Les écrits des Pères Apostoliques

Le Pasteur
 Vision IV
 22. (1
)

1. Voici la vision que j'eus, frères, à vingt jours de la précédente, préfiguration de l'épreuve qui arrive.
2. Je m'en allais par la voie Campanienne à ma propriété de campagne située à peu près à dix stades de la voie publique. Le chemin est cependant facile.
3. Marchant seul, je demande au Seigneur de parfaire les révélations et visions qu'il m'a envoyées par sa sainte Église, pour m'affermir et accorder pénitence à ses serviteurs pris au piège : ainsi sera glorifié son nom sublime (Ps 86, 9, 12 ; cf. 99, 3) et glorieux, puisqu'il m'a jugé digne de me montrer ses merveilles.
4. Je le glorifiais et lui rendais grâces, quand un bruit de voix me répondit : " Rejette le doute, Hermas. " Je me mis alors à réfléchir et me dis : " Quelles raisons aurais-je de douter, moi qui ai été affermi à ce point par le Seigneur et qui ai vu ces merveilles ? " 5. Et je m'avançai un peu, frères, et voilà que je vois un nuage de poussière qui a l'air de monter au ciel. Je me dis : " Serait-ce un troupeau qui approche et soulève la poussière ? " C'était éloigné de moi d'un stade à peu près.
6. Mais il grandissait de plus en plus et j'y devinai quelque chose de divin. Le soleil parvint a percer quelque peu et voilà que jc vois une bête énorme comme une baleine et de sa gueule sortaient des sauterelles de feu. Le monstre avait bien cent pieds de long et sa tête avait le calibre d'une grosse jarre
7. Je me mis à pleurer et à demander au Seigneur de me délivrer du monstre. Et je me souvins de la parole entendue : " Rejette le doute, Hermas ! "
8. Alors, frères, je me remplis de la foi du Seigneur, me rappelai son enseignement sublime, et dans un accès de courage, je me livrai au monstre. Il s'avançait avec un ronflement à anéantir une ville.
9. Je m'avance tout près de lui et voilà cette énorme bête qui s'étend à terre et ne projette plus rien que sa langue : elle ne fit plus aucun mouvement jusqu'à ce que je fusse passé.
10. Le monstre avait sur la tête quatre couleurs : noir, puis feu et sang, puis or et puis blanc.
                                                   23. (2)  

1. J'avais dépassé la bête et m'étais avancé d'environ trente pas et voilà que vient à ma rencontre une jeune fille parée comme si elle sortait de la chambre nuptiale (Ps 19, 5 ; Ap 21, 2), tout en blanc, avec des souliers blancs, voilée jusqu'au front et avec un bonnet comme coiffure. Elle avait les cheveux blancs.
2. Je sus, d'après mes visions, que c'était l'Église et mon contentement s'en accrut. Elle me salue ainsi : " Bonjour, l'homme. " Et moi, je lui rendis son salut : " Bonjour, Madame. "
3. Elle me répond : " Tu n'as rien rencontré ? - Madame, lui dis-je, j'ai rencontré un monstre tel qu'il pourrait anéantir des peuples ! Mais par la puissance du Seigneur et sa miséricorde, je lui ai échappé.
4. - Tu as eu le bonheur d'échapper, dit-elle, parce que tu t'en es remis à Dieu de tes soucis (Ps 55, 23), que tu as ouvert ton coeur au Seigneur (Ps 62, 7) et que tu as cru ne pouvoir être sauvé que par son nom grand et glorieux. Voilà pourquoi le Seigneur t'a envoyé celui de ses anges qui a charge des bêtes sauvages. Son nom est Thegri : il lui a fermé la gueule pour éviter qu'il te fasse du mal (Dn 6, 23 ; Hé 11, 33). Tu as échappé à une grande catastrophe par ta foi : la vue d'un tel monstre ne t'a pas ébranlé.
5. Maintenant donc, retire-toi et va expliquer à ses élus les exploits glorieux du Seigneur et dis-leur que ce monstre est la préfiguration de la grande épreuve qui arrive. Si vous vous y préparez et que, du fond d'un coeur repentant, vous reveniez vers le Seigneur, vous pourrez y échapper, mais il faut que votre coeur soit pur et irréprochable et que le reste de vos jours, vous serviez le Seigneur sans mériter de blâme. Vous vous en êtes remis de vos soucis au Seigneur (Ps 55, 23) et il les dissipera.
6. Croyez au Seigneur, vous qui doutez : il peut aussi bien détourner sa colère de vous que vous envoyer des châtiments, à vous qui doutez. Malheur à ceux qui ont entendu ces paroles sans les comprendre. Il vaudrait mieux pour eux n'être pas nés " (Mt 26, 24 ; Mc 14, 21).

                                                   24. (3)  
1. Je lui posai une question sur les quatre couleurs que la bête avait sur la tête. Elle me répondit : " De nouveau cette minutie déplacée pour de tels sujets ! - Il est vrai, dis-je, Madame ; mais faites-moi savoir ce que c'est
2. - Écoutez, dit-elle. Le noir, c'est ce monde où vous habitez ;
3. Le feu et le sang veulent dire que le monde doit périr par le feu et le sang ;
4. la partie dorée, c'est vous, qui avez fui ce monde (2 P 2, 20). En effet, l'or est éprouvé par le feu (1 P 1, 7 ; cf. Qo 2, 5 ; Pr. 17, 3 ; Jb 23, 10) et devient par là utilisable ; c'est ainsi que vous êtes éprouvés, vous qui habitez avec les gens d'ici. Vous qui aurez tenu bon et subi de leur part l'épreuve du feu, vous serez purifiés. L'or rejette ainsi ses scories ; de même, vous rejetterez toute affliction et toute angoisse, vous serez purifiés et utilisables pour la construction de la tour.
5. La partie blanche, c'est le monde qui arrive, où habiteront les élus du Seigneur : car ils seront sans tache et purs, les élus de Dieu pour la vie éternelle.
6. Toi donc, ne cesse pas d'en parler aux saints. Vous tenez là la préfiguration de la grande épreuve qui vient. Mais si vous le voulez, elle ne sera rien. Rappelez-vous ce qui fut écrit antérieurement. "
7. Sur ce, elle s'en alla et je ne vis pas par où elle était partie : car il y eut un nuage et moi, je fis demi-tour, pris de peur : j'avais l'impression que le monstre revenait.