Homélie du IIe siècle
I,
1. Frères, nous devons regarder Jésus-Christ comme nous
regardons Dieu, comme " le juge des vivants et des morts"
(Ac. 10, 42) ; et nous ne devons pas estimer peu notre salut.
2. Car si notre estime est médiocre, médiocre aussi est
notre espérance. Ceux qui n'entendent là que de médiocres
promesses sont en état de péché ; et nous péchons
nous-mêmes si nous ne savons pas d'où nous avons été
appelés, par qui, et pour quelle destinée, ni toutes les
souffrances que le Christ a endurées pour nous.
3. Avec quoi le paierons-nous de retour, quel fruit lui offrirons-nous
qui soit digne de lui ? Combien grande est envers lui notre dette ?
4. La lumière est un don de sa grâce ; comme un père
il nous a appelés ses fils ; alors que nous périssions,
il nous a sauvés.
5. Comment le louer dignement, comment lui payer de retour tous ses
bienfaits ?
6. Notre esprit était si infirme que nous adorions des pierres,
du bois, de l'or, de l'argent, du bronze, toutes oeuvres faites de main
d'homme ; et notre vie tout entière n'était rien autre
que mort. Nous étions enveloppés de ténèbres,
un voile épais obscurcissait notre vue, et voilà que nos
yeux se sont ouverts ; nous avons dissipé, par son libre vouloir,
le nuage qui nous environnait.
7. Car il a eu miséricorde de nous, ses entrailles se sont émues
et il nous a sauvés, ayant vu notre égarement et notre
ruine ; et que nous n'avions d'espérance qu'en lui pour notre
salut.
8. Il nous a appelés quand nous n'étions pas ; c'est son
libre vouloir qui nous a faits passer du néant à l'être.
II,
1. " Réjouis-toi,
stérile, qui n'enfantes pas, éclate en cris de joie et
d'allégresse, toi qui ne connais pas les douleurs, car plus nombreux
sont les fils de l'abandonnée que les fils de l'épouse,
dit le Seigneur " (Is 54, 1). Ces paroles : " Réjouis-toi,
stérile, qui n'enfantes pas" s'adressent à nous ;
car notre Église était stérile avant que des enfants
lui fussent donnés.
2. Ces mots : " Pousse des cris, toi qui ne connais pas les
douleurs " signifient les prières que nous devons faire
monter vers Dieu, en toute simplicité, et non pas avec un accent
déchirant comme les femmes qui sont dans les douleurs.
3. Et ces mots : " Car les fils de l'abandonnée seront
plus nombreux que ceux de l'épouse ", voici ce qu'ils
signifient : Votre peuple semblait d'abord abandonné du Seigneur,
mais maintenant que nous avons cru, nous sommes plus nombreux que celui
qui semblait posséder Dieu.
4. Un autre passage de l'Écriture dit : " Je ne suis
pas venu appeler les justes, mais les pécheurs " (Mt
9, 13 ; Mc 2, 17 ; cf. Lc 5, 32).
5. Ce qui veut dire : c'est ceux qui se perdent qu'il faut sauver.
6. C'est là, en effet, une oeuvre grande et admirable, d'affermir
non les édifices solites, mais ceux qui croulent. C'est ainsi
que le Christ a voulu sauver ce qui périssait, et il a été
le salut te beaucoup, lui qui est venu et qui nous a appelés
alors que déjà nous périssions.
III,
1. Voici quelle grande miséricorde il a eue envers nous. D'abord,
en nous donnant, à nous vivants, de ne pas sacrifier à
des dieux morts ; de ne pas les adorer, mais de connaître grâce
à lui le Père de vérité. Qu'est-ce, en effet,
que le connaître, sinon refuser de renier celui par qui nous l'avons
connu ?
2. Lui-même dit : " Celui qui m'aura confessé
parmi les hommes, je le confesserai devant mon Père "
(Mt 10, 32; Lc 12, 8).
3. Voilà notre récompense, si nous confessons celui qui
nous a sauvés.
4. Et comment le confessons-nous ? En faisant ce qu'il dit, en ne désobéissant
pas à ses commandements, en l'honorant non pas des lèvres
seulement, mais de toute notre pensée.
5. ll dit en effet dans Isaïe : " Ce peuple ne m'honore
que des lèvres, tandis que leurs coeurs restent loin de moi "
(Is 29,13).
IV,
1. Qu'il ne nous suffise pas
de l'appeler : Seigneur ; car ce n'est pas cela qui nous sauvera.
2. Il dit en effet : " Ce n'est pas en me disant : Seigneur,
Seigneur, qu'on sera sauvé, mais c'est en pratiquant la justice "
(Mt 7, 21).
3. Aussi, frères, confessons-le par nos oeuvres, en nous aimant
les uns les autres. Ne soyons pas adultères, fuyons la médisance
et la jalousie ; soyons chastes, miséricordieux, faisons le bien.
Nous devons aussi prendre part à la peine des autres et ne pas
trop aimer l'argent. C'est en pratiquant ces oeuvres que nous confesserons
le Seigneur, et non en pratiquant le contraire.
4. Ce n'est pas aux hommes, mais à Dieu que doit aller d'abord
notre crainte.
5. Si nous prenons le premier parti, le Seigneur nous dit : " Même
si vous êtes avec moi rassemblés sur mon sein, et que vous
n'observiez point mes commandements, je vous repousserai et vous dirai
: Éloignez-vous de moi, je ne vous connais pas et ne sais d'où
vous êtes, ouvriers d'iniquité" (Aut. inconnu).
V,
1. C'est pourquoi, frères, laissant le séjour de ce monde,
accomplissons la volonté de ce Dieu qui nous a appelés
et ne craignons point de sortir de ce monde,
2. Le Seigneur dit en effet : " Vous serez comme des agneaux
au milieu des loups" (Lc 10, 3).
3. Pierre, alors : " Et si les loups déchirent les
agneaux ? " (Aut. inc.).
4. Jésus répondit à Pierre : " Les agneaux
après leur mort n'ont plus à redouter les loups ; vous
non plus, ne redoutez pas ceux qui veulent vous mettre à mort
et ensuite ne peuvent rien vous faire ; mais craignez celui qui a la
puissance, après votre mort, de jeter votre âme et votre
corps dans la géhenne de feu" (Aut. Inc.).
5. Et vous savez, frères, que le séjour de cette chair
en ce monde est bref et de peu de durée ; tandis que la promesse
du Christ est grande et merveilleuse, comme aussi le repos du royaume
à venir et de la vie éternelle.
6. Quel est donc le moyen de l'obtenir, sinon de mener une vie sainte
et juste, de considérer les biens de ce monde comme nous étant
étrangers et de ne point les désirer ?
7. Car, dès que nous désirons les acquérir, nous
quittons la voie de justice.
VI,
1. Le Seigneur dit : " Nul
serviteur ne peut servir deux maîtres" (Lc 16, 13 ; Mt 6,
24). Si nous voulons à la fois servir Dieu et Mammon, nous ne
faisons qu'y perdre.
2. " Que sert-il de gagner le monde entier si l'on ruine son
âme ?" (Mt 16, 26; cf. Mc 8, 9 ; Lc 9, 25).
3. Oui, ce siècle présent et le siècle à
venir sont ennemis.
4. Le premier ne parle que d'adultère, de corruption, d'avarice,
de tromperie ; le second rompt avec toutes ces choses.
5. Nous ne pouvons donc être ami de tous les deux, mais il nous
faut rompre avec le premier et tenir avec le second.
6. Nous estimons qu'il vaut mieux haïr les biens d'ici-bas, parce
qu'ils sont médiocres, éphémères et corruptibles,
et aimer les autres, les biens qui ne peuvent périr.
7. Si nous faisons la volonté du Christ, nous trouverons le repos
; autrement, rien ne nous préservera du châtiment éternel,
si nous désobéissons à ces commandements.
8. Car l'Écriture dit dans Ézéchiel que " même
si Noé, Job et Daniel ressuscitaient, ils ne délivreraient
point leurs fils de la captivité" (Ez 14, 14, 18, 20).
9. Si des hommes aussi justes ne peuvent, par leur propre justice, secourir
leurs enfants, que dire alors de nous, si nous ne gardons pas pur et
immaculé notre baptême ; comment pourrons-nous entrer avec
confiance dans le Royaume des Cieux ? Qui plaidera pour nous, si nous
ne sommes pas trouvés avec des oeuvres saintes et justes ?
VII,
1. C'est pourquoi, frères, luttons, sachant que déjà
le combat s'engage. Or, pour les combats périssables bien des
participants traversent les mers, toutes voiles déployées
; cependant tous ne sont pas couronnés ; au contraire, on réserve
les couronnes à ceux qui ont pris de la peine et glorieusement
combattu.
2. Eh bien ! nous, combattons de façon à être tous
couronnés.
3. Courons dans la voie droite au combat impérissable, embarquons-nous
en grand nombre, et, alors, combattons de façon à remporter
la couronne ; ou du moins, si nous ne pouvons tous y parvenir tout à
fait, tâchons d'en approcher.
4. Il nous faut savoir en effet qu'aux combats périssables celui
qui s'avère tricheur est battu de verges, exclu du jeu et chassé
du stade.
5. Qu'en pensez-vous ? Quel sera alors le châtiment que devra
subir celui qui n'aura pas été loyal dans le combat impérissable
?
6. En effet, il est dit à propos de qui n'a pas gardé
le sceau : " Leur ver ne mourra point, leur feu ne s'éteindra
point, ils seront en spectacle à toute chair " (Is
66, 24).
VIII,
1. Tant que nous sommes encore sur terre, faisons pénitence.
2. Nous sommes de l'argile dans la main de l'artisan. Le potier, quand
le vase qu'il fabrique se déforme ou se brise entre ses mains,
le façonne de nouveau ; mais si le vase a déjà
passé dans le four embrasé, il ne pourra plus le mettre
en état Nous aussi, pendant que nous sommes en ce monde, faisons
de tout coeur pénitence du mal que nous avons commis en cette
chair, tant que nous avons le temps pour nous repentir.
3. Car une fois que nous serons sortis de ce monde, nous ne pourrons
plus, là-bas, confesser nos fautes et faire pénitence.
4. Ainsi, frères, c'est en faisant la volonté du Père,
en conservant pure notre chair, en gardant les commandements du Seigneur
que nous obtiendrons la vie éternelle.
5. Le Seigneur dit en effet dans l'Évangile : " Si
vous n'avez pas été fidèles pour des choses de
peu, qui vous en confiera de grandes ? Je vous le dis, qui est fidèle
pour très peu de choses est fidèle aussi pour beaucoup"
(Lc 16, 10-12).
6. Or, ceci veut dire : Gardez votre chair pure, sans tache votre sceau,
afin que nous recevions la vie éternelle.
IX,
1. Que nul d'entre vous ne dise
que cette chair ne sera pas jugée et qu'elle ne ressuscitera pas.
2. Reconnaissez-le. Comment avez-vous été sauvés,
comment avez-vous recouvré la vue sinon alors que vous étiez
revêtus de cette chair ?
3. Il nous faut donc garder notre chair comme un temple de Dieu.
4. En cette chair, vous avez été appelés, en cette
chair vous irez à qui vous appelle.
5. Si le Christ, le Seigneur, notre Sauveur, d'esprit qu'il était
s'est fait chair pour nous appeler, c'est que c'est dans cette chair que
nous recevrons notre récompense.
6. Aimons-nous donc les uns les autres afin d'entrer tous ensemble dans
le Royaume des Cieux.
7. Pendant que nous avons le temps de guérir, remettons-nous à
Dieu pour qu'il nous soigne, et donnons-lui ses honoraires.
8. Quels honoraires ? La pénitence faite d'un coeur sincère.
9. Car il sait toutes choses d'avance et il pénètre les
secrets des coeurs.
10. Donnons-lui donc les louanges, non seulement avec notre bouche, mais
aussi de notre coeur, afin qu'il nous accueille comme des fils.
11. Car le Seigneur a dit : " Mes frères sont ceux qui
font la volonté de mon Père" (Mt 12, 50 ; Mc 3, 36
; Lc 8, 21).
X,
1. Aussi, frères, faisons la volonté du Père qui
nous a appelés, afin de vivre et de pratiquer, avec plus de zèle,
la vertu. Rejetons la malice qui marche en tête de tous les péchés
et fuyons l'impiété de peur que tous les vices ne s'emparent
de nous.
2. Mais si nous nous appliquons à faire le bien, c'est la paix
qui s'attachera à nous.
3. Voilà pourquoi il n'y a point de bonheur pour qui nourrit
des craintes humaines et préfère la jouissance ici-bas
à la promesse à venir.
4. Ils ne savent pas quels tourments il y a dans la jouissance d'ici-bas
ni quelle félicité dans la promesse à venir.
5. Si encore ils étaient seuls à agir de la sorte, on
pourrait le supporter, mais ils persistent à enseigner le mal
à des âmes innocentes, sans savoir qu'ils encourent ainsi
un double châtiment, eux et ceux qui les écoutent !
XI,
1. Pour nous, servons Dieu avec un coeur pur, et nous serons justes.
Mais si nous ne le servons pas parce que nous ne croyons pas à
sa promesse, alors malheur à nous ! 2. Il est dit en effet dans
les prophètes : " Malheur à ceux dont l'âme
est partagée et le coeur hésitant, à ceux qui disent
: il y a longtemps que nous entendons dire ces choses, depuis le temps
de nos pères, nous avons attendu jour après jour et nous
n'en avons vu se réaliser aucune.
3. Insensés, comparez-vous à un arbre: prenez la vigne,
d'abord ses feuilles tombent, puis naît le bourgeon, puis le raisin
vert et enfin la grappe mûre.
4. C'est ainsi que mon peuple supporte des troubles et des tribulations,
mais ensuite lui viendra le bonheur" ( Aut. inc.).
5. Aussi, mes frères, ne soyons pas partagés, mais persévérons
dans l'espérance afin de remporter la récompense.
6. Car il est fidèle celui qui a promis de rendre à chacun
selon ses oeuvres.
7. Si nous pratiquons la justice sous le regard de Dieu, nous entrerons
dans le Royaume des Cieux et nous recevrons ce qui a été
promis et " ce que l'oreille n'a pas entendu, ni l'oeil cru,
ce qui n'est pas monté au coeur de l'homme" (1 Co 2, 9).
XII,
1. Soyons tonc à toute heure dans l'attente du Royaume de Dieu,
dans la charité et la justice, puisque nous ne savons pas le
jour de la manifestation de Dieu.
2. En effet, en réponse à quelqu'un qui lui demandait
quand viendrait son Royaume, le Seigneur lui-même a déclaré
: " Lorsque les deux seront un, l'extérieur comme l'intérieur,
et que l'homme sera avec la femme comme s'il n'y avait ni homme ni femme"
(Aut. inc,).
3. " Les deux sont un" quand nous nous disons la vérité
et qu'en deux corps habite une seule âme, sans aucune hypocrisie.
4. " L'extérieur est l'intérieur"
signifie ceci : l'intérieur, c'est l'âme, l'extérieur,
le corps, et de même que l'on peut voir ton corps, il faut que
ton âme se montre dans tes bonnes oeuvres.
5. " L'homme avec la femme, mais ni homme ni femme",
c'est-à-dire qu'un frère voyant une soeur ne pense point
qu'elle est une femme, ni la soeur que son frère est un homme.
6. C'est quand vous agirez ainsi, veut-il dire, que le Royaume de mon
Père viendra.
XIII,
1. Dès aujourd'hui, frères, faisons pénitence :
jeûnons pour faire le bien, car nous sommes repus de déraison
et de malice. Effaçons nos péchés passés,
et sauvons-nous en nous repentant du fond de l'âme. Ne soyons
pas des flatteurs, cherchons à plaire non seulement aux nôtres,
mais encore à ceux du dehors, en vue de la justice, pour éviter
que le nom de Dieu ne soit blasphémé, à cause de
nous.
2. Le Seigneur dit en effet : " Sans cesse mon nom est blasphémé
parmi toutes les nations" (Is 52, 5). Et ailleurs : " Malheur
à celui par qui mon nom est blasphémé" (Aut.
inc.).
En quoi est-il blasphémé ? En ce que vous ne faites pas
ce que je veux.
3. Les païens, en effet, lorsqu'ils entendent de notre bouche la
parole de Dieu, en admirent la beauté et l'élévation
; mais lorsque, par la suite, ils apprennent que nos oeuvres ne répondent
pas à nos paroles, ils se mettent à blasphémer
et à dire qu'il n'y avait là que fable et aberration.
4. Lorsqu'ils nous entendent dire : " A aimer vos amis, vous
n'avez pas de mérite, mais si vous aimez vos ennemis et ceux
qui vous haïssent, alors on vous en saura gré..." (Lc
6, 32-35). Oui, lorsqu'ils écoutent ces paroles, ils sont pleins
d'admiration pour cette extrême bonté. Mais lorsqu'ils
voient que nous n'aimons pas ceux qui nous haïssent, et pis encore,
que nous n'aimons pas même nos amis, ils se moquent de nous et
le nom de Dieu est blasphémé.
XIV,
1. Ainsi donc, frères, si nous faisons la volonté de Dieu,
nous appartiendrons à la première Église, à
celle qui est spirituelle, et qui fut créée avant le soleil
et la lune. Mais si nous ne faisons pas la volonté du Seigneur,
notre part sera ce passage de l'Écriture qui dit : " Ma
maison est devenue une caverne de voleurs" (Jr 7, 11). Préférons
donc appartenir à l'Église de Vie, afin d'être sauvés.
2. Je ne pense pas, en effet, que vous ignoriez que " l'Église"
vivante " est le corps du Christ" (Ep 1, 22-23). L'Écriture
dit en effet : " Dieu créa l'homme, homme et femme
il le créa" (Gn 1, 27). L'homme, c'est le Christ la femme,
c'est l'Église. Or, les écrits des prophètes et
des Apôtres portent aussi que l'Église n'est pas de ce
siècle, mais qu'elle est née au commencement ; elle était
spirituelle comme notre Jésus et elle s'est manifestée
dans les derniers jours pour nous sauver.
3. Or, cette Église qui était spirituelle est devenue
visible dans la chair du Christ, nous montrant que si nous la gardons
intacte dans notre chair, nous la recevrons dans le Saint-Esprit, car
la chair est l'image de l'esprit. Nul ne peut, après avoir corrompu
l'image, participer à l'original.
Et tout ceci veut dire, frères : Gardez intacte la chair, pour
avoir part à l'Esprit.
4. Or, si nous disons que la chair est l'Église et que l'Esprit
est le Christ, c'est donc qu'à outrager la chair, on outrage
l'Église. Commettre une telle action, c'est s'exclure de l'Esprit,
c'est-à-dire du Christ.
5. Oui, c'est à une telle vie, à une telle incorruptibilité
que cette chair peut avoir part lorsqu'elle est unie à l'Esprit-Saint,
et nul ne peut expliquer, nul ne peut dire les biens " que
le Seigneur a préparés " pour ses élus
(1 Co 2, 9).
XV,
1. Je ne pense pas avoir donné là un conseil négligeable
sur la continence, Celui qui le suivra n'aura pas à s'en repentir,
mais il sera sauvé, et moi avec lui pour le lui avoir donné.
Car il n'y a pas peu de mérite à ramener au salut une
âme égarée.
2. Et c'est ainsi que nous pouvons payer de retour celui qui nous a
fait, en mettant toute notre foi et notre charité à prêcher
si notre rôle est de prêcher, à écouter s'il
est d'écouter.
3. Ne cessons donc de nous appuyer sur les promesses que nous avons
crues, et de pratiquer la justice et la sainteté afin de pouvoir
prier sans contrainte le Dieu qui dit : " Tu parlais encore
que je t'ai répondu : Me voici" (Is 58, 9).
4. Cette parole est une grande promesse puisque le Seigneur se dédare
plus prêt à donner qu'on ne l'est à le supplier.
5. Recevons donc notre part de cette libéralité si grande,
et ne nous envions pas les uns aux autres les biens que nous en recevons.
Car si ces paroles sont joie pour qui les met en pratique, elles sont
tout aussi bien condamnation pour les insoumis.
XVI,
1. Ainsi, frères, saisissons une bonne occasion de faire pénitence
; il en est temps encore, convertissons-nous au Dieu qui nous a appelés,
tandis qu'il est disposé à nous accueillir.
2. Car si nous renonçons aux plaisirs, et si nous savons vaincre
notre âme en refusant d'accomplir ses mauvais désirs, nous
aurons part à la miséricorde de Jésus.
3. Sache que déjà " vient le jour" (Ml
4, 1) du Jugement, pareil " à une fournaise ardente"
(Is 34, 4). Alors les cieux, pour une part, seront dissous, et toute
la terre, comme le plomb, se liquéfiera sous le feu ; alors paraîtront
au grand jour, qu'elles soient secrètes ou publiques, les actions
des hommes.
4. L'aumône est une excellente pénitence pour le péché
; le jeûne vaut mieux que la prière, mais l'aumône
l'emporte sur l'un et sur l'autre. " La charité couvre
une multitude de péchés" (1 P 4, 8), et la prière
qui vient d'une bonne conscience délivre de la mort. Heureux
l'homme qui est trouvé riche en toutes ces choses ; car grâce
à l'aumône, le péché pèse moins lourd.
XVII,
1. Faisons donc pénitence de tout notre coeur, afin qu'aucun
d'entre nous ne périsse. Car si nous avons reçu l'ordre
de travailler à détourner des idoles et à enseigner
la vérité, à plus forte raison ne faut-il pas laisser
périr une âme qui connaît déjà Dieu.
2. Aidons-nous les uns les autres à entraîner même
les faibles vers le bien de façon à ce que nous soyons
tous sauvés ; convertissons-nous et reprenons-nous les uns les
autres.
3. Ne nous contentons pas de sembler attentifs et croyants lorsque les
presbytres nous exhortent, mais une fois retournés à la
maison, souvenons-nous des commandements du Seigneur et ne nous laissons
pas à nouveau entraîner par les désirs du monde
; mais, par une prière plus assidue, tâchons de progresser
dans les commandements du Seigneur, afin qu' " ayant les mêmes
sentiments " (Rm 12, 16), nous soyons unis pour la vie.
4. Le Seigneur a dit en effet : " Je viens rassembler toutes
les nations, toutes les tribus, toutes les langues" (Is 66, 18).
Ceci est une allusion au jour de son épiphanie, où il
viendra nous racheter, chacun selon ses oeuvres.
5. Et " ils verront sa gloire" (Is 66, 18) et sa face,
ceux qui n'ont pas cru, et ils seront tout étonnés en
découvrant en Jésus le Roi du monde et ils diront : Malheur
à nous, c'est Toi, et nous ne l'avons pas su, nous n'avons pas
cru, nous ne nous sommes pas soumis aux presbytres qui nous annonçaient
notre salut. " Leur ver ne mourra pas, leur feu ne s'éteindra
pas, et ils seront en spectacle à toute chair " (Is
66, 24).
6. C'est une allusion au jour du jugement où l'on verra qui,
parmi nous, s'est conduit en impie, qui a mal estimé les préceptes
de Jésus-Christ.
7. Quant aux justes qui auront fait le bien, supporté tes tourments,
haï les plaisirs de leur âme, quand ils verront les égarés,
les renégats de Jésus en paroles ou en oeuvres, subir
leur châtiment par de terribles supplices, ils rendront gloire
à leur Dieu, proclamant qu'il y a une espérance pour qui
a servi Dieu de tout son coeur !
XVIII,
1. Nous aussi, soyons de ceux qui rendent à Dieu un culte d'action
de grâces, de ceux qui se sont faits ses serviteurs, et non pas
de ces impies qui sont condamnés. 2. Moi-même qui suis
pécheur en toute ma personne, et qui, loin d'être déjà
à l'abri de la tentation, suis en plein dans les filets du diable,
je m'efforce de poursuivre la justice, tâchant de pouvoir au moins
m'en approcher, car je crains le jugement à venir.
XIX,
1. Ainsi, frères et soeurs, après vous avoir lu la parole
du Dieu de vérité, je vous lis cette exhortation afin
que vous prêtiez attention aux Écritures, et que vous vous
sauviez vous-mêmes et le prédicateur qui vous les a lues.
Le salaire que je vous demande, c'est que, vous convertissant de tout
votre coeur, vous vous empariez du salut et de la vie. Et cette manière
d'agir, nous la proposons comme un but à tous les jeunes gens
qui veulent employer leur zèle pour prêcher la piété
et la bonté de Dieu.
2. Ne prenons pas mal, nous qui ne sommes pas des sages, qu'on nous
avertisse, et qu'on nous ramène de l'iniquité à
la justice, ne nous en indignons pas. Parfois, en effet, nous agissons
mal à notre insu, parce que nous avons des " coeurs
partagés et incrédules " (Ep 4, 18), et que
notre esprit est obscurci par les vains désirs.
3. Pratiquons donc la justice pour que nous soyons sauvés quand
viendra la fin. Heureux ceux qui obéissent à ces préceptes
! Oui, même s'ils ont à souffrir un peu de temps en ce
monde, car ils vendangeront le fruit impérissable de la résurrection.
4. Que l'homme pieux ne s'attriste donc pas, si pour ce temps présent
il est dans le malheur : une double félicité l'attend
; oui, là-haut, après sa résurretion, il partagera
la joie de ses pères, pour l'éternité où
il n'y a plus de peine.
XX,
1. Il ne faut pas non plus que votre esprit se trouble à voir les
méchants dans la richesse, et les serviteurs de Dieu dans l'angoisse.
2. Ayons donc la foi, frères et soeurs ; ce combat que nous menons
est l'épreuve que nous impose le Dieu vivant, et nous luttons dans
la vie présente pour être couronnés dans celle qui
vient.
3. Aucun juste n'a cueilli son fruit avant maturité; ils savent
attendre.
4. Si Dieu donnait sans retard aux justes leur récompense, ce serait
bientôt un commerce, et non le service de Dieu que nous pratiquerions.
Nous aurions l'apparence de la justice, alors que nous rechercherions
non l'honneur de Dieu, mais notre avantage. C'est pour cette raison que
le jugement de Dieu frappe l'esprit qui n'est pas droit, et l'accable
de liens.
5. Au Dieu unique et invisible, au Père de vérité,
qui nous a envoyé le Sauveur, la source de l'incorruptibilité,
et nous a manifesté par lui la vérité et la vie céleste,
à Lui soit la gloire dans les siècles des siècles.
Amen. |