|
Le Pasteur
Vision
III
9. (1)
1. La vision que je
vis, frères, la voici.
2. J'avais jeûné souvent et demandé au Seigneur de
m'accorder la révélation qu'il avait promis de me faire
par l'entremise de cette femme âgée ; la nuit même,
je la vis et elle me dit : " Puisque tu as un désir si vif
de tout connaître, viens dans le champ où tu cultives de
l'épeautre, et vers la cinquième heure, je t'apparaîtrai
et te montrerai ce qu'il te faut voir. "
3. Je lui demandai : " Madame, à quel endroit du champ ? -
Où tu veux ", dit-elle. Je choisis un bel endroit écarté.
Mais avant que je lui réponde et lui indique l'endroit, elle me
dit : " Je viendrai là où tu veux. "
4. J'allai donc, frères, dans le champ et je comptais les heures
; j'arrivai à l'endroit où je lui avais dit de venir et
j'aperçois un banc en ivoire et sur le banc, un coussin de lin
et au-dessus, une fine gaze de lin déployée.
5. De voir ces objets sans aucun être humain à cet endroit,
je fus frappé de stupeur et comme un tremblement me prit et mes
cheveux se dressèrent. Et une sorte de frisson me saisit, d'être
ainsi tout seul. Mais je rentrai en moi-même, je me souvins de la
gloire de Dieu, je repris courage : je m'agenouillai et de nouveau, comme
antérieurement, je fis au Seigneur l'aveu de mes fautes.
6. Et elle vint, avec six jeunes gens que j'avais vus auparavant, s'approcha
de moi, m'écouta prier et avouer mes fautes au Seigneur. Et me
touchant, elle me dit : " Hermas, cesse de prier seulement pour tes
fautes ; prie aussi pour la justice, afin d'en obtenir un peu pour ta
maison. "
7. Alors, de la main, elle me relève, me conduit près du
banc et dit aux jeunes gens : " Allez-vous en construire (la tour).
"
8. Les jeunes gens se retirèrent, nous laissant seuls ; elle me
dit : " Assieds-toi ici. " Je lui réponds : " Madame,
faites d'abord asseoir les presbytres. - Assieds-toi, dit-elle, comme
je le dis "
9. Je voulus alors m'asseoir à droite, mais elle ne me le permit
pas et me fit signe de la main de m'asseoir à gauche. Je réfléchissais
et m'affligeais de ce qu'elle ne m'avait pas permis de m'asseoir à
droite, quand elle me dit : " Tu t'affliges, Hermas ? A droite, c'est
le lieu réservé à d'autres, à ceux qui ont
déjà plu au Seigneur et qui ont souffert à cause
du Nom. Il s'en faut encore de beaucoup que tu puisses t'asseoir avec
eux. Mais persévère, comme jusqu'ici, dans la simplicité
et tu t'assiéras avec eux et aussi tous ceux qui feront ce qu'ils
ont fait et subiront ce qu'ils ont subi. "
-
10.
(2)
1. " Et qu'ont-ils
subi ? " dis-je. " Écoute, dit-elle : les coups, la
prison, de grandes catastrophes, la croix, les fauves, à cause
du Nom. C'est pour cela que leur est réservé le côté
droit du lieu saint, à eux et à quiconque souffre pour
le Nom. Les autres ont le côté gauche. Mais pour les deux
catégories --qu'ils soient assis à gauche ou à
droite-- ce sont les mêmes dons, les mêmes promesses ; seulement,
ceux-là sont assis à droite et jouissent d'une certaine
gloire.
2. Toi, tu désires t'asseoir à droite avec eux, mais tes
défauts sont nombreux. Tu devras être purifié de
tes défauts et tous ceux qui n'auront pas hésité
seront purifiés de tous leurs péchés jusqu'à
ce jour. "
3. Après ces paroles, elle voulut s'en aller. M'étant
jeté à ses pieds, je la suppliai par le Seigneur de m'accorder
la vision qu'elle m'avait promise.
4. Elle, de nouveau, me saisit la main, me relève et me fait
asseoir à gauche. Elle-même s'assit à droite. Elle
lève un bâton éclatant et dit : " Vois-tu une
grande chose ? - Madame, je ne vois rien, dis-je. - Tiens, dit-elle,
tu ne vois pas en face de toi une grande tour bâtie sut les eaux
avec de brillantes pierres carrées ? "
5. Elle était bâtie en carré par les six jeunes
gens venus avec elle. Des myriades d'autres hommes apportaient des pierres,
les uns, du fond (de l'eau), les autres, de la terre, et ils les passaient
aux six jeunes gens. Eux, les recevaient et bâtissaient.
6. Ils plaçaient telles quelles dans la construction toutes les
pierres retirées du fond de l'eau, car d'avance, elles s'agençaient
et s'emboîtaient parfaitement aux jointures avec les autres pierres
; elles se soudaient si bien entre elles qu'on ne voyait pas les joints.
La construction paraissait bâtie d'un seul bloc.
7. Parmi les pierres qu'on amenait de la terre ferme, on rejetait les
unes, on utilisait les autres ; on en brisait d'autres encore et on
les jetait loin de la tour.
8. Beaucoup d'autres pierres gisaient autour de l'édifice ; on
ne les utilisait pas à la construction : les unes étaient
effritées, d'autres, fêlées, d'autres, mutilées
; d'autres encore, blanches et rondes, ne pouvaient s'emboîter
dans la construction.
9. Je voyais d'autres pierres jetées loin de la tour, tombant
sur la route et sans s'y arrêter, roulant dans des endroits impraticables
; d'autres tombaient dans le feu et brûlaient, d'autres tombaient
près de l'eau et ne parvenaient pas à y rouler, malgré
leur désir.
11.
(3)
1.
Après m'avoir montré cela, elle voulut s'en aller. Je
lui dis : " Madame, quelle utilité pour moi de voir ces
choses, si je n'en connais pas le sens ? " Elle me répond
: " Tu t'acharnes à vouloir connaître ce qui concerne
la tour. - Oui, dis-je, Madame, pour l'annoncer aux frères, les
rendre joyeux et par ce récit, leur faire connaître Dieu
dans toute sa gloire. "
2. Elle me dit : " Beaucoup l'entendront. Mais après l'avoir
entendu, les uns se réjouiront, d'autres, en revanche, pleureront
; mais même ces derniers, s'ils y font attention et se repentent,
se réjouiront eux aussi. Écoute donc les paraboles de
la tour. Car je te dévoilerai tout ; seulement, ne me harcèle
plus dorénavant à propos de révélations
: elles ont un terme. Mais tu ne cesseras pas de m'en demander : tu
es insatiable.
3. La tour que tu vois construire, c'est moi, l'Église, que tu
as vue maintenant et auparavant. Demande ce que tu veux à propos
de la tour : je te le dévoilerai pour que tu te réjouisses
avec les saints. "
4. Je lui dis : " Madame, puisque vous m'avez jugé digne
de toutes révélations, faites-les moi. " Et elle
me dit : " Ce qu'il convient de te révéler te sera
révélé. Seulement, que ton c_ur soit tourné
vers Dieu et ne doute de rien de ce que tu verras. "
5. Je lui demandai : " Pourquoi la tour est-elle bâtie sur
les eaux, Madame ? - Je t'ai dit auparavant, dit-elle, que tu es curieux
des Écritures et que tu recherches avec soin. Et en cherchant,
tu trouves la vérité. Écoute pourquoi la tour a
été construite sur les eaux : parce que votre vie a été
sauvée par l'eau et qu'elle le sera encore. La tour a été
érigée par la parole du Nom tout-puissant et glorieux,
et elle est maintenue par la force invisible du Maître. "
-
12.
(4)
1. Je lui dis en
réponse : " Madame, la chose est grande et admirable. Et
les jeunes gens qui travaillent, qui sont-ils, Madame ? - Ce sont les
saints anges de Dieu, les premiers créés à qui
le Seigneur a confié toute la création à développer,
à bâtir, à gouverner. C'est par eux donc que sera
achevée ia construction de la tour.
2. - Et les autres qui amènent les pierres, qui sont-ils ? -
Ce sont aussi des saints anges de Dieu. Mais les six premiers leur sont
supérieurs. Quand donc la construction de la tour sera achevée,
tous ensemble, ils se réjouiront autour d'elle et glorifieront
le Seigneur de ce qu'elle sera achevée. "
3. Je lui demandai : " Madame, je voudrais connaître la destination
et la signification des pierres. " Elle me répondit : "
Ne va pas croire que tu sois entre tous digne de cette révélation,
car d'autres sont avant toi et meilleurs que toi ; c'est à eux
que devraient être révélées ces visions.
Mais pour que soit glorifié le nom du Seigneur (Ps 86, 9, 12),
tu as reçu et recevras encore ces révélations,
pour les hésitants, ceux qui se demandent en leur coeur si tout
cela est réel ou non. Dis-leur que tout cela est vrai, que rien
de tout cela n'est en dehors de la vérité, mais que tout
est sûr, solide et bien fondé.
-
13.
(5)
" 1. Écoute
maintenant ce qui concerne les pierres qui entrent dans la construction.
Les pierres carrées blanches, s'agençant bien entre elles,
ce sont les Apôtres, les évêques, les docteurs, les
diacres qui ont marché selon la sainteté de Dieu et qui
ont exercé leur ministère d'évêque, de docteur,
de diacre avec pureté et sainteté, pour les élus
de Dieu ; les uns sont morts, les autres vivent encore. Et toujours
ils se sont accordés entre eux, ont maintenu la paix entre eux
et se sont écoutés mutuellement : c'est pour cela que
dans la construction de la tour leurs joints sont bien agencés.
2. - Les pierres qu'on tire du fond de l'eau, qu'on pose sur la construction
et qui s'agencent bien par leurs joints aux autres déjà
utilisées, qui sont-elles ? - Ce sont ceux qui ont souffert pour
le nom de Dieu.
3. - Et les autres, celles qu'on apporte de la terre ferme, je voudrais
savoir qui elles sont, Madame. " Elle dit : " Celles qui entrent
dans la construction sont équarries, ce sont ceux que le Seigneur
a approuvés, parce qu'ils ont marché dans la voie droite
du Seigneur et qu'ils ont respectés parfaitement ses commandements.
4. - Et celles qu'on amène et qu'on place dans la construction,
qui sont-elles ?--Des nouveaux venus à la foi, et fidèles
; les anges leur rappellent de faire le bien et on n'a trouvé
en eux aucun mal.
5. - Et celles qu'on repoussait et qu'on rejetait, qui sont-elles ?
- Ce sont ceux qui ont péché et qui veulent faire pénitence
; c'est pourquoi on ne les a pas rejetés très loin de
la tour : ils seront utiles à la construction s'ils se repentent.
Ceux donc qui sont enclins au repentir, s'ils font pénitence,
seront fermes dans la foi, à la condition qu'ils se repentent
maintenant, pendant que la tour est encore en construction. Quand elle
sera achevée, il n'y aura plus de place pour eux : ils seront
rejetés ; il ne leur restera qu'une faveur : celle de rester
près de la tour.
14.
(6)
"
1. Tu veux connaître les pierres qu'on brise et qu'on jette
bien loin de la tour ? Ce sont les fils d'iniquité ; ils n'ont
eu qu'une foi hypocrite et ne se sont pas dépouillés
de tout mal. C'est pourquoi ils n'obtiennent pas le salut : ils sont
inutiles à la construction a cause de leurs vices ; ils ont
donc été brisés et rejetés au loin, par
la colère du Seigneur, car ils l'avaient irrité.
2. Parmi les autres que tu as vues joncher le sol sans entrer dans
la construction, celles qui sont effritées sont ceux qui ont
connu la vérité, mais qui ne persévèrent
pas en elle et qui ne fréquentent pas assidûment les
saints : d'où leur inutilité.
3. - Et celles qui ont des fêlures, qui sont-elles ? - Ce sont
ceux qui, dans leur coeur, gardent une rancune mutuelle et ne font
pas régner la paix entre eux (1 Th 5, 13 ; cf. Mc 9, 50), tout
en gardant un masque de paix. Et quand ils se séparent, leurs
vices persistent dans leur coeur : voilà les fêlures
que présentent ces pierres
4. Les pierres mutilées, ce sont ceux qui ont la foi et qui
pour l'essentiel s'en tiennent à la justice, mais en qui subsistent
des restes d'iniquité : c'est pourquoi elles sont mutilées
et tronquées.
5. - Et les pierres blanches, rondes, qui ne peuvent s'adapter à
la construction, qui sont-elles, Madame ? " Elle me répondit
: " Jusques à quand faudra-t-il que, par stupidité
et balourdise, tu demandes tout sans rien comprendre par toi-même
? Ce sont ceux qui possèdent la foi, mais aussi les richesses
de ce monde. Et quand arrive l'épreuve, à cause de leurs
richesses et de leurs affaires, ils renient leur Seigneur. "
6. Je lui dis en réponse : " Madame, quand seront-ils
donc utilisables pour la construction ? - Quand, dit-elle, on aura
rogné la richesse qui les entraîne, alors, ils seront
utilisables. Une pierre ronde, sans être taillée, sans
rejeter un morceau d'elle-même, ne peut devenir carrée
: de même, les riches de ce monde, si on ne rogne pas leurs
richesses, ne peuvent être utiles au Seigneur.
7. Instruis-toi d'abord d'après toi-même : lorsque tu
étais riche, tu étais inutile ; c'est maintenant que
tu es tout à fait utilisable pour la vie. Devenez utilisables
pour Dieu ! Car toi-même tu as été une de ces
pierres.
- 15.
(7)
1. Les autres pierres
que tu as vues jetées loin de la tour, tombant sur le chemin
et roulant dans des endroits impraticables, ce sont ceux qui ont eu
la foi, mais qui, à cause de leurs doutes, abandonnent la voie
de vérité. Ils se figurent trouver une meilleure voie,
ils errent et ils se traînent lamentablement par des chemins non
frayés. 2. Celles qui tombent dans le feu et brûlent, ce
sont ceux qui à jamais se sont écartés du Dieu
vivant (Hé. 3, 12) et l'idée de la repentance n'est plus
montée à leur coeur : ils n'ont plus que le goût
de la débauche et des turpitudes qu'ils ont commises.
3. Et celles qui tombent près des eaux, mais qui ne parviennent
pas à rouler dans l'eau, tu veux savoir qui elles sont ? Ce sont
ceux qui ont entendu la parole de Dieu (Mc 4, 18 ; Mt 13, 20, 22) et
qui veulent être baptisés au nom du Seigneur (Ac 19, 5
; cf. 2, 38 ; 10, 48). Seulement, lorsqu'ils se rappellent la sainteté
qu'exige la vérité, ils changent d'avis et se mettent
de nouveau à la remorque de leurs passions mauvaises " (Qo
18, 30).
4. Elle avait fini l'explication de la tour.
5. Je m'enhardis et lui demandai si toutes ces pierres rejetées
et impropres à la construction pouvaient faire pénitence
et trouver place dans la tour. " Elles peuvent, dit-elle, faire
pénitence, mais non pas s'agencer dans cette tour.
6. Elles s'agenceront dans un autre lieu beaucoup plus petit, et cela,
lorsqu'elles auront été éprouvées et auront
expié leurs péchés pendant le temps fixé.
Et ils seront délivrés pour avoir eu part à la
Parole de Justice. Et cette délivrance leur arrivera au sortir
de leurs épreuves, quand montera à leur coeur la pensée
des turpitudes qu'ils ont commises. Sinon, ils ne seront pas sauvés,
vu la dureté de leur coeur.
16.
(8)
- 1. Quand j'eus
fini de lui poser toutes ces questions, elle me dit : " Veux-tu
voir autre chose ? " Moi, très désireux de voir,
j'en fus fort réjoui.
2. Me fixant des yeux, elle me sourit et me dit : " Tu vois sept
femmes autour de la construction ? - Oui, dis-je, Madame. - La tour
est supportée par elle, sur l'ordre du Seigneur.
3. Écoute maintenant leurs fonctions. La première, qui
de ses mains domine (les autres), s'appelle la Foi ; c'est par elle
que sont sauvés les élus du Seigneur.
4. La suivante, qui a une ceinture et un air viril, s'appelle Continence
: c'est la fille de la Foi. Quiconque s'attache à elle est heureux
pendant sa vie, parce qu'il s'abstient de toute mauvaise action, car
il a confiance que, s'il s'abstient de tout désir pervers, il
héritera de la vie éternelle.
5. - Et les autres, Madame, quelles sont-elles ? Elles sont filles l'une
de l'autre et s'appellent Simplicité, Science, Innocence, Sainteté,
Charité. Si tu accomplis toutes les oeuvres de leur mère,
tu pourras vivre.
6. - Je voudrais savoir, dis-je, Madame, quel est le pouvoir de chacune
d'elles. - Écoute, dit-elle, quels sont leurs pouvoirs.
7. Il sont subordonnés les uns aux autres et se suivent selon
l'ordre de naissance de chacune. De la Foi naît Continence ; de
Continence, Simplicité ; de Simplicité, Innocence ; d'Innocence,
Sainteté ; de Sainteté, Science ; de Science, Charité.
Leurs oeuvres sont pures, saintes, divines.
8. Quiconque se fait leur serviteur et a la force de persévérer
dans leurs oeuvres aura sa demeure dans la tour avec les saints de Dieu.
"
9. Je lui demandai au sujet des temps, si c'était déjà
la fin. Mais elle s'écria d'une voix forte : " Insensé,
ne vois-tu pas que la tour est encore en construction ? Dès qu'elle
sera achevée, ce sera la fin. Et elle sera vite achevée.
Ne me demande plus rien : il vous est suffisant, à toi et aux
saints, de vous rappeler cela et de renouveler vos esprits.
10. Mais ce n'est pas pour toi seul que tout cela a été
révélé : tu dois le faire connaître à
tous, dans trois jours ;
11. tu dois en effet d'abord réfléchir toi-même.
Je t'enjoins premièrement, Hermas, de répéter à
la lettre pour les saints toutes les paroles que je vais te dire, pour
qu'après les avoir écoutées et observées.
ils soient purifiés de leurs péchés et toi avec
eux.
17.
(9)
" 1. Écoutez-moi,
mes enfants. C'est moi qui vous ai élevés en toute simplicité,
innocence et sainteté, par la miséricorde du Seigneur,
qui a fait tomber sur vous goutte à goutte la justice pour vous
justifier et vous sanctifier de tout vice et de toute perversité.
Mais vous, vous ne voulez pas vous corriger de vos vices.
2. Maintenant donc, écoutez-moi et faites la paix entre vous
(1 Th 5, 13), rendez-vous visite et secourez-vous les uns les autres
(cf. Ac 20, 35) et n'accaparez pas pour vous seuls les biens que Dieu
a créés, mais donnez-en aussi en abondance aux indigents.
3. Car les uns, à force de ripailles, finissent par affaiblir
leur corps et miner leur santé. D'autres, qui n'ont pas à
manger, voient leur santé ruinée par l'insuffisance d'aliments,
et leur corps dépérit.
4. Cette intempérance vous est nuisible, à vous qui possédez
et qui ne donnez rien aux indigents !
5. Voyez le jugement qui arrive. Vous qui avez de trop, cherchez ceux
qui ont faim, tandis que la tour n'est pas encore achevée ; car
après son achèvement, même si vous voulez faire
le bien, vous n'aurez plus l'occasion.
6. Faites donc en sorte, vous qui tirez orgueil de vos richesses, que
les indigents n'aient pas à se lamenter (Lc 5, 4), que leurs
lamentations ne montent pas jusqu'au Seigneur et qu'avec tous vos biens,
vous ne trouviez fermée la porte de la tour.
7. Je m'adresse maintenant aux chefs de l'Église et à
ceux qui occupent les premiers rangs. Ne vous rendez pas semblables
aux empoisonneurs : eux, ils portent leurs poisons dans des boîtes
; vous, votre poison et votre venin, vous les avez dans le coeur.
8. Vous êtes endurcis et vous refusez de purifier votre coeur
et de réaliser l'accord de votre pensée, dans la pureté
du coeur pour obtenir miséricorde du grand Roi (Ps 47, 3 ; etc.).
9. Veillez donc, mes enfants, à ce que ces divisions ne vous
privent pas de la vie.
10. Comment prétendez-vous former les élus du Seigneur,
sans avoir vous-mêmes de formation? Formez-vous donc les uns les
autres et faites la paix parmi vous (1 Tb 5, 13), afin que moi aussi,
me tenant joyeuse en face du Père, je puisse rendre de vous tous
à votre Seigneur un compte favorable. "
18.
(10)
1.
Quand elle eut fini de causer avec moi, arrivèrent les six
jeunes gens occupés à la construction : ils l'emportèrent
près de la tour et quatre autres enlevèrent le banc
et l'emportèrent aussi près de la tour. Je ne vis pas
leur visage, car ils me tournaient le dos.
2. Comme elle se retirait, je lui demandai de me faire une révélation
au sujet des trois formes sous lesquelles elle m'était apparue.
Elle me répondit : " À ce sujet, c'est à
un autre qu'il faut demander une révélation. "
3. Je l'avais vue, frères, dans la première vision de
l'année précédente, très âgée
et assise dans un fauteuil.
4. Dans la suivante, elle avait l'aspect plus jeune, mais le corps
et les cheveux (encore) vieux, et elle me parlait debout ; elle était
plus joyeuse qu'auparavant.
5. Lors de la troisième vision, elle était entièrement
jeune et très belle : d'une vieille, elle n'avait plus que
les cheveux ; elle fut extrêmement joyeuse et était assise
sur un banc.
6. Ces détails, j'étais fort intrigué de les
comprendre par la révélation promise. Et la nuit, je
vois en vision la femme âgée qui me dit : " Toute
demande exige l'humilité. Fais donc jeûne et tu obtiendras
ce que tu demandes au Seigneur. "
7. Je fis donc jeûne un jour et la nuit même m'apparut
un jeune homme qui me dit : " Pourquoi demandes-tu continuellement
des révélations dans ta prière ? Prends garde,
en demandant trop, de nuire à ton corps.
8. Les révélations précédentes doivent
te suffire. Es-tu capable de supporter des révélations
plus fortes que celle que tu as déjà eues? ~
9. Je lui réponds : " Seigneur, je ne demande qu'un détail,
concernant les trois formes de la femme âgée, pour compléter
la révélation. " Il me répond : " Jusqu'à
quand serez-vous insensés ? Hélas ! Ce qui vous rend
insensés, c'est de douter et aussi de ne pas tourner votre
coeur vers le Seigneur. "
10. Je lui réponds de nouveau : " Mais par vous, Seigneur,
nous connaîtrons ces points plus exactement. "
- .
-
19.
(11)
1
" Écoute, dit-il ; voici ce que tu cherches à propos
des trois formes.
2. Dans la première vision, pourquoi la femme âgée
t'est-elle apparue âgée et assise dans un fauteuil ?
Parce que votre esprit était déjà vieilli, déjà
flétri et sans force, de par votre mollesse et vos doutes.
3. Les vieillards, parce qu'ils n'ont plus l'espoir de rajeunir, ne
s'attendent plus à rien autre qu'à la mort : de même,
vous, amollis par les affaires du siècle, vous vous êtes
laissés aller à l'abattement et vous ne vous en êtes
pas remis de vos soucis au Seigneur (Ps 54, 23 ; cf. 1 P. 5. 7) ;
aussi votre coeur a été brisé et les chagrins
vous ont vieillis
4. - Pourquoi était-elle assise dans un fauteuil ? Je voudrais
le savoir, Seigneur. Parce que tout homme faible, à cause de
sa faiblesse, est obligé de s'asseoir pour réconforter
son corps débile. Voilà le sens général
de la première vision.
20.
(12)
-
"
1. Lors de la seconde vision, tu la vis debout, l'air plus jeune et
plus gai qu'auparavant, mais avec le corps et les cheveux d'une vieille.
Écoute, dit-il, la comparaison suivante.
2. Un vieillard qu'ont déjà conduit au désespoir
la faiblesse et l'indigence, n'attend plus rien que le dernier jour
de sa vie ; mais voici que brusquement lui échoit un héritage
; à cette nouvelle, il s'est levé et tout à la
joie, il s'est revêtu de force. Il n'est plus couché,
mais debout ; son esprit déjà flétri par
ses peines antérieures, rajeunit ; il n'est plus toujours assis,
mais agit en homme : il en va de même pour vous, une fois entendue
la révélation que le Seigneur vous a faite.
3. Il a eu pitié de vous, il a rajeuni votre esprit ; vous,
vous avez rejeté votre mollesse et la force vous est revenue
et vous vous êtes affermis dans la foi. Et voyant votre force,
le Seigneur s'est réjoui ; c'est pourquoi il vous a montré
la construction de la tour et il vous fera encore d'autres révélations,
si du fond du coeur vous faites la paix entre vous (1 Th 5, 13).
-
- 21.
(13)
"
1. Lors de la troisième vision, tu la vis plus jeune, belle,
gaie, d'un physique charmant.
2. Si un affligé reçoit une bonne nouvelle, tout de
suite il oublie ses misères antérieures ; il n'est plu
sensible qu'à cette nouvelle, et il reprend force désormais
pour le bien et, par la joie éprouvée, son esprit redevient
jeune. Il en va de même pour vous : la vue de ces biens a rajeuni
vos esprits.
3. Quant au fait que tu l'as vue assise sur un banc, c'est là
une position stable, puisque le banc a quatre pieds et qu'il tient
ferme. Le monde aussi est soutenu par quatre éléments.
4. Ceux qui auront fait pénitence seront complètement
rajeunis et raffermis - ceux du moins qui du fond du coeur auront
fait pénitence. Tu as reçu ainsi la révélation
complète. Ne demande plus dorénavant de révélations
: si tu en as besoin, tu en recevras une. "
|