Les écrits des Pères Apostoliques

Le Pasteur
Vision III
9. (1)

1. La vision que je vis, frères, la voici.
2. J'avais jeûné souvent et demandé au Seigneur de m'accorder la révélation qu'il avait promis de me faire par l'entremise de cette femme âgée ; la nuit même, je la vis et elle me dit : " Puisque tu as un désir si vif de tout connaître, viens dans le champ où tu cultives de l'épeautre, et vers la cinquième heure, je t'apparaîtrai et te montrerai ce qu'il te faut voir. "
3. Je lui demandai : " Madame, à quel endroit du champ ? - Où tu veux ", dit-elle. Je choisis un bel endroit écarté. Mais avant que je lui réponde et lui indique l'endroit, elle me dit : " Je viendrai là où tu veux. "
4. J'allai donc, frères, dans le champ et je comptais les heures ; j'arrivai à l'endroit où je lui avais dit de venir et j'aperçois un banc en ivoire et sur le banc, un coussin de lin et au-dessus, une fine gaze de lin déployée.
5. De voir ces objets sans aucun être humain à cet endroit, je fus frappé de stupeur et comme un tremblement me prit et mes cheveux se dressèrent. Et une sorte de frisson me saisit, d'être ainsi tout seul. Mais je rentrai en moi-même, je me souvins de la gloire de Dieu, je repris courage : je m'agenouillai et de nouveau, comme antérieurement, je fis au Seigneur l'aveu de mes fautes.
6. Et elle vint, avec six jeunes gens que j'avais vus auparavant, s'approcha de moi, m'écouta prier et avouer mes fautes au Seigneur. Et me touchant, elle me dit : " Hermas, cesse de prier seulement pour tes fautes ; prie aussi pour la justice, afin d'en obtenir un peu pour ta maison. "
7. Alors, de la main, elle me relève, me conduit près du banc et dit aux jeunes gens : " Allez-vous en construire (la tour). "
8. Les jeunes gens se retirèrent, nous laissant seuls ; elle me dit : " Assieds-toi ici. " Je lui réponds : " Madame, faites d'abord asseoir les presbytres. - Assieds-toi, dit-elle, comme je le dis "
9. Je voulus alors m'asseoir à droite, mais elle ne me le permit pas et me fit signe de la main de m'asseoir à gauche. Je réfléchissais et m'affligeais de ce qu'elle ne m'avait pas permis de m'asseoir à droite, quand elle me dit : " Tu t'affliges, Hermas ? A droite, c'est le lieu réservé à d'autres, à ceux qui ont déjà plu au Seigneur et qui ont souffert à cause du Nom. Il s'en faut encore de beaucoup que tu puisses t'asseoir avec eux. Mais persévère, comme jusqu'ici, dans la simplicité et tu t'assiéras avec eux et aussi tous ceux qui feront ce qu'ils ont fait et subiront ce qu'ils ont subi. "

                                                   10. (2)

1. " Et qu'ont-ils subi ? " dis-je. " Écoute, dit-elle : les coups, la prison, de grandes catastrophes, la croix, les fauves, à cause du Nom. C'est pour cela que leur est réservé le côté droit du lieu saint, à eux et à quiconque souffre pour le Nom. Les autres ont le côté gauche. Mais pour les deux catégories --qu'ils soient assis à gauche ou à droite-- ce sont les mêmes dons, les mêmes promesses ; seulement, ceux-là sont assis à droite et jouissent d'une certaine gloire.
2. Toi, tu désires t'asseoir à droite avec eux, mais tes défauts sont nombreux. Tu devras être purifié de tes défauts et tous ceux qui n'auront pas hésité seront purifiés de tous leurs péchés jusqu'à ce jour. "
3. Après ces paroles, elle voulut s'en aller. M'étant jeté à ses pieds, je la suppliai par le Seigneur de m'accorder la vision qu'elle m'avait promise.
4. Elle, de nouveau, me saisit la main, me relève et me fait asseoir à gauche. Elle-même s'assit à droite. Elle lève un bâton éclatant et dit : " Vois-tu une grande chose ? - Madame, je ne vois rien, dis-je. - Tiens, dit-elle, tu ne vois pas en face de toi une grande tour bâtie sut les eaux avec de brillantes pierres carrées ? "
5. Elle était bâtie en carré par les six jeunes gens venus avec elle. Des myriades d'autres hommes apportaient des pierres, les uns, du fond (de l'eau), les autres, de la terre, et ils les passaient aux six jeunes gens. Eux, les recevaient et bâtissaient.
6. Ils plaçaient telles quelles dans la construction toutes les pierres retirées du fond de l'eau, car d'avance, elles s'agençaient et s'emboîtaient parfaitement aux jointures avec les autres pierres ; elles se soudaient si bien entre elles qu'on ne voyait pas les joints. La construction paraissait bâtie d'un seul bloc.
7. Parmi les pierres qu'on amenait de la terre ferme, on rejetait les unes, on utilisait les autres ; on en brisait d'autres encore et on les jetait loin de la tour.
8. Beaucoup d'autres pierres gisaient autour de l'édifice ; on ne les utilisait pas à la construction : les unes étaient effritées, d'autres, fêlées, d'autres, mutilées ; d'autres encore, blanches et rondes, ne pouvaient s'emboîter dans la construction.
9. Je voyais d'autres pierres jetées loin de la tour, tombant sur la route et sans s'y arrêter, roulant dans des endroits impraticables ; d'autres tombaient dans le feu et brûlaient, d'autres tombaient près de l'eau et ne parvenaient pas à y rouler, malgré leur désir.

                                                  11. (3)

1. Après m'avoir montré cela, elle voulut s'en aller. Je lui dis : " Madame, quelle utilité pour moi de voir ces choses, si je n'en connais pas le sens ? " Elle me répond : " Tu t'acharnes à vouloir connaître ce qui concerne la tour. - Oui, dis-je, Madame, pour l'annoncer aux frères, les rendre joyeux et par ce récit, leur faire connaître Dieu dans toute sa gloire. "
2. Elle me dit : " Beaucoup l'entendront. Mais après l'avoir entendu, les uns se réjouiront, d'autres, en revanche, pleureront ; mais même ces derniers, s'ils y font attention et se repentent, se réjouiront eux aussi. Écoute donc les paraboles de la tour. Car je te dévoilerai tout ; seulement, ne me harcèle plus dorénavant à propos de révélations : elles ont un terme. Mais tu ne cesseras pas de m'en demander : tu es insatiable.
3. La tour que tu vois construire, c'est moi, l'Église, que tu as vue maintenant et auparavant. Demande ce que tu veux à propos de la tour : je te le dévoilerai pour que tu te réjouisses avec les saints. "
4. Je lui dis : " Madame, puisque vous m'avez jugé digne de toutes révélations, faites-les moi. " Et elle me dit : " Ce qu'il convient de te révéler te sera révélé. Seulement, que ton c_ur soit tourné vers Dieu et ne doute de rien de ce que tu verras. "
5. Je lui demandai : " Pourquoi la tour est-elle bâtie sur les eaux, Madame ? - Je t'ai dit auparavant, dit-elle, que tu es curieux des Écritures et que tu recherches avec soin. Et en cherchant, tu trouves la vérité. Écoute pourquoi la tour a été construite sur les eaux : parce que votre vie a été sauvée par l'eau et qu'elle le sera encore. La tour a été érigée par la parole du Nom tout-puissant et glorieux, et elle est maintenue par la force invisible du Maître. "
                                                 12. (4)
1. Je lui dis en réponse : " Madame, la chose est grande et admirable. Et les jeunes gens qui travaillent, qui sont-ils, Madame ? - Ce sont les saints anges de Dieu, les premiers créés à qui le Seigneur a confié toute la création à développer, à bâtir, à gouverner. C'est par eux donc que sera achevée ia construction de la tour.
2. - Et les autres qui amènent les pierres, qui sont-ils ? - Ce sont aussi des saints anges de Dieu. Mais les six premiers leur sont supérieurs. Quand donc la construction de la tour sera achevée, tous ensemble, ils se réjouiront autour d'elle et glorifieront le Seigneur de ce qu'elle sera achevée. "
3. Je lui demandai : " Madame, je voudrais connaître la destination et la signification des pierres. " Elle me répondit : " Ne va pas croire que tu sois entre tous digne de cette révélation, car d'autres sont avant toi et meilleurs que toi ; c'est à eux que devraient être révélées ces visions. Mais pour que soit glorifié le nom du Seigneur (Ps 86, 9, 12), tu as reçu et recevras encore ces révélations, pour les hésitants, ceux qui se demandent en leur coeur si tout cela est réel ou non. Dis-leur que tout cela est vrai, que rien de tout cela n'est en dehors de la vérité, mais que tout est sûr, solide et bien fondé.
                                                  13. (5)
" 1. Écoute maintenant ce qui concerne les pierres qui entrent dans la construction. Les pierres carrées blanches, s'agençant bien entre elles, ce sont les Apôtres, les évêques, les docteurs, les diacres qui ont marché selon la sainteté de Dieu et qui ont exercé leur ministère d'évêque, de docteur, de diacre avec pureté et sainteté, pour les élus de Dieu ; les uns sont morts, les autres vivent encore. Et toujours ils se sont accordés entre eux, ont maintenu la paix entre eux et se sont écoutés mutuellement : c'est pour cela que dans la construction de la tour leurs joints sont bien agencés.
2. - Les pierres qu'on tire du fond de l'eau, qu'on pose sur la construction et qui s'agencent bien par leurs joints aux autres déjà utilisées, qui sont-elles ? - Ce sont ceux qui ont souffert pour le nom de Dieu.
3. - Et les autres, celles qu'on apporte de la terre ferme, je voudrais savoir qui elles sont, Madame. " Elle dit : " Celles qui entrent dans la construction sont équarries, ce sont ceux que le Seigneur a approuvés, parce qu'ils ont marché dans la voie droite du Seigneur et qu'ils ont respectés parfaitement ses commandements.
4. - Et celles qu'on amène et qu'on place dans la construction, qui sont-elles ?--Des nouveaux venus à la foi, et fidèles ; les anges leur rappellent de faire le bien et on n'a trouvé en eux aucun mal.
5. - Et celles qu'on repoussait et qu'on rejetait, qui sont-elles ? - Ce sont ceux qui ont péché et qui veulent faire pénitence ; c'est pourquoi on ne les a pas rejetés très loin de la tour : ils seront utiles à la construction s'ils se repentent. Ceux donc qui sont enclins au repentir, s'ils font pénitence, seront fermes dans la foi, à la condition qu'ils se repentent maintenant, pendant que la tour est encore en construction. Quand elle sera achevée, il n'y aura plus de place pour eux : ils seront rejetés ; il ne leur restera qu'une faveur : celle de rester près de la tour.
                                                
  14. (6)
" 1. Tu veux connaître les pierres qu'on brise et qu'on jette bien loin de la tour ? Ce sont les fils d'iniquité ; ils n'ont eu qu'une foi hypocrite et ne se sont pas dépouillés de tout mal. C'est pourquoi ils n'obtiennent pas le salut : ils sont inutiles à la construction a cause de leurs vices ; ils ont donc été brisés et rejetés au loin, par la colère du Seigneur, car ils l'avaient irrité.
2. Parmi les autres que tu as vues joncher le sol sans entrer dans la construction, celles qui sont effritées sont ceux qui ont connu la vérité, mais qui ne persévèrent pas en elle et qui ne fréquentent pas assidûment les saints : d'où leur inutilité.
3. - Et celles qui ont des fêlures, qui sont-elles ? - Ce sont ceux qui, dans leur coeur, gardent une rancune mutuelle et ne font pas régner la paix entre eux (1 Th 5, 13 ; cf. Mc 9, 50), tout en gardant un masque de paix. Et quand ils se séparent, leurs vices persistent dans leur coeur : voilà les fêlures que présentent ces pierres
4. Les pierres mutilées, ce sont ceux qui ont la foi et qui pour l'essentiel s'en tiennent à la justice, mais en qui subsistent des restes d'iniquité : c'est pourquoi elles sont mutilées et tronquées.
5. - Et les pierres blanches, rondes, qui ne peuvent s'adapter à la construction, qui sont-elles, Madame ? " Elle me répondit : " Jusques à quand faudra-t-il que, par stupidité et balourdise, tu demandes tout sans rien comprendre par toi-même ? Ce sont ceux qui possèdent la foi, mais aussi les richesses de ce monde. Et quand arrive l'épreuve, à cause de leurs richesses et de leurs affaires, ils renient leur Seigneur. "
6. Je lui dis en réponse : " Madame, quand seront-ils donc utilisables pour la construction ? - Quand, dit-elle, on aura rogné la richesse qui les entraîne, alors, ils seront utilisables. Une pierre ronde, sans être taillée, sans rejeter un morceau d'elle-même, ne peut devenir carrée : de même, les riches de ce monde, si on ne rogne pas leurs richesses, ne peuvent être utiles au Seigneur.
7. Instruis-toi d'abord d'après toi-même : lorsque tu étais riche, tu étais inutile ; c'est maintenant que tu es tout à fait utilisable pour la vie. Devenez utilisables pour Dieu ! Car toi-même tu as été une de ces pierres.

                                                 15. (7)
1. Les autres pierres que tu as vues jetées loin de la tour, tombant sur le chemin et roulant dans des endroits impraticables, ce sont ceux qui ont eu la foi, mais qui, à cause de leurs doutes, abandonnent la voie de vérité. Ils se figurent trouver une meilleure voie, ils errent et ils se traînent lamentablement par des chemins non frayés. 2. Celles qui tombent dans le feu et brûlent, ce sont ceux qui à jamais se sont écartés du Dieu vivant (Hé. 3, 12) et l'idée de la repentance n'est plus montée à leur coeur : ils n'ont plus que le goût de la débauche et des turpitudes qu'ils ont commises.
3. Et celles qui tombent près des eaux, mais qui ne parviennent pas à rouler dans l'eau, tu veux savoir qui elles sont ? Ce sont ceux qui ont entendu la parole de Dieu (Mc 4, 18 ; Mt 13, 20, 22) et qui veulent être baptisés au nom du Seigneur (Ac 19, 5 ; cf. 2, 38 ; 10, 48). Seulement, lorsqu'ils se rappellent la sainteté qu'exige la vérité, ils changent d'avis et se mettent de nouveau à la remorque de leurs passions mauvaises " (Qo 18, 30).
4. Elle avait fini l'explication de la tour.
5. Je m'enhardis et lui demandai si toutes ces pierres rejetées et impropres à la construction pouvaient faire pénitence et trouver place dans la tour. " Elles peuvent, dit-elle, faire pénitence, mais non pas s'agencer dans cette tour.
6. Elles s'agenceront dans un autre lieu beaucoup plus petit, et cela, lorsqu'elles auront été éprouvées et auront expié leurs péchés pendant le temps fixé. Et ils seront délivrés pour avoir eu part à la Parole de Justice. Et cette délivrance leur arrivera au sortir de leurs épreuves, quand montera à leur coeur la pensée des turpitudes qu'ils ont commises. Sinon, ils ne seront pas sauvés, vu la dureté de leur coeur.

                                          16. (8)

1. Quand j'eus fini de lui poser toutes ces questions, elle me dit : " Veux-tu voir autre chose ? " Moi, très désireux de voir, j'en fus fort réjoui.
2. Me fixant des yeux, elle me sourit et me dit : " Tu vois sept femmes autour de la construction ? - Oui, dis-je, Madame. - La tour est supportée par elle, sur l'ordre du Seigneur.
3. Écoute maintenant leurs fonctions. La première, qui de ses mains domine (les autres), s'appelle la Foi ; c'est par elle que sont sauvés les élus du Seigneur.
4. La suivante, qui a une ceinture et un air viril, s'appelle Continence : c'est la fille de la Foi. Quiconque s'attache à elle est heureux pendant sa vie, parce qu'il s'abstient de toute mauvaise action, car il a confiance que, s'il s'abstient de tout désir pervers, il héritera de la vie éternelle.
5. - Et les autres, Madame, quelles sont-elles ? Elles sont filles l'une de l'autre et s'appellent Simplicité, Science, Innocence, Sainteté, Charité. Si tu accomplis toutes les oeuvres de leur mère, tu pourras vivre.
6. - Je voudrais savoir, dis-je, Madame, quel est le pouvoir de chacune d'elles. - Écoute, dit-elle, quels sont leurs pouvoirs.
7. Il sont subordonnés les uns aux autres et se suivent selon l'ordre de naissance de chacune. De la Foi naît Continence ; de Continence, Simplicité ; de Simplicité, Innocence ; d'Innocence, Sainteté ; de Sainteté, Science ; de Science, Charité. Leurs oeuvres sont pures, saintes, divines.
8. Quiconque se fait leur serviteur et a la force de persévérer dans leurs oeuvres aura sa demeure dans la tour avec les saints de Dieu. "
9. Je lui demandai au sujet des temps, si c'était déjà la fin. Mais elle s'écria d'une voix forte : " Insensé, ne vois-tu pas que la tour est encore en construction ? Dès qu'elle sera achevée, ce sera la fin. Et elle sera vite achevée. Ne me demande plus rien : il vous est suffisant, à toi et aux saints, de vous rappeler cela et de renouveler vos esprits.
10. Mais ce n'est pas pour toi seul que tout cela a été révélé : tu dois le faire connaître à tous, dans trois jours ;
11. tu dois en effet d'abord réfléchir toi-même. Je t'enjoins premièrement, Hermas, de répéter à la lettre pour les saints toutes les paroles que je vais te dire, pour qu'après les avoir écoutées et observées. ils soient purifiés de leurs péchés et toi avec eux.

                                                  17. (9)
" 1. Écoutez-moi, mes enfants. C'est moi qui vous ai élevés en toute simplicité, innocence et sainteté, par la miséricorde du Seigneur, qui a fait tomber sur vous goutte à goutte la justice pour vous justifier et vous sanctifier de tout vice et de toute perversité. Mais vous, vous ne voulez pas vous corriger de vos vices.
2. Maintenant donc, écoutez-moi et faites la paix entre vous (1 Th 5, 13), rendez-vous visite et secourez-vous les uns les autres (cf. Ac 20, 35) et n'accaparez pas pour vous seuls les biens que Dieu a créés, mais donnez-en aussi en abondance aux indigents. 3. Car les uns, à force de ripailles, finissent par affaiblir leur corps et miner leur santé. D'autres, qui n'ont pas à manger, voient leur santé ruinée par l'insuffisance d'aliments, et leur corps dépérit.
4. Cette intempérance vous est nuisible, à vous qui possédez et qui ne donnez rien aux indigents !
5. Voyez le jugement qui arrive. Vous qui avez de trop, cherchez ceux qui ont faim, tandis que la tour n'est pas encore achevée ; car après son achèvement, même si vous voulez faire le bien, vous n'aurez plus l'occasion.
6. Faites donc en sorte, vous qui tirez orgueil de vos richesses, que les indigents n'aient pas à se lamenter (Lc 5, 4), que leurs lamentations ne montent pas jusqu'au Seigneur et qu'avec tous vos biens, vous ne trouviez fermée la porte de la tour.
7. Je m'adresse maintenant aux chefs de l'Église et à ceux qui occupent les premiers rangs. Ne vous rendez pas semblables aux empoisonneurs : eux, ils portent leurs poisons dans des boîtes ; vous, votre poison et votre venin, vous les avez dans le coeur.
8. Vous êtes endurcis et vous refusez de purifier votre coeur et de réaliser l'accord de votre pensée, dans la pureté du coeur pour obtenir miséricorde du grand Roi (Ps 47, 3 ; etc.).
9. Veillez donc, mes enfants, à ce que ces divisions ne vous privent pas de la vie.
10. Comment prétendez-vous former les élus du Seigneur, sans avoir vous-mêmes de formation? Formez-vous donc les uns les autres et faites la paix parmi vous (1 Tb 5, 13), afin que moi aussi, me tenant joyeuse en face du Père, je puisse rendre de vous tous à votre Seigneur un compte favorable. "

                                                  18. (10)
1. Quand elle eut fini de causer avec moi, arrivèrent les six jeunes gens occupés à la construction : ils l'emportèrent près de la tour et quatre autres enlevèrent le banc et l'emportèrent aussi près de la tour. Je ne vis pas leur visage, car ils me tournaient le dos.
2. Comme elle se retirait, je lui demandai de me faire une révélation au sujet des trois formes sous lesquelles elle m'était apparue. Elle me répondit : " À ce sujet, c'est à un autre qu'il faut demander une révélation. "
3. Je l'avais vue, frères, dans la première vision de l'année précédente, très âgée et assise dans un fauteuil.
4. Dans la suivante, elle avait l'aspect plus jeune, mais le corps et les cheveux (encore) vieux, et elle me parlait debout ; elle était plus joyeuse qu'auparavant.
5. Lors de la troisième vision, elle était entièrement jeune et très belle : d'une vieille, elle n'avait plus que les cheveux ; elle fut extrêmement joyeuse et était assise sur un banc.
6. Ces détails, j'étais fort intrigué de les comprendre par la révélation promise. Et la nuit, je vois en vision la femme âgée qui me dit : " Toute demande exige l'humilité. Fais donc jeûne et tu obtiendras ce que tu demandes au Seigneur. "
7. Je fis donc jeûne un jour et la nuit même m'apparut un jeune homme qui me dit : " Pourquoi demandes-tu continuellement des révélations dans ta prière ? Prends garde, en demandant trop, de nuire à ton corps.
8. Les révélations précédentes doivent te suffire. Es-tu capable de supporter des révélations plus fortes que celle que tu as déjà eues? ~
9. Je lui réponds : " Seigneur, je ne demande qu'un détail, concernant les trois formes de la femme âgée, pour compléter la révélation. " Il me répond : " Jusqu'à quand serez-vous insensés ? Hélas ! Ce qui vous rend insensés, c'est de douter et aussi de ne pas tourner votre coeur vers le Seigneur. "
10. Je lui réponds de nouveau : " Mais par vous, Seigneur, nous connaîtrons ces points plus exactement. "
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                                                19. (11)
1 " Écoute, dit-il ; voici ce que tu cherches à propos des trois formes.
2. Dans la première vision, pourquoi la femme âgée t'est-elle apparue âgée et assise dans un fauteuil ? Parce que votre esprit était déjà vieilli, déjà flétri et sans force, de par votre mollesse et vos doutes.
3. Les vieillards, parce qu'ils n'ont plus l'espoir de rajeunir, ne s'attendent plus à rien autre qu'à la mort : de même, vous, amollis par les affaires du siècle, vous vous êtes laissés aller à l'abattement et vous ne vous en êtes pas remis de vos soucis au Seigneur (Ps 54, 23 ; cf. 1 P. 5. 7) ; aussi votre coeur a été brisé et les chagrins vous ont vieillis
4. - Pourquoi était-elle assise dans un fauteuil ? Je voudrais le savoir, Seigneur. Parce que tout homme faible, à cause de sa faiblesse, est obligé de s'asseoir pour réconforter son corps débile. Voilà le sens général de la première vision.

                                                20. (12)
" 1. Lors de la seconde vision, tu la vis debout, l'air plus jeune et plus gai qu'auparavant, mais avec le corps et les cheveux d'une vieille. Écoute, dit-il, la comparaison suivante.
2. Un vieillard qu'ont déjà conduit au désespoir la faiblesse et l'indigence, n'attend plus rien que le dernier jour de sa vie ; mais voici que brusquement lui échoit un héritage ; à cette nouvelle, il s'est levé et tout à la joie, il s'est revêtu de force. Il n'est plus couché, mais debout ; son esprit déjà flétri par ses peines antérieures, rajeunit ; il n'est plus toujours assis, mais agit en homme : il en va de même pour vous, une fois entendue la révélation que le Seigneur vous a faite.
3. Il a eu pitié de vous, il a rajeuni votre esprit ; vous, vous avez rejeté votre mollesse et la force vous est revenue et vous vous êtes affermis dans la foi. Et voyant votre force, le Seigneur s'est réjoui ; c'est pourquoi il vous a montré la construction de la tour et il vous fera encore d'autres révélations, si du fond du coeur vous faites la paix entre vous (1 Th 5, 13).

 
                                                21. (13)
" 1. Lors de la troisième vision, tu la vis plus jeune, belle, gaie, d'un physique charmant.
2. Si un affligé reçoit une bonne nouvelle, tout de suite il oublie ses misères antérieures ; il n'est plu sensible qu'à cette nouvelle, et il reprend force désormais pour le bien et, par la joie éprouvée, son esprit redevient jeune. Il en va de même pour vous : la vue de ces biens a rajeuni vos esprits.
3. Quant au fait que tu l'as vue assise sur un banc, c'est là une position stable, puisque le banc a quatre pieds et qu'il tient ferme. Le monde aussi est soutenu par quatre éléments.
4. Ceux qui auront fait pénitence seront complètement rajeunis et raffermis - ceux du moins qui du fond du coeur auront fait pénitence. Tu as reçu ainsi la révélation complète. Ne demande plus dorénavant de révélations : si tu en as besoin, tu en recevras une. "