Jean-Paul II
L'Exhortation Apostolique
Un nouvel espoir pour le Liban

Introduction

Un Synode pour l'espérance
a. Une espérance nouvelle pour le Liban est née au cours de l'Assemblée spéciale du Synode des Évêques. Les catholiques de cette terre sainte sont invités par le Seigneur à vivre dans «l'espérance [qui] ne déçoit point, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné» (Rm 5, 5). Ainsi renouvelés par Dieu, les fidèles du Christ qui sont au Liban deviendront pour tous leurs frères les témoins de son amour. L'Église catholique a tenu à associer à sa démarche des représentants des différentes communautés libanaises; elle manifeste ainsi que, dans le dialogue respectueux et le partage fraternel, l'édification de la société est une oeuvre commune à tous les Libanais.

Le Liban est un pays vers lequel les regards se tournent souvent. Nous ne pouvons oublier qu'il est le berceau d'une culture antique et un des phares de la Méditerranée. Personne ne peut ignorer le nom de Byblos, qui rappelle les origines de l'écriture. C'est dans cette région du Proche-Orient où Dieu a envoyé son Fils afin d'accomplir le salut de tous les hommes que, pour la première fois, les disciples du Christ reçurent le nom de chrétiens (cf. Ac 11, 19-26). Aussi, le christianisme devint-il rapidement un élément essentiel de la culture de la région et, en particulier, de la terre libanaise, riche aujourd'hui de plusieurs traditions religieuses. Des catholiques membres d'Églises patriarcales différentes, ainsi que du Vicariat apostolique latin, y habitent. De ce fait, dès l'éveil de sa conscience, le jeune catholique libanais baptisé se sait maronite, ou grec-melkite, ou arménien catholique, ou syriaque catholique, ou chaldéen, ou latin. C'est ainsi qu'il s'ouvre à la vie chrétienne et qu'il est appelé à découvrir l'universalité de l'Église. Des chrétiens d'autres Églises et Communautés ecclésiales résident aussi au Liban. L'autre partie importante de la population est constituée de musulmans et de druzes. Pour le pays, ces communautés différentes sont à la fois une richesse, une originalité et une difficulté. Mais pour tous les habitants de cette terre, faire vivre le Liban est une tâche commune.

Lors de la célébration eucharistique de clôture de l'Assemblée synodale, j'ai dit : «Tous ont besoin de [la] dimension sociale de la charité, qui permet aux hommes de construire ensemble. Nous savons combien le Liban a besoin de construire et de reconstruire, spécialement suite aux douloureuses expériences de plusieurs années de guerre, dans la recherche d'une paix juste et de la sécurité dans les rapports avec les pays limitrophes». J'ai souligné aussi que l'engagement des chrétiens est important pour le Liban, «dont les racines historiques sont de nature religieuse. Et c'est précisément en raison de ces racines religieuses de l'identité nationale et politique libanaise que, après les dures années de la guerre, on a voulu et pu mettre en route une Assemblée synodale, afin de rechercher ensemble la voie du renouvellement de la foi, d'une meilleure collaboration et d'un témoignage commun plus efficace, sans oublier la reconstruction de la société». En collaborant avec tous leurs compatriotes, les catholiques sont particulièrement appelés à servir le bien commun de la cité terrestre en tirant de la foi leur inspiration et les principes fondamentaux pour la vie en société. 

b. Lorsque, le 12 juin 1991, j'ai convoqué une Assemblée spéciale pour le Liban du Synode des Évêques, la situation du pays était dramatique. Le Liban avait été profondément ébranlé dans toutes ses composantes. J'ai invité les catholiques présents sur cette terre à entreprendre un cheminement de prière, de pénitence et de conversion, qui leur permettrait de s'interroger, devant le Seigneur, sur leur fidélité à l'Évangile et sur leur engagement effectif à la suite du Christ. Par un retour sur soi lucide, accompli dans la foi, les pasteurs et les fidèles devaient pouvoir mieux discerner et préciser les priorités spirituelles, pastorales et apostoliques qu'ils avaient à promouvoir dans le contexte actuel du pays.

Dès le début, j'ai demandé aux autres Églises et Communautés ecclésiales de bien vouloir s'associer à cet effort, manifestant aussi l'intention oecuménique de l'Assemblée synodale, car pour l'avenir du Liban l'espérance est aussi liée à celle de l'unité des chrétiens. J'ai également invité les communautés musulmanes et druze à prendre leur part dans le projet ; bien qu'il fût question avant tout d'un renouveau propre à l'Église catholique, il s'agissait en même temps de la reconstruction matérielle et spirituelle du pays, qui était un souci essentiel de tous ; et cela n'était possible qu'avec la participation active de l'ensemble de ses habitants.

Ces appels ont été entendus et j'en rends grâce au Seigneur, qui agit dans le coeur des hommes de bonne volonté. Une large consultation des catholiques a été entreprise. Plus de la moitié des réponses à cette consultation provenaient de chrétiens laïcs, qui voulaient ainsi manifester leur intérêt, souvent critique d'ailleurs, pour l'effort de renouveau ecclésial qu'il était opportun de réaliser dans ce cadre.

Le Conseil préparatoire du Synode étudia les réponses reçues et proposa comme thème du Synode : «Le Christ est notre espérance. Renouvelés par son Esprit, solidaires, nous témoignons de son amour». Très volontiers, j'ai fait mien ce thème et je l'ai annoncé et commenté dans un message adressé à tous les Libanais en juin 1992.

À partir des réponses reçues, le Conseil préparatoire a rédigé un premier document important, les Lineamenta, qui a bénéficié de nombreuses collaborations. Ce document avait pour but de stimuler la prière et la réflexion de toutes les personnes concernées, notamment en posant sur chaque sujet une série de questions. La réflexion critique qui a été ainsi lancée était déjà porteuse de promesses. La conversion commence lorsque chacun accepte de s'interroger sur ses façons d'être et d'agir, en les confrontant sincèrement au message évangélique. Ce long travail de maturation a abouti à de nombreuses réponses de qualité. Des symposiums ont été organisés sur différents sujets et leurs travaux rendus publics. Beaucoup de paroisses ont réuni des groupes de réflexion, où l'on a travaillé les Lineamenta, chapitre par chapitre. Des groupes de personnes, spécialisées dans l'un ou l'autre domaine, ont envoyé des contributions élaborées.

Le Conseil de préparation s'est remis au travail pour rédiger un texte qui tienne compte de l'ensemble des réponses reçues. Ce document, l' Instrumentum laboris, allait fournir le programme de travail de l'Assemblée synodale. 

c. À la suite de ce travail préparatoire, l'Assemblée spéciale pour le Liban du Synode des Évêques s'est réunie à Rome le dimanche 26 novembre 1995. Elle a commencé par une concélébration eucharistique dans la Basilique patriarcale Saint-Pierre. Cette liturgie a bien montré ce qu'est un Synode : une célébration en Église. L'unité dans la diversité, thème si souvent repris durant les débats, a d'abord été exprimée par l'Eucharistie solennelle dans la Basilique Saint-Pierre, à laquelle étaient présents tous les participants à l'Assemblée synodale. Durant les travaux du Synode, nous avons continué à prier en commun selon les traditions diverses de l'Orient et de l'Occident, demandant au Seigneur d'être présent au milieu de nous et de nous envoyer son Esprit pour que nous soyons ensemble son Église et que nous fassions sa volonté.

L’unité dans la diversité s’est manifestée par la qualité même des participants. Les Pères synodaux comprenaient tous les patriarches catholiques d’Orient, les archevêques et les évêques des différents diocèses catholiques du Liban, les Cardinaux des Dicastères du Saint-Siège concernés par les questions de l’Eglise au Liban, des Evêques libanais de la diaspora, des Supérieurs généraux prêtres des Ordres fondés et présents au Liban, des représentants des Supérieurs majeurs et des Evêques représentants des autres patriarcats catholiques du Proche-Orient, de même que quelques personnalités ecclésiastiques particulièrement intéressées par les objectifs du Synode.

Etaient également présents des délégués fraternels des autres Eglises et Communautés chrétiennes au Liban. J’ai aussi été heureux d’accueillir les représentants des communautés sunnite, chi’ite et druze. Il y avait enfin des auditeurs, prêtres, religieux, religieuses et laïcs. Tous ont participé aux travaux et se sont exprimés avec liberté, pertinence et enthousiasme, dans les réunions plénières comme dans les réunions restreintes des carrefours. Par ailleurs, des experts que j’avais nommés ont très utilement contribué au bon déroulement des travaux du Synode.

d. Malgré le nombre nécessairement limité d’invités à une telle Assemblée, des membres de toutes les catégories de chrétiens et de toutes les composantes de la société libanaise étaient là, accompagnés par des représentants de l’Eglise catholique venus d’autres régions du monde. Ainsi les Eglises locales et tous les habitants du Liban étaient portés par la sollicitude du monde catholique envers ce pays.

e. La conclusion des travaux de l’Assemblée ouvre une nouvelle étape de la démarche synodale. Un ensemble de propositions a été formulé et voté par les Pères synodaux. Sur la base de ces propositions et des autres documents du Synode, les Pères m’ont demandé de rédiger une Exhortation apostolique post-synodale, d’abord à l’intention des catholiques libanais, mais s’adressant aussi à l’ensemble des Libanais et à tous ceux qui prennent à coeur la situation de ce pays. Un Conseil post-synodal nommé par mes soins, assisté par le Secrétariat général du Synode, a contribué à la préparation du présent document.

f. Voici les grandes lignes de cette Exhortation. Après avoir porté dans le premier chapitre un regard sur la situation actuelle de l’Eglise catholique au Liban, le deuxième chapitre esquisse la réflexion théologique qui sous-tend l’ensemble des orientations qui seront tracées ensuite de manière concrète. Le troisième chapitre regroupe tout ce qui concerne le renouveau interne de l’Eglise catholique au Liban. Le quatrième chapitre concerne la communion entre les différentes Eglises patriarcales au Liban et même autour du Liban. Un cinquième chapitre traite de la place de l’Eglise au Liban aujourd’hui. Le sixième chapitre évoque la dimension sociale et nationale. En effet, le Synode n’a pas porté son attention exclusivement sur les questions internes à l’Eglise catholique au Liban, mais il a eu tout le pays présent à l’esprit, car le destin des catholiques est profondément lié au destin du Liban et à sa vocation si particulière.

g.  Chers Frères et Soeurs du Liban, le présent document donne des principes de réflexion, des orientations pour le renouveau et des suggestions concrètes. Il pourra vous servir dans les années qui viennent pour vous guider dans un renouveau constant. Vous chercherez les moyens de mettre en oeuvre ce qui dans ce document est souvent exprimé sous la forme de souhaits. Vous compléterez les réflexions proposées, car, dans bien des cas, l’Assemblée synodale n’a fait qu’ouvrir des perspectives d’ensemble.

Il faudra que soit poursuivi et sans cesse affermi l’élan suscité par la préparation et par la tenue de cette Assemblée spéciale. Le Synode a inauguré une méthode de travail fondée sur l’écoute attentive de toutes les composantes de la population libanaise en général et des diverses catégories et institutions catholiques en particulier. Poursuivez ce travail et ne considérez surtout pas que le Synode est clos avec la publication de cette Exhortation apostolique. Je vous recommande vivement de chercher par tous les moyens à rendre fraternelle et effective la réception de ce document et à mettre en application ce que je vous propose ici, dans un souci constant de l’unité entre les catholiques et du bien de tout le peuple. Continuez votre discernement critique, soyez disponibles à l’action de l’Esprit Saint et laissez-vous inspirer par l’Evangile de notre Seigneur. Ainsi le Christ sera vraiment votre espérance et son Esprit vous renouvellera. Alors, solidaires, vous continuerez à témoigner de son amour.