Jean-Paul II

L'Exhortation Apostolique
Un nouvel espoir pour le Liban

Chapitre V
L'Eglise Catholique au Liban engagée dans le dialogue inter - religieux

V. La paix et la réconciliation

97. Dans les années passées, le Liban a été marqué par l'épreuve de la guerre. Aujourd'hui, ces souffrances demandent une réelle purification des mémoires et des consciences. Il convient de développer "une paix patiemment édifiée et durable", car elle seule peut être la source véritable du développement et de la justice. "Je vous laisse la paix; c'est ma paix que je vous donne; je ne vous la donne pas comme le monde la donne" (Jn 14, 27). Parce qu'ils ont reçu du Christ, Prince de la Paix, ce don qui les transforme intérieurement, les chrétiens ont le devoir d'en être les premiers témoins et les artisans; l'Evangile de la paix est une invitation permanente au pardon et à la réconciliation. La paix passe par la pratique assidue de la fraternité humaine, exigence fondamentale qui vient de notre commune ressemblance divine et découle donc d'une exigence liée à la Création et à la Rédemption. Là où la fraternité entre les hommes est fondamentalement méconnue, c'est la paix qui est ruinée à sa base même. Construire la paix devient un service de la charité, signe prophétique du Royaume des Cieux. Le message de paix, que Jésus a profondément exprimé dans les Béatitudes qu'ont pu entendre "des gens de toute la Judée et de Jérusalem et du littoral de Tyr et de Sidon" (Lc 6, 17), doit être transmis par les disciples du Seigneur à tous leurs frères. Aussi les fidèles du Christ doivent-ils se laisser conduire par l'Esprit, qui met en lumière le péché, péché personnel et péché du monde, pour se convertir et pour recevoir la grâce qui les dispose à préparer les chemins du Seigneur. "Puisque le chemin de la paix passe en définitive par l'amour et tend à créer la civilisation de l'amour, l'Eglise tient son regard fixé vers Celui qui est l'amour du Père et du Fils et, malgré les menaces croissantes, elle ne cesse d'avoir confiance, elle ne cesse d'implorer et de servir la paix de l'homme sur la terre. Sa confiance se fonde sur celui qui, étant l'Esprit d'amour, est aussi l'Esprit de la paix et qui ne cesse d'être présent dans notre monde humain, à l'horizon des consciences et des curs, pour remplir l'univers d'amour et de paix".

98. Aujourd'hui, j'exhorte donc tous les catholiques, et j'invite en même temps les autres chrétiens et les hommes de bonne volonté à poser des gestes prophétiques et à prendre les armes de la paix et de la justice. Il est urgent de développer et de promouvoir entre toutes les composantes de la nation libanaise une véritable éducation des consciences à la paix, à la réconciliation et à la concorde. Dans les relations cuméniques et inter-religieuses, le sens de la paix est aussi un élément fondamental du dialogue fraternel. Il ne faut jamais oublier qu'un geste de paix peut désarmer l'adversaire et invite souvent ce dernier à répondre positivement à la main tendue, car la paix, qui est un bien par excellence, tend à se communiquer. L'histoire religieuse nous présente de nombreux saints qui ont été source de réconciliation par leur attitude pacifique fondée sur la prière et l'imitation de Jésus Christ. Ainsi, au seuil du troisième millénaire du christianisme, s'ouvrira une ère nouvelle pour le pays et pour la région, grâce à des démarches de pardon et à une coopération toujours plus profonde entre toutes les composantes de la société nationale. Ce sont les conditions primordiales pour que se construise et survive "un Liban démocratique, ouvert aux autres, en dialogue avec les cultures et les religions", capable d'assurer à tous ses membres une existence digne et libre. Un Etat de droit ne peut se fonder sur la force pour se faire respecter. Il est reconnu dans la mesure où les dirigeants et le peuple tout entier sont soucieux des droits de l'homme et aptes à créer entre eux des relations humaines et des échanges dans la confiance et la liberté. La paix suppose de la part de tous la ferme volonté de respecter ses frères, de faire des pas vers eux, et elle s'obtient donc essentiellement en sauvegardant le bien des personnes et des communautés humaines constituant une même patrie, dans ce qu'on peut appeler une économie de la paix. Dans cette démarche, la famille et l'école ont un rôle primordial à jouer. Ce sont des lieux où les personnes sont appelées à faire une expérience privilégiée d'un "vivre ensemble" sur la même terre. "Ceux qui travaillent à éduquer les nouvelles générations dans la conviction que tout homme est notre frère construisent, à partir des fondations mêmes, l'édifice de la paix". L'engagement en faveur de la paix de tous les hommes de bonne volonté conduira à une réconciliation définitive entre tous les Libanais et entre les différents groupes humains du pays. La réconciliation est le point de départ de l'espérance d'un avenir nouveau pour le Liban. La guerre est finie et la réconciliation doit être considérée comme la voie de la paix profonde qui doit s'instaurer entre tous les Libanais. Que la fin de la guerre armée soit aussi la fin de la guerre entre les différents particularismes, la fin des conflits d'intérêts personnels, qui parfois sont plus terribles parce qu'ils peuvent devenir des luttes de tous contre tous. Que chacun se rappelle qu'avec la guerre on ne peut rien obtenir. Tout le monde ressort blessé, car la blessure d'un frère est toujours aussi celle de tous ses compatriotes. Seules la paix et la réconciliation sont le cadre propice à une place réelle et reconnue de chaque Libanais dans son pays, et à la résolution des problèmes des personnes et des groupes au sein de la nation.

99. La paix dans le pays pourrait porter des fruits dans toute la région et permettre aussi à tous ceux qui ont été déplacés de retourner dans leur lieu d'origine dans des conditions convenables, grâce à l'aide de leurs compatriotes et de la communauté internationale. En effet, au cours des dernières décennies, à cause de la guerre, des familles ont fui la terre qui assurait leur subsistance, et, en raison des divers foyers de conflits dans la région, d'autres personnes ont aussi été déplacées. En attendant que puisse se réaliser leur retour sur leur terre, elles ne doivent pas être laissées sans assistance et vivre dans l'indifférence de la population auprès de laquelle elles vivent souvent dans des situations de précarité et de pauvreté, ni éventuellement dans l'indifférence des organisations d'aide humanitaire ou des autorités internationales. Les personnes déplacées demeurent en toute circonstance des êtres humains, avec leur dignité et leurs droits inaliénables.