Papias D'hiérapolis
XXXIX,
1. De Papias, on présente, au nombre de cinq, des livres qui
sont intitulés Les Exégèses des discours du
Seigneur. De ces livres, Irénée fait mention comme
des seuls qui aient été écrits par Papias, en
disant textuellement :
" Papias, lui aussi auditeur de Jean et compagnon de Polycarpe,
homme ancien, a témoigné, par écrit, dans le
quatrième de ses livres. En effet, il existe cinq livres composés
par lui. "
Voilà ce que dit Irénée.
2. Pourtant Papias, dans la préface de ses livres, ne se montre
pas lui-même comme ayant jamais été l'auditeur
ou le spectateur des saints Apôtres, mais il apprend qu'il a
reçu ce qui regarde la foi par ceux qui les avaient
connus. Voici ses propres paroles :
3. Pour toi, je n'hésiterai pas à ajouter à mes
explications ce que j'ai bien appris autrefois des presbytres et dont
j'ai bien gardé le souvenir, afin d'en fortifier la vérité.
Car je ne me plaisais pas auprès de ceux qui parlent beaucoup,
comme le font la plupart, mais auprès de ceux qui enseignent
la vérité ; je ne me plaisais pas non plus auprès
de ceux qui font mémoire de commandements étrangers,
mais auprès de ceux qui rappellent les commandements donnés
par le Seigneur à la foi et nés de la vérité
elle-même.
4. Si quelque part venait quelqu'un qui avait été dans
la compagnie des presbytres, je m'informais des paroles des presbytres
: ce qu'ont dit André ou Pierre, ou Philippe, ou Thomas, ou
Jacques, ou Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur
; et ce que disent Aristion et le presbytre Jean, disciples du Seigneur.
Je ne pensais pas que les choses qui proviennent des livres me fussent
aussi utiles que ce qui vient d'une parole vivante et durable.
5. Ici, il est convenable de remarquer que Papias compte deux fois
le nom de Jean : il signale le premier des deux avec Pierre et Jacques
et Matthieu et les autres Apôtres, et il indique clairement
l'évangéliste ; pour l'autre Jean, après avoir
coupé son énumération, il le place avec d'autres
en dehors du nombre des Apôtres : il le fait précéder
d'Aristion et le désigne clairement comme un presbytre.
7. Papias, celui dont nous parlons maintenant, reconnaît avoir
reçu les paroles des Apôtres par (l'intermédiaire
de) ceux qui les ont fréquentés ; il dit d'autre part
avoir été lui-même l'auditeur d'Aristion et de
Jean le presbytre : en effet, il les mentionne souvent par leurs noms
dans ses écrits pour rapporter leurs traditions.
8. Il n'était pas inutile que ces choses fussent dites par
nous ; et il est bon d'ajouter, aux paroles de Papias que nous avons
rapportées, d'autres récits encore dans lesquels il
raconte des choses extraordinaires et d'autres qui seraient venues
jusqu'à lui par le moyen de la tradition.
9. Il a déjà été rappelé, dans
ce qui précède, que l'Apôtre Philippe avait séjourné
à Hiérapolis avec ses filles. Nous devons maintenant
indiquer comment Papias, qui vivait en ces temps, rapporte avoir appris
une histoire merveilleuse des filles de Philippe. Il raconte la résurrection
d'un mort arrivée de son temps ; et encore un autre fait extraordinaire
concernant Justus, surnommé Barsabas, qui aurait bu un poison
mortel et n'aurait éprouvé aucun désagrément
par la grâce du Seigneur.
10. Ce Justus est celui qu'après l'ascension du Sauveur les
saints Apôtres placèrent avec Matthias, après
avoir prié pour que le sort complétât leur nombre,
en vue de remplacer le traître Judas, ce que le livre des Actes
raconte en ces termes : " Et ils placèrent deux hommes,
Joseph, appelé Barsabas et surnommé Justus, et Matthias,
et ils prièrent en disant... "
11. Le même Papias ajoute d'autres choses qui seraient venues
jusqu'à lui par une tradition orale, certaines paraboles étranges
du Sauveur et certains enseignements bizarres, et d'autres choses
tout à fait fabuleuses.
12. Par exemple, il dit qu'il y aura mille ans après la résurrection
des morts et que le règne du Christ aura lieu corporellement
sur cette terre. Je pense qu'il suppose tout cela, après avoir
compris de travers les récits des Apôtres, et qu'il n'a
pas saisi les choses dites par eux en figures et d'une manière
symbolique.
13. En effet, il paraît avoir été tout à
fait petit par l'esprit, comme on peut s'en rendre compte par ses
livres ; cependant, il a été cause qu'un très
grand nombre d'écrivains ecclésiastiques après
lui ont adopté les mêmes opinions que lui, confiants
dans son antiquité : c'est là ce qui s'est produit pour
Irénée et pour d'autres qui ont pensé les mêmes
choses que lui.
14. Dans son propre ouvrage, il transmet encore d'autres explications
des discours du Seigneur, dues à Aristion dont il a été
question plus haut, et des traditions de Jean le presbytre : nous
y renvoyons ceux qui aiment à s'instruire. Maintenant nous
sommes obligés d'ajouter, aux paroles que nous avons précédemment
rapportées, la tradition qu'il expose en ces termes au sujet
de Marc, qui a écrit l'Évangile :
15. Et voici ce que disait le presbytre : Marc, qui était l'interprète
de Pierre, a écrit avec exactitude, mais pourtant sans ordre,
tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit
ou fait par le Seigneur. Car il n'avait pas entendu ni accompagné
le Seigneur ; mais plus tard, comme je l'ai dit, il a accompagné
Pierre. Celui-ci donnait ses enseignements selon les besoins, mais
sans faire une synthèse des paroles du Seigneur. De la sorte,
Marc n'a pas commis d'erreur en écrivant comme il se souvenait.
Il n'a eu en effet qu'un seul dessein, celui de ne rien laisser de
côté de ce qu'il avait entendu et de ne tromper en rien
dans ce qu'il rapportait.
Voilà ce que Papias rapporte donc de Marc.
16. Sur Matthieu, il dit ceci :
Matthieu réunit donc en langue hébraïque les sentences
(les logia) (de Jésus) et chacun les interpréta
comme il en était capable.