L'Exhortation
Apostolique
Un nouvel
espoir pour le Liban
Chapitre
II
Dans
l'Église, fonder son espérance sur le christ
Le
Christ, Puissance de Dieu
ii.
Le drame
vécu durant ces dernières années par l'Église
catholique au Liban fut une occasion cruelle pour elle d'éprouver
la nécessité de la conversion, pour vivre l'Évangile,
pour demeurer unie, pour dialoguer en vérité avec les
autres Églises et Communautés chrétiennes en
vue d'avancer vers la pleine unité, pour construire aussi,
avec les autres citoyens, une société capable de dialogue
ouvert, de convivialité et d'attention aux autres, surtout
aux frères les plus démunis.
Il est évident qu'un tel renouveau dépasse absolument
les forces humaines. Cela, les chrétiens le savent et ils tiennent
à le proclamer pour que Dieu en soit glorifié. Mais
ils mettent leur confiance en Dieu, «riche en grâce et
en fidélité» (Ex 34, 6), et dont «les
dons et l'appel [...] sont sans repentance» (Rm 11, 29),
lui qui connaît la profondeur de notre faiblesse. Ils mettent
leur confiance en Jésus Christ, car «toutes les promesses
de Dieu ont leur oui en lui» (2 Co 1, 20), et «si
nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut
se renier lui-même» (2 Tm 2, 13). Ils mettent leur
confiance dans l'Esprit Saint, qui leur rappelle tout ce que Jésus
a enseigné (cf. Jn 14, 26), qui donne de se renouveler
(cf. Rm 7, 6), de former un seul corps (cf. 1 Co 12,
13) et de grandir dans la communion et l'unique espérance (cf.
Ep 4, 3-4).
Aussi l'Église
au Liban doit-elle s'appuyer sur le Christ, au coeur de son espérance,
Lui, le Verbe incarné qui a vaincu le péché et
la mort. Il est vrai que le mal et la mort ne sont pas éliminés
et que tous ressentent les conséquences du péché,
que ce soit dans l'être individuel ou dans les relations interpersonnelles
et intercommunautaires. Mais, par le Christ, les hommes peuvent être
en communion de vie avec Dieu, et les uns avec les autres.
Pour vaincre
la peur, pour se convertir à l'humilité, pour être
capable de désintéressement, pour surmonter l'égoïsme,
pour comprendre «[qu'] il y a plus de bonheur à donner
qu'à recevoir» (Ac 20, 35), et qu'il est plus
heureux de s'occuper de l'autre que de se fermer sur soi-même,
personne ne peut compter sur ses seules forces. Le Christ nous a d'ailleurs
avertis: «Hors de moi vous ne pouvez rien faire» (Jn
15, 5) ; il a aussi réconforté saint Paul: «Ma
grâce te suffit: car la puissance se déploie dans la
faiblesse» (2 Co 12, 9) ; et il a déclaré
à ses disciples: «Dans le monde vous aurez à souffrir.
Mais gardez courage! J'ai vaincu le monde» (Jn 16, 33).
jj. C'est
pourquoi, chers fils et filles de l'Église catholique au Liban,
l'Assemblée spéciale du Synode des Évêques
vous exhorte à vous laisser saisir par le Christ pour que vous
progressiez dans la communion que Lui seul peut rendre parfaite. Alors
vous pourrez poursuivre avec courage un dialogue sincère et
constructif avec vos concitoyens. Ce dialogue suppose toute une ascèse
de l'écoute et de la parole: vouloir et savoir comprendre le
sens profond du discours et du comportement de l'interlocuteur, saisir
la source de son expérience et les perspectives humaines dans
lesquelles il se situe, s'exprimer de façon que la parole puisse
être réellement comprise par l'autre et se conduire selon
l'Évangile de manière que le témoignage de la
vie rende la parole crédible. Ainsi vous serez fidèles
à la mission d'évangélisation confiée
par le Seigneur à son Église : «Allez donc, de
toutes les nations faites des disciples, [...] leur apprenant tout
ce que je vous ai prescrit» (Mt 28, 19-20).
Du point de vue de la foi et de la charité, aller vers l'autre
ne peut se limiter à lui communiquer ce que nous avons compris
du Seigneur, mais cela consiste aussi à recevoir de lui le
bien et le vrai qu'il lui aura été donné de découvrir.
Nous progressons ainsi dans une connaissance toujours plus grande
du seul vrai Dieu et de Celui qu'il a envoyé, son Fils Jésus
Christ (cf. Jn 17, 3). Car si «la grâce et la vérité
[nous] sont venues par Jésus Christ» (Jn 1, 17),
l'Esprit de Dieu, qui souffle dans l'Église, souffle aussi
dans la communauté humaine en sa totalité. Comme l'enseigne
le Concile Vatican II, «nous devons tenir que l'Esprit Saint
offre à tous, d'une façon connue de Dieu, la possibilité
d'être associés au mystère pascal». «Dans
le coeur de tous les hommes de bonne volonté, la grâce
agit de façon invisible».
Tout cela, l'Église l'a appris du Christ, Bon Pasteur,
et elle reçoit de lui la force d'en vivre, afin que les hommes
croient en lui et qu'ils entrent dans la vie nouvelle. Comme Jean
le Baptiste, elle est là pour «rendre témoignage
à la lumière» (Jn 1, 7), car l'Esprit lui
a révélé que «le Verbe était la
lumière véritable, qui éclaire tout homme»
(Jn 1, 9), et qu'il est l'unique «Puissance de Dieu
et Sagesse de Dieu» (1 Co 1, 24). En lui et par lui,
l'homme se connaît, découvre le sens de la vie et acquiert
la capacité de s'engager dans la vraie vie et d'y entraîner
les autres.