Les écrits des Pères Apostoliques
Le Pasteur
Autre similitude [V]
54. (1)


1. Je jeûnais assis sur une montagne et je rendais grâces à Dieu de tout ce qu'il avait fait pour moi. (Soudain) j'aperçois le Pasteur assis près de moi qui me dit ceci : c Pourquoi es-tu venu ici de si grand matin ? - C'est que, Seigneur, je monte la garde.
2. - Qu'est-ce que cette garde ? dit-il. - Je jeûne, Seigneur, dis-je. - Et quel est, reprend-il, le jeûne que vous observez ? - Je jeûne comme d'habitude, Seigneur, dis-je. 3. - Vous ne savez pas, dit-il, jeûner pour le Seigneur, et ce n'en est pas un, ce jeûne sans valeur que vous observez. - Pourquoi dites-vous cela, Seigneur ? dis-je. - Je dis, reprend-il, que ce jeûne que vous vous imaginez observer n'en est pas un ; mais je vais t'enseigner quel est le jeûne agréable parfait aux yeux du Seigneur. - Oui, dis-je, Seigneur, vous me rendrez heureux si je puis connaître le jeûne agréable à Dieu. - Écoute, dit-il.
4. Dieu ne veut pas de ce jeûne vain. Car en jeûnant de cette façon pour Dieu, tu ne fais rien pour la justice. Jeûne pour Dieu de la façon suivante.
5. Ne fais rien de mal dans ta vie et sers le Seigneur avec un coeur pur ; observe ses commandements (Mt 19, 17) en marchant selon ses préceptes et qu'aucun mauvais désir ne monte à ton coeur. Aie confiance en Dieu ; je crois que, si tu agis ainsi en le craignant et en t'abstenant de toute mauvaise action, tu vivras pour Dieu. Et si tu agis ainsi, tu mèneras à bien un jeûne important et agréable à Dieu.

 
                                                55. (2)
" 1. Écoute cette parabole que je vais t'exposer, relative au jeûne.
2. Quelqu'un avait une terre et beaucoup d'esclaves. Dans une partie de sa terre, il planta une vigne, il choisit un serviteur très fidèle qui lui plaisait et sur le point de partir à l'étranger, il l'appela et lui dit : " Charge. toi de cette vigne que j'ai plantée, entoure-la d'une clôture pendant mon absence, mais n'y fais rien autre. Observe cet ordre et tu seras libre chez moi. " Le maître de l'esclave partit pour l'étranger.
3. Après ce départ, l'esclave s'occupa et entoura la vigne d'une clôture ; mais la clôture achevée, il s'aperçut que la vigne était pleine d'herbes.
4. Il réfléchit et se dit en lui-même : " J'ai exécuté l'ordre du maître ; maintenant, je vais bêcher la vigne et elle sera meilleure, une fois bêchée ; débarrassée des herbes, elle donnera plus de fruits, puisqu'elle ne sera plus étouffée. Décidé, il bêcha la vigne et arracha toutes les herbes qui s'y trouvaient. Et la vigne devint très belle et florissante, sans les herbes qui l'étouffaient.
5. Après un certain temps revint le naître de l'esclave et de la terre ; il alla à son vignoble, il le vit clôturé convenablement et en plus, bêché et débarrassé de toutes les herbes, et les vignes florissantes : il se réjouit fort des travaux de l'esclave.
6. Il appela donc son fils bien-aimé, son héritier, et ses amis qui étaient ses conseillers. Il leur dit ce qu'il avait ordonné à l'esclave et tout ce qu'il avait trouvé réalisé. Et ceux-là se réjouirent avec l'esclave du témoignage que le maître lui rendait. 7. Et le maître leur dit : " J'ai promis la liberté à cet esclave s'il exécutait l'ordre que je lui avais donné. Il l'a exécuté et en plus, il a bien travaillé la vigne et par là il m'a plu singulièrement. Aussi, en récompense de ce travail qu'il a fourni, je veux le faire cohéritier de mon fils, parce qu'il a eu une bonne idée et que, loin de l'écarter, il l'a réalisée. "
8. Le fils du maître approuva cette intention de désigner l'esclave comme son cohéritier.
9. Quelques jours plus tard, le maître faisait un banquet et il envoya du banquet beaucoup de mets à cet esclave. Celui-ci accepta les mets que le maître lui envoyait, il en retint suffisamment pour lui et distribua le reste à ses compagnons d'esclavage. 10. Ceux-ci le reçurent, se réjouirent et se mirent à prier pour lui afin que, de les avoir ainsi traités, il fût encore plus en faveur auprès du maître.
11. Celui-ci entendit parler de tout ce qui s'était passé et de nouveau, il se réjouit fort de la conduite de l'esclave. Il appela de nouveau ses amis et son fils et leur rapporta le geste qu'il avait fait à propos des mets reçus. Et eux, furent encore plus d'avis qu'il devînt cohéritier du fils du maître. "
  
 
                                                56. (3)
                                             
1. Je lui dis : " Moi, Seigneur, je ne comprends pas ces paraboles et je ne puis en avoir idée si vous ne me les expliquez pas.
2. - Je t'expliquerai tout, dit-il, et tout ce que je te dirai, je te l'éclaircirai.
3. Garde les commandements du Seigneur (Qo 12, 13 ; Mt 19, 17) et tu plairas à Dieu et tu seras inscrit au nombre de ceux qui gardent ses commandements. Mais si tu fais du bien en dehors du commandement de Dieu, tu t'acquerras une gloire plus grande et tu seras plus estimé aux yeux de Dieu que tu ne l'aurais été. Si donc, tout en gardant les commandements de Dieu, tu y ajoutes ces bonnes oeuvres, tu te réjouiras, à condition de les faire selon mes indications. "
4. Je lui dis : " Seigneur, tout ce que vous m'indiquerez, je l'observerai. Car je sais que vous êtes avec moi. - Je serai, dit-il, avec toi, puisque tu as un tel désir de faire le bien, et je serai avec tous ceux, dit-il, qui ont le même désir.
5. Ton jeûne, dit-il, si les commandements du Seigneur sont observés, sera fort beau. Voilà donc comment tu observeras le jeûne que tu veux pratiquer.
6. Tout d'abord, garde-toi de toute parole mauvaise et de tout désir mauvais et purifie ton coeur de toutes les vanités de ce siècle. Si tu observes cela, ton jeûne sera parfait.
7. Et voici comment tu feras. Après avoir accompli ce que tu as écrit auparavant, le jour que tu jeûneras, tu ne prendras rien, sauf du pain et de l'eau et tu calculeras le prix des aliments que tu aurais pu manger ce jour-là et tu le mettras de côté pour le donner à une veuve, à un orphelin, ou à un indigent 108 et ainsi tu te feras humble pour que grâce à cette humilité, celui qui a reçu (l'aumône) rassasie son âme et prie le Seigneur pour toi.
8. Si donc tu accomplis le jeûne comme je te le prescris, ton sacrifice sera bien reçu (Qo 35, 9 ; Ph 4, 18 ; cf. Is 56, 7 ; Mt 5, 24 ; 1 P 2, 5) de Dieu et ton jeûne sera inscrit et l'oeuvre ainsi accomplie sera belle, joyeuse, bien accueillie par le Seigneur.
9. Voilà ce que tu observeras avec tes enfants et toute ta maison. Et par là tu seras heureux et tous ceux qui, après avoir entendu ces préceptes, les observeront, seront heureux et tout ce qu'ils demanderont au Seigneur, ils l'obtiendront. "

                                                 57. (4)
 
1. Je lui demandai instamment de m'expliquer le sens symbolique du champ, du maître, de la vigne, de l'esclave qui avait clôturé la vigne, des pieux et des herbes arrachées de la vigne, du fils et des amis conseillers. Car j'avais compris que tout cela était une parabole.
2. Il me dit en réponse : " Tu es bien hardi avec tes questions ! Tu ne dois pas du tout poser de questions, dit-il, car si quelque chose doit t'être montré, il te le sera. " Je lui dis : " Seigneur, tout ce que vous me montrerez sans l'expliquer, c'est en vain que je l'aurai vu et je n'en saisirai pas le sens. De même, si vous me dites des paraboles sans me les expliquer, c'est en vain que aurai entendu quelque chose de vous. "
3. De nouveau il me répondit en ces termes : " Tout serviteur de Dieu qui a le Seigneur dans son coeur peut lui demander la compréhension et il l'obtient (Jc 1, 5, 6 ; 1 R 3, 11) ; et il peut alors s'expliquer n'importe quelle parabole et grâce au Seigneur tout ce qui est dit en paraboles lui devient compréhensible. Mais ceux qui sont nonchalants et paresseux pour la prière hésitent à demander au Seigneur.
4. Le Seigneur est miséricordieux et il exauce tous ceux qui le prient sans hésitation. Quant à toi qui as été raffermi par l'ange glorieux, qui as reçu de lui une telle prière et qui n'es pas paresseux, pourquoi ne demandes-tu pas au Seigneur - et ne reçois-tu pas de lui - la compréhension ? "
5. Je lui dis : " Seigneur, puisque je vous ai près de moi, c'est vous nécessairement que je dois prier et questionner. Car vous me montrez tout et vous me parlez. Si je voyais ou entendais cela sans vous, c'est au Seigneur que je demanderais de m'expliquer. "

                                                58. (5)
 
1. " Je t'ai déjà dit, reprit-il, et il n'y a pas longtemps, que tu es rusé et hardi pour demander l'explication des paraboles. Mais puisque tu es si persévérant, je t'expliquerai le sens symbolique du champ et de tout ce qui s'y rapporte, pour que tu puisses l'expliquer à tous. Entre donc, dit-il, et comprends
2. Le champ, c'est ce monde-ci (Mt 13, 38) et le maître du champ, c'est celui qui a créé toutes choses (Ep 3, 9 ; Ap 3, 11 ; He 3, 4 ; Qo 18, 1), qui les a organisées et qui leur a donné la force (Ps 68, 29). Le fils, c'est le Saint-Esprit et l'esclave, c'est le Fils de Dieu ; les vignes, c'est ce peuple qu'il a lui-même planté.
3. Les pieux, ce sont les saints anges du Seigneur qui retiennent son peuple. Les herbes arrachées à la vigne sont les iniquités des serviteurs de Dieu ; les mets que du festin il a envoyé à l'esclave sont les commandements qu'il a donnés à son peuple par l'intermédiaire de son fils. Les amis et conseillers sont les saints anges créés les premiers. Le voyage du maître, c'est le temps qui reste jusqu'à la parousie de Dieu. " 4. Je lui dis : " Seigneur, tout cela est grand, admirable et glorieux. Est-ce que j'aurais pu, Seigneur, dis-je, comprendre cela par moi-même ? Aucun autre homme non plus, même très intelligent, ne pourrait le comprendre. Expliquez-moi encore, Seigneur, ce que je vais vous demander.
5. - Parle, dit-il, si tu désires une explication. - Pourquoi, Seigneur, dis-je, le Fils de Dieu apparaît-il dans la parabole sous la forme d'un esclave "

                                         59. (6)
 
1. " Écoute, dit-il, le Fils de Dieu n'apparaît pas sous la forme d'un esclave, mais avec grande puissance et souveraineté. - Comment, Seigneur, dis-je, je ne comprends pas. 2. - Puisque, dit-il, Dieu a planté le vignoble, c'est-à-dire qu'il a créé son peuple et l'a confié à son Fils. Et son Fils a constitué les anges gardiens des hommes de ce peuple. Et lui-même a purifié leurs péchés au prix d'un grand labeur et en supportant de grandes peines, car personne ne peut bêcher une vigne sans peine et sans fatigue. 3. Lui donc, après avoir purifié les péchés de son peuple, il leur a montré les sentiers de la vie (Ps 15, 11 ; Pr 16, 17) en leur donnant la loi qu'il avait reçue de son Père (Jn 10, 18 ; 12, 49 ; 14, 31 ; 15, 10). Tu vois, dit-il qu'il est le Seigneur de son peuple, puisqu'il a reçu plein pouvoir de son Père (Mt 28, 18 ; Ep 1, 20-23).
4. Quant au fait que le maître a pris son fils comme conseiller et les anges glorieux, au sujet de l'héritage à accorder à l'esclave, écoute.
5. L'Esprit-Saint préexistant, qui a créé toutes choses, Dieu l'a fait habiter dans la chair qu'il avait choisie. Cette chair donc, dans laquelle l'Esprit-Saint prit demeure, servit fort bien l'Esprit, en marchant dans la voie de la sainteté et de la pureté, sans souiller l'Esprit en aucune façon.
6. Elle s'était conduite dignement, saintement ; elle avait pris sa part des labeurs de l'Esprit et avait collaboré avec lui en toute chose ; elle avait vécu de fermeté et de courage : c'est pourquoi Dieu la choisit comme associée de l'Esprit-Saint. Car la tenue de cette chair avait plu à Dieu : elle ne s'était pas souillée sur terre pendant queue tenait l'Esprit-Saint.
7. Il prit donc comme conseiller le fils et les anges glorieux pour que cette chair qui avait servi l'Esprit-Saint sans reproche, obtînt un lieu de repos et ne parût pas perdre le salaire de ses services. Car toute chair recevra sa rémunération, qui sera trouvée intacte et sans tache et où l'Esprit-Saint aura pris demeure.
8. Tu as ainsi l'explication de cette parabole. "

                                                   60. (7)
1. " J'ai eu grand plaisir, Seigneur, dis-je, à entendre l'explication. - Écoute maintenant, dit-il : garde ta chair pure et intacte, pour que l'esprit qui est venu habiter en elle porte témoignage en sa faveur et quelle soit justifiée.
2. Veille à ce que ne monte jamais à ton c_ur l'idée que ta chair est périssable et veille à ne pas en abuser par quelque souillure. Si tu souilles ta chair, tu souilleras aussi l'Esprit-Saint ; si donc tu souilles ta chair, tu ne vivras pas.
3. - Seigneur, dis-je, s'il y eut ignorance avant qu'on entende ces paroles, comment sera sauvé l'homme qui a souillé sa chair ? - Au sujet des ignorances antérieures, dit-il, Dieu seul peut donner la guérison, car il a tout pouvoir.
4. Mais désormais veille sur toi-même et le Seigneur, dans sa grande miséricorde, les guérira, si désormais tu ne souilles pas ta chair ni l'esprit. Car les deux vont ensemble et ils ne peuvent être souillés séparément. Garde-les donc purs tous les deux et tu vivras pour Dieu. "