Jean-Paul
II
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L'Exhortation
Apostolique
Un
nouvel espoir pour le Liban
Chapitre VI
L'Eglise au service de la société
VI. Droits
de l'homme
jjjjj.
Parmi les éléments primordiaux d'un État
de droit, figure la protection des droits de l'homme, c'est-à-dire
le respect de toute personne et de tout groupe, car l'homme,
qui vit à la fois dans la sphère des valeurs
matérielles et des valeurs spirituelles, dépasse
tout système social et est la valeur fondamentale.
Comme j'ai eu l'occasion de le dire à la tribune
de l'UNESCO, «toute menace contre les droits de l'homme,
que ce soit dans le cadre de ses biens spirituels ou dans
celui de ses biens matériels, fait violence à
cette dimension fondamentale». En raison de ses prérogatives
et de ses fonctions, l'État est le premier garant
des libertés et des droits de la personne humaine.
Après les années de souffrances et la longue
période de guerre qu'a connues le Liban, son peuple
et les autorités qui le gouvernent sont appelés
à des gestes courageux et prophétiques de
pardon et de purification de la mémoire. Certes,
il faut maintenir vivant le souvenir de ce qui s'est passé,
pour que jamais plus cela ne se reproduise et que jamais
plus «la haine et l'injustice ne s'emparent de nations
tout entières et ne les poussent à [des actions
qui] sont légitimées et organisées
par des idéologies qui se fondent plus sur elles-mêmes
que sur la vérité de l'homme». Une société
ne peut pas se reconstruire si chacun de ses membres, si
ses familles ou les différents groupes qui la composent,
ne cherchent pas à sortir des rapports conflictuels
qui ont marqué les temps de violence et à
apaiser tout désir de vengeance. C'est au prix d'efforts,
de gestes tangibles de dépassement de soi et de réconciliation,
qui sont les signes de la grandeur d'âme des personnes
et des peuples, qu'un avenir commun est possible au sein
d'une société trop longtemps déchirée
par des conflits et des comportements d'hostilité
et d'intolérance. Pour ouvrir un avenir nouveau,
l'Église n'oublie jamais que le Seigneur l'a chargée
d'un ministère de grâce et de pardon, afin
de réconcilier les hommes avec Dieu et entre eux,
car l'amour est plus fort que la haine et que l'esprit de
revanche. Elle s'efforce de se faire l'interprète
de la soif de dignité et de justice de ses contemporains,
et de conduire les hommes sur le chemin de la paix ; elle
reconnaît et salue l'attention de la communauté
internationale et les nombreuses actions entreprises dans
ce domaine au cours des années écoulées.
kkkkk. Au sein d'une nation, les autorités légitimes
ont le devoir de veiller à ce que toutes les communautés
et tous les individus jouissent des mêmes droits et
se soumettent aux mêmes devoirs, selon les principes
de l'équité, de l'égalité et
de la justice. Comme citoyens ayant une charge publique,
les dirigeants doivent s'efforcer de mener une vie droite,
avec l'humilité requise pour le service des frères,
afin de donner l'exemple de la probité et de l'honnêteté.
En effet, la rectitude morale est un des facteurs essentiels
de la vie en société. Dans les domaines politique,
économique et social, les responsables de la vie
publique sont appelés à être particulièrement
attentifs aux personnes qui risquent toujours d'êtres
mises en marge de la société, pour faire progresser
leurs conditions de vie et de travail. Pour cela, dans une
société où les réalités
sont de plus en plus complexes, en particulier au Liban
et dans l'ensemble du Moyen-Orient, il convient de former
des personnes de haut niveau de qualification qui seront
aptes à faire entrer leur pays dans tous les réseaux
de la vie internationale, car nous constatons actuellement
une mondialisation de plus en plus grande de tous les phénomènes
sociaux. Pour sauvegarder l'homme en qui elle reconnaît
l'image de Dieu, l'Église «reprend toujours
le cri évangélique de la défense des
pauvres du monde, de ceux qui sont menacés, méprisés
et à qui l'on dénie les droits humains»
; car le Christ est venu annoncer la libération de
tous les hommes (cf. Lc 4, 16-19 ; Dt 15,
15 ; Is 61, 1-2) et rendre évidente la vérité
sur l'homme. Par le mystère de l'Incarnation, Dieu
s'est fait homme. Cela veut dire qu'en Jésus Christ
s'éclaire le mystère de l'homme et que les
droits de Dieu et les droits de l'homme sont liés,
et que violer les droits de l'homme, c'est violer les droits
de Dieu ; à l'inverse, servir l'homme c'est aussi,
d'une certaine manière, servir Dieu, car il n'y a
point de charité qui ne s'accompagne en même
temps de justice. «C'est aller à Dieu que servir
les pauvres ; vous devez regarder Dieu en leurs personnes».
lllll. Afin que la paix règne au Liban et dans la
région, et que le progrès puisse bénéficier
à tous, j'exhorte les Autorités et l'ensemble
des citoyens libanais à mettre tout en oeuvre pour
que les droits de l'homme, éléments fondamentaux
du droit positif antérieurs à toute constitution
et à toute législation d'un État, soient
pleinement respectés, spécialement dans l'administration
de la justice et dans les garanties auxquelles ceux qui
sont accusés et en détention ont légitimement
droit. Parmi les droits fondamentaux, il y a aussi celui
de la liberté religieuse. Personne ne doit être
soumis à des contraintes de la part soit d'individus,
soit de groupes ou de pouvoirs sociaux, ni être poursuivi
ou mis à l'écart de la vie sociale pour ses
opinions, ni empêché de mener sa vie spirituelle
et cultuelle, «de telle sorte qu'en matière
religieuse nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience
ni empêché d'agir, dans de justes limites,
selon sa conscience, en privé comme en public, seul
ou en association avec d'autres». La sauvegarde des
droits de l'homme est urgente; c'est l'avenir d'une nation
qui est en jeu, ainsi que celui de l'humanité entière,
car tant qu'un être humain est bafoué dans
ses droits les plus fondamentaux, c'est toute la communauté
des hommes qui est blessée.
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