Jean-Paul II
L'Exhortation Apostolique
Un nouvel espoir pour le Liban

Conclusion

"Le Christ est notre espérance". Comme le soulignaient déjà les documents préparatoires de l'Assemblée synodale, "il n'y aurait pas eu d'appel à un Synode, s'il n'y avait pas eu des raisons d'espérer". Parmi celles-là, il faut souligner l'amour que tous les Libanais portent à leur patrie et leur dynamisme pour faire vivre ce pays. Comme la rencontre sur la route d'Emmaüs fut pour les deux disciples un chemin avec Jésus (cf. Lc 24, 13-35), le temps de préparation et l'Assemblée synodale ont été une marche avec le Christ; en relisant le passé, avec ses périodes de souffrances, ses difficultés, ses incompréhensions, ses joies, ses espoirs et ses expériences de solidarité fraternelle,les pasteurs et les fidèles ont pu reconnaître que le Seigneur est présent au milieu d'eux et les accompagne, et ils peuvent repartir affermis et transformés, pour être des ferments de vie nouvelle au cur du monde. Au cours de l'Assemblée elle-même, les Pères du Synode ont témoigné de leur union profonde dans le Christ. Par l'Esprit Saint, ils ont donné l'image de l'unité de l'Eglise aux multiples visages, à l'imitation de la première communauté de Jérusalem: "La multitude des croyants n'avait qu'un cur et qu'une âme" (Ac 4,32). Dans sa mission, l'Eglise est conformée au Christ, qui "n'est pas venu pour être servi mais pour servir" (Mc 10, 45), en exerçant comme Lui le ministère du service. L'Assemblée synodale, qui a exprimé les espérances des fidèles, n'est donc pas le terme de la démarche que j'ai voulue pour le Liban, mais une étape. Il convient désormais que les Eglises patriarcales catholiques au Liban poursuivent inlassablement leur marche synodale dans la communion, pour que les espoirs deviennent réalité et que l'espérance apportée par le Christ éclaire la route quotidienne de chaque fidèle et l'aide dans sa participation à la vie ecclésiale et sociale. Dans cet esprit, je renouvelle mon appel à la conversion, à la réconciliation, à une plus grande unité et à la coresponsabilité au sein des communautés catholiques. Ce sera pour tous les hommes un témoignage éloquent. 118. Fils et filles de l'Eglise catholique au Liban, pasteurs et laïcs, entendez l'appel du Seigneur et n'ayez pas peur d'y répondre par un ferme engagement, pour le bien de tous. Dans cette nouvelle étape de votre marche synodale, l'Eglise catholique dans sa totalité vous soutient par sa prière et par ses aides multiples. Fils et Filles de l'Eglise, Dieu accompagne vos efforts. Que la présence active de l'Esprit Saint se manifeste par un accord constant entre vous et avec vos pasteurs! Que l'amour du Christ vous presse de réaliser un seul Corps, de vivre fidèles à l'Evangile et au Magistère, et d'exercer votre mission dans votre terre! La présente Exhortation veut vous aider à marcher ensemble sur la route. Ayez à cur de raviver en vous le sens de l'Eglise, Corps du Christ et mystère de communion. La mission ecclésiale au Liban suppose l'engagement de tous et la ferme volonté de mettre en valeur les charismes de chaque personne et les richesses spirituelles de chaque communauté ecclésiale pour un meilleur service de notre Maître et Seigneur, Jésus Christ, et de son Eglise. Prenez coscience de votre mission commune: annoncer le Christ, Prince de la Paix dont l'étoile s'est levée dans votre région, être des ferments d'unité et de fraternité! Cela se réalisera aussi par un échange permanent de dons entre tous, en ayant une attention particulière aux plus pauvres, ce qui est un service constitutif de l'Eglise catholique à l'égard de tous. 119. Parce qu'il est composé de plusieurs communautés humaines, le Liban est regardé par nos contemporains comme une terre exemplaire. En effet, aujourd'hui comme hier, sont appelés à vivre ensemble, sur le même sol, des hommes différents sur le plan culturel et religieux, pour édifier une nation de dialogue et de convivialité et pour concourir au bien commun. Des communautés, chrétiennes et musulmanes, s'attachent aujourd'hui à rendre plus vivantes leurs traditions. Ce mouvement est positif et peut faire redécouvrir des richesses culturelles communes et complémentaires, qui affermiront la convivialité nationale. L'expérience synodale doit être un renouveau pour l'Eglise catholique au Liban, ainsi qu'une participation effective au renouveau du pays tout entier, afin de lui faire retrouver les valeurs morales et spirituelles qui le caractérisent et qui assurent sa cohésion. La présence des délégués fraternels des autres Eglises et Communautés chrétiennes, ainsi que celle des représentants des communautés musulmanes et druze, a permis de souligner le prix que tous accordent à une fraternité et à un dialogue toujours plus vrais et plus intenses. Ces gestes constituent une nouvelle étape pour approfondir dans le pays la concertation et le dialogue fraternel. 120. A la suite des Pères du Synode, je vous exhorte, vous tous Libanais de toutes confessions, à réussir ce défi de la réconciliation et de la fraternité, de la liberté et de la solidarité, qui est la condition essentielle de l'existence du Liban et le ciment de votre unité sur cette terre que vous aimez. Les différences et les particularismes au sein de la société, ainsi que les tentations de s'en tenir à des intérêts personnels ou communautaires, doivent passer au second plan. L'unité est une responsabilité que portent chacun de vous et chaque communauté culturelle et religieuse. Elle doit inspirer les démarches de tous dans la vie sociale. Ainsi personne n'aura peur de l'autre; au contraire, tout sera fait pour que les diverses composantes soient respectées et participent pleinement à la vie locale et nationale. Cela requiert des efforts patients et persévérants et le souci d'un dialogue confiant et permanent. 121. Au cours du Synode, j'ai entendu les délégués musulmans affirmer que le Liban sans les chrétiens ne serait plus le Liban. Pour être vraiment lui-même, le Liban a besoin de tous ses fils et filles, et de toutes les composantes de sa population. Chacun a sa place dans le pays et doit retrouver le goût d'y vivre et de relever les défis pour son avenir. Nulle communauté spirituelle ne peut vivre si elle n'est pas reconnue, si elle se trouve dans des conditions précaires et si elle n'a pas la possibilité de participer pleinement à la vie de la nation. Ses membres sont alors tentés d'aller chercher dans d'autres pays un climat plus fraternel et de quoi assurer leur subsistance et celle de leur famille. Dans cet esprit, j'invite donc tous les fidèles de l'Eglise catholique à demeurer attachés à leur terre, avec le souci d'être partie intégrante de la communauté nationale, de participer à la reconstruction de ce qui est nécessaire aux familles et à la collectivité, et de maintenir leur spécificité chrétienne et leur sens missionnaire, à l'exemple de leurs devanciers. De même, les membres des autres composantes de la nation doivent s'efforcer de demeurer sur la terre de leurs ancêtres. Evidemment, tout cela suppose aussi que le pays recouvre sa totale indépendance, une souveraineté complète et une liberté sans ambiguïté. 122. Avec les Pères du Synode, nous confions ce grand projet à l'intercession de Notre-Dame du Liban, la Toute-Sainte, que les chrétiens libanais vénèrent sincèrement. En plusieurs circonstances, elle a obtenu de son Fils ce que discrètement elle lui demandait. Si, dans sa délicatesse, elle est intervenue, elle interviendra aussi pour que l'Eglise au Liban sache témoigner de l'amour du Christ. A la Pentecôte aussi, elle était là, priant avec les Apôtres et louant Dieu. Durant tout le Synode, elle a accompagné les prières et le travail des Pères et de tous les fidèles. Chers fils qui êtes au Liban, "vos anc^tres [...] se trouvèrent parmi les foules qui entouraient Jésus puor écouter son enseignement. [...] Les pieds du Rédempteur du monde ont foulé votre terre, [...] ses yeux en ont admiré la beauté. [...] Je voudrais que [son] regard plein d'amour, vous accompagne tous", sur cette terre qui par le passage du Sauveur est devenue une terre sainte. Soyez forts dans le Christ, votre espérance. Laissez-vous conduire par l'Esprit, pour faire en tout temps la volonté de Dieu, qui poursuivra en vous ce qu'il a déjà commencé. Les catholiques libanais sont donc appelés, dans le Christ mort et ressuscité, à mourir au "vieil homme" (Col 3, 9), c'est-à-dire au péché, à l'égoïsme et à l'individualisme. Ils sont appelés aussi à pardonner et à se faire pardonner, devenant source de paix, tant pour l'unité du corps ecclésial que pour celle de la société libanaise. Ils témoigneront ainsi de la vérité de la Résurrection en aidant les communautés à renaître à l'espérance. 123. Le Synode lui-même a été un moment providentiel qui permettra à l'Eglise catholique au Liban de conforter et d'affermir sa mission et de se faire une idée plus claire de sa vocation dans l'Eglise universelle et dans le monde. Aujourd'hui commence la dernière étape de l'Assemblée synodale, qui requiert l'engagement de tous les catholiques libanais pour sa mise en uvre effective. La présente Exhortation post-synodale doit vous guider dans votre vie personnelle, dans votre mission de témoins du Christ ressuscité et dans votre service de l'Eglise et de la société. Je demande aux patriarches et aux synodes des évêques des Eglises patriarcales de veiller à ce que toutes les catégories de fidèles puissent réellement participer à l'activité de l'Eglise, en prenant leur part de responsabilité, en fonction de leur état de vie et de leurs aptitudes; en particulier, il importe que les laïcs soient étroitement associés à la vie de l'Eglise à tous les échelons. Dans les éparchies et le vicariat latin, l'évêque, qui a la charge de l'unité entre toutes les composantes de la communauté ecclésiale, s'attachera à promouvoir l'action des fidèles et la collaboration confiante de tous les membres du peuple de Dieu. De même, dans les paroisses, les prêtres favoriseront la participation de tous les fidèles, enfants, jeunes et adultes, à la vie quotidienne de leur communauté. J'exhorte les membres des Ordres religieux et toutes les personnes consacrées à renouveler les engagements de leur profession, à mener "une vie d'amour oblatif", à manifester chaque jour une fidélité toujours plus grande aux conseils évangéliques et à l'enseignement du Magistère, un désintéressement accru dans l'usage des biens des Instituts, qui doivent être avant tout au service du peuple. Ce sera, pour tous leurs frères libanais, un appel à pratiquer à leur tour le partage et la solidarité. Les personnes consacrées sont aussi invitées à approfondir leurs relations filiales avec les évêques, en vue d'une plus grande unité pastorale. Votre pays pays a une longue tradition d'organisations laïques qui apportent leur contribution à la vie ecclésiale. Il appartient aux différents organismes d'être attentifs aux besoins de leur frères et de consacrer toutes leurs forces à les servir avec humilité. 124. Je suis favorable à ce que, comme pasteurs de l'Eglise au Liban, l'Association des Patriarches et Evêques catholiques au Liban et l'ensemble des évêques, en ce qui les concerne, constituent une commission spéciale comprenant des évéques, des prêtres, des diacres, des religieux, des religieuses et des laïcs, avec des programmes d'action courageux, pour la réception et l'application de la présente Exhortation postsynodale. De même, il conviendra que chaque éparchie et chaque Institut religieux, personnellement et collectivement, établissent une commission similaire. De même, il conviendra que les différentes institutions de l'Eglise catholique au Liban, l'APECL et les Synodes des évêques des Eglises patriarcales, les éparchies, les membres du clergé, les Instituts de vie consacrée et les fidèles s'attachent à étudier le présent document. Pour ma part, je vous assure de la pleine disponibilité du Saint-Siège pour aider et servir ces commissions et l'Eglise au Liban, dans le travail pastoral. Concrètement, je donne une charge spéciale à la Congrégation pour les Eglises orientales, afin qu'elle se mette au service de l'Eglise au Liban et qu'elle offre toute l'aide nécessaire à votre action ecclésiale. La Secrétairerie d'Etat et les différents dicastères de la Curie romaine, en particulier la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, la Congrégation pour l'Education catholique, le Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens et le Conseil pontifical pour le Dialogue inter-religieux sont aussi pour vous des interlocuteurs qui souhaitent faciliter votre mission et contribuer à l'élan nouveau de vos communautés chrétiennes. 125. En vus remettant la présente Exhortation, chers fils et filles du Liban, je vous renouvelle ma confiance et, comme le Christ, je vous envoie dans le monde, pour être des témoins de la foi, de l'espérance et du salut. Que la grâce du Christ vous remplisse de charité! Les efforts de chacun par amour pour le Seigneur et pour son Eglise porteront de nombreux fruits pour la vie ecclésiale et pour la société libanaise tout entière. Alors, le Liban, l'heureuse montagne, qui a vu se lever la Lumière des Nations, le Prince de la Paix, pourra pleinement refleurir; il répondra à sa vocation d'être lumière pour les peuples de la région et signe de la paix qui vient de Dieu. Ainsi l'Eglise en ce pays fera la joie de son Dieu (cf. Ct 4, 8). Au seuil du troisième millénaire, j'appelle instamment les fidèles de l'Eglise catholique et des autres Eglises et Communautés chrétiennes à se préparer au Grand Jubilé de l'An 2000, pour être renouvelés par le Christ et pour renouveler la face de la terre, afin "que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité" (I Tm 2, 4). Ainsi, la Bonne Nouvelle du Salut sera pour tous les hommes source de force, de joie et d'espérance; alors le peuple "poussera comme un palmier, il grandira comme un cèdre du Liban" (Ps 92 [91], 13).