari, Seigneur, dis-je, si la femme persiste dans cette
passion ? --Qu'il la renvoie, dit-il, et qu'il reste seul. Mais si, après
avoir renvoyé sa femme, il en épouse une autre, lui aussi
alors, il commet l'adultère (Mc 10, 11 ; Mt 5,
32 ; 19, 9 ; cf. 1 Co 7, 11).
7.--Et si, Seigneur, dis-je, après avoir été renvoyée,
la femme se repent et veut revenir à son mari, ne faudra-t-il pas
l'accueillir ?
8.--Certes, dit-il. Si le mari ne l'accueille pas, il pèche, il se
charge d'un lourd péché, car il faut accueillir celui qui
a péché et qui se repent, mais non beaucoup de fois. Pour
les serviteurs de Dieu, il n'y a qu'une pénitence. C'est en vue du
repentir que l'homme ne doit pas se remarier. Cette attitude vaut d'ailleurs
aussi bien pour la femme que pour l'homme.
9. L'adultère, dit-il, ne consiste pas uniquement à souiller
sa chair : celui-là aussi commet l'adultère, qui vit comme
les gentils. Donc, si quelqu'un persiste dans cette conduite sans se repentir,
écarte-toi de lui, ne vis plus avec lui ; sinon tu as part à
sa faute.
10. Si on vous a enjoint de ne pas vous remarier, homme ou femme, c'est
parce que, dans de tels cas, la pénitence est possible.
11. Donc, dit-il, mon intention n'est pas de faciliter l'accomplissement
de tels péchés, mais t'empêcher que le pécheur
retombe. Pour ce qui est du péché antérieur, il y a
quelqu'un qui peut apporter remède : c'est celui qui a le pouvoir
de tout faire. "
- . 30.
(2)
1. Je continuai à
le questionner : " Puisque le Seigneur m'a jugé digne de vous
avoir toujours dans ma maison, supportez encore quelques paroles de moi,
car je ne comprends rien et mon coeur s'est endurci (Mc 6, 52) par mes méfaits
passés. Instruisez-moi, car je suis tout à fait dépourvu
d'intelligence et je ne comprends absolument rien. "
2. Il me dit en réponse : " Je suis, moi, dit-il, préposé
à la pénitence et à tous ceux qui se repentent, je
donne l'intelligence. Ne te semble-t-il pas, dit-il, que le fait de se repentir
est lui-même de l'intelligence ? Le repentir, dit-il, est un acte
de grande intelligence ; car le pécheur comprend qu'il a fait le
mal devant le Seigneur (Jg 2, 11 ; 3, 12 ; 4, 1 ; 10, 6 ; 13, 1 ; etc.)
et l'acte qu'il a commis lui remonte au coeur et il se repent et il ne commet
plus le vice ; au contraire, il met tout son zèle à faire
le bien, humilie son âme et l'éprouve, puisqu'elle a péché.
Tu vois donc que le repentir est un acte de grande intelligence.
3. --Voici pourquoi, Seigneur, dis-je, je vous demande tout cela avec autant
de minutie. C'est d'abord que je suis un pécheur, que je veux savoir
ce que je dois faire pour pouvoir vivre, car mes péchés sont
nombreux et divers.
4.--Tu vivras, dit-il, si tu observes mes commandements et si tu marches
dans leur voie, et quiconque sera attentif à ces commandements et
les observera, vivra pour Dieu.
31.
(3)
1. " Seigneur, dis-je, j'ajouterai encore une question. - Parle, dit-il.
- J'ai entendu certains docteurs dire qu'il n'y a pas d'autre pénitence
que celle du jour où nous descendîmes dans l'eau et où
nous reçûmes le pardon de nos péchés antérieurs.
"
2. Il me dit : " Ce que tu as entendu est exact. Il en est ainsi. Celui
qui a reçu le pardon de ses péchés ne devrait, en effet,
plus pécher, mais demeurer en sainteté.
3. Mais puisqu'il te faut toutes les précisions, je t'indiquerai
ceci aussi, sans donner prétexte de pécher à ceux qui
croiront ou à ceux qui se mettent maintenant à croire au Seigneur,
car les uns comme les autres n'ont pas à faire pénitence de
leurs péchés : ils ont l'absolution de leurs péchés
antérieurs.
4. C'est donc uniquement pour ceux qui ont été appelés
avant ces tout derniers jours que le Seigneur a institué une pénitence.
Car le Seigneur connaît les coeurs, et sachant tout d'avance, il a
connu la faiblesse des hommes et les multiples intrigues du diable, qui
fera du tort aux serviteurs de Dieu et exercera contre eux sa malice.
5. Dans sa grande miséricorde, le Seigneur s'est ému pour
sa créature et a institué cette pénitence et il m'a
accordé de la diriger.
6. Mais je te le dis, reprit-il : si, après cet appel important et
solennel, quelqu'un, séduit par le diable, commet un péché,
il dispose d'une seule pénitence ; mais s'il pèche coup sur
coup, même s'il se repent, la pénitence est inutile à
un tel homme : il aura bien de la peine à jouir de la vie. "
7. Je lui dis : " Seigneur, je reviens à la vie après
ces renseignements détaillés. Car je sais que si je n'ajoute
plus à mes péchés, je serai sauvé. - Tu seras
sauvé, dit-il, et tous ceux qui feront ainsi. "
-
- 32.
(4)
1. Je le questionnai de nouveau : " Seigneur, puisque pour une
fois vous tolérez mes (questions), indiquez-moi encore ceci.
- Parle, dit-il. - Si une femme, Seigneur, dis-je, ou un homme meurt
et que le conjoint se remarie, ce dernier commet-il une faute en se
remariant ?
2. - Non, dit-il, mais s'il reste seul, il s'acquiert auprès
du Seigneur un honneur, une gloire supplémentaire (cf. 1 Co 7,
38-40). Mais s'il se remarie, il ne pèche point.
3. Observe donc scrupuleusement la chasteté et la sainteté,
et tu vivras pour Dieu. Tout ce que je te dis et te dirai, observe-le
à partir de ce jour où tu m'es confié et j'habiterai
dans ta maison.
4. De tes fautes passées, tu auras rémission, si tu observes
mes commandements. Et tous auront rémission, s'ils observent
mes commandements et s'ils marchent dans cette chasteté.
Précepte
V
33.
(1)
" 1. Sois patient, dit-il, et prudent, et tu triompheras de toutes
les turpitudes et tu réaliseras toute justice.
2. Si tu es patient, l'Esprit-Saint qui habite en toi sera pur de n'être
pas obscurci par un autre esprit mauvais. Trouvant un large espace libre,
il sera content, il se réjouira avec le vase 73 qu'il habite
et servira Dieu avec grande allégresse, puisqu'il aura en lui
la plénitude.
3. Mais si arrive un accès de colère, tout de suite l'Esprit-Saint,
qui est délicat, se trouve à l'étroit, sans espace
pur, et il cherche à quitter ce lieu : il est étouffé
par l'esprit mauvais, il n'a plus l'espace où servir Dieu comme
il veut, souillé qu'il est par la colère. Car le Seigneur
habite dans la patience et le diable dans la colère.
4. Que ces deux esprits habitent ensemble est donc un grand malheur
pour l'homme en qui ils habitent
5. Si tu prends une toute petite goutte d'absinthe et que tu la verses
dans un pot de miel, n'est-il pas vrai que tout le miel est perdu, que
tant de miel est gâté par si peu d'absinthe, qu'elle corrompt
la douceur du miel qui n'a plus le même charme pour le maître,
puisqu'il est devenu amer et a perdu son utilité ? Mais si on
ne jette pas d'absinthe dans le miel, on le trouve doux et le maître
peut l'utiliser.
6. Tu le vois donc : la patience surpasse le miel en douceur, elle est
utile au Seigneur et il habite en elle ; en revanche, la colère
est amère et inutilisable. Si donc on mêle la colère
et la patience, la patience en est souillée et Dieu n'a que faire
de sa prière.
7. - je voudrais, Seigneur, dis-je, connaître les effets de la
colère, pour m'en bien garder. - Certes, dit-il, si tu ne t'en
lardes pas, toi et ta maison, tu anéantis tous tes espoirs. Garde-toi
d'elle, car je suis avec toi. Et ils se garderont d'elle, tous ceux
qui feront pénitence du fond de leur coeur ; car je serai avec
eux et je les protégerai, puisqu'ils ont été justifiés
par l'ange le plus vénérable.
-
34.
(2)
" 1. Écoute,
dit-il, quels sont les effets de la colère, comment elle est mauvaise,
comment par sa puissance elle pervertit mes serviteurs, comment elle les
détourne de la justice. Elle ne détourne pas, il est vrai,
ceux qui sont entiers dans leur foi, elle ne peut rien sur eux, car ma
puissance est avec eux ; elle n'égare que les gens vides de leur
foi et hésitants.
2. Quand elle voit de telles gens tranquilles, elle s'insinue en leur
coeur. alors, pour un rien, l'homme ou la femme se laissent gagner par
l'aigreur, à propos de détails de la vie quotidienne, de
nourriture, d'une chicane, d'un ami, d'un cadeau donné ou reçu
ou de toute autre niaiserie pareille : tout cela est fou, vain, insensé,
funeste aux serviteurs de Dieu.
3. La patience, elle, a de la grandeur de la force, une énergie
vigoureuse et solide qui s'épand largement ; elle est gaie, réjouie,
sans souci ; elle glorifie le Seigneur à toute occasion (Tb 4,
19 ; Ps 34, 2). Rien en elle n'est amer : en tout, elle reste douce et
calme. La patience habite avec ceux qui ont la foi entière.
4. La colère est tout d'abord sotte, légère, stupide
; ensuite, de la stupidité, naît l'aigreur, de l'aigreur,
l'irritation, de l'irritation, la fureur, de la fureur, le ressentiment.
Et ce ressentiment, né de tant de maux, devient un péché
énorme et incurable.
5. Lorsque tous ces esprits viennent habiter un même vase où
habite déjà l'Esprit-Saint, le vase ne peut plus tout contenir,
et déborde.
6. Donc l'esprit délicat, qui n'a pas l'habitude de demeurer avec
un mauvais esprit ni avec la dureté, s'éloigne d'un tel
homme et cherche à habiter avec la douceur et le calme.
7. Mais quand il s'éloigne de l'homme, en qui il habitait, cet
homme se vide de l'esprit juste et désormais plein des esprits
mauvais, il s'agite dans tous ses actes, tiraillé en tous sens
par les esprits mauvais et il devient complètement aveugle, loin
de la droite réflexion. Voilà ce qui arrive à tous
les colériques.
8. Abstiens-toi donc de la colère, cet esprit si mauvais! Revêts-toi
de patience, résiste à la colère, à l'aigreur
et tu seras trouvé en compagnie de la sainteté qu'aime le
Seigneur. Veille à ne pas négliger ce commandement, car
si tu parviens à l'observer, tu pourras garder aussi les autres
commandements que je vais t'imposer. Aie de la force, de l'énergie
à leur propos, et qu'ils en aient aussi, tous ceux qui veulent
marcher dans cette voie
Précepte
VI
35.
(1)
" 1. je t'ai ordonné, dit-il, dans le premier Précepte,
de garder la foi, la crainte et la continence. - Oui, Seigneur, dis-je.
- Maintenant, dit-il, je veux te montrer leurs vertus, pour que tu comprennes
quels sont leur force et leurs effets respectifs. Leurs effets sont de
deux sortes : ils ont rapport au juste et à l'injuste.
2. Toi, aie confiance au juste, mais non à l'injuste ; car la justice
suit une voie droite, l'injustice, une voie tortueuses. Suis donc la voie
droite et unie, laisse la voie tortueuse.
3. La voie tortueuse n'est pas frayée, mais impraticable, pleine
d'obstacles, rocailleuse, épineuse. Elle est funeste à ceux
qui la prennent ;
4. mais ceux qui prennent la voie droite marchent sur un terrain uni et
sans obstacles, car elle n'est ni rocailleuse, ni épineuse. Tu
vois donc qu'il est plus avantageux de la prendre.
5. - Il me plaît, Seigneur, dis-je, de la prendre. - Tu la prendras,
dit-il, et quiconque du fond du coeur se tournera vers le Seigneur (Jr
24, 5 ; Jl 2, 12 ; cf. Ps 22, 9 ; 51, 15) la prendra.
36.
(2)
" 1. Écoute maintenant, dit-il, ce qui concerne la foi. Il
y a deux anges avec l'homme : l'un, de justice, l'autre, du mal.
2. - Comment donc, Seigneur, dis-je, distinguerai-je leur action, si les
deux anges habitent avec moi ?
3. - Écoute, dit-il, et comprends. L'ange de justice est délicat,
modeste, doux, calme. Quand c'est lui qui monte à ton coeur, d'emblée,
il te parle de justice, de chasteté, de sainteté, de tempérance,
de tout acte juste, de toute vertu noble. Quand tout cela te monte au
coeur, sache que l'ange de justice est avec toi, car ce sont là
les oeuvres de l'ange de justice ; aie confiance en lui et en ses oeuvres.
4. Vois maintenant les oeuvres de l'ange du mal. Et tout d'abord, il est
colérique, amer, insensé ; et ses oeuvres mauvaises corrompent
les serviteurs de Dieu. Quand donc il monte à ton coeur, connais-le
d'après ses oeuvres,
5. - Comment je le distinguerai, Seigneur, dis-je, je l'ignore. - Écoute,
dit-il. Quand la colère s'empare de toi, ou l'aigreur, sache qu'il
est en toi ; de même les désirs d'activité dispersée,
les folles dépenses en festins nombreux, en boissons enivrantes,
en orgies incessantes, en raffinements variés et superflus, la
passion des femmes, de la grande richesse, l'orgueil exagéré,
la jactance et tout ce qui y ressemble : si cela te monte au coeur, sache
que l'ange du mal est en toi.
6. Puisque donc tu connais ses oeuvres, éloigne-toi de lui, ne
crois pas en lui, car ses oeuvres sont mauvaises et funestes aux serviteurs
de Dieu. Voilà quelle est l'action des deux anges. Comprends-la
et mets ta confiance dans l'ange de justice.
7. Éloigne-toi de l'ange du mal puisque son enseignement est mauvais
en tout. Car si quelqu'un est très fidèle et que le désir
de cet ange monte à son coeur, il est inévitable que celui-là,
homme ou femme, commette le péché.
8. Qu'un homme ou une femme, au contraire, soit tout à fait dépravé
et que les oeuvres de l'ange de justice montent à son coeur, il
est inévitable qu'il fasse le bien.
9. Tu vois donc qu'il est bon de suivre l'ange de justice et de renoncer
à l'ange du mal. 10. Ce commandement indique ce qui concerne la
foi, pour que tu aies foi dans les oeuvres de l'ange de justice et en
les accomplissant, tu vivras pour Dieu. Crois aussi que les oeuvres de
l'ange du mal sont funestes ; en les évitant, tu vivras pour Dieu.
-
Précepte
VII
37.
" 1. Crains,
dit-il, le Seigneur, et garde ses commandements (Qo 12, 13). En gardant
les commandements de Dieu, tu seras fort en toute action et ta façon
d'agir sera incomparable. Car en craignant le Seigneur, tu feras tout
bien. C'est cette crainte-là qu'il te faut avoir, et tu seras sauvé.
2. Le diable, ne le crains pas. En craignant le Seigneur, tu triompheras
du diable, car il n'a pas de pouvoir. Et qui n'a pas de pouvoir n'inspire
pas de crainte. Mais celui dont le pouvoir est renommé, (celui-là)
se fait craindre. Car quiconque a du pouvoir inspire de la crainte ; celui
qui n'en a pas est méprisé de tous.
3. Crains les oeuvres du diable, parce qu'elles sont mauvaises. Et en
craignant le Seigneur, tu craindras les oeuvres du diable et loin de les
accomplir, tu les éviteras.
4. Il y a deux sortes de crainte : si tu veux faire le mal, crains le
Seigneur, et tu ne le feras pas. Mais si tu veux faire le bien, crains
(encore) le Seigneur, et tu le feras". Tant la crainte du Seigneur
est puissante, grande, glorieuse. Crains donc le Seigneur et tu vivras
pour lui. Et tous ceux qui le craindront et observeront ses commandements,
vivront pour Dieu.
5. - Pour. quoi, Seigneur, dis-je, avez-vous dit (seulement) de ceux qui
observent ses commandements : " Ils vivront pour Dieu " ? -
Parce que, dit-il, toute la création craint le Seigneur, mais elle
ne garde pas toute ses commandements Ce sont donc ceux qui le craignent
et qui gardent ces commandements qui vivent auprès de Dieu. Mais
ceux qui ne les gardent pas n'ont pas la vie en eux..
-
Précepte
VIII
38.
1. Je t'ai dit, reprit-il,
que les créatures de Dieu sont de deux sortes ; la tempérance
aussi est de deux sortes. Car il est des choses dont il faut s'abstenir
et des chose dont il ne le faut pas.
2. - Faites-moi connaître, Seigneur, dis-je, ce dont je dois et
ce dont je ne dois pas m'abstenir. - Écoute, dit-il. Abstiens-toi
du mal et ne le fais pas ; mais ne t'abstiens pas du bien : fais-le, au
contraire. Car si tu t'abstiens de faire le bien, tu commets un grand
péché ; en revanche, si tu t'abstiens de faire le mal, tu
commets un grand acte de justice. Abstiens-toi donc de tout mal, et fais
le bien.
3. - Quels sont, Seigneur, dis-je, les vices dont il faut nous abstenir
? - Écoute, dit-il : l'adultère, la fornication, les excès
de boisson, la mollesse coupable, les festins multipliés, le luxe
que permet la richesse, l'ostentation, l'orgueil, la jactance, le mensonge,
la médisance, l'hypocrisie, la rancune et tout méchant propos.
4. Voilà de loin les plus mauvaises actions dans la vie des hommes
De ces actions, le serviteur de Dieu doit s'abstenir ; car celui qui ne
s'en abstient pas ne peut vivre pour Dieu. Écoute donc les vices
qui s'ensuivent.
5. - Il y a encore, Seigneur, dis-je, d'autres mauvaises actions ? - Et
beaucoup, dit-il, dont le serviteur de Dieu doit s'abstenir : le vol,
le mensonge, la spoliation, le faux témoignage, la cupidité,
la passion mauvaise, la tromperie, la vaine gloire, la vantardise et tous
les vices semblables.
6. Ne te semble-t-il pas que tout cela est mal ? - C'est très mal,
dis-je, pour les serviteurs de Dieu. - De tout cela, il faut que le serviteur
de Dieu s'abstienne. Abstiens-toi donc de tout cela, afin de vivre pour
Dieu et d'être inscrit avec ceux qui s'en abstiennent. Voilà
ce dont tu dois t'abstenir.
7. Ce dont il ne faut pas s'abstenir, ce qu'il faut faire, le voici. Ne
t'abstiens pas du bien, fais-le au contraire.
8. - Montrez-moi, Seigneur, dis-je, la puissance des bonnes actions, pour
que je suive leur voie, que je les serve afin de pouvoir être sauvé
en les accomplissant. - Écoute, dit-il, les oeuvres du bien qu'il
te faut accomplir et non éviter.
9. En tout premier lieu, la foi, la crainte du Seigneur, la charité,
la concorde, la parole de justice, la vérité, la résignation
: il n'y a rien de meilleur dans la vie humaine. Si quelqu'un les observe,
loin de s'en abstenir, il est bienheureux dans sa vie.
10. Et voici les suites de ces vertus : assister les veuves, visiter les
orphelins et les indigents, racheter de l'esclavage les serviteurs de
Dieu, être hospitalier (car dans l'hospitalité se rencontre
parfois l'occasion de faire le bien), ne s'opposer à personne,
être calme, se faire l'inférieur de tout le monde, honorer
les vieillards, pratiquer la justice, garder la fraternité, supporter
la violence, être patient, n'avoir pas de rancune, consoler les
âmes affligées, ne pas rejeter ceux qui sont inquiets dans
la foi, mais les convertir, leur rendre du coeur, reprendre les pécheurs,
ne pas accabler les débiteurs et les indigents, et autres actions
semblables.
11. Ne te semble-t-i-1 pas que ce soient là de bonnes actions ?
reprit-il. - Qu'y a-t-il de mieux, Seigneur ? dis-je. - Marche donc dans
cette voie, dit-il, ne t'en abstiens pu et tu vivras pour Dieu.
12. Observe ce commandement ; si tu fais le bien au lieu de t'en abstenir,
tu vivras pour Dieu et tous vivront pour Dieu, qui agiront ainsi. Et je
le répète : si tu ne fais pas le mal, si tu t'en abstiens,
tu vivras pour Dieu et vivront pour Dieu tous ceux qui garderont ces préceptes
et marcheront dans leur voie. "
-
Précepte
IX
39.
1. Il me dit : "
Enlève de toi le doute et n'hésite pas le moins du monde
à demander quelque chose à Dieu, ans te dire : " Comment
pourrais-je demander quelque chose à Dieu et l'obtenir, après
avoir commis de si grands péchés à son égard
? "
2. Ne raisonne pas ainsi, mais plutôt, du fond du coeur, tourne-toi
vers le Seigneur (Jr 24, 7 ; Jl 2, 12) et prie-le avec confiance et tu
connaîtras sa grande miséricorde : il n'aura garde de t'abandonner
; au contraire, il comblera la prière de ton âme.
3. Car Dieu n'est pas comme les hommes rancuniers : il ne connaît
pas la rancune et il a compassion de sa créature.
4. Toi donc, purifie ton coeur de toutes les vanités de ce monde
et de ce que je t'ai dit auparavant ; prie le Seigneur et tu obtiendras
tout ; aucune de tes prières ne sera repoussée, si toutefois
tu pries le Seigneur avec confiance.
5. En revanche, si tu doutes en ton coeur, tu n'obtiendras rien de tes
prières ; car ceux qui doutent de Dieu sont des irrésolus
et ils n'obtiennent rien de ce qu'ils demandent. 6. Au contraire, ceux
dont la foi est entière, demandent tout avec pleine confiance dans
le Seigneur (Ps 2, 13 ; etc.) et ils sont exaucés, parce qu'ils
prient avec foi, sans incertitude. Tout homme incertain, s'il ne fait
pénitence, sera bien difficilement sauvé. 7. Purifie donc
ton coeur de tout doute, te. vêts-toi de foi, car elle est forte
; aie confiance que Dieu exaucera toutes tes prières. Et si un
jour tu as demandé quelque chose au Seigneur et qu'il tarde à
te l'accorder, ne sois pas ébranlé de ce que la prière
de ton âme n'a pas été exaucée tout de suite
: de toute façon, c'est en vue d'une épreuve ou à
cause d'une faute que tu ignores, que tu tardes à être exaucé.
8. Ne cesse donc pas de demander ce que ton âme souhaite et tu l'obtiendras.
Mais si en priant, tu tombes dans le découragement et le doute,
n'accuse que toi et non celui qui te donne.
9. Vois ce doute : il est mauvais, insensé, et il déracine
de la foi bien des gens, même des gens très fidèles
et fermes, Car le doute est le fils du diable et il fait beaucoup de mal
aux serviteurs de Dieu.
10. Méprise donc le doute, triomphes-en en tout ; revêts-toi
dans ce but d'une foi ferme et puissante. C'est la foi qui promet tout,
qui accomplit tout ; le doute, (lui n'a même pas confiance en lui-même,
échoue dans tout ce qu'il entreprend.
11. Tu vois, dit-il, que la foi vient d'en haut, du Seigneur, et qu'elle
a grande puissance ; le doute, lui, n'est qu'un esprit terrestre qui vient
du diable ; il n'a aucune puissance. 12. Sers donc la foi qui a la puissance,
et éloigne-toi du doute, qui n'en a pas, et tu vivras pour Dieu,
et tous ceux qui pensent ainsi, vivront pour Dieu.
-
Précepte
X
40.(1)
" 1. Éloigne
de toi, dit-il, la tristesse, car elle est soeur du doute et de la colère.
2. - Comment, Seigneur, dis-je, est-elle leur soeur ? Il me semble que
la colère est une chose, le doute, une autre chose, et la tristesse,
une autre encore. - Tu n'es pas un homme intelligent, dit-il ; ne comprends-tu
pas que la tristesse est le plus méchant de tous les esprits et
le plus redoutable pour les serviteurs de Dieu et que plus que tous les
esprits, elle ruine l'homme, chasse l'Esprit-Saint et puis le sauve (cf.
2 Co. 7, 10) ?
3. - Il est vrai, Seigneur, dis-je, je ne suis pas intelligent et je ne
comprends pas ces paraboles. je ne vois pas comment elle peut chasser,
puis sauver.
4. - Écoute, dit-il Ceux qui n'ont jamais fait de recherche au
sujet de la vérité, de la divinité, qui se sont bornés
à croire, enfoncés dans les affaires, la richesse, les amitiés
païennes et dans de nombreuses autres occupations de ce monde, tous
ceux qui ne vivent que pour cela ne peuvent comprendre les paraboles concernant
la divinité. Ces divertissements les obscurcissent, les perdent,
et ils se dessèchent.
5. Les bons vignobles, s'ils viennent à manquer de soins, sont
desséchés par les chardons et les herbes de toute espèce
: de même, les hommes qui ont embrassé la foi et qui se perdent
dans ces multiples activités dont j'ai parlé, s'égarent
loin de leur bon sens et ne comprennent plus rien à la justice
: même lorsqu'on leur parle de la divinité et de la vérité,
leur esprit est tout à leurs affaires et ils ne comprennent rien.
6. Mais ceux qui craignent Dieu, qui s'inquiètent de la divinité
et de la vérité, qui tiennent leur coeur (tourné)
vers le Seigneur, ceux-là saisissant et comprennent plus vite tout
ce qu'on leur dit, car ils ont en eux la crainte du Seigneur (cf. Ps 111,
10 ; Pr 1, 7, etc.) ; là où habite le Seigneur, se trouve
aussi la complète intelligence. Attache-toi donc fermement au Seigneur
et tu saisiras et comprendras tout.
-
41.
(2)
1. Écoute
donc, dit-il, esprit borné, comment la tristesse chasse l'Esprit-Saint
et puis sauve (2 Co 7, 10).
2. Quand un hésitant entreprend une action et qu'il échoue
à cause de son hésitation, la tristesse s'insinue en lui
et attriste l'Esprit-Saint et le chasse.
3. Ensuite, lorsqu'à son tour la colère s'empare d'un homme
à propos de quoi que ce soit et l'aigrit, de nouveau la tristesse
s'insinue dans le coeur de l'homme qui s'est laissé aller à
la colère ; il s'attriste sur ce qu'il a fait et il se repent d'avoir
fait le mal.
4. Donc, cette tristesse semble apporter le salut, puisque celui qui a
fait le mai s'est repenti. Ces deux attitudes attristent l'esprit : le
doute, parce qu'il échoue dans ce qu'il entreprend, la colère,
parce qu'elle fait le mal. Tous les deux, le doute et la colère,
sont affligeants pour l'Esprit-Saint.
5. Éloigne donc de toi la tristesse et n'étouffe par l'Esprit-Saint
(Ep 4, 30) qui habite en toi, de peur qu'il ne prie Dieu contre toi et
ne s'éloigne de toi.
6. Car l'Esprit de Dieu qui a été donné à
ta chair ne supporte ni la tristesse ni le manque d'espace.
42.
(3)
1. " Revêts-toi donc de la gaieté (Qo. 26, 4) qui plaît
toujours à Dieu et qu'il accueille favorablement : fais-en tes
délices. Tout homme gai fait le bien, pense le bien et méprise
la tristesse.
2. L'homme triste fait toujours le mal. D'abord, il fait le mal parce
qu'il attriste l'Esprit-Saint donné joyeux à l'homme ; ensuite,
en attristant l'Esprit-Saint, il commet l'iniquité en ne priant
pas le Seigneur et en ne lui avouant pas ses péchés. Car
jamais la prière de l'homme triste n'a la force de monter à
l'autel de Dieu.
3. - Pourquoi, dis-je, la prière d'un homme triste ne monte-t-elle
pas à l'autel ? - Parce que, dit-il, la tristesse siège
dans son coeur. Mêlée à la prière, la tristesse
ne lui permet pas de monter pure à l'autel. Le vinaigre et le vin,
mêlés, n'ont plus le même agrément : de même
la tristesse, mêlée à l'Esprit-Saint, n'est pas capable
de la même prière-
4. Purifie-toi donc de cette tristesse mauvaise et tu vivra pour Dieu,
et ils vivront pour Dieu, ceux qui rejetteront loin d'eux la tristesse
et se revêtiront de la seule joie.
-
Précepte
XI
43
1. Il me montra des
hommes assis sur un banc et un autre homme assis dans une chaire. Et il
me dit : " Tu vois les gens assis sur le banc? - je vois, dis-je,
Seigneur. - Ceux-là, dit-il, sont fidèles, et celui qui
est assis dans la chaire est un faux prophète : il corrompt le
jugement des serviteurs de Dieu, mais de ceux qui doutent, non des fidèles.
2. Ceux qui doutent viennent à lui comme à un devin et le
questionnent sur leur avenir 81. Et ce faux prophète, sans avoir
en lui aucune puissance d'esprit divin, leur répond selon leurs
questions et leurs désirs du vice, et il remplit leurs âmes
de ce qu'ils souhaitent.
3. Car étant vain lui-même, il donne des réponses
vaines à des hommes vains. Quelle que soit la question, il répond
selon la vanité de son interlocuteur. Il y ajoute cependant quelque
vérité, car le diable le remplit de son esprit, dans l'espoir
de briser quelque juste.
4. Or, ceux qui sont forts dans la foi du Seigneur, revêtus de vérité,
ne s'attachent pas à de tels esprits, mais se gardent d'eux ; ceux,
en revanche, qui sont hésitants et qui constamment changent d'avis,
consultent les devins comme les gentils et se chargent du péché
plus grand encore de l'idolâtrie : en effet, celui qui questionne
un faux prophète sur quelque affaire, est idolâtre, vide
de vérité et insensé.
5. Car tour esprit donné par Dieu n'a pas besoin d'être questionné,
mais possédant la puissance de la divinité, il dit tout
spontanément, puisqu'il vient d'en haut (Jc 3, 15), de la puissance
de l'Esprit divin.
6. Mais un esprit qu'on doit questionner et qui parle selon les désirs
des hommes, est terrestre et léger, puisqu'il n'a pas de puissance
; et il ne dit mot, s'il n'est questionné. 7. - Mais comment, Seigneur,
dis-je, saura-t-on qui parmi eux est le vrai et qui est le faux prophète
? - Voici, dit-il, au sujet des deux sortes de prophètes, et c'est
d'après ce que je vais te dire que tu éprouveras le vrai
et le faux prophète. Éprouve l'homme qui détient
l'Esprit divin d'après sa vie !
8. D'abord, celui qui détient l'Esprit divin venant d'en haut,
est doux, calme, modeste ; il s'abstient de tout mal, de tout vain désir
de ce monde ; il se fait l'inférieur de tous et ne répond
à aucune question de qui que ce soit ; il ne se parle pas en particulier
et ce n'est pas lorsque l'homme a envie de parler que parle l'Esprit-Saint
: il parle lorsque Dieu veut qu'il parle.
9. Quand donc l'homme qui détient l'Esprit divin entre dans une
assemblée d'hommes justes qui ont foi en l'Esprit divin, et que
cette assemblée fait une prière à Dieu, alors l'ange
de l'Esprit prophétique qui est près de lui remplit cet
homme et celui-ci, rempli de l'Esprit-Saint, parle à la foule comme
le veut le Seigneur.
10. Voilà comment se manifestera l'Esprit de la divinité
; telle est la puissance du Seigneur sur l'Esprit de la divinité.
11. Écoute maintenant, dit-il, ce qui concerne l'esprit terrestre,
vain, sans puissance, insensé.
12. D'abord, cet homme qui croit posséder l'Esprit s'exalte lui-même,
il veut obtenir le premier rang et le voilà tout de suite effronté,
impudent, bavard ; il se vautre dans de multiples raffinements et de multiples
autres illusions et il accepte des rémunérations pour ses
prophéties ; s'il n'en reçoit pas, il ne prophétise
pas. Est-ce qu'un Esprit divin peur accepter un salaire pour prophétiser
? Il n'est pas possible qu'un prophète de Dieu agisse ainsi : l'esprit
de tels prophètes est terrestre.
13. Ensuite, il n'approche pas du tout d'une assemblée d'hommes
justes : il les fuit. Il s'attache aux hésitants pleins de vanité,
c'est dans les coins qu'il leur fait des prophéties et il les trompe
en ne leur disant que des choses vaines, conformes à leurs désirs
: car c'est à des gens vains qu'il répond. Un pot vide ajouté
à d'autres pots vides ne se brise pas ; ils font (seulement) le
même bruit.
14. Quand le faux prophète entre dans une assemblée pleine
d'hommes justes qui détiennent l'Esprit de divinité, s'ils
se mettent à prier, cet homme se vide et l'esprit terrestre, pris
par la peur, s'enfuit de lui et l'homme est atteint de mutisme, et tout
brisé, il ne peut plus parler.
15. Si tu serres à la réserve du vin ou de l'huile et que
tu mettes au milieu un pot vide, quand tu voudras débarrasser la
réserve, le pot que tu y as mis vide, tu le retrouveras vide. De
même les prophètes vides, quand ils reviennent parmi les
esprits des justes, tels ils sont venus, tels on les retrouve.
16. Voilà la vie des deux genres de prophètes. Éprouve
donc d'après ses actes et sa vie, l'homme qui se dit porteur de
l'Esprit.
17. Toi, aie confiance en l'Esprit qui vient de Dieu et qui a de la puissance,
mais n'aie pas du tout confiance en l'esprit terrestre et vide, car il
n'y a pas de puissance en lui : il vient du diable.
18. Écoute la comparaison que je vais te faire. Prends une pierre
et jette-la vers le ciel : vois si tu peux l'atteindre ! Ou bien prends
une seringue et lance un jet vers le ciel : vois si tu peux percer le
ciel!
19. - Comment, Seigneur, dis-je, cela pourrait-il arriver ? Ce sont deux
choses impossibles! - Autant elles sont impossibles, dit-il, autant les
esprits terrestres sont impuissants et débiles.
20. Prends donc la force qui vient d'en haut : la grêle est un très
petit grain, mais quand elle tombe sur la tête d'un homme, quel
mal elle fait ! Ou bien prends la goutte qui du toit tombe à terre
et perce la pierre.
21. Tu vois ainsi que les plus petites choses qui tombent d'en haut sur
la terre ont une grande force ; de même, l'esprit divin qui vient
d'en haut est puissant". Aie donc confiance en cet esprit et éloigne-toi
de l'autre.
-
Précepte
XII
44.
(1)
1. Il me dit . "
Écarte de toi tout désir mauvais ; revêts-toi du désir
bon et saint. Car revêtu de ce désir, tu haras le désir
mauvais, tu lui mettras un frein comme tu voudras, 2. Le désir
mauvais est sauvage et bien difficile à apprivoiser. Il est terrible
et, par sa sauvagerie, il perd beaucoup d'hommes. Mais surtout le serviteur
de Dieu, s'il tombe dans ce désir et qu'il manque de discernement,
est perdu par lui d'horrible façon. Il provoque aussi la perte
de ceux qui ne sont pas revêtus du bon désir et qui se laissent
ballotter par ce siècle. Ceux-là, il les livre à
la mort.
3. - Quelles sont, Seigneur, dis-je, les oeuvres du mauvais désir
qui livrent les hommes à la mort? Faites-les moi connaître,
pour que je m'en éloigne. - Écoute, dit-il, par quelles
oeuvres le mauvais désir fait mourir les serviteurs de Dieu.
-
45.
(2)
" 1. Avant tout
autre, le désir d'une autre femme, d'un autre homme, le luxe que
permet la richesse, les festins multipliés et vains, l'ivresse
et les mille autre voluptés insensées ; car toute volupté
est insensée et vaine pour les serviteurs de Dieu.
2. Ces désirs sont mauvais, ils tuent les serviteurs de Dieu, car
ce désir mauvais est fils du diable ; il faut donc s'abstenir des
désirs mauvais, pour que, par cette abstention, vous viviez pour
Dieu.
3. Tous ceux qui sont dominés par eux n'y résistent pas,
mourront finalement : car ces désirs sont mortels.
4. Quant à toi, revêts-toi du désir de justice et
cuirassé de la crainte du Seigneur, résiste-leur (Ep. 6,
13) ; car la crainte de Dieu habite dans le bon désir. Le désir
mauvais, s'il te voit cuirassé de la crainte de Dieu et offrant
de la résistance, fuira loin de toi (Jc 4, 7) et tu ne le verras
plus : il craindra tes armes.
5. Et toi, vainqueur et couronné pour sa défaite, va auprès
du juste désir, offre-lui le prix que tu as reçu et sers-le
selon ses volontés. Si tu sers le bon désir et te soumets
à ses ordres, tu pourras triompher du mauvais désir et lui
commander comme tu voudras. "
-
46.
(3)
1. " je voudrais
savoir, Seigneur, dis-je, de quelle façon je dois servir le bon
désir. - Écoute, dit-il. Pratique la justice (Ps 15, 2 ;
Ac 10, 35) et la vertu, la vérité et la crainte du Seigneur,
la foi, la douceur et tout ce qui est semblable. En les pratiquant, tu
plairas au service de Dieu et tu vivras pour lui. Et quiconque sera au
service du bon désir, vivra pour Dieu. "
2. Il avait achevé les douze commandements et il me dit : "
Tu possèdes maintenant ces préceptes ; marche dans cette
voie et exhorte ceux qui les entendront à faire une pénitence
purificatrice le reste des jours de leur vie.
3. Ce ministère dont je te charge, remplis-le scrupuleusement :
tu feras ainsi une grande oeuvre. Car tu trouveras bon accueil auprès
de ceux qui se disposent à faire pénitence et ils croiront
en tes paroles. Moi, je serai avec toi et je les forcerai à te
croire. "
4. Je lui dis : " Seigneur, ces préceptes sont grands, beaux,
glorieux et ils peuvent réjouir le coeur de l'homme (Ps 19, 9 ;
104, 15) qui sera capable de les observer. Mais je ne sais, Seigneur,
si ces préceptes peuvent être gardés par un homme,
car ils sont très durs. "
5. En réponse, il me dit : " Si tu te mets en tête qu'ils
peuvent être gardés, tu les garderas facilement et ils ne
seront pas durs ; mais si te monte déjà au coeur l'idée
qu'ils ne peuvent être gardés par un homme, tu ne les garderas
pas.
6. Mais je te l'affirme : si tu ne les gardes pas, si tu les négliges,
tu n'obtiendras pas le salut, ni tes enfants, ni ta maison, car tu te
condamnes toi-même par ton sentiment que ces préceptes ne
peuvent être gardés par un homme. "
-
47.
(4)
1. Et il me dit cela
d'une façon si indignée que j'en fus tout bouleversé
et qu'il me fit grand peur. Son extérieur avait changé au
point qu'un homme n'aurait pu soutenir sa colère.
2. Me voyant tout troublé et bouleversé, il se mit à
me parler d'une façon plus posée et plus sereine ; il me
dit : " (Homme) insensé, inintelligent, hésitant, tu
ne saisis pas combien la gloire de Dieu est grande (Ps 21, 6 ; 57, 12
; 108, 6 ; 113, 4), forte, admirable, qu'il a créé le monde
pour l'homme (Ps 8, 7), qu'il a soumis toute la création à
l'homme, qu'il lui a donné l'empire absolu sur tout ce qui est
sous le ciel ? 3. Si donc, dit-il, l'homme est seigneur de toutes les
créatures de Dieu et qu'il les domine toutes, ne peut-il pas aussi
dominer ces préceptes ? Certes, dit-il, il peut tout dominer, y
compris ces préceptes, l'homme qui a le Seigneur dans son coeur.
4. En revanche, pour ceux qui ne l'ont que sur le bout des lèvres,
dont le coeur endurci est loin de Dieu, ces préceptes sont durs
et impraticables.
5. Vous donc, les hommes vains et légers dans la foi, mettez le
Seigneur dans votre coeur et vous connaîtrez qu'il n'y a rien de
plus facile que ces préceptes, ni de plus doux, ni de plus humain.
6. Convertissez-vous, vous qui suivez les préceptes du diable,
préceptes difficiles, amers, brutaux, impudiques, et ne craignez
plus le diable, car il n'a aucun pouvoir contre vous.
7. Moi, l'Ange de la pénitence qui triomphe du diable, je serai
avec vous. Il peut faire peur, le diable, mais cette peur manque de force.
Ne le craignez donc pas et il vous fuit "
48.
(5)
1. Je lui dis : " Seigneur, écoute encore quelques mots. -
Dis ce que tu veux, dit-il. - L'homme, Seigneur, dis-je, a le désir
de garder les préceptes de Dieu et il n'est personne qui ne demande
au Seigneur de l'affermir dans ses préceptes et de l'y soumettre.
Mais le diable est dur et il domine les hommes.
2. - Il ne peut, dit-il, dominer les serviteurs de Dieu, si du fond du
coeur, ils espèrent en lui. Le diable a le pouvoir de lutter, il
n'a pas celui de triompher. Si donc vous lui opposez de la résistance,
vaincu il vous fuira tout honteux (Jc 4, 7). Mais tous ceux qui sont vides,
dit-il, craignent le diable comme s'il avait du pouvoir.
3. Un homme a rempli de bon vin tout un assortiment d'amphores et parmi
ces amphores, quelques-unes ne sont pas tour à fait pleines. S'il
vient voir ses amphores, il ne s'occupe pas des pleines, car il sait qu'elles
sont pleines. Il s'occupe de celles qui ne le sont pas, car il craint
qu'elles ne s'aigrissent - les amphores non remplies s'aigrissent vite
et le vin perd son agrément.
4. De même, le diable : il vient éprouver tous les serviteurs
de Dieu (1 P 5, 8). Tous ceux qui sont entiers dans leur foi lui résistent
énergiquement et lui, faute de trouver l'endroit par où
entrer en eux, les quitte. Il va alors vers ceux qui ne sont pas bien
remplis (de la foi), il trouve de la place et entre en eux : il fait en
eux ce qu'il veut ; ils deviennent pour lui des esclaves.
49.
(6)
" 1. Et moi,
l'Ange de la pénitence, je vous le dis - ne craignez pas le diable,
car j'ai été envoyé, dit-il, pour être avec
vous qui faites pénitence du fond du coeur et pour vous affermir
dans la foi.
2. Ayez donc confiance en Dieu, vous qui, à cause de vos péchés,
désespériez de la vie, qui ajoutiez à vos péchés,
qui alourdissiez votre vie, puisque, si vous vous convertissez au Seigneur
du fond de votre coeur (Jr 24, 7 ; Jl, 2, 12), si vous pratiquez la justice
(Ps 14, 2 ; Ac 10, 35 ; He 11, 3) le reste des jours de votre vie, si
vous le servez convenablement selon sa volonté, il vous guérira
de vos péchés passés et vous donnera le pouvoir de
triompher des oeuvres du diable. La menace du diable, ne la craignez pas
du tout : il est sans force, comme les nerfs d'un mort.
3. Écoutez-moi donc et craignez celui qui peut tout, sauver et
perdre (Jc 4, 12 ; Mt 10, 28 ; Lc 6,9 ; etc.), et observez ses commandements
et vous vivrez pour Dieu. "
4. Je lui dis : " Seigneur, je suis maintenant affermi dans tous
les commandements de Dieu, parce que vous êtes avec moi. Et je sais
que vous abattrez toute la puissance du diable et nous, nous le dominerons
et nous l'emporterons sur toutes ses oeuvres. Et j'espère que,
le Seigneur me donnant la force, je pourrai garder les préceptes
que vous m'avez ordonnés.
5. - Tu les garderas, dit-il, si ton coeur purifié se tourne vers
le Seigneur, et tous les garderont qui se purifieront le coeur des vains
désirs de ce monde, et ils vivront pour Dieu. "
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